Débat sur la recherche de la vie extraterrestre

L'impression de cet artiste montre la surface de la lointaine planète naine Makemake. Observatoire européen de système sud / Nature / AP Photo
Cette vision d’artiste montre la surface de la lointaine planète naine Makemake.  / AP Photo

Ils l’appellent cousine de la terre, plus grande et plus âgée. Jeudi, la NASA a annoncé la découverte d’une planète semblable à la terre: Kepler 452b. Elle est située dans la « zone habitable » d’une étoile similaire à notre soleil, et la découverte a suscité de nouvelles spéculations sur la vie ailleurs que sur terre. La découverte a également été présentée dans la foulée de l’annonce que le milliardaire russe Yuri Milner faisait un  don de 100 millions de dollars pour la recherche de la vie extraterrestre. Mais alors que nous nous aventurons toujours plus loin dans le cosmos, sommes-nous prêts pour ce qui pourrait être là-bas?

L’organisation qui a obtenu les 100 millions de dollars est l’institut SETI. Le SETI affirme qu’une partie de l’argent ira vers la recherche pour l’envoi de messages dans l’espace, projet Active SETI. Selon le directeur du Centre de  Californie pour la recherche SETI, Seth Shostak, «Si le SETI devait capter un signal, il y aurait un mouvement fort, je peux le garantir. »

Mais tout le monde n’est d’accord avec le fait que nous soyons si désireux d’entrer en contact avec des extraterrestres. Le physicien Stephen Hawking soutient l’écoute, mais il a mis en garde contre la prise de contact. Il a comparé l’arrivée d’extraterreste sur terre à celle de Christophe Colomb en Amérique,  ce qui, comme il le dit, « ne fut pas bien pour les Amérindiens. »

David Brin est un astrophysicien et un auteur de science fiction. Il comprend les hésitations de Hawking et il a rompu sa relation avec le SETI pour protester contre leurs efforts à transmettre des messages dans l’espace sans une concertation plus large. Nous avons contacté David à San Diego, en Californie.

Et Nick Pope plaidera en faveur de la recherche du contact dans le cosmos. Il est un auteur et journaliste et il dirigeait le programme de recherche sur les OVNIs du gouvernement britannique dans les années 90. Il nous a rejoint à Tucson, en Arizona.

Cette conversation a été éditée pour des raisons de longueur et de clarté

Helen Mann: Nick, permettez-moi de commencer par vous. Pourquoi pensez-vous que nous devrions envoyer des messages dans l’espace?

Nick Pope: Eh bien, je pense que la question de savoir si oui ou non nous sommes seuls dans l’univers est l’une des plus importantes et des plus profondes questions que nous pouvons nous poser. Mais si nous nous contentons d’écouter, nous limitons nos options. Si nous écoutons et parlons, nous avons ainsi doublé nos chances dans cette recherche spécifique.

HM: David, vous appelez pour une approche plus prudente. Quelles sont vos préoccupations?

David Brin: Ma principale préoccupation en tant que scientifique est la manière incroyablement non professionnel de la mise en route du projet. Nous avons démissionné de divers comités internationaux liés au SETI pour protester contre ceux qui se sont précipités pour envoyer le cri ‘Yoo-hoo » dans le cosmos sans jamais exposer leurs concepts à un examen collégial ou  de pairs. Et c’est cette tendance à-dire, « Bien sûr, nous savons exactement ce que nous faisons », tout comme dans un film de Michael Crichton. Nous partons du principe que l’univers ne peut être qu’altruiste, l’univers ne peut être que bon.  »

HM: Nick, pensez-vous il y a quelque chose comme cela, que cela pourrait être irresponsable?

NP: Je comprends certainement la prudence. Je ne pense pas que vous puissiez faire retourner le génie dans la lampe. Je ne pense que nous avons été et que nous encore une civilisation détectable et toute civilisation extraterrestre là faisant le genre de choses que nous faisons sait probablement déjà que nous sommes là, particulièrement parce que nous sommes en fait une jeune civilisation dans le cosmos. Imaginez une civilisation ou plusieurs civilisations avec des milliards d’années d’avance sur nous. Ils nous connaissent.

Si ils savent déjà que nous sommes ici, et s’ils sont vieux et sages, pourquoi n’ont-ils pas parlé jusque là? Est-il possible que ce soit parce qu’ils savent quelque chose que nous ne savons pas sur le cosmos et ses dangers?  » – David Brin, astrophysicien et auteur de science-fiction

HM: David, vous semblez en désaccord …

DB: On appelle cela l’excuse de porte de grange. Si les chevaux ont déjà quitté la grange et il est trop tard pour fermer la porte de la grange. Et il est incroyablement ironique que des gens cultivés, scientifiques, admettent effectivement cela. L’argument est facilement réfuté. « I Love Lucy » disparaît dans le bruit de fond en une année-lumière et l’étoile la plus proche est à quatre années-lumière. Il nous faudrait un dixième de la surface du Hampshire ou du Connecticut et  rechercher sans relâche pour détecter notre émission, même Seth Shostak [du SETI] admet cela. Ceci est un cliché de Hollywood! Mais admettons que ce soit vrai que tous les extraterrestres là-haut savent déjà que nous sommes ici. Ensuite, que diantre essayez-vous de faire avec Active SETI quand vous dites qu’ils savent déjà que nous sommes ici? S’ils savent déjà que nous sommes ici, s’ils sont vieux et sage, pourquoi ne nous ont-ils pas parlé jusque là? Est-il possible que ce soit parce qu’ils savent quelque chose que nous ne savons pas sur le cosmos et ses dangers?

NP: Je pense que peut-être ils attendent que nous fassions quelque chose d’intéressant. Je pense que tendre la main avec espoir et amitié est une bonne chose. Et imaginez le potentiel de connaissances que nous pourrions acquérir en puisant dans une sorte d’ Encyclopedia Galactica hypothétique. Mais si nous partons du principe que nous devons être prudents vis à vis de ce qui est là-bas, de ce qui pourrait être là-bas, l’humanité ne serait probablement jamais sorti de ses quelques premiers villages, elle n’aurait jamais gravi la crête de la montagne pour voir ce qu’il y avait de l’autre côté, ni navigué sur les océans .

HM: David, quel est le pire scénario pour vous dans ce cas? Quelle pourrait être la conséquence involontaire d’envoyer un de ces messages?

DB: Beaucoup de gens ont navigué au-delà du coucher du soleil, c’étaient des explorateurs prêts à peser les avantages et les inconvénients possibles. Tout ce que nous demandons depuis le début est une discussion sur l’évalutation des  bénéfices et des risques des différentes possibilités. Maintenant, nous ne parlons pas d’une invasion massive de Cardassiens, même si comme auteur de science-fiction j’ai gagné beaucoup d’argent avec des histoires sur le premier contact et l’exploration de diverses possibilités de ce à quoi pourrait ressembler les extraterrestres. Et je reconnais que l’éventail des possibilités comprend celle qu’ils puissent être altruiste et bienfaisant. Mais si ils sont si bienfaisants et qu’ils savent que nous sommes ici, pourquoi ne nous ont-ils pas déjà fait parvenir l’Encyclopedia Galactica? Donc une action malveillante est possible.

HM: Alors Nick qu’en pensez-vous? En termes de consultation, quel est le problème d’avoir des penseurs comme Stephen Hawking? Il est un partisan du SETI et pourtant il a mis en garde contre la prise de contact avec des extraterrestres. Il a comparé l’idée de leur venue sur Terre à Christophe Colomb arrivant en Amérique, ce qui, comme il l’a dit « ne s’est pas révélé un bien pour les Amérindiens. »

NP: Je n’ai absolument rien contre une discussion, nous allons l’avoir. Mais nous devons faire face aux faits. La technologie est arrivée à un point où la publicité et le marketing des entreprises disent qu’ils vont diffuser activement des messages dans l’espace à la suite de concours pour diverses campagnes de marketing  basées sur le thème extraterrestre. Donc c’est déjà ce qui se passe. Je veux dire la curiosité et l’intelligence sont fondamentalement liés. Nous, les humains, nous  sommes des explorateurs.

HM: Je veux juste revenir sur un point car nous avons tous vu les mêmes films de science-fiction. Nick, David a potentiellement raison à propos de risques?

NP: Oui, je pense qu’il a raison. Bien sûr vous ne pouvez jamais dire qu’il y a un risque zéro. J’ai moi-même écrit quelques romans de science-fiction à propos d’une invasion extraterrestre, c’est donc clairement dans mon esprit aussi.

HM: Alors David, si SETI finit par envoyer des messages dans l’espace avec ou sans consultation, que voudriez-vous dire?

DB: Je voudrais un message contingent disant: «Si vous recevez ce message et  que vous refusez de nous parler parce que vous avez peur de nous » et je donnerais une chansonnette « Si vous nous parlez, si vous nous écoutez dès maintenant et qu’il se trouve que vous êtes les extraterrestres des OVNIs qui virevoltent dans notre blé, éventrent des bovins et terrorisent nos agriculteurs, maintentant faites gaffe! nous venons chez vous! S’il vous plaît dites à vos parents que nous aimerions parler avec eux « . Nous devrions écrire toute une série de messages. Et mon préféré est, « Vous avez gardé le silence parce que vous avez volé notre propriété intellectuelle et nos droits d’auteur et vous ne voulez pas nous payer pour notre télévision et notre art. »

HM: Et Nick, bien sûr, quel message aimeriez-vous envoyer?

NP: Je pense que je transmettrai, désolé, David, d’abandonner notre droit de propriété intellectuelle. Je veux leur parler de nos réalisations ici. Mais bien sûr, je veux connaître les leurs aussi. Alors peut-être y aura-t’il un échange d’informations. Ou plutôt est-ce comme un enfant à qui l’on donne toutes les réponses de l’examen? Peut-être que nous devrions y travailler.

HM: Merci à vous deux.

Dites-nous quel est le message que vous souhaitez envoyer dans l’espace.

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