14-18 : hommage aussi pour les mutins de 1917.

Lors de l’offensive absurde et meurtrière au printemps 1917 lancée par le général Nivelle sur le chemin des Dames près de Soissons, les morts étaient tellement nombreuses et sanglantes que les soldats refusaient de monter sur le plateau se faire massacrer.

A cause de la défaite du Chemin des Dames, le moral des Français baissa affreusement.

L’indiscipline gagna les rangs de l’armée et des foyers de rébellion s’allumèrent autour de Soissons.

Les actes de désobéissances touchèrent peu à  peu toutes les divisions.

Les mutineries de 1917 commençaient !

Après les batailles de Verdun et de la Somme, il était indiscutable que la technique de l’assaut frontal sur le front Ouest avait échoué. Mais, tragiquement, de plus grandes batailles étaient prévues. Bien qu’on ait limogé des généraux responsables des hécatombes dans les 2 camps, leur conception de la guerre survivait.

Du côté français, le général Nivelle fait l’unanimité à  la suite des glorieuses offensives qu’il a mené à  la fin de la bataille de Verdun. On lui donne ainsi carte blanche pour élaborer un nouveau plan d’attaque afin d’en finir une fois pour toutes avec la guerre.

Son choix se porta sur un secteur situé entre Reims et Soissons : Le chemin des Dames, qu’il estimait étre une position peu ou mal défendue.

En fait, Nivelle était si persuadé de l’emporter, qu’il conçut un plan d’attaque aussi simple et aussi meurtrier) que ceux de ses prédécesseurs.

Il prévoyait une importante préparation d’artillerie, après quoi l’infanterie n’aurait qu’à  occuper le terrain !

Erreur, grave erreur ! D’une part les Allemands étaient au courant de l’offensive, après avoir capturé des prisonniers, possesseurs de plans pour l’attaque.

D’autre part les positions allemandes du chemin des Dames étaient formidablement défendues. Des casemates bétonnées pour les mitrailleuses, des abris souterrains à  10, voir 15 m de profondeur. Pour finir le terrain lui-méme jouait en faveur des Allemands, les pentes du chemin des Dames étaient très abruptes et vouloir progresser sur un terrain aussi difficile sous le feu des mitrailleuses, était un véritable suicide !

Pourtant Nivelle ne se souciait pas de tous ces mauvais présages, affichant un optimisme insolant, il poursuivait les préparatifs de son offensive.

Acheminant troupes et canons sur les premières lignes françaises en dessous du chemin des Dames. Tout ceci, étalé à  la vue des guetteurs allemands. Bien sûr, ceux-ci ne restèrent pas inactifs et se préparèrent eux aussi à  l’attaque, qu’ils savaient imminente…

Au matin du 16 avril, après la préparation d’artillerie, les troupes françaises s’élancent courageusement.

Mais hélas, le tir des canons français n’a pas anéanti le dispositif allemand comme prévu…

La riposte est immédiate et foudroyante. Le long des pentes ou les troupes montent à  l’assaut, les terribles tirs croisés des puissantes mitrailleuses font des ravages atroces. Certains régiments n’existeront plus au soir du 16 avril.

Cependant de l’arrière les ordres arrivent : il faut avancer, avancer coûte que coûte…

Les fantassins français, demeurent bloqués au bas des pentes, sous le feu de l’artillerie allemande qui s’est dévoilée à  présent et qui extermine, les hommes qui ont survécu au barrage des mitrailleuses.

C’est une véritable boucherie !

Au cours du premier assaut, près de 40 000 combattants français périrent.

Néanmoins Nivelle s’obstinait, et il persista 6 semaines durant, causant des pertes énormes : 270 000 hommes !

S’en était plus que ne pouvaient supporter les pauvres poilus. Ils en avaient assez des boucheries, des attaques improvisées qui ne servaient qu’à  masquer l’absence de stratégie sérieuse de leurs chefs. Ils en avaient assez d’étre traités comme du bétail.

C’est ainsi qu’éclatèrent des mutineries.

Des condamnations à  mort furent prononcées et exécutées. Mais il était clair qu’il fallait cesser cette offensive inutile et meurtrière, afin de redonner le moral au pays tout entier.

C’est ainsi que Pétain fut rappelé au commandement pour reprendre les choses en main.

Dès lors on entendit plus jamais parler de Nivelle.

Son adjoint, le général Mangin, fut le triste commandant de la place de Paris en juin 1940.

Ah incompétence, quand tu nous tiens…

Le général Pétain s’employa à  lutter contre ces révoltes en améliorant les conditions de vie des soldats, leur donnant des permissions. Il ordonna aussi l’exécution des meneurs après les avoir fait condamner à  mort par le conseil de guerre. Rapidement, ces efforts aboutirent et la discipline militaire reprit chez les Français.

Les gendarmes mobiles français, particulièrement actifs dans la répression de ces mutineries, payèrent, eux aussi, un lourd chàtiment, pour leur attitude de traîtres et de « planqués » que leur reprochaient les mutins.

On estime à  1000 des leurs, pendus aux arbres des foréts de Craonne.

La chaîne ARTE a courageusement sorti un documentaire sur ces mutineries : La loi du silence. L’impossibilité de livrer au public les noms des mutins et les jugements rendus par les conseils de guerre allaient enfermer pour longtemps les mutineries du Chemin des Dames dans le silence et le secret.

Le récit s’appuie sur des sélections très rigoureuses d’archives cinématographiques, sur des documents (lettres censurées, extraits de carnets secrets, extraits des Comités secrets de la Chambre des députés), sur les archives historiques de l’armée de terre. Ces documents révèlent l’attitude des généraux devant l’indiscipline des soldats.

Les rédactions des délits et des peines consignés dans les dossiers de la justice militaire et des cours martiales (utilisées gràce à  une dérogation exceptionnelle accordée pour le 18e régiment d’infanterie de la 36e DI, un régiment mutiné après l’enfer de Craonne), font entendre le cri de dignité poussé par des hommes qui ne voulaient plus étre utilisés comme du « matériel humain ».

Ces documents sont soumis à  la loi de 1979 sur les archives : il faudra attendre l’année 2017 pour qu’ils soient enfin rendus publics.

Encore une honte à  l’actif de notre Etat.

La célèbre « Chanson de Craonne » fut écrite par un soldat anonyme et rallia les troupes pendant les mutineries de 1917.
La Chanson de CraonneQuand au bout d’huit jours le r’pos terminé

On va reprendre les tranchées,

Notre place est si utile

Que sans nous on prend la pile

Mais c’est bien fini, on en a assez

Personne ne veut plus marcher

Et le coeur bien gros, comm’ dans un sanglot

On dit adieu aux civ’lots [4]

Méme sans tambours, méme sans trompettes

On s’en va là -haut en baissant la téte

Adieu la vie, adieu l’amour,

Adieu toutes les femmes

C’est bien fini, c’est pour toujours

De cette guerre infàme

C’est à  Craonne sur le plateau

Qu’on doit laisser sa peau

Car nous sommes tous des condamnés

Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance

Pourtant on a l’espérance

Que ce soir viendra la r’lève

Que nous attendons sans tréve

Soudain dans la nuit et le silence

On voit quelqu’un qui s’avance

C’est un officier de chasseurs à  pied

Qui vient pour nous remplacer

Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe

Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

Adieu la vie, adieu l’amour,

Adieu toutes les femmes

C’est bien fini, c’est pour toujours

De cette guerre infàme

C’est à  Craonne sur le plateau

Qu’on doit laisser sa peau

Car nous sommes tous des condamnés

Nous sommes les sacrifiés

C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards

Tous ces gros qui font la foire

Si pour eux la vie est rose

Pour nous c’est pas la méme chose

Au lieu d’se cacher tous ces embusqués

Feraient mieux d’monter aux tranchées

Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien

Nous autres les pauv’ purotins

Tous les camarades sont enterrés là

Pour défendre les biens de ces messieurs là

Ceux qu’ont le pognon, ceux-là  reviendront

Car c’est pour eux qu’on crève

Mais c’est bien fini, car les trouffions

Vont tous se mettre en grève

Ce s’ra vot’ tour messieurs les gros

D’monter sur le plateau

Et si vous voulez faire la guerre

Payez-la de votre peau !

Rendre hommage à  ces hommes, inutilement sacrifiés, tiens aussi du devoir de mémoire.

Pour ceux qui crieraient à  la traîtrise, je pense que ce serait trop facile le cul bien calé devant son ordi.

 

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