Faux OVNIS et vrais faussaires Partie 2:

Quelle expertise pour les photographies et les vidéos numériques ?

Le phénomène OVNI vu en tant qu’objet de connaissance et non de croyance

Un texte de Vince MARIE, Belgique

Cet article vient en complément de celui que nous avions consacré à la réflexion mise en place, il y a quelques dizaines d’années par Joseph Allen HYNEK, autour de l’analyse de photographies prétendant présenter des OVNIS.  Encore une fois, il ne s’agit pas ici d’imposer des protocoles rigides pour l’analyse de supports visuels, mais de partager une réflexion succincte, personnelle, où nous tenterons de poser les jalons d’une analyse rigoureuse, la plus objective possible, de photographies ou de vidéos.  Nous défendons l’idée que l’ufologie ne doit plus rester coincée d’une part par une difficulté bien légitime à proposer des méthodes d’analyse qui lui sont propres, et d’autre part, par le fait qu’elle soit encore trop peu portée sur la réflexivité. Sans cette dernière, il paraît pourtant impossible d’aller au-delà d’un état d’amoncellement anarchique de spéculations contradictoires.

Il faut comprendre qu’il ne s’agit pas là d’une introduction «bien-pensante» ou «politiquement correcte» aux méthodes d’analyse que tout ufologue devrait prétendre suivre, ce serait une manière profondément naïve d’envisager les choses.  Il s’agit davantage ici, pour nous, de prolonger une réflexion qui a débuté dans les trois (3) précédents articles, en poursuivant notre exploration de la question de la distinction entre les connaissances issues d’investigations scientifiques et des connaissances issues de croyances partagées.  Mais cela n’exclut en rien l’idée de foi, surtout la foi en la recherche (sans tomber dans un positivisme béat, la science n’est pas la réponse à tous nos problèmes, ce n’est qu’un passage, un outil).  D’ailleurs, l’ufologie est un véritable sacerdoce.

Pour relativiser un point de vue trop orienté «recherche scientifique universitaire», qui pourrait paraître rigide, nous pourrons admettre que nombre de prétendues connaissances scientifiques sont des croyances issues des idéaux de chercheurs, ou de la paresse intellectuelle qui en caractérise un certain nombre.  Toute personne qui a fréquenté de près ou de loin les endroits où l’on pratique la science de manière conventionnelle, selon des protocoles bien rodés, a pu s’en rendre compte.  Les réponses aux mystères dont nous traitons en ufologie ne sont pas, ou plus, à chercher de ce côté-ci, tout autant qu’elles ne sont pas à chercher dans la spéculation libre, mais sans doute du côté d’une recherche décomplexée, en quête d’une certaine rationalité issue de l’observation et de la compréhension de phénomènes classés sous l’étiquette «inexplicables».  C’est la distinction que nous ferons, pour achever cette trop courte introduction épistémologique, entre «comprendre» et «expliquer»:  de notre point de vue, il est inutile de chercher à expliquer des phénomènes inhabituels par des fétiches théoriques, scientifiques ou mystiques (voir notre article précédent), c’est-à-dire par des «vérités» extraordinaires révélées puis admises, médiatisées et partagées par une majorité, quelle qu’elle soit, mais par l’analyse du phénomène OVNI tel qu’il se présente réellement à nous.  L’étape de l’«explication» proprement dite ne pourra venir que lorsque nous aurons eu la possibilité de saisir l’essence du phénomène qui nous préoccupe, ce qui est, pour l’instant, loin d’être le cas, contrairement à ce que nombre d’ufologues prétendent en nous assénant une multitude de vérités!

L’expertise des photographies et des vidéos numériques en question

Après cette entrée en matière, nous nous devons de rappeler les quatre (4) conditions qui constituent ce que nous avions appelé, dans un précédent article, «la méthode HYNEK».  Les points suivants ont été énoncés par l’astronome-ufologue comme des conditions sine qua non au démarrage d’investigations sérieuses sur un document photographique:

Condition 1:  la prise de vue s’est effectuée en présence de témoins sérieux qui, dans le même temps, observaient visuellement l’objet;

Condition 2:  le ou les négatifs originaux doivent être remis en même temps que les épreuves de tirage, car ces dernières ne permettent en aucun cas une analyse convenable;

Condition 3:  il doit être possible d’examiner à loisir l’appareil photographique;

Condition 4:  le possesseur de la photographie consent à témoigner sous serment que, pour autant qu’il le sache, la photographie est authentique, c’est-à-dire qu’elle est ce qu’elle prétend être (celle d’un OVNI).  Un (1) point complémentaire est intégré à la condition 4 par HYNEK:  il est préférable, selon lui, que plusieurs photographies, sous plusieurs angles, aient été prises.

Nous considérons que les problèmes liés à l’authentification d’une vidéo analogique sont sensiblement les mêmes que ceux posés par la photographie argentique, mais que les difficultés sérieuses commencent lorsqu’on s’attache à analyser des documents numériques ou l’une des milliers de vidéos, qui prétendent être liées au phénomène OVNI, circulant à l’heure actuelle sur Internet.  Nous pensons que ces supports nous obligent à reformuler profondément les critères proposés par HYNEK il y a plus de 40 ans.  C’est ce que nous allons tenter de montrer dans cet article, en ré-énonçant les critères d’HYNEK à la lumière des enjeux liés aux documents numériques.

Repenser l’idée de document «original» à l’aube du numérique

Les conditions actuelles de production et de diffusion d’images font partie des idéaux théoriques de l’ufologie contemporaine.  Pourtant, ils nous obligent à repenser profondément l’analyse de supports visuels lorsque l’on veut aller plus loin dans l’appréhension du phénomène OVNI dans son ensemble (en admettant que le phénomène OVNI constitue un ensemble cohérent, ce qui est loin d’être une évidence).

Le numérique pousse le chercheur à renforcer ses compétences et ses connaissances, ou au moins à être instruit de détails techniques concernant ce domaine.  À tout le moins, la photographie et la vidéo numériques nous montrent que les réflexions liées à la «reproductibilité technique» des œuvres (des «œuvres» d’art au sens large du terme, non en tant que technè, mais bien comme sa résultante) sont toujours d’actualité, mais qu’on ne saurait plus penser ce problème de la même manière qu’il y a un siècle.  En tout cas, on ne peut plus envisager cette idée de «reproductibilité technique» telle qu’on le fait depuis plus de 80 ans à l’aide d’ouvrages comme Das Kunstwerk im Zeitalterseinertechnischen Reproduzierbarkeit («L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique») de Walter BENJAMIN, désormais trop éloignés de notre réalité.  Le support numérique, largement dominant aujourd’hui, fait que la notion de document «original» est en grande partie perdue.  Les images sont fixées sur des supports immatériels, les négatifs et les pellicules n’existent plus, la reproductibilité de ces images est possiblement illimitée sans que l’on puisse faire facilement la différence entre le premier cliché et sa millième copie.

Ainsi, sous cet éclairage, qu’est-ce qu’un document «original»?  Quelle est sa valeur en tant que preuve?  Le problème ne se pose plus dans les mêmes termes que du temps de la photographie argentique et de la vidéo analogique, lorsqu’il fallait avoir un certain nombre de connaissances et de matériel pour truquer ces types de documents et ensuite produire des négatifs crédibles.  Le jeu en était presque plus excitant à l’époque de Staline!  Notons au passage que le problème se posait dans les mêmes termes, il y a 30 à 40 ans, pour les documents sonores.  Nous en voulons pour preuve le fameux document datant de 1968, proposé par Jean-Pierre PETIT, prétendant présenter la voix d’un «Ummite».  La question de savoir s’il s’agissait d’un truquage analogique s’est imposée lorsque ce document a été révélé au grand public.  Nous connaissons le résultat des recherches de PETIT à ce sujet.  Selon lui, on n’avait pas les moyens de produire ce type de sons en 1968, car le Vocodeur, qui aurait pu permettre de créer ces voix nasillardes, est un instrument qui ne connaissait encore que peu ce genre d’applications à l’époque, en tout cas d’après le scientifique.  La question serait encore plus difficile à résoudre aujourd’hui à cause des innombrables moyens dont nous disposons pour retraiter numériquement un signal sonore, moyens auxquels nous avons tous ou presque accès.

Le problème est bien là, les documents numériques, et surtout ceux dont nous disposons via Internet, sont difficilement contrôlables. Comment connaître leur origine et la manière dont ils ont circulé?  Nous avons donné la dernière fois l’exemple de la photographie du chasseur:  les publicistes ont profité de ce flou pour créer un effet de rumeur et faire la promotion d’un jeu vidéo.  Dans 99% des cas, cela s’avère parfaitement impossible!  La question de l’original, soulevée par HYNEK, est, selon nous, un critère qui s’est considérablement affaibli en moins d’un demi-siècle…

L’ombre d’une solution:  reformuler les conditions de l’expertise

Cela nous pousse donc à reformuler le protocole, avec une volonté toujours intacte de rester dans la lignée d’une certaine objectivité.  Nous proposons de réviser la méthode HYNEK de la manière suivante:

Condition (révisée) 1: comme nous venons de le voir, la condition 1 (HYNEK), c’est-à-dire celle qui consiste à s’efforcer d’obtenir le document numérique «original» (vidéo ou photographique) ne nous aidera que très peu. Cette exigence reste donc insuffisante, et l’est encore plus maintenant, comme nous l’avons vu plus haut.  En revanche, il nous paraît utile de s’efforcer d’obtenir, de la part du ou des témoins, le ou les supports numériques originaux (la carte mémoire par exemple), ne fut-ce que pour tester le témoin et s’assurer d’avoir la meilleure qualité d’image possible;

Condition (révisée) 2:  il nous paraît également toujours important de pouvoir observer à loisir l’appareil qui a servi à capturer les images ainsi que d’obtenir des indications techniques sur son fonctionnement et sur la manière dont il a été utilisé (par exemple, il existe aujourd’hui une multitude de traitements possibles à partir de l’appareil photographique et de la caméra elle-même).  La condition 4 d’HYNEK peut être ajoutée ici. En effet on ne se passera pas pour autant du serment du témoin.  On peut tout de même relativiser la valeur de ce dernier, qui n’a pour but que de s’assurer de l’engagement du témoin vis à vis de son dire.  Cela dit, dans nos sociétés où les actes de paroles symboliques («performatifs») tendent à avoir de moins en moins de valeur et d’importance tant au niveau individuel que collectif, il faudrait réévaluer sérieusement la portée d’un tel serment;

Condition (révisée) 3:  il s’agit d’un aspect que nous souhaitions remettre en valeur:  l’enquêteur devra s’assurer les services d’un expert dans le domaine du numérique, condition implicite chez HYNEK, pour évaluer les documents en question.  Si l’ufologue ne possède pas les compétences nécessaires, il paraît incontournable, dans le contexte actuel, de faire appel à un tiers.

Ces protocoles minimaux (et rappelons-le une nouvelle fois, il y en a d’autres de possibles et nous ne remettons nullement en question celui d’HYNEK, nous ne faisons que le reformuler à la lumière des contraintes posées par le numérique et Internet!) paraissent être une étape essentielle pour pouvoir se permettre de passer à l’expertise proprement dite, c’est-à-dire à l’analyse de ce qui est présenté sur les documents rapportés par des témoins.  Le problème est, à ce niveau de l’enquête, le manque de véritables données techniques sur les OVNIS, de données «objectives», nous permettant de pousser plus loin l’étude des documents.  Cela dit, l’ufologue confirmé pourra aussi faire appel à sa propre expérience pour évaluer la vraisemblance des images rapportées, et leur valeur en tant que preuves, fort heureusement cette dimension n’est pas exclue!

Mais, quoi qu’il arrive, il nous paraît essentiel, voire crucial, de ressortir du premier niveau de l’expertise avec des arguments solides nous permettant de nous lancer véritablement dans une analyse approfondie, et il nous faut encore et toujours insister sur ce fait.  Notons que cet état d’esprit est intégré depuis longtemps dans la méthodologie initiée il y a 25 ans par le Réseau OVNI-ALERTE inc., surtout en ce qui concerne l’étude de témoignages sans preuves photographiques ou filmées, à l’appui.  Il en est de même pour l’importance qui est accordée au fait qu’il est une bonne chose de collecter plusieurs témoignages, visuels ou verbaux, liés à un même phénomène.   Notons tout de même qu’un faussaire particulièrement acharné pourra toujours produire plusieurs documents (comme ce fut le cas par exemple pour l’affaire «Jérusalem», les vidéos étaient d’ailleurs de plus en plus grossiers), d’où l’intérêt d’avoir la possibilité d’expertiser des documents, sur le long-terme, et toujours à l’aide des témoins présumés.  Sur le long-terme, car le témoignage peut se transformer au fil du temps, auquel cas il sera sujet à caution, et l’affaire devra être expertisée à nouveau sous un nouvel éclairage ou bien abandonnée définitivement.

La «culture Youtube»

Nous n’allons pas revenir sur l’éternel débat qui consiste à s’opposer sur les bienfaits et les méfaits du réseau Internet.  Des sites comme Youtube sont depuis longtemps utilisés pour faire circuler des images qui prétendent se rapporter au phénomène OVNI, il en existe un nombre considérable, et cela en devient presque obscène à la longue.  S’il est sans doute bon de démocratiser l’information (si tel est bien le but des internautes qui partagent des informations, on ne peut pas toujours enjoliver leurs motivations), on ne peut pratiquement appliquer aucuns contrôles sur la provenance, le contenu et l’expérience des auteurs de ces images.  D’ailleurs aucune instance de régulation des contenus n’existe sur ces sites, à part dans de cas extrêmes comme la mise en ligne d’images violentes ou pornographiques, et encore…  Ainsi, trois (3) problèmes principaux s’opposent lorsqu’on a affaire à des images provenant par exemple de Youtube:

1) dans la plupart des cas, on ne peut appliquer aucuns contrôles dignes de ce nom sur les contenus;

2) la qualité de ces documents est le plus souvent extrêmement médiocre et ne permet pas des analyses poussées;

3) tout est permis, produire de faux documents paraissant crédibles est devenu un véritable jeu à la portée de tous.

Finalement, on ne peut pas passer à côté de la question de savoir si les ufologues doivent perdre leur temps à mener des investigations autour de ce genre de documents, en sachant que les témoignages affluent par ailleurs.  Ces vidéos restent du domaine du loisir et de l’occupationnel, et pourtant elles se trouvent, bien trop souvent, au centre des réflexions et des commentaires, et cela nous paraît dommageable pour l’ufologie qui a tant de mal à se faire prendre au sérieux.

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