A bas la démocratie !

Imaginez un gouvernement mondial, démocratiquement élu à  l’échelle mondiale en suivant le principe un homme-une-voix. Que serait le résultat probable d’une telle élection ? Le plus vraisemblable est que nous aurions un gouvernement de coalition sino-indien. Et qu’est-ce que ce gouvernement serait le plus enclin à  faire pour complaire à  ses électeurs et se faire réélire ? Il découvrirait probablement que l’Occident a beaucoup trop de richesses et que le reste du monde, particulièrement l’Inde et la Chine, bien trop peu, et par conséquent mettrait en oeuvre une redistribution systématique du revenu du riche Occident vers le pauvre Orient. Ou alors, imaginez qu’aux Etats-Unis on étende le droit de vote aux enfants de sept ans. Le gouvernement ne serait peut-étre pas composé d’enfants, mais ses politiques, selon toute probabilité, refléteraient le « souci légitime » des enfants de disposer d’un accès « suffisant » voire « égal » à  des hamburgers, des limonades et des vidéocassettes « gratuits ».

Je présente ces « expériences mentales » pour illustrer les conséquences du processus de démocratisation qui a commencé aux Etats-Unis et en Europe au milieu du XIXème siècle, et qui porte ses fruits depuis la fin de la première guerre mondiale. L’extension progressive du droit de vote et finalement l’établissement du suffrage universel des adultes a fait à  chaque pays ce que la démocratie mondiale ferait pour l’ensemble du globe : mettre en branle une tendance apparemment permanente à  la redistribution du revenu et des biens.
Un-homme-une-voix, plus la « liberté d’entrer » dans l’appareil d’Etat, c’est-à -dire la démocratie, implique que toute personne et sa propriété personnelle est mise à  la portée de toutes les autres, et ouverte à  leur pillage. En ouvrant en apparence les couloirs du pouvoir politique à  tout le monde, la démocratie fait du pouvoir politique une « res nullius », où personne ne souhaite plus qu’il soit restreint parce qu’il espère que lui-méme, ou ceux qui lui sont favorables, auront un jour une chance de l’exercer. Par contraste, dans les monarchies « absolues » d’Occident, quiconque ne faisait pas partie de la classe dirigeante avait peu de chances, voire aucune, d’y accéder, de sorte qu’ils s’opposaient avec véhémence à  toute extension du pouvoir du Monarque.

Dans les démocraties, en revanche, on peut s’attendre à  ce que les majorités (ceux qui « n’ont pas ») tentent sans relàche de se remplir les poches aux dépens des minorités (ceux qui « ont »). Cela ne signifie pas qu’il n’y aura qu’une seule classe de gens à  « besoins » et une seule catégorie de « nantis », et que la redistribution se fera uniquement des riches vers les pauvres. Bien au contraire, alors que la redistribution des riches vers les pauvres jouera toujours et partout un rôle prépondérant, ce serait une erreur sociologique que de supposer que ce sera là  la seule forme ni méme la forme prédominante de la redistribution. Après tout, les riches « permanents » et les pauvres « permanents » le sont généralement pour une bonne raison.

Les riches sont en règle générale intelligents et industrieux, alors que les pauvres sont typiquement stupides ou paresseux, ou les deux à  la fois. Il n’y a pas beaucoup de chances que les imbéciles, méme s’ils forment la majorité, soient systématiquement plus malins que la minorité des individus brillants et énergiques et parviennent à  s’enrichir à  leurs dépens. Bien plutôt, la plus grande partie de la redistribution se fera à  l’intérieur du groupe des « non-pauvres », et il arrivera souvent que ce soient les plus riches qui arrivent à  se faire subventionner par les plus pauvres. Pensez seulement à  la pratique quasi-universelle des études universitaires quasiment « gratuites », gràce auxquelles la classe ouvrière, dont les enfants fréquentent rarement l’enseignement supérieur, est amenée à  subventionner la formation des enfants de la bourgeoisie. (1)

En outre, on peut s’attendre à  ce qu’il y ait un grand nombre de groupes et de coalitions pour essayer de s’enrichir aux dépens des autres. Les critères seront divers et changeants pour définir ce qui fait qu’une personne est un « possédant » (méritant d’étre pillé) et qu’une autre est un « déshérité » (méritant une part du butin). Simultanément, les gens appartiendront à  une multitude de groupes de profiteurs et de victimes, perdant au titre de l’une de leurs caractéristiques et gagnant gràce à  une autre, certains se retrouvant étre des gagnants nets et d’autres des perdants nets de la redistribution politique. (2)

La reconnaissance de la démocratie comme machine populaire de redistribution des revenus et des biens, associée à  l’un des principes les plus fondamentaux de l’économie -à  savoir qu’on finit toujours par se retrouver avec davantage de ce qui est subventionné- fournit la clé pour comprendre l’époque actuelle.

Toute redistribution, quel que soit le critère sur lequel elle se fonde, implique de prendre aux possesseurs et producteurs originels (ceux qui « ont » quelque chose) pour donner aux non-possesseurs et non-producteurs (ceux qui « n’ont pas » la chose en question). Les raisons que l’on pourrait avoir de devenir le propriétaire initial de la chose considérée sont alors moindres, alors que sont accrues celles de devenir un non-possédant et un non-producteur.

Tout naturellement, du fait que l’on subventionne les gens parce qu’ils sont pauvres, il y aura davantage de pauvreté. Quand on subventionne les gens parce qu’ils sont au chômage, on se retrouve avec davantage de chômeurs. Soutenir les mères célibataires avec l’argent des impôts conduira à  un accroissement de leur nombre, de celui des naissances « illégitimes » et des divorces.
Dans certains cas, ces politiques peuvent se contredire dans leurs effets. En interdisant le travail des enfants, on prend de l’argent aux familles avec enfants pour le donner à  ceux qui n’en ont pas (la restriction réglementaire de l’offre de travail fera monter les salaires). En conséquence, le taux de natalité baissera. En revanche, en subventionnant l’enseignement donné aux enfants, on prend du revenu à  ceux qui n’en ont pas ou peu, pour le donner à  ceux qui en ont beaucoup. Cependant, à  cause du système de prétendue « sécurité sociale », la valeur des enfants va de nouveau baisser, et de méme le taux de natalité ; car en subventionnant les retraités avec des impôts pris à  ceux qui gagnent leur vie, l’institution de la famille -le lien intergénérationnel entre les parents, les grands-parents, et les enfants- est systématiquement affaiblie. Les vieux n’ont plus besoin de dépendre de l’assistance de leurs enfants s’ils n’ont fait aucune provision pour leurs vieux jours, et les jeunes (qui ont très généralement accumulé moins de richesses) doivent soutenir les vieux (qui ont en général plus de richesse matérielle) et non le contraire, comme il est normal dans les familles. Le désir des parents d’avoir des enfants, et celui des enfants d’avoir leurs parents, vont décliner, les familles disloquées et malades se multiplier, et l’action prévoyante, l’épargne et la formation de capital, va chuter tandis que la consommation s’accroîtra.

En subventionnant les tire-au-flanc, les névrosés, les négligents, les alcooliques, les drogués, les sidateux, et les « handicapés » physiques et mentaux par la réglementation de l’assurance et par l’assurance-maladie obligatoire, on aura davantage de maladie, de paresse, de névroses, d’imprévoyance, d’alcoolisme, de dépendance à  la drogue, d’infections par le Sida, de méme que de tares physiques et mentales.

En forçant les non-délinquants, y compris les victimes de la criminalité, à  payer l’emprisonnement des coupables (au lieu de les forcer à  indemniser leurs victimes et à  payer tout ce que coûte leur appréhension et leur incarcération), on aura davantage de crimes et de délits.

En forçant les chefs d’entreprise, par des lois contre le « racisme » et la « discrimination », à  embaucher davantage de femmes, d’homosexuels, de noirs ou autres « minorités » qu’ils ne le souhaiteraient, on obtiendra plus de « minorités » employées, moins d’employeurs et moins d’emplois pour les blancs hétérosexuels.

En forçant les propriétaires privés, par la réglementation de l’environnement, à  protéger, c.-à -d. à  subventionner les « espèces menacées » qui résident sur leurs terres, on aura davantage d’animaux, mieux portants, et moins d’étres humains, qui se porteront moins bien.

Plus important, en obligeant les propriétaires privés et ceux qui gagnent leur vie honnétement, c’est-à -dire les producteurs, à  subventionner les politiciens, les partis politiques et les fonctionnaires (les politiciens et les employés de l’Etat ne peuvent pas payer d’impôts ; c’est pour les subventionner, eux, que les autres les paient), il y aura moins de création de richesses, moins de producteurs et moins de productivité, et davantage de gaspillage, de « parasites » et de parasitisme.

Les chefs d’entreprise et leurs employés ne peuvent pas gagner un sou s’ils ne produisent pas des biens et des services qui sont vendus sur le marché. En achetant volontairement un bien ou un service, les acheteurs démontrent qu’ils préfèrent ce bien ou ce service à  la somme d’argent qu’ils doivent remettre pour l’acquérir. A l’inverse, les politiciens, les partis et les fonctionnaires ne produisent rien qui soit librement vendu sur des marchés. Personne n’achète les « biens » et les « services » des hommes de l’Etat. Ils sont fournis, et on subit des charges (3) pour qu’ils les soient, mais personne ne les achète et personne ne les vend. Cela implique qu’il est impossible de déterminer leur valeur et donc d’établir si oui ou non cette valeur justifie les charges encourues. Comme personne ne les achète, il n’y a personne qui démontre effectivement qu’il considère que les produits et les services des hommes de l’Etat justifient les charges correspondantes ni méme si oui ou non qui que ce soit leur attribue une valeur quelconque. (4)

Du point de vue de la théorie économique, par conséquent, il est entièrement illégitime de supposer, comme on le fait toujours en comptabilité nationale, que les produits et services des hommes de l’Etat vaudraient « autant qu’il en a coûté de les produire », pour ensuite additionner benoîtement cette « valeur » à  celle des biens et services normaux, produits (achetés et vendus) à  titre privé pour arriver à  un « Produit National Brut ». On pourrait aussi bien supposer que les produits et les services des hommes de l’Etat ne valent rien du tout, ou méme que ce ne sont absolument pas des « biens » mais des « maux » (5) et que, par conséquent, la charge des politiciens et de toute la fonction publique doit étre soustraite de la valeur totale des biens et des services produits à  titre privé. En fait, raisonner ainsi serait de loin plus justifié.

Pour ce qui est de ses implications pratiques, subventionner les politiciens et les fonctionnaires revient à  une subvention pour « produire » presque sans égard aucun pour la satisfaction de ses prétendus « consommateurs », et avec un souci quasi-exclusif du bien-étre des prétendus « producteurs », c’est-à -dire des politiciens et des fonctionnaires. Leur salaire demeure le méme, que leur produit satisfasse ou non le consommateur. En conséquence, le résultat d’une expansion du secteur public sera toujours plus de paresse, de négligence, d’incompétence, de mauvais service, de mauvais traitements, de gaspillage, voire de destruction -et en méme temps davantage d’arrogance, de démagogie, et de mensonges ; par exemple : « le service public est au service du public. »
Après moins d’un siècle de démocratie et de redistribution politique, les résultats prévisibles sont là . Le « fonds de réserve » de richesse et de capital, hérité des siècles précédents d’activité productive dans un marché relativement libre, est presque épuisé. Depuis plusieurs décennies, depuis la fin des années 1960 ou le début des années 1970, les niveaux de vie réels stagnent ou méme baissent en Occident. La dette publique et le coût des systèmes existants de sécurité sociale ont amené la perspective d’un effondrement économique imminent. En méme temps, presque toutes les formes de conduite indésirable -chômage, dépendance, négligence, imprévoyance, incivilité, psychopathie, hédonisme et délinquance- se sont développées à  des niveaux dangereux. Si les tendances actuelles se poursuivent, on ne risque rien à  dire que l’Etat-providence occidental, c’est-à -dire la démocratie sociale, s’effondrera tout comme le socialisme oriental, à  la soviétique, s’est effondré à  la fin des années 1980.

Malheureusement, la catastrophe économique ne conduit pas automatiquement à  l’amélioration. Les choses peuvent aller plus mal au lieu de s’améliorer. Ce qui est nécessaire une fois qu’arrive une crise, ce sont des idées -et des hommes capables de les comprendre et de les mettre en oeuvre lorsque l’occasion s’en présente. En dernière analyse, le cours de l’histoire est déterminé par des idées, qu’elles soient justes ou fausses, et par les hommes dont elles inspirent les actes.

La débàcle actuelle est elle aussi le produit des idées. Elle est le résultat d’une acceptation massive, par l’opinion publique, de l’idée de la démocratie. Aussi longtemps que cette adhésion est dominante, la catastrophe est inévitable ; et il n’y aura pas d’espoir d’amélioration méme après qu’elle sera arrivée. En revanche, si on reconnaît que l’idée démocratique est fausse et perverse -et les idées, en principe, on peut en changer instantanément-, la catastrophe peut étre évitée.

La tàche essentielle qui attend ceux qui veulent renverser la vapeur et empécher la destruction complète de la civilisation est de dé-légitimer l’idée de la démocratie, c’est-à -dire de démontrer que la démocratie est la cause fondamentale de la situation actuelle de dé-civilisation rampante. Dans ce but, il faut d’abord faire remarquer qu’il est difficile de trouver beaucoup de partisans de la démocratie dans l’histoire de la théorie politique. Presque tous les grands penseurs n’avaient que mépris pour la démocratie. Méme les Pères fondateurs de la Constitution américaine, que l’on considère aujourd’hui -à  tort- comme des défenseurs de la démocratie, y étaient strictement opposés. Sans aucune exception, ils étaient d’accord avec Aristote pour reconnaître que la démocratie n’est rien d’autre que le règne de la canaille. Ils entretenaient plutôt, comme Jefferson, l’idée d’une « aristocratie naturelle » dont ils pensaient faire partie, et prônaient en conséquence une république aristocratique.

Méme parmi le petit nombre de défenseurs théoriques de la démocratie dans l’histoire de la pensée politique, comme Rousseau, il est presque impossible de trouver qui que ce soit pour prôner la démocratie ailleurs que dans de toutes petites communautés. En fait, dans les villages et dans les villes où tout le monde connaît personnellement tous les autres, pratiquement personne ne peut manquer d’admettre que la position des « possédants » a forcément quelque chose à  voir avec des capacités supérieures, de méme que la situation des « déshérités » est liée à  une infériorité, à  des déficiences personnelles. Dans ces conditions-là , il est beaucoup plus difficile de faire passer l’idée de piller les autres et leur propriété à  des fins personnelles. A l’inverse marqué, dans de vastes territoires comprenant des millions voire des centaines de millions de personnes, où les candidats au pillage ne connaissent pas leurs victimes et vice-versa, le désir humain de s’enrichir aux dépens des autres n’est plus soumis à  aucune géne.

Plus important encore, il faut souligner que la démocratie est immorale en plus d’étre anti-économique. Pour ce qui est du statut moral de la règle majoritaire, il faut faire remarquer qu’elle permet que Dupond et Durand s’acoquinent pour voler Duschmolle ; de méme, que Duschmolle et Dupond s’entendent pour voler Durand, et encore que Durand et Duschmolle complotent contre Dupond. Ce n’est pas de la « justice », mais une infamie, et bien loin de traiter avec respect les démocrates et la démocratie, il faudrait les juger avec mépris et les bafouer pour leur escroquerie intellectuelle et morale.

En ce qui concerne les propriétés économiques de la démocratie, il faut rappeler sans relàche que ce n’est pas la démocratie mais la propriété privée, la production et l’échange volontaire qui sont les véritables sources de la civilisation et de la prospérité humaines. En particulier, et contrairement à  un mythe répandu, il faut souligner que le défaut de démocratie n’était absolument pour rien dans la faillite du socialisme soviétique. Ce n’était pas le mode de sélection des politiciens qui constituait le problème du socialisme réel. C’était la politique et la politisation des décisions en tant que telles.

Au lieu que chaque producteur privé décide indépendamment quoi faire de ressources particulières, comme dans un régime de propriété privée et de contractualisme, avec des facteurs de production complètement ou partiellement socialisés chacune de ces décisions nécessite l’autorisation de quelqu’un d’autre. Peu importe au producteur comment sont choisis ceux qui donnent cette permission. Ce qui compte, pour lui, c’est qu’il ait à  demander la permission. Aussi longtemps que c’est le cas, l’incitation des producteurs à  produire est réduite et l’appauvrissement doit en résulter. La propriété privée est aussi incompatible avec la démocratie qu’elle l’est avec toute autre forme de domination politique. A la place de la démocratie, ce qu’exigent la justice aussi bien que l’efficacité économique, c’est une société de propriété privée stricte et non entravée -une « anarchie de production »- dans laquelle personne ne vole personne, et où toutes les relations entre producteurs sont volontaires, et par conséquent mutuellement avantageuses.

Enfin, pour ce qui est des considérations stratégiques, pour approcher le but d’un ordre social non-exploiteur, c’est-à -dire une anarchie de propriété privée, l’idée majoritaire doit étre retournée contre la domination démocratique elle-méme.

Sous toutes les formes de domination étatique, y compris la démocratie, la classe dirigeante des politiciens et des fonctionnaires ne représente qu’une faible fraction de la population. Alors qu’il est possible qu’une centaine de parasites vivent une vie confortable sur le produit d’un millier d’hôtes, un millier de parasites ne peut pas vivre sur le dos d’une centaine d’hôtes. A partir de la reconnaissance de ce fait, il apparaîtrait possible de persuader une majorité des électeurs que c’est ajouter une honte au préjudice subi que de permettre à  ceux qui vivent des impôts des autres de déterminer quel sera leur montant ; on pourrait alors, par un vote majoritaire, retirer le droit de vote à  tous les fonctionnaires et à  tous ceux qui vivent de l’argent de l’Etat, qu’ils soient parasites des systèmes sociaux ou fournisseurs des administrations.

En liaison avec cette stratégie, il est nécessaire de reconnaître l’importance primordiale de la sécession et des mouvements sécessionnistes. Si les décisions majoritaires sont « justes », alors la plus vaste de toutes les majorités possibles, une majorité mondiale et un gouvernement démocratique mondial, doivent représenter la « justice » supréme, avec les conséquences prédites au début. A l’inverse, la sécession implique la rupture de petites populations d’avec des populations plus grandes. Elle constitue par conséquent un vote contre le principe de la démocratie et du majoritarisme. Plus loin le processus de sécession se poursuivra -au niveau des petites régions, des villes, des quartiers, des bourgs, des villages, et finalement des associations volontaires de familles et d’entreprises- et plus il sera difficile de maintenir le niveau actuel des politiques redistributives. (6)

En méme temps, plus petites seront les unités territoriales et plus il y aura de chances qu’un petit nombre de gens, à  partir de la reconnaissance par le peuple de leur indépendance économique, de leur exceptionnelle réussite dans leur métier, de leur vie personnelle moralement impeccable, de la supériorité de leur jugement, de leur courage et de leur goût, s’élèvent au rang d’élites naturelles, volontairement reconnues. Ils préteront leur légitimité à  l’idée d’un ordre naturel de pacificateurs, de juges en concurrence, c’est-à -dire non monopolistiques, et par conséquent volontairement financés, de juridictions parallèles, tel qu’il existe aujourd’hui méme dans le domaine du commerce et des déplacements internationaux -une société de droit purement privé- comme réponse à  la démocratie et à  toute autre forme de domination politique, imposée par la violence.

Traduction de François Guillaumat
NOTES DU TRADUCTEUR :
(1) On pourrait multiplier les exemples de ce genre :

  • Les subventions aux « arts » et à  la « culture » profitent essentiellement à  une clientèle aisée (musées, théàtres, opéras,, bibliothèques).
  • La retraite par répartition subventionne les bourgeois et les fonctionnaires, qui vivent plus longtemps et commencent plus tard à  travailler, aux dépens des ouvriers, qui travaillent plus tôt et meurent vite.
  • Le versement transports, qui ampute les salaires pour subventionner les transports en commun, se retrouve dans la poche des propriétaires immobiliers voisins des lignes, ayant pour effet essentiel d’accroître la valeur de leurs logements.
  • L’impôt sur le revenu empéche les petits entrepreneurs industrieux de s’enrichir, et de concurrencer les gros capitalistes déjà  installés.
  • Le logement social est peuplé par des gens en moyenne plus riches que la population dans son ensemble.
  • Le salaire minimum interdit de travailler aux plus pauvres, pour que les autres salariés, plus riches, touchent davantage en étant protégés de leur concurrence.
  • Le protectionnisme agricole appauvrit les acheteurs de produits alimentaires (les plus pauvres étant ceux qui, proportionnellement, y dépensent le plus) au profit exclusif des propriétaires fonciers agricoles, et d’autant plus qu’ils sont plus riches. Etc.

Pour d’autres exemples, cf. David Friedman : « Robin des Bois est un vendu » dans Vers une société sans Etat, Paris, les Belles Lettres, 1992.

La règle absolue, axiomatique, est que la redistribution politique est administrée par les puissants aux dépens des faibles. La règle générale est qu’elle se fait au profit de ces mémes puissants. La vraisemblance veut que si les riches ne sont pas puissants, ni les puissants riches, ça ne dure généralement pas très longtemps.

(2) Il faut ajouter que le pillage affecte nécessairement l’ensemble des parties aux contrats qui ordonnent la coopération sociale, de sorte que rien ne garantit que les plus grands bénéficiaires, et les plus grandes victimes, de la redistribution politique, soient ceux désignés par les hommes de l’Etat.

(3) L’auteur parle de « costs », qui se traduit normalement par « coût ». Mais lui-méme serait le premier à  rappeler que le « coût » est une valeur ressentie par l’auteur d’une action au moment où il agit : la valeur pour lui de son deuxième meilleur choix, auquel il choisit de renoncer. Or, justement, le décideur « public » est celui qui ne subit pas les conséquences de ses actions. Par définition, il est institutionnellement irresponsable. Que ferait-il si, comme un monarque absolu, il était en principe propriétaire du royaume et subissait effectivement, en principe, les conséquences de son choix ? La seule manière de le savoir est de rétablir sa responsabilité, c’est-à -dire d’abolir le caractère « public » des décisions d’intérét commun.

Méme irresponsabilité chez les gens normaux, financiers forcés de cette décision. On trouvera certainement des contribuables (ou des acheteurs lésés par quelque monopole), dûment intimidés par la propagande du pouvoir, pour dire qu’ils l' »approuvent ». Mais cette opinion-là  ne peut pas étre informée à  la hauteur des enjeux. En effet, quel est leur seul véritable choix ? « Accepter » la situation ou en éprouver un sentiment de révolte impuissante : ils sont dans la situation du cocu qui, ne pouvant rien y faire, a pour meilleure solution de refuser de savoir qu’il l’est. Combien d’entre eux feraient la dépense, « achèteraient » le service s’ils en avaient effectivement le choix ? S’ils pouvaient refuser leur argent, ou refuser que les autres paient à  leur place ? La seule manière de le savoir est que ce choix, justement, leur soit laissé. Que la décision cesse d’étre « publique », pour redevenir privée.

Conclusion : le « coût » matériel de la décision de « produire » à  titre « public » n’est pas le vrai coût effectivement subi par le décideur, et n’est pas un coût pour celui qui paie. En fait, il n’a rien à  voir avec ce qu’on doit dépenser comme ressources pour « produire » : il faut donc bien employer un autre mot pour désigner les dommages que cette « production » nous cause. En outre, le mot de « pertes » (comme celui de « profit ») est strictement associé à  l’inattendu, à  l’imprévu, à  l’incertitude ; or, la décision publique peut étre prévue, et on peut méme surestimer sa nocivité, ce qui peut conduire par la suite à  constater un profit si elle est moins nuisible qu’on ne le pensait. J’ai donc choisi de parler de « charges ».

(4) ça prouve au moins que les hommes de l’Etat lui attribuent de la valeur. C’est pourquoi Murray Rothbard inscrivait la dépense étatique au titre de la consommation personnelle (d’argent volé aux autres) des hommes de l’Etat.

(5) Pas trop difficile d’imaginer des exemples….

(6) L’inverse étant évidemment vrai : les gens qui, soit pour s’en féliciter soit pour le dénoncer, s’imaginent que la « construction européenne » ou les institutions mondiales favoriseraient la liberté des échanges se fourrent tout autant le doigt dans l’oeil que ceux qui croient qu’une politique d’immigration sans entraves serait une politique « libérale ». Cf. Hans-Herman Hoppe : « Contre le centralisme ; Coopération économique oui, intégration politique non », , traduction par votre serviteur d’un texte publié sous le titre : « Wirtschaftliche Kooperation statt politische Zentralisation » dans la Schweitzer Monatshefte de mai 1993, pp. 365-371, et sous le titre « Against Centralization » dans The Salisbury Review de juin 1993, aux pp. 26-28 ; cf. aussi, idem, « Liberté d’immigrer ou intégration forcée ? » Traduction de : « Free Immigration or Forced Integration? » paru dans Chronicles, Vol. 19, N° 7, juillet 1995, Rockford Institute, 934 North Main Street, Rockford, IL 61103-7061.

Source: Hans-Hermann Hoppehttp://www.liberalia.com/htm/hhh_a_bas_democratie.htm

 

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