Ainsi parlait Zarathoustra

Ainsi parlait Zarathoustra
est un livre tout à  fait à  part dans l’œuvre de Friedrich Nietzsche (1844-1900), « un livre pour tous et pour personne ».

Ainsi parlait Zarathoustra est composé de quatre parties, et a été rédigé par Nietzsche en quatre périodes de dix jours, dans un état de grande exaltation, entre 1883 et 1885. Il contient une succession de « discours » de Zarathoustra, s’adressant tantôt à  la foule, tantôt à  ses seuls amis, portant sur des sujets aussi variés que l’amitié, l’Etat, la mort, le corps, la chasteté, etc.

Ainsi parlait Zarathoustra
a toujours revétu une importance particulière aux yeux de Nietzsche. Livre passé pratiquement inaperçu du vivant de son auteur, Nietzsche le qualifiait de « Cinquième Evangile », de « plus grand cadeau jamais fait à  l’humanité »; il annonçait qu’un jour on diviserait l’histoire de l’humanité en deux périodes: avant et après la publication de son Zarathoustra.
Ici, un extrait d’une remarquable clairvoyance et modernité concernant le rôle des Etats, de l’Etat…
Ainsi parlait Zarathoustra

Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez nous, mes frères : chez nous il y a des Etats.
Etat ? Qu’est-ce, cela ? Allons ! ouvrez les oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples.
L’Etat, c’est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement, et voici le mensonge qui rampe de sa bouche :  » Moi, l’Etat, je suis le Peuple. « 

C’est un mensonge ! Ils étaient des créateurs, ceux qui créèrent les peuples et qui suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour : ainsi ils servaient la vie.
Ce sont des destructeurs, ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui appellent cela un Etat : ils suspendent au-dessus d’eux un glaive et cent appétits.
Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l’Etat et il le déteste comme le mauvais œil et une dérogation aux coutumes et aux lois.
Je vous donne ce signe : chaque peuple a son langage du bien et du mal : son voisin ne le comprend pas. Il s’est inventé ce langage pour ses coutumes et ses lois.
Mais l’Etat ment dans toutes ses langues du bien et du mal; et, dans tout ce qu’il dit, il ment – et tout ce qu’il a, il l’a volé.
Tout en lui est faux; il mord avec des dents volées, le hargneux. Méme ses entrailles sont falsifiées.

Une confusion des langues du bien et du mal – je vous donne ce signe, comme le signe de l’Etat. En vérité, c’est la volonté de la mort qu’indique ce signe, il appelle les prédicateurs de la mort!
Beaucoup trop d’hommes viennent au monde : l’Etat a été inventé pour ceux qui sont superflus !
Voyez donc comme il les attire, les superflus ! Comme il les enlace, comme il les màche et les remàche !
 » Il n’y a rien de plus grand que moi sur la terre je suis le doigt ordonnateur de Dieu  » – ainsi hurle le monstre. Et ce ne sont pas seulement ceux qui ont de longues oreilles et la vue basse qui tombent à  genoux !
Hélas, en vous aussi, ô grandes àmes, il murmure ses sombres mensonges ! Hélas, il devine les cœurs riches qui aiment à  se répandre !
Certes, il vous devine, vous aussi, vainqueurs du Dieu ancien ! Le combat vous a fatigués et maintenant votre fatigue se met au service de la nouvelle idole !
Elle voudrait placer autour d’elle des héros et des hommes honorables, la nouvelle idole! Il aime à  se chauffer au soleil de la bonne conscience, le froid monstre !
Elle veut tout vous donner, si vous l’adorez, la nouvelle idole : ainsi elle s’achète l’éclat de votre vertu et le fier regard de vos yeux.
Vous devez lui servir d’appàt pour les superflus ! Oui, c’est l’invention d’un tour infernal, d’un coursier de la mort, cliquetant dans la parure des honneurs divins !
Oui, c’est l’invention d’une mort pour le grand nombre, une mort qui se vante d’étre la vie, une servitude selon le cœur de tous les prédicateurs de la mort !
L’Etat est partout où tous absorbent des poisons, les bons et les, mauvais : l’Etat, où tous se perdent eux-mémes, les bons et les mauvais : l’Etat, où le lent suicide de tous s’appelle –  » la vie « .
Voyez donc ces superflus ! Ils volent les œuvres des inventeurs et les trésors des sages : ils appellent leur vol civilisation – et tout leur devient maladie et revers !
Voyez donc ces superflus ! Ils sont toujours malades, ils rendent leur bile et appellent cela des journaux. Ils se dévorent et ne peuvent pas méme se digérer.
Voyez donc ces superflus ! Ils acquièrent des richesses et en deviennent plus pauvres. Ils veulent la puissance et avant tout le levier de la puissance, beaucoup d’argent, – ces impuissants !
Voyez-les grimper, ces singes agiles ! Ils grimpent les uns sur les autres et se poussent ainsi dans la boue et dans l’abîme.

Ils veulent tous s’approcher du trône : C’est leur folie, – comme si le bonheur était sur le trône ! Souvent la boue est sur le trône – et souvent aussi le trône est dans la boue.
Ils m’apparaissent tous comme des fous, des singes grimpeurs et impétueux. Leur idole sent mauvais, ce froid monstre : ils sentent tous mauvais, ces idolàtres.
Mes frères, voulez-vous donc étouffer dans l’exhalaison de leurs gueules et de leurs appétits ! Cassez plutôt les vitres et sautez dehors
Evitez donc la mauvaise odeur ! Eloignez-vous de l’idolàtrie des superflus
Evitez donc la mauvaise odeur ! Eloignez-vous de la fumée de ces sacrifices humains !
Maintenant encore les grandes àmes trouveront devant elles l’existence libre. Il reste bien des endroits pour ceux qui sont solitaires ou à  deux, des endroits où souffle l’odeur des mers silencieuses.
Une vie libre reste ouverte aux grandes àmes. En vérité, celui qui possède peu est d’autant moins possédé : bénie soit la petite pauvreté !
Là  où finit l’Etat, là  seulement commence l’homme qui n’est pas superflu : là  commence le chant de la nécessité, la mélodie unique, à  nulle autre pareille.

Là  où finit l’Etat, – regardez donc mes frères ! Ne voyez-vous pas l’arc-en-ciel et le pont du Surhumain ?

Ainsi parlait Zarathoustra Friedrich Nietzsche (1844-1900)
Padré

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