7 milliards d’hommes et moi et moi

J usqu’à quel âge vivrons-nous ? Le cadre meurt-il plus fréquemment d’infarctus que l’ouvrier ? Si les parents pouvaient choisir le sexe de leur enfant, y aurait-il plus de filles ou de garçons à naître ? Les Européens de l’Est ont-ils la même santé que nous ? Pourquoi les Russes sont-ils de moins en moins nombreux, et les Nigériens de plus en plus ? Sait-on encore que la France fut le premier pays à admettre la démographie comme une discipline universitaire ?

On va, dans les semaines à venir, beaucoup entendre parler de démographie. A la Cité des sciences et de l’industrie, au nord de Paris, où se tient jusqu’en novembre une exposition, pédago-ludique, sur le thème : « La population mondiale… et moi ? » A Tours, du 18 au 23 juillet, où pour la première fois depuis 1937 la France accueillera le XXVe Congrès mondial de la démographie et ses 2 000 démographes. Jacques Vallin, président de l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population, et Catherine Rollet, présidente du comité d’organisation de ce congrès, répondent à quelques-unes des 700 questions qui y seront débattues.

Serions-nous trop nombreux sur terre ? Pas du tout, et ceux qui pensent que plus nous sommes nombreux sur terre, moins bien nous vivons, se trompent. Ainsi, voilà deux siècles, l’unique milliard d’habitants de la planète vivait beaucoup moins bien (mortalité moyenne à 25 ans, épidémies foudroyantes, famines répétées) que les 6,5 milliards actuels.

Sommes-nous de plus en plus nombreux sur terre ? En 1945, la planète ne compte encore que 2,7 milliards d’habitants et les démographes calculent alors qu’en 2005 elle en portera 6,5 milliards. Ils prévoient juste. Dans la foulée, ils annoncent également 15 milliards d’habitants pour 2050. Et là, ils se sont trompés, car nous ne serons que 8 à 9 milliards. L’accroissement de la population mondiale, en effet, ralentit. Un phénomène tout à fait inédit. La croissance démographique mondiale est passée d’un maximum de 2 % par an dans les années 60 à 1,2 % aujourd’hui. Une décélération inattendue dont la cause est connue : on fait de moins en moins d’enfants de par le globe. Plus de la moitié de l’humanité vit dans un pays où la fécondité est inférieure à 2,1 enfants par femme, le seuil de remplacement. Champion du monde de la plus basse fécondité : la République tchèque, avec 1,17 enfant/ femme. Cette basse fécondité n’est plus l’apanage des pays développés. Ainsi, le Brésil, le Liban, la Tunisie, la Thaïlande ont une fécondité inférieure à 2 enfants par femme. Du coup, les Nations unies révisent leurs projections autour de 1,8 enfant par femme comme hypothèse moyenne.

Combien d’années faut-il pour augmenter de 1 milliard d’habitants ? « Il aura fallu des centaines de milliers d’années pour que le premier milliard d’hommes soit atteint, en 1800. Vers – 500 000, il y aurait eu un demi-million d’habitants sur toute la Terre », écrit Catherine Rollet dans « La population du monde » (éditions Larousse). Puis cent trente ans pour passer de 1 à 2 milliards. Et à partir du XXe siècle l’accroissement s’accélère : trente ans pour passer à 3 milliards, quatorze ans pour passer au quatrième milliard d’hommes sur terre. Mais, depuis 2000, il ralentit. Et il faudra attendre 2054 pour que nous soyons 9 milliards à nous partager les ressources de la planète (voir graphique).

La France, championne de la démographie européenne. C’est en tout cas ce que donnent à penser les résultats du recensement partiel de 2004. La population française – 60,4 millions – pourrait atteindre 75 millions en 2050. Et non 64 millions, comme le prévoyait plus modestement l’Insee. Explication : la fécondité se maintient au tour de 2 enfants par couple.

Vivrons-nous tous plus de cent ans ? En deux siècles, l’espérance de vie a triplé et s’allonge partout dans le monde, même si de criantes disparités demeurent. On vit en effet quarante-sept ans de plus en moyenne au Japon qu’au Mozambique. L’espérance de vie continue d’augmenter dans les pays où elle est déjà la plus élevée. Ainsi, les Françaises, qui vivaient 82,8 ans en 2000, vivent aujourd’hui en moyenne 83,8 ans (sept ans de moins pour les hommes). Si la mortalité continue de reculer dans nos pays riches, parmi cent filles nées cette année, 50 % atteindront 94 ans, 16 % fêteront leur centième anniversaire (voir graphique).

Le sida décime-t-il la population africaine ? Non, les Nations unies estiment que la population africaine, recensée autour de 810 millions d’habitants en 2000, atteindra 1,5 milliard en 2050. En fait, le sida tue plus dans certains pays que dans d’autres. En Afrique du Sud, le virus pourrait faire chuter la population de 44 millions à 31 millions, tandis que le Niger explose, passant de 11 millions à 47 millions d’habitants.

Les immigrés sont-ils de plus en plus nombreux dans le monde ? Non, avec 170 millions d’immigrés dans le monde, c’est environ 2,7 % de l’ensemble des hommes qui vivent dans un autre pays que celui de leur naissance. Un taux très stable. « Mais il renvoie néanmoins à un phénomène en forte augmentation en chiffres absolus depuis la Seconde Guerre mondiale. Entre 1965 et 2000, le nombre de migrants a doublé », écrit Catherine Rollet. En France, le solde migratoire (la soustraction entre ceux qui entrent et ceux qui sortent de nos frontières) est de 100 000 personnes par an. Chiffre auquel il faudrait ajouter quelque 13 000 clandestins s’installant en France chaque année, estimation, contestée d’ailleurs, faite à partir des demandes de régularisation émises en 1998. Les immigrées n’ont pas beaucoup plus d’enfants que les Françaises natives. Ainsi, le nombre moyen d’enfants par femme en France est de 1,72. Il est de 1,65 pour les Françaises natives et de 2,2 pour les immigrées.

Doit-on laisser les parents choisir le sexe de leurs enfants ? La question, bien sûr, est théorique, car aucune technique ne permet aujourd’hui d’influer a priori sur le sexe de l’enfant à concevoir. Mais ce sujet de cours, qui sera posé au congrès de Tours, permet aux démographes de fourbir des arguments en faveur du laisser-faire ou au contraire de politiques plus contraignantes. Il naît donc normalement 105 garçons pour 100 filles, « une constante biologique de l’espèce humaine », rappelle Gilles Pinson, de l’Institut national d’études démographiques. Mais on observe dans de nombreux pays – pas seulement en Chine ou en Inde – des distorsions importantes à cet équilibrage naturel. Ainsi, dans les années 90, observe Jacques Vallin, le Caucase du Sud vit exploser le nombre de naissances de garçons. « La raison était un accès subit à l’échographie, qui permit alors des avortements sélectifs. » Les partisans du libéralisme remarquent que la régulation se ferait d’elle-même. Les parents choisiront d’avoir des garçons, puis, découvrant que ce ratio « crée des tensions considérables sur le marché matrimonial », ils accueilleront à nouveau des filles. Avec 105 garçons pour 100 filles, il faut en effet que chaque femme ait 2,1 enfants pour assurer le remplacement. Avec 120 garcons pour 100 filles, il faut que chaque femme ait 2,25 enfants. Si les parents pouvaient choisir en France, « ce serait le choix du roi, avoir un garçon puis une fille » . Petit rappel historique : en France, il y eut une surmortalité des filles entre 1 et 10 ans jusqu’aux années 30

Source: http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2007-01-17/7-milliards-d-hommes-et-moi-et-moi/920/0/18859

 

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