Les Bateaux des Philosophes

En 1922, la Russie a exilé des centaines d’universitaires et de journalistes sur les « Bateaux des Philosophes » pour laisser place à l’Union Soviétique.Ces navires ont aidé à faire taire les intellectuels des débuts de l’URSS.

L’URSS a été créée en Décembre 1922, mais des mois plus tôt, les futurs dirigeants de la nouvelle nation ont ordonné l’expulsion d’un grand nombre d’intellectuels russes.

L’idée d’exiler les opposants idéologiques du nouvel Etat soviétique était venue de Vladimir Lénine lui-même. En mai 1922, Lénine envoya une lettre au chef du GPU, l’organisation de sécurité d’Etat chargée, entre autres, des dissidents et des ennemis de l’Etat soviétique. La lettre ordonnait au directeur, Felix Dzerzhinsky, d’organiser des équipes pour étudier les antécédents et les tendances politiques des universitaires et des écrivains. Dzerzhinsky, un bolchevik loyal, s’est mis au travail et a établi deux comités, l’un pour créer une liste de professeurs gênants, et un autre pour se concentrer sur les étudiants.

L’économiste Boris Brutzkus a quitté la Russie sur un « bateau des philosophes ». FLL / PUBLIC DOMAIN

À la mi-août, les individus visés par le GPU ont commencé à être arrêtés au motif d’activité antisoviétique. Parmi eux le philosophe Nikolai Berdyaev, mais les arrestations ont visé un large éventail de penseurs, dont «des philosophes, des économistes, des sociologues, des scientifiques, des journalistes et d’autres intellectuels.» La majorité des individus désignés par le GPU n’étaient pas des contre-révolutionnaires actifs, mais ils avaient des différents ntellectuels avec le plan gouvernemental des bolcheviks.

Berdyaev, par exemple, était un philosophe chrétien. Un anti-autoritaire en général, il ne croyait pas que le communisme était compatible avec une société véritablement égale. Boris Brutskus, un économiste, avait exprimé sa conviction que la structure économique proposée par l’URSS échouerait. Yuly Aykhenvald, un critique littéraire, avait critiqué Léon Trotsky.

Leslie Chamberlain note dans son livre fondateur sur cet événement, « Lenin’s Private War: The Voyage of the Philosophy Steamer and the Exile of the Intelligentsia », le seul «crime» que chacun des déportés avait commis était d’avoir refusé d’abandonner leur croyances. «Ces penseurs ont affrontés Lénine et ils ont perdu en un instant leur patrie», écrit-elle.

Nikolai Berdyaev, un des déportés de l’URSS. ЧРЪНЫЙ ЧЕЛОВЕК / DOMAINE PUBLIC

Le 28 septembre 1922, le navire Oberbürgermeister Haken avec sa cargaison de penseurs et leurs familles débarque pour l’Allemagne. Et en novembre de cette même année, un autre navire allemand, le Preussen, emporta encore plus de penseurs déportés en Allemagne. Au total, 220 intellectuels éminents ont été expulsés de force de Russie avant l’établissement officiel de l’Union soviétique.

Ceux qui ont été déportés sur ce qui est maintenant rappelé comme les «Bateaux des Philosophes» avaient perdu la patrie qu’ils avaient passé leur vie à essayer d’améliorer. Certains, comme Berdyaev et d’autres exilés, ont commencé une académie philosophique et ils ont pu poursuivre leur carrière intellectuelle en Europe. D’autres n’ont pas été pas aussi chanceux et ils sont tombés dans la pauvreté et le dénuement.

À l’époque, les navires des philosophes étaient présentés par l’Union soviétique comme une réponse pacifique et humanitaire à traiter avec les dissidents problématiques. Dans les rares occasions où cette déportation massive est rappelée aujourd’hui, c’est souvent comme un autre soubresaut dans la montée du totalitarisme en Russie. La réalité est qu’elle a marqué un net changement vers un anti-intellectualisme forcené.

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