Juteux trafic d’organes

Acheter un rein comme une pièce de rechange est devenu monnaie courante pour de nombreux occidentaux, méme si cette pratique demeure interdite. Aujourd’hui, la nouvelle route de cette chirurgie clandestine concerne trois principaux pays, Israël, la Turquie et la Moldavie.

Trois pays pour trois fonctions distinctes : Israël est le territoire des acheteurs, la Moldavie, celui des vendeurs et la Turquie, la terre d’accueil de ces transplantations un peu particulières.

En Chine, on prélève des organes sur des prisonniers exécutés. Ces reins se retrouvent souvent aux Etats-Unis.

Par ailleurs, des patients américains quittent les listes d’attente officielles et se rendent en Chine, aux Philippines, en Thaïlande ou en Amérique du Sud où on leur greffe un organe prélevé sur quelqu’un de désespérément pauvre. Comme souligné par Nancy Scheper-Hugues, Organ Watch, anthropologue, Université Berkley.

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe Rapport et sa Commission des questions sociales, de la santé et de la famille, dans sa Doc. 9822 du 3 juin 2003, note: « Le succès des transplantations d’organes ne se dément pas, tandis que se creuse nettement l’écart entre l’offre et la demande. En raison de la pénurie chronique d’organes, 15 à  30 % des patients inscrits sur les listes d’attente décèdent avant d’avoir pu bénéficier d’une greffe. Les organisations criminelles internationales ont repéré ce  » créneau  » lucratif et font pression sur des personnes en situation de pauvreté extréme, particulièrement dans les pays d’Europe orientale, pour les inciter à  vendre leurs organes.

Cette situation soulève plusieurs questions d’ordre éthique : convient-il que les pauvres pourvoient à  la santé des riches ? La pauvreté peut-elle étre soulagée au prix de la santé humaine ? La pauvreté peut-elle compromettre la dignité humaine et la santé ?…

A l’échelle de la planète, le trafic d’organes n’est pas un problème nouveau. Dans les années 1980, des experts ont commencé à  remarquer une pratique baptisée par la suite « tourisme de transplantation »: de riches Asiatiques se rendaient en Inde et dans d’autres régions du sud-est asiatique pour obtenir des organes de donneurs pauvres. Depuis, d’autres destinations ont vu le jour, telles que le Brésil et les Philippines. Selon certaines allégations, la Chine ferait commerce des organes prélevés sur les détenus exécutés. La vente d’organes se poursuit en Inde malgré les nouvelles lois du pays, qui rendent cette pratique illégale dans la plupart des régions.

La pauvreté a poussé des jeunes gens de certaines régions d’Europe orientale à  vendre un de leurs reins pour 2 500 à  3 000 USD, alors que les receveurs verseraient de 100 000 à  200 000 USD pour la greffe. Il est très préoccupant de constater qu’après la transplantation illicite, l’état de santé du donneur se dégrade généralement à  moyen terme faute de tout suivi médical, et à  cause de leur travail physiquement éprouvant doublé d’un mode de vie malsain caractérisé par une malnutrition et une forte consommation d’alcool. La plupart des donneurs illicites risquent donc, à  terme, de vivre sous dialyse ou d’attendre eux-mémes une greffe de rein.

Au cours de sa mission d’enquéte, elle a rencontré des personnes qui ont vendu leurs reins par l’intermédiaire de réseaux de trafiquants qui opèrent entre la Moldova, la Turquie, l’Ukraine et Israël. Mme Vermot-Mangold a soulevé avec les autorités moldaves la question du trafic illégal d’organes, de la corruption et de la détérioration des soins de santé. Elle a également rencontré des représentants de la Banque mondiale, de l’OSCE et des donateurs, avec lesquels elle a évoqué les initiatives qu’ils prennent actuellement avec le gouvernement dans le but de briser le cycle de la pauvreté dans le pays. La rapporteuse est consciente que plusieurs autres pays d’Europe de l’Est sont confrontés à  des problèmes similaires et que le trafic d’organes est donc un problème régional, sinon européen.

Des donneurs malgré eux

Vouloir vendre un rein pour le monnayer, c’est une chose, mais se le faire enlever contre son gré, ç’en est une autre. Les histoires de trafics d’organes alimentent abondamment les légendes populaires mais, parfois, la réalité rattrape, ou dépasse, la fiction. Il existe des rabatteurs de reins liés à  la mafia qui n’hésitent pas à  utiliser la menace pour forcer des individus à  devenir  » donneurs « .

 » On nous a expliqués qu’on allait devoir donner notre rein, qu’on soit d’accord ou pas, en échange de trois mille dollars. J’ai refusé catégoriquement. Ils m’ont dit que j’allais disparaître pour toujours. Notre cadavre pourrait étre au fond du Bosphore et personne n’aurait jamais su comment nous avions disparu. On aurait pu finir en pièces détachées.  » témoignage recueilli par la télévision française et concernant des touristes français en Turquie.

Le pire endroit pour le trafic d’organe est sans doute les Philippines, un pays en voie de devenir un véritable bazar d’organes humains à  ciel ouvert. Au vu et au su des autorités, on y vend un rein pour moins de 1000 dollars, le prix d’une moto ou d’une télé. Rapidement, aux Philippines, le corps est devenu une monnaie d’échange comme une autre. Nancy Shepper Hughes dénonce la collusion des professionnels de la santé qui profitent de ce marché noir. Selon elle, la connivence des médecins envers ce système serait particulièrement importante dans les pays musulmans et juifs, là  où l’intégrité physique après la mort doit étre préservée, donc là  où le secret règne. L’anthropologue croit que l’actuelle vogue de greffes provenant de vivants est une nouvelle porte qui s’ouvre sur le marché noir, sur lequel les médecins américains ferment les yeux. Selon elle, les hôpitaux américains ne lésineraient pas sur les moyens pour faire la promotion des greffes vivantes, sans se soucier des conséquences dramatiques de telles pratiques.

 » Quand ils reviennent ici avec leur greffe, je suis heureux pour eux qu’ils aient trouvé une solution à  leur problème de dialyse. Comment ils s’y sont pris, ce ne sont pas mes affaires. Ce sont les affaires du médecin qui les a opérés, mais pas mes affaires.  » Un chirurgien israélien

Il existe deux catégories de donneurs humains : les donneurs cadavériques et les donneurs vivants.

  • Les donneurs cadavériques sont les principaux donneurs d’organes et de tissus.
  • Les dons cadavériques proviennent principalement de donneurs en état de mort cérébrale.

Seulement de 2 à  3 % de tous les décès sont attribuables à  une mort cérébrale, et 79,1 % des donneurs cadavériques sont des donneurs d’organes multiples.

Les donneurs d’organes meurent habituellement d’un accident vasculaire cérébral, d’un grave traumatisme crànien ou d’une autre forme de traumatisme crànien privant le cerveau d’oxygène.
La principale cause de décès des donneurs (48 %) est un accident intracrànien, tel qu’une hémorragie cérébrale.

Les traumas tels que les accidents de véhicules automobiles ou les blessures par balle sont la cause de décès d’environ 33 % des donneurs.

Une personne qui a perdu la vie sur la scène d’un accident ne peut étre un donneur d’organes parce que les organes vitaux ont cessé de fonctionner et que la détérioration des cellules commence à  se produire immédiatement. Par contre, il ou elle peut encore étre donneur de tissus. Des tissus comme les yeux, les valvules cardiaques, les veines, les os et la peau peuvent étre donnés à  l’intérieur d’une certaine période de temps suivant décès.

En Israël, il faut attendre au moins 6 ans pour une greffe de rein, ce qui explique pourquoi les Israéliens sont parmi les plus grands acheteurs de reins au monde.

 » Si nous disons aux pauvres (qui vendent leurs organes) :  » Nous allons retirer cette option qui s’offre à  vous « , cela n’aide en rien ces pauvres, au contraire; cela ne fait qu’empirer leur situation.  »
— Janet Radcliffe-Richards, Center for Bioethics and Philisophy of Medecine, University College London

L’Afrique particulièrement touchée :

Au moins trois personnes ont été arrétées dans la province mozambicaine de Manica (Centre) et un couple d’étrangers soupçonné de tentative de rapt de mineurs afin de leur extraire des organes a été mis en liberté provisoire à  Nampula, a annoncé mardi une source judiciaire à  Maputo.

Le procureur général de la République Joaquim Madeira a reconnu l’existence du trafic d’organes humains au Mozambique et a appelé toute la société à  s’investir dans la lutte contre ce type de crime. Le procureur, qui s’exprimait à  la Télévision du Mozambique (TVM), a également fait état de l’existence de cas de pédophilie dans son pays. Le ministère public mozambicain est préoccupé par la multiplication d’informations, aussi bien à  l’intérieur comme hors du pays, sur le trafic des organes humains, a-t-il déclaré. Le Parquet a été alerté sur ces cas par la presse et la Ligue mozambicaine des droits humains.

Neuf mille dollars pour un cadavre frais en Tanzanie et en Zambie ; 2 000 à  3 000 rands pour un cœur ou un rein en Afrique du Sud ; 200 000 FCFA pour un litre de sang humain au Nigeria. En Afrique, le corps humain peut s’acheter en pièces détachées. La demande est forte, soutenue par certains sorciers, amateurs de sacrifices et d’amulettes à  base d’organes humains, et par les centres de transplantation en quéte d’organes transférables. De quoi attiser la cupidité des trafiquants qui se montrent de plus en plus déterminés. Les faits divers atroces se multiplient.
Depuis quelques mois, des meurtres à  répétition mettent Lomé, la capitale du Togo en émoi : plusieurs dizaines de jeunes femmes et de conducteurs de moto-taxis ont été retrouvés assassinés, vidés de leur sangs et mutilés. La police a trouvé le mobile de ces atrocités : le sang recueilli se vend, de méme que les organes prélevés. Leur enquéte les a mis sur la piste d’immigrants igbos, originaires du sud-est nigérian. L’affaire a fait grand bruit, contraignant l’ambassadeur du Nigeria au Togo à  tancer ses compatriotes présents dans le pays. Le Togo n’est pas un cas isolé.


Trafic d’organes :

Les rencontres à  l’étranger, ça peut mal se terminer…

Un homme en voyage avec un copain au brésil décide de sortir faire la féte par une belle soirée. Pendant la soirée, il rencontre une belle femme dans une bar et perd de vue son copain. Après quelques verres trop bien servis, il perd connaissance. Il se réveille le lendemain matin dans une chambre d’hôtel. Il avait été drogué. Il fouille dans sa poche, et y trouve sa montre, son argent et ses cartes de crédit, rien ne manque. Quelques minutes plus tard il découvre quelque chose qui lui a donne un choc terrible…

Il ressent une immense douleur dans le bas du dos et constate qu’il a une grande cicatrice récemment suturée. Il descend dans le vestibule de l’hôtel, mais personne ne le reconnaît et personne ne peut lui dire comment il est arrivé là . Il se rend immédiatement aux urgences où l’on constate à  l’examen par rayons x qu’un de ses reins manque. La femme servait d’appàts pour un chirurgien tordu qui retirait les organes humains sains et les vendais à  des personnes fortunées ayant besoin d’une transplantation d’organe.

La conclusion de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe préconise les actions suivantes :

« La Rapporteuse prie instamment tous les Etats membres de reconnaître leur responsabilité commune dans la lutte pour réduire autant que possible le trafic d’organes en Europe en prenant les mesures suivantes:

  • réduire la demande d’organes;
  • intensifier la coopération internationale dans le domaine du don d’organes;
  • conserver des lois strictes en matière de transplantation à  partir de donneurs vivants sans relations personnelles étroites avec les receveurs;
  • développer les mécanismes multilatéraux d’échanges d’organes;
  • assurer le contrôle strict et la transparence des registres et listes d’attente internationaux;
  • définir clairement la responsabilité du personnel médical dans la recherche des irrégularités;
  • garantir une stricte interdiction du trafic d’organes par des dispositions adéquates du Code pénal, qui doit clairement définir les responsabilités pénales;
  • intensifier la coopération bilatérale et multilatérale entre les Etats membres en vue de garantir que l’interdiction de ce type de criminalité organisée soit appliquée dans les faits (appareil judiciaire, procureurs, police, contrôles aux frontières, etc.);
  • améliorer les échanges d’information entre les Etats membres;
  • aider Interpol et Europol à  s’attaquer plus efficacement à  ce problème et leur donner davantage de moyens pour combattre type de criminalité à  l’avenir;

faire preuve de solidarité européenne à  moyen et à  long terme envers les pays d’Europe orientale les plus gravement touchés par le cercle vicieux de la pauvreté et assister ces derniers dans la mise en œuvre de mesures de réduction de la pauvreté et dans la création d’un environnement sûr pour les affaires et les investissements. »

sources:

http://www.alliancefr.com/actualite/desinformat/organes.html

http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/Doc03/FDOC9822.htm
http://www.rfi.fr/fichiers/MFI/EconomieDeveloppement/625.asp

http://www.lemonde.fr/web/article/0%2C1-0@2-3214%2C36-358336%2C0.html

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