Airships

De 1896 à 1910, de mystérieux vaisseaux aériens vont défrayer la chronique. Il y aura deux phases distinctes : dans le temps et dans l’espace. La première aux Etats-Unis de 1896 à 1897 et la seconde en Grande Bretagne en 1910. Dans cet intervalle, il y aura d’autres cas périphériques, mais ils demeureront anecdotiques.

Les faits :

 

Tout débute en 1896, les sommets seront atteints en 1897. Des témoins commencent à observer d’étranges appareils dans les cieux. Voici quelques exemples de témoignages :

Des centaines de gens ont rempli les rues cette nuit pour voir le fameux aéronef. Il est apparu juste après le coucher du soleil, s’élevant comme un énorme météore. Il semblait adopter différentes couleurs, et se déplaçait à bonne vitesse. Il était à près de 5 miles à l’ouest et ne présentait pas la couleur rouge avant de plonger loin au nord-ouest. Avec une lunette il montra une forme de cône avec un phare brillant. On suppose qu’il était ancré dans les bois denses au sud de la ville toute la journée et en début de soirée. Il atteindra probablement la frontière du Minnesota d’ici dimanche, à moins que sa trajectoire ne change

Fontanelle (Iowa), 12 avril : L’airship a été vu ici à 20 h 30 cette nuit et a pu être observé par toute la population.

Il est venu du sud-est et n’était pas à plus de 200 pieds au-dessus du sommet des arbres et se déplaçait très lentement, ne dépassant pas 10 miles/h. La machine pouvait être vue clairement, et est décrite comme faisant 60 pieds de long, et la vibration des ailes pouvait être clairement observée.

Elle portait les lumières colorées habituelles, et le travail de la machinerie pouvait être entendu, ainsi que des airs de musique comme s’ils venaient d’un orchestre.

Il a été salué mais est a prit la direction du nord, semblant augmenter sa vitesse, et disparût. On ne doute pas à Fontanelle qu’il s’ait de la véritable chose, et les citoyens les plus proéminents en témoignent, etc.

Les occupants des airships sont vus et certains témoins parlent même avec eux:

Un aéronef a mis la région en ébullition… L’étranger qui en est l’occupant affirme qu’il a dû atterrir pour faire quelques réparations et qu’il va reprendre aujourd’hui son périple aérien… L’homme est armé d’un fusil pour empêcher les gens d’examiner la machine de trop près. Il affirme qu’il fait le tour du monde, mais qu’il a été forcé de se poser pour des réparations. Si les gens ne croient pas qu’il puisse voler, qu’ils patientent : ils auront droit à une démonstration gratuite !

On verra certains occupants descendre le long d’une corde, pour couper l’ancre qui attache l’airship au sol, des vaches seront enlevées aux moyens de corde. Il est de même fréquent d’entendre des son de voix venant des airships et même de la musique.

Puis courant 1897, la vague cesse. On n’entendra plus guère parler d’airships. Les années passent et 1909 voit l’arrivée d’une nouvelle vague. Celle-ci est centrée sur la Grande Bretagne. Il y a aura des centaines de témoignages, Winston Churchill lancera une enquête.

22 A Peterborough (Northamptonshire), une certaine Miss Gill ainsi que 2 autres personnes qui reviennent du théatre aperçoivent un objet sombre avec une lumière survolant la ville.

23 A Peterborough (Northamptonshire), observation d’un aéronef (gravure ci-contre). Un policier du nom de P. C. Keetle témoigne : J’étais de service dans Cromwell Road et je sortais de Cobden Street pour arriver dans cette rue, quand j’ai entendu ce que j’ai d’abord pris pour une automobile à environ 400 m de moi. Je descendis Cromwell Road, m’attendant à voir les phares d’une auto, mais rien de tel ne se produisit. Pourtant, j’entendais toujours le bourdonnement régulier d’un puissant moteur, quand soudain je fus frappé par le fait que ce son venait non pas de la route mais d’au-dessus de celle-ci ! Je levais les yeux et mon regard fut alors attiré par une puissante lumière qui devait se trouver à environ 350 m au-dessus du sol. Un corps sombre se découpait sur fond d’étoiles (…) de forme plutôt étroite et oblongue (…). Il se déplaçait à très grande vitesse et, alors que je le suivais des yeux, les bruit des moteurs diminua peu à peu. L’engin disparut en direction du Nord-Est. En tout, je dirais que j’ai pu le voir pendant environ 3 mn [3].


L’observation de Keetle

Ensuite on ne parlera plus d’airships.

Le contexte technique

 

C’est aux XVIIIème que l’on commence à envisager de voler. Dès 1709, les Portugais mènent les premiers essais. En 1710 Gusmao propose un projet pour transporter tout type de marchandise :

L’appareil de Gusmao
Mais les ballons à air chaud ne sont pas dirigeables, ils sont soumis aux caprices du vent et des éléments. On envisage de les doter des rames, de gouvernail. Tout cela est inefficace, il faudra attendre quelques années et l’invention de l’hélice pour que ces appareils trouvent un semblant de fonctionnalité.

En 1852, Giffard fait un vol de 27km avec un ballon équipé d’hélice à vapeur mais celui-ci n’est toujours pas dirigeable.

En 1863, Solomon Andrews crée le premier dirigeable mais ce dernier n’a pas de propulsion.

1872, Paul Haenlein crée le premier dirigeable à combustion à interne (durée du vol 10mm et vitesse de 8km/h)

1897, David Schwarz fait voler le premier dirigeable métallique (les observations d’airships métalliques aux USA sont antérieures de quelques mois).

1895, le comte Von Zeppelin dépose le brevet de ce qui sera le zeppelin :

un squelette rigide en aluminium d’une forme mince, fabriqué par l’entreprise de Gustav Selve à Altona, fait de poutres en anneaux et en long ;

l’espace pour le gaz contenu dans de nombreuses cellules cylindriques ;

la possibilité de naviguer en utilisant des ailerons pour le gouvernail et la profondeur (hauteur) ;

deux nacelles séparées reliées rigidement au squelette ;

des hélices montées à la hauteur de la résistance maximum de l’air ;

la possibilité de joindre plusieurs aéronefs en convoi.

Le premier vol aura lieu en 1900. Et c’est bien cet appareil qui suscite l’enquête que mènera Churchill. Il voudra déterminer si les airships observés sont des zeppelins ou non.

Toute la technologie des dirigeables futurs sera inspirée par les zeppelins. Ce type d’appareil est toujours étudié, y compris par les armées :

 

Le grand Jules Verne

 

En 1886 paraît une des œuvres maitresse de Jules Verne : Robur le Conquérant qui sera suivi de « Maître du Monde ». Robur a réussi à créer l’engin volant « parfait » :

À cette époque, depuis les expériences entreprises dans le dernier quart de ce 19ème siècle, la question des ballons dirigeables n’était pas sans avoir fait quelques progrès (…)

Il y avait donc là de quoi encourager les adeptes qui croyaient à l’utilisation des ballons dirigeables. Et cependant, combien de bons esprits se refusaient à admettre cette utilisation !

(…) D’ailleurs, reprit Robur, avec vos ballons, si perfectionnés qu’ils soient, vous ne pourriez jamais obtenir une vitesse véritablement pratique. Vous mettriez dix ans à faire le tour du monde – ce qu’une machine volante pourra faire en huit jours ! »

(…) Le Droit-Devant avait une forme allongée qui faciliterait son déplacement suivant l’horizontale. Sa nacelle, plate-forme à peu près semblable à celle du ballon des capitaines Krebs et Renard, emportait tout l’outillage nécessaire aux aérostiers, instruments de physique, câbles, ancres, cordes-guides, etc., de plus, les appareils, piles et accumulateurs qui constituaient sa puissance mécanique. Cette nacelle était munie, à l’avant, d’une hélice, et, à l’arrière, d’une hélice et d’un gouvernail. Mais probablement le rendement des machines du Go a head devait être très inférieur au rendement des appareils de l’Albatros.


Vous me direz pourquoi parler de Jules Verne. Tout simplement parce que certains passages de ce roman, certaines illustrations anticipe les témoignages de la vague airships :
Or, précisément, pendant la nuit précédente, une trompette aérienne avait lancé ses notes cuivrées à travers l’espace, au-dessus de cette portion du Canada située entre le lac Ontario et le lac Erié. Les uns avaient entendu le Yankee Doodle, les autres le Rule Britannia. De là cette querelle d’Anglo-saxons qui se terminait par un déjeuner à Goat-Island. Peut-être, en somme, n’était-ce ni l’un ni l’autre de ces chants patriotiques. Mais ce qui n’était douteux pour personne c’est que ce son étrange avait ceci de particulier qu’il semblait descendre du ciel sur la terre.

Fallait-il croire à quelque trompette céleste, embouchée par un ange ou un archange?… N’était-ce pas plutôt de joyeux aéronautes qui jouaient de ce sonore instrument, dont la Renommée fait un si bruyant usage?

Non! Il n’y avait là ni ballon, ni aéronautes. Un phénomène extraordinaire se produisait dans les hautes zones du ciel – phénomène dont on ne pouvait reconnaitre la nature ni l’origine. Aujourd’hui, il apparaissait au-dessus de l’Amérique, quarante-huit heures après au-dessus de l’Europe, huit jours plus tard, en Asie, au-dessus du Céleste Empire. Décidément, si la trompette qui signalait son passage n’était pas celle du Jugement dernier, qu’était donc cette trompette?

On se rappelle des musiques entendues par les témoins.

L’Albatros et ses puissants projecteurs

Ce n’est pas le plus significatif. Un des témoins déclare avoir vu un des occupants d’un airship couper la corde de l’ancre, voici ce que nous trouvons chez Verne :

Il manœuvrerait alors pour faire déraper son ancre. Si elle était trop solidement engagée dans les roches, il en serait quitte pour couper le câble et reprendrait son vol vers l’Équateur.

Tout est dans Verne. Paul d’Ivoi dans « L’aéroplane fantôme » reprendra ce thème, mais les vagues d’airships seront du passée.

Les explications

Plusieurs explications ont été envisagées pour expliquer la vague d’airships : le canular, hallucination, les extraterrestres, les génies solitaires, les sociétés secrètes.
Nous pouvons éliminer les deux premières. Ce sont les explications classiques à tout ce qu’on ne peut pas expliquer. Cela ne veut pas dire que dans la masse des témoignages ne se glissent ni canulars, ni hallucinations. On sait aujourd’hui que le soi-disant crash d’Aurora était un canular. Il est possible qu’une presse à sensation ait créé quelques bon gros canulars.

Les visiteurs extraterrestres:

Cette hypothèse a été émise par le très sérieux Washington Post qui parlait de « martiens » en 1897 Quand les ufologues modernes se sont remémorés la vague d’airships, ils ont concluent que celle-ci était une vague « soucoupe » similaire à celles de 1952 (USA) ou 1954 (France). Pourtant, cette hypothèse ne permet pas d’expliquer la vague dans tous ces détails : quid de l’ancre coupée ? On imagine un vaisseau interplanétaire doté d’une ancre ou encore une vache enlevée au moyen d’une corde. Les tenants de cette hypothèse indiquent que les témoins ont réinterprété ce qu’ils voyaient mais ne comprenaient pas aux moyens de leur connaissance (engin volant= ballon par exemple). Mais les dirigeables n’étaient pas encore développés. Tous avaient ils lu Jules Verne ? Peu probable.

Le génie solitaire

C’est l’hypothèse Robur. Elle entre dans le domaine du possible. Au XIXème siècle et encore au début du XXème siècle, la recherche était le f    ait d’individu isolé, avec ou sans mécène en fonction de leur fortune. La course au dirigeable était le graal de la technique à l’époque. Ouvrir la voie des air était synonyme de richesse et de gloire. Il est donc probable que beaucoup de savants et d’ingénieurs se soient lancé dans ce domaine et qu’ils aient réalisé des essais. Mais il y a trop de témoignages concernant des appareils opérationnels. Trop pour quelques chercheurs isolés. De plus lors de la vague de 1910, en Grande Bretagne le zeppelin volait depuis 10 ans et un nouveau graal de la technique était apparu : l’aviation. Il est possible que quelques cas puissent être expliqués ainsi mais pas tous les cas.

La société secrète

 

L’explication est récente. Elle remonte aux années 60, lorsque des ufologues découvrir les carnets de dessins de Dellshau, un boucher texan.

Une peinture Dellshau
Ces dessins auraient été réalisés par une société secrète : le Sonora Aero Club qui avait pour mécène un mystérieux NYMZA. Ils cherchaient à faire voler le plus que l’air. Nos ufologues ont logiquement conclu qu’ils avaient trouvé l’explication à la vague d’airships. Mais ce « club » n’a jamais existé et le mystérieux mécène n’a jamais pu être identifié. Doit-on rejeter cette hypothèse ? Non, après tout une société secrète ne peut pas aussi facilement être identifiée et un mécène qui désire conserver l’anonymat le peut, surtout en des époques où tout paiement se faisait en liquide.

Conclusion

Peut-on conclure ? Non. Comme bien souvent dans ce genre de phénomène, nous constatons la loi suivante : le phénomène donne suffisamment pour que les « croyants » soient convaincus mais pas assez pour que les sceptiques soient convaincus. Il n’a pas assez d’informations significatives pour qu’une identification positive soit faite.
Le sceptique utilisera Jules Verne pour expliquer la base du canular et ajoutera un argument sociologique pour justifier l’ampleur de la vague.
Le tenant de l’hypothèse ET dédaignera le rapprochement avec Jules Verne et démontrera avec la même force la validité de sa thèse, pourtant cette connexion ovni-littérature se retrouve dans d’autres cas.
Dans l’hypothèse société secrète, on ne se demandera pas ce qui a fait unanimement déclarer aux témoins que les occupants des airships étaient étrangers.
Pourtant, il existe une réponse. Elle est noyée dans les témoignes et elle ne peut émerger que de ceux-ci, à condition de ne pas les polluer avec des idées préconçues.

Veritas Europe

https://veritas-europe.com

Source :

http://rr0.org/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal

http://en.wikipedia.org/wiki/Main_Page

Forum ufologique

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