H1N1, une perspective historique

freezerA l’heure où le virus H1N1 réssuscite les vielles peurs issues du passé de l’humanité, il paraît nécessaire d’adopter une perspective historique de ce virus. Cette approche permet de relativiser les informations alarmistes issues du net et des media.

L’actuelle épidémie de grippe H1N1, ou grippe porcine, effraye les gens parce qu’il s’agit d’un nouveau virus auquel la plupart de la population n’a jamais été exposé. Mais en tant que groupe, les virus H1N1 ne sont pas nouveaux. Ils circulent depuis 1918, lorsqu’une nouvelle épidémie apparut simultanément chez les porcs et chez les humains et tua de 40 à 50 million de personnes en une année.
Au cours des 91 dernières années, le virus est passé des humains aux porcs, aux oiseaux, et a peut-être même été ressuscité du congélateur d’un laboratoire. Prendre une perspective historique de la grippe porcine est essentiel pour la compréhension de l’actuelle pandémie et des futures foyers, affirment des scientifiques dans deux perspectives publiées lundi dans le New England Journal of Medicine.
«Depuis 1918, ce virus tenace a tiré du sac de l’évolution les astuces pour survivre d’un hôte à l’autre, chez l’humain et le porc, et engendrer une descendance de nouveaux virus avec une constellation de nouveaux gènes » écrit un scientifique de l’Institut National des Allergies et des Maladies Infectieuses. Ils déclarent que nous avons vécu une période pandémique.
De 1918 à 1957, les virus H1N1 ont circulé chaque année en tant que grippe saisonnière. Puis, en 1957, un nouveau virus de la grippe, H2N2, est apparu et H1N1 a disparu.
«Quand une nouvelle souche apparaît, elle accable la population» déclare Shanta Zimmer, un expert des maladies infectieuses à l’Université de Pittsburgh et co-auteur de la seconde perspective. « Comme les gens n’avaient pas d’immunité existante, le nouveau virus s’est multiplie et le H1N1 a été immunologiquement évincé ».
19 ans plus tard, le H1N1 a refait surface sur une base militaire à Fort Dix, New Jersey, où il infecta 230 soldats et en tua un. Bien que le foyer de 1976 fut rapidement contenu et ne soit jamais sorti de la base, la crainte d’une pandémie mondiale a entrainé une campagne de recherche et un programme de vaccination.
Zimmer appelle l’épidémie de H1N1 qui suivit de « prophétie s’auto-accomplissant ». En novembre 1977, la souche apparaît à Hong-Kong, en URSS et dans le nord-est de la Chine. Mais lorsque les scientifiques ont séquencé l’ADN du virus de 1977, il ne ressemblait pas aux versions les plus récentes. En fait, il ressemblait à la souche de 1950-laquelle d’après les chercheurs de l’Université de Pittsburgh, vient probablement du congélateur d’un laboratoire.
«De 1957 à 1977, nous n’avons vu aucun H1N1» explique Zimmer «seulement le H2N2. Puis il a refait surface en 1977, comme surgit de nulle part. C’est une preuve circonstancielle, mais la soudaine réapparition de pair avec le profil génétique du virus, nous fait penser qu’il vient de la libération accidentelle de la souche de 1950. »
Bien sûr, il peut y avoir d’autres explications à cette réapparition mystérieuse. La surveillance de la grippe n’était pas aussi forte dans les années 70 qu’elle l’est aujourd’hui, déclare l’épidémiologiste Lipkin de l’Université de Columbia, membre du réseau de surveillance de l’ONS.
« Il pourrait y avoir eu des souches en circulations dont nous ne savions rien » dit-il « C’est bien de spéculer mais en se basant sur la génétique seule, nous ne savons pas de manière certaine qu’il venait d’un labo. »
Des scientifiques ont récemment confirmé que les virus de la grippe pouvaient survivre dans des lacs gelés, ce qui pourrait expliquer pourquoi, parfois, de vieux virus réapparaissent.
Aussi mauvaise que puisse paraître l’»ère pandémique», Zimmer déclare que le fait que les souches de grippe H1N1 soient présentes depuis si longtemps dans l’environnement peut expliquer pourquoi la pandémie de 2009 n’est pas aussi grave que le craignaient d’abord les scientifiques.
«Les composants génétiques de la nouvelle souche pandémique ont leur racine dans le virus original de 1918, et c’est une partie de l’espoir » dit elle. « Nous ne comprenons pas encore quelle dose d’immunité, il va y avoir, mais le fait qu’elle soit moins dévastatrice que nous le craignions pourrait être un facteur lié à une immunité pré existante.»
Source : http://www.wired.com/wiredscience/2009/06/swinefluhistory/

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