Faux OVNIS et vrais faussaires:

Continuons de défendre une vraie méthode scientifique pour l’analyse de «preuves»!

Réflexion autour de « la méthode HYNEK » pour l’analyse de supports visuels

Partie 1: la photographie

Un texte de Vince MARIE, Belgique

Finie l’époque des montages grossiers, du « hoax » rigolo, du « fake » ringard et du manipulateur ignare ! Place aux faussaires modernes et instruits, qui ne cessent de nous étonner par leur savoir-faire et leur perspicacité. Les deux derniers exemples en date, parus sur le site OVNI-ALERTE (OA), sont la photographie d’un prétendu « alien » issue de l’appareil d’un chasseur américain et la vidéo présentant une prétendue « Lumière Nocturne » (LN) au-dessus de Jérusalem. Ces documents ne sont pas les seuls, loin s’en faut, à se propager sur la « toile ». Nous voyons fleurir, depuis des années, une multitude de fausses preuves censées représenter des OVNIS, aux quatre coins du monde.

Préparons donc une contre-attaque, sans animosité, mais en nous efforçant de placer nos intelligences et notre sens critique comme des remparts à nos abuseurs, pour qui la manipulation est devenue un jeu voire un perpétuel défi. Si les ufologues, ou prétendus tels, veulent garder un peu de crédibilité, à une époque où celle-ci ne cesse d’être en chute libre, il leur faut redoubler de vigilance, demeurer humbles, et rigoureux, sans toutefois tomber dans l’idéologie ou dans la rigidité intellectuelle.

Cet article se propose de donner le ton de cette rigueur, et de montrer, une nouvelle fois à nos lecteurs, que l’application d’une méthode scientifique est possible, et plutôt recommandée, lorsque l’on veut se lancer dans des investigations sérieuses à propos des OVNIS et d’évidences photographiques ou filmées.

Nous voulons, avant cela, dénoncer ici une tendance qui se généralise chez les amateurs d’affaires d’OVNIS photographiés ou filmés: chaque fois que le Réseau OVNI-ALERTE inc. (dé)montre qu’un document est l’œuvre d’un faussaire, cela est vécu par le public comme un dysfonctionnement au sein de ce groupement. La déception est chaque fois si grande qu’elle pousse certains à penser que le Réseau n’a pas fait son travail, lorsqu’il ne montre pas qu’un document est vrai. Un goût aigu du sensationnel, légitime lorsqu’on traite de phénomène aussi atypiques, ne doit pas nous faire oublier que l’objectif principal du Réseau O-A est de mener des investigations sérieuses, ce qui n’implique en aucun cas de ne travailler que sur des documents réputés authentiques ayant trait à des apparitions d’OVNIS ou d’entités humanoïdes, mais de donner des arguments solides qui mènent à penser que ce qui est analysé doit être vrai ou bien faux. Il faut garder ces nuances en tête.

Joseph Allen HYNEK (1910-1986) est certes célèbre pour avoir participé au projet Blue Book (Livre Bleu), mais il a pour nous un autre intérêt. L’astronome et ufologue américain est l’auteur du livre « The Ufo Experience: A Scientific Inquiry » (traduit en français en 1974 sous le titre peu approprié et racoleur de « OVNIS: les objets volants non identifiés, mythe ou réalité? » dans lequel il a mis en place une réflexion méthodologique et typologique incontournable sur le phénomène OVNI. Cet apport considérable à la recherche ufologique a permis de mettre en avant le fait, pas plus évident que cela avant les années 1960, qu’il était possible d’appliquer une méthode scientifique à l’étude de phénomènes atypiques tels que les RR*. L’auteur, dans les pages 94 et 95 de l’édition française (traduction:
Maud SISSUNG), mène une réflexion rigoureuse sur la méthode que l’on devrait appliquer en vue de l’analyse de photographies qui prétendent nous présenter des OVNIS. HYNEK (page 95) pense que l’on a tort de considérer une photographie comme une bonne preuve de vérité. L’histoire nous le montre, depuis que la photographie existe, on a abusé bien souvent de ce support pour administrer abusivement de fausses preuves, et aucun gouvernement, et presque aucun média, jusqu’à aujourd’hui, n’a résisté à la tentation de la manipuler. Ainsi, HYNEK, selon nous, a raison de considérer que la photographie n’est pas une preuve absolue, ne l’a jamais été, et ne le sera jamais. C’est encore plus vrai aujourd’hui avec la photographie numérique, et plus encore avec la vidéo, telle qu’elle est traitée dans Internet, comme nous le verrons plus bas.

Notre objectif, dans ce modeste article, sera de montrer que, en respectant certaines règles et certaines conditions, il est possible d’authentifier un document photographique, tout en gardant toujours à l’esprit, que si, en toute rigueur scientifique, on ne possédera jamais, dans l’état de nos connaissances sur les OVNIS, de « certitude absolue » (page 95), une méthode plus objective d’analyse de documents pourra certainement permettre à l’ufologie de sortir progressivement de la spéculation, de la croyance, du sensationnalisme et de l’ésotérisme, qui ne sont pas ses objets, et lui permettra peut-être un jour de se constituer en tant que science « sérieuse », digne de ce nom.

Construire une méthode pour déconstruire des « évidences »

N’est-ce pas l’objet principal de la science que de déconstruire le réel à l’aide d’une méthode scientifique évolutive, au lieu d’administrer artificiellement des « preuves » non vérifiées ou vérifiables comme on le fait trop souvent. Or, les nouvelles technologies nous posent un défi considérable: nous devons faire face à la profusion de documents et à la profusion de faux due l’accessibilité accrue des logiciels informatiques et à la facilité que présente leur apprentissage. Ce n’est pas sans lien non plus avec le piratage informatique qui fait que tout un chacun peut se procurer facilement certains logiciels de manipulation photographique (bien connus de tous, que nous ne pouvons pas citer ici, ne fut-ce que pour des raisons déontologiques). La falsification de documents est à la portée de tous, tout comme les informations sur les OVNIS, qui la nourrissent, la recherche ufologique n’en est que plus fragilisée, la rigueur est donc de mise, plus encore aujourd’hui qu’à l’époque où HYNEK travaillait pour le « Livre Bleu ».

Il nous faudra donc, chaque fois, renouveler et affiner nos connaissances en informatique, en astronomie, en biologie et en physique, et surtout affûter notre esprit critique. HYNEK nous propose pour cela une démarche que nous voulons rappeler ici (à nos internautes) avant de l’appliquer de manière succincte au cas « du chasseur américain ». L’astronome-ufologue américain nous propose les quatre conditions suivantes qui pourraient nous aider à authentifier un document photographique (pages 94-95):

Condition n°1: la prise de vue s’est effectuée en présence de témoins sérieux qui, dans le même temps, observaient visuellement l’objet (dans le cadre de LN, DD ou RR*). Un contact direct possible de l’enquêteur avec le(s) témoin(s) paraît effectivement être une condition sine qua non au démarrage d’investigations sérieuses sur un cliché;

Condition n°2: le ou les négatifs originaux doivent être remis en même temps que les épreuves de tirage, car ces dernières ne permettent en aucun cas une analyse convenable. Aujourd’hui, la plupart des gens possédant un appareil numérique, cette condition ne peut être remplie telle quelle. Néanmoins, la concordance entre le témoignage direct (condition n°1) et le cliché en question nous paraît essentielle, et la photographie originale doit être disponible sur son support d’origine (carte mémoire), qui doit être méticuleusement observée par un enquêteur compétent;

Condition n°3: il doit être possible d’examiner à loisir l’appareil photographique. Cette condition paraît également essentielle, et rejoint le point précédent. Il faut en effet s’assurer que l’appareil fonctionne dans des conditions normales;

Condition n°4: le possesseur de la photographie consent à témoigner sous serment que, pour autant qu’il le sache, la photographie est authentique, c’est-à-dire qu’elle est ce qu’elle prétend être – celle d’un OVNI – même si ça ne constitue en aucun cas une preuve absolue qu’il n’y a pas eu manipulation, le témoin doit (dé)montrer un certain engagement personnel afin de renforcer sa propre crédibilité. Il est aussi préférable, comme le note HYNEK, que plusieurs photographies, sous plusieurs angles, aient été prises.

La photographie dite « du chasseur américain »: un cas qui ne remplit pas les quatre conditions de la méthode Hynek!

Certes, ce que nous appelons « la méthode HYNEK » n’est pas un absolu, et ce n’est certainement pas le seul chemin possible qui permette d’authentifier une photographie d’OVNIS ou d’entités humanoïdes. Mais, selon notre humble avis, si les conditions exposées ici peuvent paraître restrictives et être des solutions draconiennes à notre problème, elles présentent un certain nombre de garanties pour faire face aux agressions des faussaires. Pour ce qui est de la photographie en question (LIEN), nous savons aujourd’hui qu’elle était l’œuvre de publicitaires aux méthodes douteuses. Cela dit, même si l’auteur de ce canular s’est ou a été révélé, ce cas nous permet d’illustrer la méthode qu’HYNEK nous propose. Nous remarquons d’emblée qu’aucune des conditions proposées n’est remplie:

1) il est impossible de contacter le fameux chasseur témoin (dont on sait aujourd’hui qu’il était fictif);

2) aucun support original n’a été mis entre les mains des enquêteurs (et pour cause, il n’y en a pas);

3) il en est de même pour l’appareil qui aurait servi à prendre le cliché;

4) il en est de même que pour le point 1, le témoin potentiel (et pour cause) est parfaitement insaisissable. De plus, à notre connaissance, il n’existe qu’un seul cliché.

En bref, même si nous ne savions rien de plus aujourd’hui sur ce document, il serait pratiquement impossible de mener des investigations sérieuses car on ne posséderait pas assez d’éléments pour mener nos investigations. Et pourtant, la manœuvre marketing, profitant du goût des internautes pour le décryptage d’images bizarres, a fonctionné, encore une fois, il y a eu dans Internet une profusion de commentaires, une profusion d’affirmations, souvent confuses, toutes plus illégitimes les unes que les autres dans les forums du monde entier. Cela nous montre une nouvelle fois que nous devons, pour le respect de la discipline que nous représentons ici, c’est-à-dire l’ufologie, rester absolument prudents et éviter de s’aventurer sur un sol aussi meuble sans prendre nos précautions (qui ont d’ailleurs été prises au moment où ce cas a été exposé par le Réseau OVNI-ALERTE inc.) !!!

En guise de conclusion, toujours provisoire…

La méthode HYNEK ne s’applique pas seulement aux documents photographiques, il est possible de l’adapter à l’analyse de documents dits officiels, notamment à ceux que les adeptes des complots nous remettent en permanence sous le nez pour nous rappeler notre inconséquence et leur supériorité. Il en est de même pour les témoignages les plus médiatisés, comme ceux de Gary MCKINNON ou de Bob LAZAR, pour ne citer que ceux-là. C’est l’objectif que le Réseau O-A se donne depuis plus de trois décennies, soit de s’efforcer d’authentifier les documents qui servent de base à une étude rigoureusement scientifique du phénomène OVNI, parce que nous ne pouvons plus nous permettre de rester dans l’impasse dans laquelle l’ufologie se trouve depuis plus de trente (30) ans.

L’analyse de documents filmés nous paraît sensiblement différente de celle que nous appliquons pour la photographie. Dans ce cadre, il nous semble indispensable d’adapter les critères exposés par HYNEK, notamment en les mettant à jour par rapport aux nouvelles technologies et aux canaux de diffusion d’informations contemporains, ce qui ne rendra pas ces règles moins rigides, hélas. Ceci fera l’objet d’un prochain article qui traitera des problèmes spécifiques qui se posent lorsque l’on cherche à authentifier des documents vidéos.

*Lumières Nocturnes (LL), Disques Diurnes (DD) et Rencontres Rapprochées (RR) selon la typologie du professeur en astrophysique, Joseph Allen HYNEK.

Source: http://www.ovni-alerte.com/2011/02/07/faux-ovnis-et-vrais-faussaires-continuons-de-defendre-une-vraie-methode-scientifique-pour-l%e2%80%99analyse-de-%c2%abpreuves%c2%bb/

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