Gilgamesh : une nouvelle interprétation

Il était l’homme à qui toute chose était connue; il était le roi qui connaissait tous les pays du monde. Il était sage, il vit des mystères et sut les choses secrètes, Il nous apporta le conte des jours d’avant le déluge. Il partit pour un long voyage, il était fatigué, usé par le labeur, à son retour, il se reposa et il grava sur une pierre toute l’histoire.

L’histoire sumérienne connue de nos jours sous le nom de « L’Epopée de Gilgamesh » fait partie des plus anciens textes existant encore. Il est habituellement daté du 18ème ou du 17ème siècle avant notre ère, bien que les premiers poèmes sumériens remontent à la Troisième Dynastie d’Ur (2150-2000 av. JC). La version akkadienne, consistant en 12 tablettes écrites par le scribe Sin-Lige-Unninni quelque part entre 1300 et 1000 av. JC, a été redécouverte en 1853 dans la bibliothèque du roi assyrien de Ninive Assurbanipal. Sin-Lige-Unninni agrégea plusieurs histoires anciennes pour créer l’Epopée de Gilgamesh que nous connaissons, et il est aussi le plus ancien auteur connu de l’histoire, étant le premier à signer de son nom son œuvre.

Sur le fond, Gilgamesh combine deux histories, celle de l’amitié de Gilgamesh et d’Enkidu et plus tard celle de Gilgamesh à la recherché de l’immortalité. Ici, nous analyserons la première partie de l’épopée : l’histoire de Gilgamesh, roi d’Uruk « deux tiers dieu et un tiers humain…terrifiant » dans sa perfection et son « noble » compagnon Enkidu, le sauvage domestiqué, son signifiant littéralement création du [dieu] Enki, formé d « une pincée d’argile, laissée tomber dans le désert. ».

De tels mots imagés indiquent que Gilgamesh est plus qu’une simple œuvre de fiction, il s’agit clairement d’un mythe : une histoire qui encode, préserve et transmet des vérités au sujet des origines et de la préhistoire de l’humanité sous forme allusive.

Nous savons maintenant que nous sommes en réalité une espèce hybride: les antiques homo-sapiens se sont croisés avec des Néandertal jusqu’à leur extinction il y a 30 000 ans. Notre taux d’héritage génétique varie de 1% à 5% de notre ADN, les plus hauts pourcentages se trouvant chez les Européens modernes. Ceci à l’esprit, l’histoire de l’amitié de Gilgamesh et d’Enkidu prend un sens entièrement nouveau et elle est, je pense, en grande partie un souvenir en forme de parabole de la cohabitation des anciens hommes avec les Néandertal et leur extinction subséquente.

Considérons d’abord les attributs de Gilgamesh:

Lorsque les dieux créèrent Gilgamesh, ils lui donnèrent un corps parfait. Shamash, le glorieux soleil, lui conféra la beauté, Adad le dieu de la tempête lui conféra le courage, les grands dieux rendirent sa beauté parfaite, surpassant tous les autres, terrifiant comme un grand taureau sauvage. Ils firent pour deux tiers dieux et pour un tiers humain.

…personne ne peut résister à son bras. Aucun fils n’est laissé à son père, car Gilgamesh les a tous emmenés, et est-ceci le roi, le berger de son peuple ? Sa luxure ne laisse aucune vierge à son amant, ni la fille du guerrier, ni la femme du noble.

Tout ceci est clair: Gilgamesh est « l’homme parfait », sa filiation à deux tiers dieux et le reste d’une humanité plus ancienne, avec une force massive et une luxure à la mesure. Sa fécondité est tellement sans limite et perturbatrice que les dieux doivent la réprimer en créant « son égal, pareil à lui comme un reflet, un second lui-même » comme contrepoids au « cœur tempétueux » de Gilgamesh.

Cette tâche échoit à Araru, déesse de la création, apparemment suivant l’ordre d’Enki (ci-dessus, qui a créé l’humanité pour servir les dieux et l’a sauvée du déluge):

Elle plongea les mains dans l’eau et en retira l’argile, elle l’a fit tombé dans le désert, et le noble Enkidu fut crée…Il y avait en lui la vertu du dieu de la guerre, du Ninurta en personne. Son corps était rude, il avait de long cheveux comme une femme ; ils ondulaient comme les cheveux de Nisaba, la déesse de la végétation. Son corps était couvert de poils emmêlés comme celui de Samugan, le dieu du bétail. Il était l’innocent de l’humanité, il ne savait rien des terres cultivées. Enkidu mangeait de l’herbe dans les collines avec la gazelle et rôdaient avec les bêtes sauvages autour des trous d’eau ; il se réjouissait des jeux d’eaux avec les bêtes sauvages.

Alors, il est tout à fait évident que: Enkidu = Neandertal. Mais Enkidu, l’homme sauvage, cause de gros problèmes aux hommes civilisés en perturbant leurs chasses. Un chasseur raconte : « Il y a un homme pas comme les autres, qui descend des collines… Il remplit les fosses que je creuse, détruit mes pièges ; il aide les bêtes à s’échapper  et maintenant elles me glissent entre les doigts. » Alors un complot intelligent est monté par le père du trappeur ; Enkidu sera séduit à coucher avec une prostitué et une fois apprivoiser, il « changera le vieil ordre » et mettra le Roi Gilgamesh à sa place.

[La prostituée] ne fut pas honteuse de le prendre, elle se dénuda, et accueillit son ardeur; alors qu’il l’étreignait en lui murmurant des mots d’amours, elle lui enseigna l’art de la femme. Pendant six jours et sept nuits, ils s’étreignirent, car Enkidu avait oublié sa maison dans les collines ; mais quand il fut satisfait, il retourna vers les bêtes sauvages. Alors quand la gazelle le vit, elle s’éloigna, lorsque les créatures sauvages le virent, elles s’enfuirent. Enkidu les aurait suivies mais son corps était lié comme avec une corde, ses genoux l’abandonnèrent quand il commença à courir, sa célérité avait disparu. Et maintenant toutes les créatures sauvages s’étaient enfuies. Enkidu devint faible, car la sagesse était en lui, et les pensées d’un homme étaient dans son cœur.

Le croisement avec les humains antiques a civilisé les hommes de Néandertal mais les a également affaiblis et déracinés en les éloignant de la nature. En effet, le processus est lancé comme une séduction et la sagesse, une corruption dégénérative perpétrée par une prostituée (la prostituée de la civilisation, que réapparaîtra sous la figure biblique de la Prostituée de Babylone, et leurs « six jours et sept nuits » de fornication feront écho dans l’histoire de la création de la Genèse. De la même manière, la consommation par Adam du fruit interdit offert par Eve trouve ainsi une préfiguration thématique.)

La prostituée convainquit alors Enkidu de venir à Uruk (ci-dessus, les légendaires remparts de briques de la cité), pour rencontrer Gilgamesh :

Enkidu était content; il aspirait à avoir un compagnon, un qui comprendrait son cœur. « Viens, Femme, emmène moi à ce saint temple, à la maison de Anu et d’Ishtar et l’endroit où Gilgamesh en personne règne sur le people. Je vais le défier hardiment, je vais proclamer dans Uruk, « Je suis le plus fort ici, je suis venu pour changer l’ancien ordre, je suis celui qui est né dans les collines, je suis celui qui est plus fort que tous. »

Mais la prostituée savait déjà quel homme dominerait; Gilgamesh, dont l’esprit est plus varié, qui est plus parfait, plus fort et plus sage et avec une plus grande intuition. Et après tout, c’est Gilgamesh qui est le roi :

« O Enkidu, toi qui aime la vie, je te montrerai à Gilgamesh, un homme à plusieurs humeurs; tu le regarderas bien dans sa virilité radieuse. Son corps est parfait en force et maturité ; il ne se repose jamais ni la nuit ni le jour. Il est plus fort que toi, alors abandonne tes fanfaronnades. Shamash le glorieux soleil a accordé des faveurs à Gilgamesh et Anu des cieux, et Enlil et Ea le sage lui ont donné une profonde compréhension. Je te le dis, avant même que tu quittes le désert, Gilgamesh saura dans ses rêves que tu arrives.

La disparition de l’homme de Néandertal

En tant que « serviteur » du Roi Gilgamesh, Enkidu s’affaiblit à vivre dans la ville:

Les yeux d’Enkidu étaient remplis de larmes et son cœur était malade. Il soupirait amèrement et Gilgamesh rencontra son regard et lui dit, « Mon ami, pourquoi soupires tu si amèrement? Mais Enkidu répliqua, « Je suis faible, mes bras ont perdu leur forces, des cris de douleurs battent dans ma gorge, je suis oppressé par l’oisiveté. »

Gilgamesh, recherchant et le défi et la renommée, décide qu’ensemble ils tueraient le démon Humbaba, « un grand guerrier, un bélier…le gardien de la forêt de cèdre qui ne dort jamais. « Ils entament leur quête pour la montagne aux cèdres et finalement sont victorieux dans la bataille, en capturant Humbaba. Gilgamesh, influencé par le plaidoyer de clémence d’Humbaba, envisage de l’épargner, mais Enkidu demande avec ardeur sa mort, avertissant de futures trahisons. Humbaba maudit Enkidu en ces termes : « Qu’il ne vive pas le plus longtemps des deux. »

Ils coupent sa tête; des arbres sont abattus dont le Grand Cèdres dont la cime touche le ciel. De son bois on fait une porte de72 coudées de hauts, 24 coudées de large et une coudée d’épaisseur, pour le temple d’Enlil à Nippur. Gilgamesh et Enkidu : la postérité et les dieux se souviendront de leur nom.

Lors de leur retour, la déesse Ishtar, « Reine du Ciel » propose le mariage à Gilgamesh, qui le rejette, mentionnant son infidélité et la fin horrible rencontrée par ses amoureux délaissés. Furieuse, elle demande que son père Anu envoie le Taureau du Ciel (la constellation du Taureau) faire des ravages à Uruk, mais ensembles Gilgamesh et Enkidu tuent le taureau et Enkidu se moque d’Ishtar en lui jetant dessus les jambes coupées.

Ces meurtres font s’enrager les dieux et Anu passe un jugement sur Enkidu, qui tombe malade et meurt en 12 jours, et dans son délire il maudit Enlil « Quelle ingratitude pour l’amour d’une porte »
Alors qu’Enkidu dormait seul dans sa maladie, aves l’esprit amer il ouvre son cœur à son ami. « C’est moi qui a abattu le cèdre, moi qui a nivelé la forêt, moi qui a tué Humbaba et maintenant vois ce qu’il est advenu de moi. »

L’épisode du taureau céleste peut être compris comme un marqueur de la véritable ère zodiacale où a été composée l’épopée, l’Ere du Taureau qui s’est étendue d’environ 4300 avant JC à 2150 avant JC. Cependant, si nous acceptons que Enkidu= L’homme de Néandertal, alors il apparait que l’histoire du taureau qui amena la mort d’Enkidu, encode plus probablement la période de la disparition des hommes de Néandertal.

Atteindre la précédente Ere du Taureau demande l’accomplissement complet d’un cycle de précession des équinoxes, « une Grande Année » ou « Grand Retour » d’environ 26 000 ans, plaçant la disparition de l’homme de Neandertal il y a environ 32 000 ans, exactement en accord avec les estimations actuelles.

D’après ceux qui interprètent les mythes à l’aide des connaissances astronomiques antiques, des arbres massifs comme le Grand Cèdre symbolisent souvent l’axe polaire de la Terre et ils sont les indicateurs d’information sur la Grande Année, le lent cheminement axial de la Terre à travers les douze maisons du zodiaque.

72 (la hauteur en coudée de la porte du temple taillée à partir du Grand Cèdre) est le nombre prééminent dans cet encodage numérique, puisque 72 est la valeur en nombre entier la plus proche du nombre d’années (71.6) requis pour le déplacement précéssionnel d’un degré long de l’écliptique. (Dans la mythologie égyptienne, par exemple, Osiris est tué par les 72 laquais de Seth.)

Douze, un nombre récurrent dans le texte (notamment le nombre de jours de la maladie d’Enkidu) avec son double 24 (la largeur de la porte du temple, est bien sûr le nombre de constellation dans le zodiaque, et le lien de 72 avec 24, et non 12, pourrait avoir été employé pour indiquer la seconde plus ancienne Ere du Taureau. 30, apparaissant dans les textes sous la forme de 300, le nombre de citoyens d’Uruk tués par le taureau (100 puis 200), et le nombre de degré d’arc que chaque constellation occupe le long de l’écliptique. Ainsi 72 ans x 12 constellations x 30 degrés d’arc = 25 920 années, ou une Grande Année.

Le prologue qui débute ce billet est apparemment littéralement vrai: Gilgamesh connaissait en effet les choses secrètes et il nous a donné une histoire d’une époque d’avant le déluge (à savoir, la fin de la dernière période glaciaire), préservant notre histoire antérieure dans la pierre.

Source : http://architecturalwatercolors.blogspot.com/2011/10/gilgamesh-new-interpretation.html

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