Derrière la Franc-Maçonnerie du bois : la symbolique de l’ arbre

DEUX PAS SUR LA VOIE INITIATIQUE

Tous ceux qui ont voulu arracher à l’arbre, non pas ses feuilles, mais ses symboliques secrets, se sont vite rendu compte que ce n’était pas l’arbre qui leur cachait la forêt, mais la forêt qui leur dissimulait l’arbre !

Souvent, l’arbre est un des motifs qui apparaît dans nos rêves et qui peut avoir une grande variété de significations.Il peut symboliser l’évolution, la croissance physique, la maturation psychologique. Il peut symboliser le sacrifice, et beaucoup d’autres choses.

L’arbre est l’un des thèmes symboliques les plus répandus, celui dont la bibliographie, à elle seule, formerait un livre. Mircéa Eliade distingue sept interprétations principales qu’il ne considère d’ailleurs pas toutes autour de l’idée du Cosmos Vivant.

Dans les textes les plus anciens, comme dans la littérature biblique, l’évocation des arbres prend souvent une signification sans aucun rapport avec les préoccupations des techniciens de la flore et du bois.

Dans nos régions, les immenses forêts qui couvraient autrefois l’Europe servirent de refuge et d’habitat à l’homme. Dans cet univers en perpétuel transformation, il put observer l’évolution des végétaux et tirer des analogies entre leur vie, leur mort et leur renaissance, liées aux différentes saisons.

L’arbre était pour lui, il lui fournissait sa demeure, son feu et des possibilités de chasse.

Au Proche-Orient, sans doute moins aride jadis qu’il ne l’est aujourd’hui mais où le climat et l’étendue des steppes et déserts dus à la nature même des sols font apprécier la valeur d’un environnement accueillant, toute végétation de quelque importance se trouve remarquée et précieuse. Commode aussi sans doute pour baliser une région, repérer un site, fixer un point de ralliement ou établir un campement. L’homme et l’arbre forment un couple.

Mais au-delà de l’utilité, l’agrément ou le rassurant refuge qu’il offre, l’arbre affirme une vigoureuse et sereine vitalité. Celui surtout que met en valeur son isolement, son site, sa prestance, quelque particularité de tige ou de ramure,

apparaît alors comme l’expression de la puissance de vie qui est le propre de la divinité.

L’arbre devient sacré, il pénètre dans les grandes sagas.

AUX SOURCES BIBLIQUES

Lors de sa première exploration de Canaan, Abram fait escale au chêne de Moré, et plus tard s’installera à la chênaie de Mambré où Isaac séjourne près de lui; la prophétesse Deborah rend la justice sous un palmier entre Rama et Bethel. Le juge Gédéon prend rendez-vous avec l’ange de Yahvé sous le térébinthe d’Ophra, le roi Saül fixe son poste de commandement sous le grenadier de Migron ou sous le tamaris du haut lieu de Guibéa.

En Orient, contrée de la Lumière, lorsque les Anciens voulaient enseigner, ils narraient. L’histoire de Pierre, un charpentier ambulant mérite de retenir notre attention. Au cours de l’un de ses voyages, il vit un vieux chêne gigantesque auprès d’un autel rustique. Le charpentier dit à son apprenti qui admirait le chêne:

 » Voilà un arbre inutile. Si on voulait en faire un bateau, il pourrirait bientôt. Si l’on en faisait des outils, ils se briseraient. On ne peut rien faire d’utile avec cet arbre, c’est pourquoi il a pu devenir si vieux.  »

Mais à l’auberge, la même nuit, le charpentier vit le chêne en rêve, et l’arbre lui dit:

 » Pourquoi me compares-tu avec vos arbres cultivés, comme l’aubépine, le poirier , l’oranger, le pommier et tous les autres arbres fruitiers ? Avant même que leurs fruits ne soient murs, les gens les abîment, cassent leurs branches et leurs ramures. Les dons qu’ils apportent leur nuisent, et on ne leur laisse pas le loisir de vivre jusqu’au bout de leur existence naturelle. Il en est ainsi partout, et c’est pourquoi je me suis efforcé depuis longtemps de devenir complètement inutile. Pauvre mortel ! Crois-tu que si j’avais été utile, on m’eut laissé atteindre cette taille ? D’ailleurs toi et moi, sommes tous deux des créatures, et de quel droit une créature s’érige-t-elle en juge d’une autre ? Ô mortel inutile, que sais-tu de l’inutilité des arbres ? »

Le charpentier se réveilla, médita son rêve, et plus tard, quand son apprenti lui demanda pourquoi il n’y avait que cet arbre pour protéger l’autel rustique, il répondit:  » tais-toi, qu’il ne soit plus question de cela. Cet arbre a poussé là à dessein, parce que partout ailleurs, les hommes l’aurait maltraité. S’il n’avait été l’arbre de l’autel rustique, on l’aurait peut-être abattu.  »

Le charpentier avait manifestement compris son rêve. Il s’était rendu compte qu’accomplir simplement sa destinée est le plus grand exploit de l’homme, et que l’utilitarisme doit céder le pas aux exigences de la psyché inconsciente. Si nous exprimons cette métaphore en termes psychologiques, l’arbre symbolise le processus d’individuation et donne une leçon à notre moi à courte vue.

Cependant, nous ne devons pas oublier que l’arbre est un symbole ambivalent. L’Arbre de Vie peut à l’origine être considéré comme une image de l’androgyne initial. Mais au plan du monde phénoménal, le tronc dressé vers le ciel, image de force et de puissance éminemment solaire est bien le phallus, allégorie archétypale du père, que l’on retrouve dans le menhir et dans l’obélisque

Parfois l’arbre de vie est inversé. Ses racines puisent la vie dans le Cosmos et ses branches et ses feuilles les répartissent sur la Terre.

L’arbre creux quant à lui; de même que l’arbre à feuillage dense et enveloppant, où nichent les oiseaux, et qui se couvre périodiquement de fruits, évoque le symbole archétypal lunaire de la mère fertile.

Nous pourrions parler longuement des arbres : l’Arbre de Jessé qui dresse la généalogie du Christ, mais qui est également l’arbre du feu…De l’arbre en Y, figure de l’homme entre les deux voies, reflet de la sixième lame du Tarot; de l’arbre ascension, ou de l’arbre qui envahit l’univers.

L’HOMME ET L’ARBRE INITIATIQUE

C’est le fils d’un cordonnier et d’une repasseuse nourris des traditions du Compagnonnage qui nous va nous guider sur le chemin de la méditation et de la réflexion initiatique. Il s’appelait Jean Giono, et nous lui devons une nouvelle que peu de gens connaissent : L’HOMME QUI PARLAIT AUX ARBRES.

Le héros de jean Giono est un simple berger, c’est à dire un Veilleur. Un contemplatif qui vit seul dans le silence des montagnes désertiques de la Haute -Provence, que les hommes ont déboisées.

Chaque jour, avec ordre et précision il choisit de sélectionner des graines qu’il s’est fait un devoir de planter tous les matins. Peu à peu, il redonne vie à une nature abandonnée. Mois après mois des haies sortent de terre. Des abeilles viennent butiner les fleurs, les eaux de ruissellement réalimentent les sources. De jeunes arbrisseaux tendent leurs têtes vers le ciel.

Ce qui n’était hier qu’un désert stérile reprend vie. Les nuages s’arrêtent sur les sommets et déversent une pluie bienfaisante sur une nature régénérée.

Des charbonniers, qui vivaient comme de véritables sauvages retrouvent leur bon sens dans cet univers rééquilibré. Ils se marient et fondent des dizaines de foyers remplis de gazouillis de jeunes enfants

Après un quart de siècle, un préfet en grand uniforme viendra décorer notre berger. Ce dernier fuira très vite cette cérémonie pour retrouver le petit paradis qu’il a créé.

Ne rêvons pas, l’Homme qui plantait des arbres n’a jamais existé, mais plus réel que s’il arpentait encore les sentiers de la Haute-Provence, nous pouvons méditer sur la leçon que Jean Giono nous a laissée.

Chez son héros le sentiment de Devoir ne peut s’expliquer par aucune contrainte sociale. Il conçoit le plutôt comme un sentiment lié au Bien. À L’instar de chaque berger qui le soir contemple la voûte étoilée, son action se reflète dans son microcosme : l’Ordre établi.

Peut-être comme l’enseigne Guyau, l’instinct universel de la vie, est-il pour lui la source de cette moralité qu’il applique au devoir de perpétuer l’ordre du monde.

par Guy Tarade, vendredi 1 juillet 2011, 09:54

Voir également : http://web.archive.org/web/20150318090305/http://lesarchivesdusavoirperdu.over-blog.com/ et http://web.archive.org/web/20141104103722/http://lesdossiersdeletrange.over-blog.com:80/

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