Guénon: du traditionalisme à l’anti franc-maçonnerie

Bien que petit, le « traditionalisme » est un mouvement vaste et influent – ou, plutôt, divers mouvements se chevauchent, à des degrés politiques et spirituels divers. Son fondateur, l’ésotériste français René Guénon (1886-1951), a été impliqué, jeune homme, dans la Théosophie, la franc-maçonnerie, et le catholicisme conservateur. Mais il les a plus tard trouvés trop libéraux et trop modernes. Il a, toutefois, conservé le respect de la franc-maçonnerie, et il croyait qu’elle, au moins, avait le potentiel d’offrir une initiation authentique.

Guénon et la franc-maçonnerie

Guénon, qui plus tard adopta l’Islam, et passa la fin de sa vie au Caire. Il était largement opposé au mélange de la politique et de la spiritualité. Néanmoins, ses vues anti-modernes ont contribué à inspirer les dévots qui se sont, parfois, mêler de politique.

Le plus controversé des disciples de Guénon fut, sans aucun doute, Julius Evola, un baron italien qui fut vaguement associé avec le Dada et les mouvements de l’art futuriste, et qui a peint un certain nombre d’œuvres pas très réussies dans ce dernier style.

Evola, plus tard s’est intéressé à la spiritualité et à l’occultisme. Il a  finalement écrit un certain nombre de livres sur tout, de l’hermétisme au bouddhisme,

Si le baron italien s’était arrêté à la spiritualité, il serait peut-être entré dans l’histoire comme l’un des ésotéristes les plus colorés et les plus réfléchis du 20e siècle. Cependant, Evola se mit de lui-même dans les bonnes grâces du régime de Mussolini. Il parla même en Allemagne, au cours la Seconde Guerre mondiale, à un public de SS. Il peut ne pas avoir été accepté sans réserve par les deux régimes (et les nazis ont trouvé son point de vue quelque peu contradictoire avec le leur), mais il acceptait – peut-être un point de vue peu orthodoxe – la vision du monde national-socialiste de la lutte du bien contre le mal, et, plus spécifiquement, l’idée d’une «guerre occulte, » comme il l’appelait.

Les vues d’Evola sur la guerre occulte sont tirées de sa lecture du antisémite et anti-maçonnique notoire Les Protocoles des Sages de Sion, créés par la police secrète russe juste avant le tournant du XXe siècle. Certes, le baron ne l’acceptait pas en bloc, et il avait compris qu’il s’agissait d’un faux. Néanmoins, Evola l’a pris au sérieux à un autre niveau. Il affirmait, par exemple, que « La Maçonnerie moderne» était responsable de la «subversion politique» dans son livre « L’Homme au Milieu des Ruines ». (voir)

Pour Evola, la franc-maçonnerie était associée à la Révolution française, à la démocratie, et à l’anti-tradition. Elle marquait le début de l’égalité, et détruisait la véritable hiérarchie spirituelle.

Réne Guénon
René Guénon, fondateur du traditionalisme (à gauche), et Julius Evola, aventurier spirituel et anti-franc-maçon qui était proche du gouvernement Mussolini (à droite).

L’histoire de la franc-maçonnerie et des francs-maçons, est compliquée et contradictoire. Un exemple pourrait être donné faisant d’elle un mouvement très libéral, et un autre qui la montre conservatrice. En réalité, cependant, elle ne s’est préoccupé que l’élévation spirituelle de l’individu par lui-même. Alors que des juridictions maçonniques en rupture ou « irrégulières » ont, dans certains pays, favorisé l’athéisme, d’autres, tout aussi irrégulières, ont insisté pour que les membres soient des chrétiens croyants et pratiquants. Dans le monde anglo-saxon, les francs-maçons peuvent appartenir à la religion qu’ils veulent, de l’Hindouisme à l’Islam, tant qu’ils croient en un être supérieur. Beaucoup ne font pas partie d’aucune religion, et affirment simplement croire en Dieu.

Ironiquement, la Franc-maçonnerie anglophone partage cet oecuménisme avec le traditionalisme guénonien. (Evola, qui voulait un retour à un mode de vie païen, est souvent considéré comme étant à l’extérieur du traditionalisme proprement dit, notamment en raison de son association avec l’extrême-droite.) Le traditionalisme affirme que l’on peut entrer en contact avec la Tradition spirituelle authentique et primordiale en adhérant à l’une des grandes religions, qui sont réputés être des reflets et des approximations de la Tradition.

C’est grâce à l’ésotérisme (l’interprétation des textes religieux, en combinaison avec la méditation, etc.) que le dévot vient à percevoir, et à exister à l’intérieur de la Tradition primordiale et de la pleine lumière de la Divinité. Pour les traditionalistes, la connaissance du Divin est saisi par étapes dans une ascension spirituelle. De même, dans la franc-maçonnerie, l’initié passe par des degrés divers, où il trouve, dans certains cas, les mêmes symboles, réinterprétés. Ces interprétations travaillent ensemble, et les progrès des interprétations permettent de pénétrer des notions de plus en plus subtiles et spirituelles (où la lettre «G» représente la géométrie et Dieu, ou les deux combinés, le Grand Architecte).

En raison de son oecuménisme, les vues de nombreux traditionalistes occupent les extrémités opposées du spectre politique. Ils croient, par exemple, dans l’égalité des religions et des peuples, et ainsi de suite – quelque chose qui est implicite dans les franc-maçonneries modernes du monde anglo-saxon.

Dans l’idéal, le traditionalisme et la franc-maçonnerie (comme le soufisme et le Tantra Hindou) réoriente l’individu vers le Divin, et l’encourager à quitter ce qui est la font pour aller vers ce qui est élevé. Cela ne signifie pas qu’il faut fantasmer sur des surhommes ou la création de la société parfaite, mais, plutôt, de surmonter le soi.

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