Dramatique mise en garde de l’ONU sur le réchauffement de la planète

Les scientifiques sont formels, dans un rapport qu’ils ont présenté, à  Genève, il y a déjà  2 ans, si les gouvernements ne passent pas à  l’action, tous les pays s’exposent à  des catastrophes au XXIe siècle : fonte des glaciers, inondations, famines, épidémies, disparitions de terres arables.

SECHERESSES, inondations, disparitions d’espèces, montée des eaux, cyclones, nouvelles épidémies, érosion des sols… Telles sont les conséquences les plus extrémes du réchauffement climatique attendues au XXIe siècle, selon les experts du groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (IPCC), qui travaillent sous l’égide de l’ONU. Dans un rapport rendu public, à  Genève, et intitulé « Changement climatique 2001 : impacts, adaptation et vulnérabilité », ils résument « à  l’intention des décideurs »les conséquences du réchauffement.
Prenant en compte les avancées scientifiques réalisées depuis 1995, date du dernier rapport de l’IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change), ces experts dits du groupe II, avaient réévalué l’ampleur du phénomène dans un premier document rendu public fin janvier à  Shanghaï. Leurs conclusions avaient été dévoilées à  la veille de la conférence de La Haye sur le climat en novembre 2000 (Le Monde du 3 novembre). Ainsi, la hausse des températures attendue d’ici 2100 s’établit entre 1,4 et 5,8 °C, selon les modèles, lesquels prédisent une montée moyenne correspondante du niveau des océans comprise entre 9 et 88 centimètres. Ce nouveau bilan précède d’une semaine un troisième volet consacré aux moyens à  mettre en oeuvre pour limiter les émissions de gaz à  effet de serre, dont presque plus aucun scientifique ne conteste le rôle dans le réchauffement de la planète.
« Notre rapport n’est pas significativement plus catastrophiste qu’en 1995, indique Michel Petit, représentant français dans le groupe II de l’IPCC depuis 1992. Ce qui est plus clair, c’est que le réchauffement climatique attribué à  l’homme par nos collègues du groupe I a déjà  affecté un certain nombre de systèmes comme les glaciers, dont 98 % sont en récession ». Pour évaluer les impacts, pour mettre à  jour la façon dont différents écosystèmes seront à  méme ou non de s’adapter et dresser ainsi un atlas des régions les plus vulnérables au changement climatique, les experts ont tenu compte de phénomènes déjà  tangibles : fonte des glaciers, dégel du permafrost, allongement des saisons de croissance des végétaux, migration de certaines plantes et d’animaux vers des zones plus septentrionales, floraisons précoces, modification des cycles de ponte chez les oiseaux…
De méme, les experts notent que « la récente augmentation des inondations et des sécheresses a déjà  affecté certains systèmes économiques et sociaux. »
Néanmoins, la majeure partie des conclusions de l’IPCC a été obtenue à  l’aide de modélisations. Ces dernières leur ont permis de dresser une liste des impacts, positifs et négatifs, du réchauffement.
« STRESS HYDRIQUE »
Au chapitre des effets négatifs, on trouve une réduction « potentielle » des récoltes dans la plupart des régions tropicales et subtropicales, mais aussi sensible « avec certaines variations » sous les latitudes moyennes ; une baisse des ressources en eau dans les zones déjà  arides – le « stress hydrique », qui affecte déjà  1,7 milliard d’individus, pourrait toucher 5 milliards de personnes en 2025 ; une augmentation des populations exposées au paludisme et au choléra ; un accroissement du risque d’inondation pour des dizaines de millions de personnes en raison de l’abondance des précipitations et de la montée du niveau des mers ; une hausse de la consommation d’énergie pour la climatisation en été.
La liste des bénéfices attendus du réchauffement climatique est plus restreinte : augmentation des récoltes dans certaines régions de latitude moyenne ; augmentation potentielle des ressources de bois dans les foréts correctement exploitées ; ressources en eau supplémentaires dans certaines parties du Sud-Est asiatique ; réduction de la mortalité hivernale dans les latitudes moyennes et hautes ; réduction de la demande d’énergie pour le chauffage en hiver.
« Des adaptations pourront réduire l’impact négatif du réchauffement climatique et permettront de profiter de ses effets bénéfiques, notent les experts, mais elles seront coûteuses et ne pourront éviter tous les dommages. » Ils soulignent que les capacités d’adaptation des sociétés humaines sont plus importantes que celles des systèmes naturels, mais qu’elles ne sont pas les mémes dans toutes les régions du globe. « Ceux qui disposent des ressources les plus réduites sont ceux dont les capacités d’adaptation sont les plus faibles, et qui sont donc les plus vulnérables », prédisent-ils sans surprise. Une façon un brin technocratique de désigner comme premières victimes du réchauffement les pays en voie de développement qui, quels que soient les scénarios considérés, devraient connaître de fortes pertes économiques. « Les pays en développement dépendent souvent d’une ressource naturelle unique ce qui amoindrit leur capacité d’adaptation », résume Michel Petit. Ces considérations générales ont conduit le groupe d’expert à  dresser, continent par continent, un tableau des conséquences attendues du réchauffement climatique, à  l’aune de leurs capacités d’adaptation et de leurs vulnérabilités.
Qu’attendre d’un tel rapport ? « Ce document est une sorte de bible de l’état des connaissances à  un instant donné », indique Michel Petit, qui regrette que les négociations sur les émissions de gaz à  effet de serre, engagées par le protocole de Kyoto en décembre 1997, soient au point mort – elles ne reprendront pas avant l’été, le temps pour l’administration américaine de George Bush de se mettre en ordre de bataille. Outre leur stérilité, ces tractations passent à  côté de l’essentiel : « Kyoto ne concerne que les pays développés, or le vrai problème, c’est la façon dont l’Inde et la Chine vont se développer. » Les experts de l’IPCC, qui rendront leur rapport de synthèse en septembre à  Londres, envisagent d’espacer leurs publications et d’approfondir la question de la « remédiation » à  plus long terme des effets du réchauffement. « Lorsque les diplomates auront fini leur petit jeu autour du protocole de Kyoto, fustige l’expert français, et qu’ils devront penser à  l’après 2010 , peut-étre seront-ils reconnaissants à  l’IPCC d’avoir commencé à  y réfléchir.  »
Info Le Monde ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 21.02.01 Bientôt 3 ans. Et personne, aucun gouvernement s’est encore « bougé !

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