La dynamite, le Père de Coma et son abbaye

La région de Foix est reconnue pour être un centre cathare, identifié par la citadelle de Montségur. A quelques kilomètres à l’ouest de la ville de Foix, Baulou, un petit village qui semble être aussi loin que possible de l’agitation de la ville de Rennes-le-Château… et pourtant Baulou est l’endroit où un autre prêtre de village a décidé d’ériger des constructions monumentales … qui furent ensuite dynamitées sur ordre de l’évêque.

Philippe Coppens

Baulou est proche de la route touristique, mais ne reçoit que rarement, voire jamais de visiteurs, qui préfèrent plutôt contourner le site et se rendre à la rivière souterraine de Labouiche, la plus longue rivière souterraine navigable

d’Europe ouverte au public. Néanmoins, le parking en face de son Eglise serait mieux équipé pour accueillir les visiteurs. Le moderne parking bien entretenu est en contraste absolu avec l’Eglise elle-même. Dédiée à Marie Madeleine, elle semble être éternellement fermée, la présence d’une clé ne permettant pas un accès facile.

Mais ce n’est pas l’église du village qui est le site d’intérêt, c’est le site qui se trouve le long d’un petit chemin, ne permettant le franchissement que d’une seule voiture à la fois. Sans connaissance préalable, aucun visiteur moderne ne tombera jamais tomber dessus. Même alors, il ne reste rien de clairement visible qui indique le passé dramatique du site de «Carol».

Après un dernier virage, un grand bâtiment s’élève sur la droite: les seuls vestiges des constructions extravagantes qui ont été lâchées dans cette petite vallée par le père de Coma, au milieu du 19ème siècle. Louis de Coma naquit en 1822 à Foix, dans une famille de neuf enfants. Son père, Bonaventure, est un architecte célèbre, et il est donc membre d’une famille riche, qui avait acheté la terre de Carol (encore aujourd’hui balisé), un domaine de taille de Baulou.

L’histoire de la famille semble remonter au 16ème siècle, quoique riche, rien ne suggère que Louis de Coma ait jamais tenté de s’élever au-dessus du rang de la prêtrise ordinaire – et à la fin il ne l’a jamais fait, seule sa renommée a crû. Il espérait étudier au Séminaire de St-Sulpice, à Paris. Cependant, l’évêque était d’avis que les prêtres qui ont étudié dans des endroits aussi important ne rentrent jamais chez eux, on lui a donc demandé d’étudier la prêtrise près de chez eux. En 1844, il entra au séminaire jésuite de Saint-Acheul à Amiens. Cela signifiait que de Coma est devenu un jésuite, cela à un moment où les Jésuites étaient peu estimés du peuple français.

Néanmoins, il est resté enseignant jusqu’ en 1855, quand son père meurt et Louis retourna dans le domaine familial de Baulou. Peut-être à cause de la mort de son père, de Coma a décidé que son objectif principal serait de prier pour les âmes des défunts – une zone d ‘ «expertise» qui continue de prospérer dans les pays catholiques, avec des familles payant pour des messes à dire en leur nom en l’honneur des défunts de la famille. Il y avait plusieurs systèmes, le plus populaire étant le mécanisme par lequel un franc français était donné, ce qui signifie que le nom du défunt serait dit dans une liste de nombreuses personnes ayant payé le même montant pour un hommage similaire. Mais les familles pouvaient également payer pour des messes spécifiques, dans lesquelles une cérémonie entière était consacrée à l’âme des défunts. Il est clair que ce privilège avait un coût – 100 francs français pour être précis -, mais il est tout aussi clair que cela apportait des revenus supplémentaires pour le prêtre. Toute l’entreprise était totalement légale, et bien pratiquée dans toutes les régions de France, et au-delà. Toutefois, il est entendu que la plupart des prêtres devait remettre un certain pourcentage des bénéfices à leur ordre, dans son cas, les jésuites. De Coma suivit les traces des Cathares et de leur obsession de la mort. Mis à part les messes dites pour les morts, il a également voyagé à travers la France pour sensibiliser les gens au problème de la mort. Il voulait «préparer» les gens.

De Coma était et est devenu une personne encore plus riche. Comme tant d’autres, il a voulu détourner cela dans la construction de bâtiments, transformer Carol en un centre religieux. Son frère aîné, Ferdinand, était aussi un architecte connu et donc le candidat idéal pour dessiner les plans du nouveau centre.

Les travaux ont commencé en 1856, juste après le retour de Louis au domaine familial. L’église que son frère avait prévue, semblait remarquablement similaire à celle de Lourdes, même si à l’époque, Bernadette n’avait pas encore vu la manifestation de la Vierge Marie – et que l’église n’existait pas encore. Cela donne à penser que la conception de Lourdes a été inspiré par l’église de Carol, un exploit remarquable pour un prêtre inconnu. La conception et l’exécution de l’église comprenait une crypte, qui a été conçu pour accueillir toute la lignée familiale. De l’autre côté de l’église il y avait une grotte, une grotte artificielle dans laquelle une statue de Marie-Madeleine avaient été placés. Pour rendre la grotte plus réaliste, des stalactites et des stalagmites de grottes naturelles voisines ont été achetés pour être insérer dans la structure artificielle. Ils restent en place à ce jour …

Le chemin de croix commençait juste à côté de la grotte, doucement sur la pente de la colline. Il s’agissait d’une déviation majeure de la pratique standard. Alors que la plupart des stations du chemin croix dans les églises sont de simples représentations en bois des périls de Jésus, de Coma construisit des structures en pierre massive, les restes de beaucoup peuvent encore être vus, le long du sentier qui monte vers le sommet de la colline. Un calvaire a été érigé au sommet de la colline, avec des représentations du Christ sur la Croix, de Jean l’Evangéliste, de la Vierge Marie et de Marie-Madeleine aux pieds de la croix. A côté de l’église, il y avait place pour un monastère ou un couvent, avec l’espoir que, bientôt, une communauté religieuse occuperait les bâtiments.

Comme on pouvait s’y attendre, les travaux de construction n’ont pas été conçus de façon aléatoire. L’église, la grotte, le calvaire et l’église de Marie Madeleine dans le village étaient tous censés être alignés, grossièrement sur nord-nord-est. L’œuvre entière devait représenter «Gethsémani», le jardin du Mont des Oliviers, qui était le domaine où la Passion du Christ avait eu lieu. Jésus emmène ses disciples dans cette région peu avant qu’il ne soit arrêté. Il demande à ses disciples de prier, c’est l’endroit où Judas le trahira.

Comme explication, le Sud de la France ressemble à la Palestine, de Coma a ordonné qu’on plante des arbres et d’autres végétaux qui pourraient être trouvés en Palestine. Malheureusement, ils étaient mal adaptés aux hivers rudes du climat français et eurent bientôt une mort prématurée. Peut-être que c’était le premier mauvais présage des temps difficiles qui arrivaient.

Bien que de Coma ait construit son Eglise, elle ne sera jamais – ou pourra jamais être – dédicacée. Lorsque les Jésuites furent dissolus en France en 1879, de Coma a été confronté à la question: soit, fuir la France et ainsi montrer son allégeance à l’ordre, soit, rester et abandonner son alliance religieuse. Ce sont ses supérieurs religieux qui lui conseillèrent d’abandonner l’ordre des jésuites et de continuer à se concentrer sur la finalisation de ses travaux.

De Coma a terminé ses travaux de construction en 1885, il a même trouvé quelques moines de la Communauté du Saint-Esprit qui ont accepté de s’installer dans son monastère. En 1885, leur chef, Antoine Decressol, a signé le contrat avec de Coma en ce qui concerne la propriété de Carol. L’acte déclare de Coma est autorisé à vivre et prendre soin des bâtiments, mais qu’il n’aurait pas d’autres pouvoirs sur la vie de la communauté. Il ne faut donc pas s’étonner de constater que de Coma ne signerait jamais certaines parties du contrat, une résistance qui a fortement irrité Decressol. Lorsque de Coma partit pour un pèlerinage à Lourdes en 1886, Decressol et ses hommes vidèrent leur chambre et quittèrent les lieux.

Pour de Coma, cela a marqué le déclin de son prestige, mais en 1890 il réussit à devenir le prêtre de l’église-Madeleine à proximité de Baulou. Cela signifiait que de Coma était maintenant un prêtre du village énigmatique, après avoir été un solitaire fantomatique essayant de transformer son domaine privé en un centre religieux. De Coma a essayé de sauvegarder son centre. Il a parlé au père Lambert, chef de file d’une école apostolique à Pamiers, dans l’espoir de faire de Carol sa nouvelle maison. En fin de compte, le projet ne se réalisera pas.

Louis de Coma est maintenant un vieil homme (68 en 1890), une curiosité entouré par sa propre création… un homme seul, dans un très grand bâtiment, dans un très petit endroit. Il est dit que la controverse a faussé son esprit: il a été vu se promenant dans les vêtements de sa mère morte. Pourtant, son domaine est devenu le refuge de plusieurs prêtres en fuite, quand l’Église et l’État ont été officiellement séparés en 1904. En 1907, à 85 ans de Coma n’est plus le prêtre de Baulou, le 14 Novembre 1911, son vieux corps de 89 ans, est retrouvé mort dans son lit.

De Coma est décédé sans testament, ce qui signifie que tout le domaine est devenu la possession de l’évêque. Rien ne se passe au domaine, jusqu’à ce qu’un de ses successeurs vende les biens à la famille Baures en 1956. Les conditions de vente indiquent néanmoins que toute l’infrastructure doit être rasée. Pourquoi? L’évêque a donné la raison « de sorte qu’aucune secte religieuse ne s’y installe».

Considérant que jusqu’à présent le mystère de de Coma serait une extravagance mais rien de plus, la première question doit être la raison pour laquelle aucune secte voudraient s’y installer. Rien à première vue, ne suggère une raison essentielle pour laquelle  » des cinglés religieux » vont s’installer dans le domaine. Personne ne l’avait fait jusqu’à présent et pourquoi la vente et l’occupation ultérieure du site faciliterait elle un tel sort?

S’il est vrai qu’entre 1911 et 1956, les biens avaient été utilisés à une multitude de fins, à l’extrême rien ne s’était jamais produit. On y avait logé les soldats en fuite, les jeunes du coin utilisaient l’église comme lieu de rendez vous idéal et malheureusement aussi certaines personnes avaient pénétré dans la crypte pour détruire les tombes des défunts. Bien que regrettable, il est clair que rien de ce genre, ne se serait produit si le domaine avait été occupé.

Malgré la demande étrange, Baures Henri décide d’accéder à la volonté de l’évêque. Toutefois, la première tentative de destruction à la dynamite a seulement secoué les statues. À la seconde tentative, avec beaucoup plus de dynamite installée, alors que le village entier était recouvert de neige, l’église a été démolie, le chemin de croix menant à la colline a également été détruit.

Le terrain où se dressait autrefois l’église est encore criblé de pierres. Les anciens sites de constructions peuvent encore être clairement identifié et il est clair que le site n’a jamais été utilisé autres fins … Le chemin d’accès du chemin de croix est petit et abandonné. Surdimensionnées. Non visité. La plus grande partie du Calvaire subsiste en haut, mais il est clair qu’il est aussi en partie détruit. Il y a des pierres éparpillées partout, des ouvertures apparaissent à certains endroits, ne menant peut-être nulle part, menant peut-être à des chambres souterraines. A l’arrière du Calvaire, il y a une ouverture, accessible par de petites marches. De Coma voulait utiliser cet espace comme crypte pour les moines, mais les deux prêtres qui moururent pendant leur séjour, ont été enterrés dans l’entrée latérale de la crypte de la famille dans l’église. Des rumeurs affirment que les corps de combattants de la Résistance furent enterrés ici pendant la Seconde Guerre mondiale, mais on affirme qu’après la guerre, ils ont été inhumés ailleurs.

Le plus intact, en dehors de la résidence, est la grotte de Marie-Madeleine. La crypte, à proximité, est également en grande partie intacte, mais désormais bien couverte avec des branches de telle sorte que les profanations supplémentaires ou l’accès soient découragés. De Coma était un prêtre de village, qui construisit un domaine extraordinaire. Bien qu’il ne reste que peu, l’importance des travaux est toujours facilement visible.

Il n’est donc pas surprenant que des rumeurs ont circulé disant qu’il doit y avoir un lien entre de Coma et Saunière, le curé énigmatique de Rennes-le-Château. Il faut dire que leur carrière sont similaires, quoique de Coma ne soit jamais devenu l’objet d’une telle controverse ou un centre d’intérêt comme l’est son collègue de l’est. Saunière est devenu prêtre du village en 1885, à un moment où de Coma terminait ses travaux de construction. Se sont-ils jamais rencontrer? Il est difficile de le dire, et il semble qu’ils ne l’ont pas fait – même si l’absence de preuves, n’est jamais une preuve d’absence. Il y a des parallèles précis: tous deux étaient prêtres d’une église de village dédiée à Marie Madeleine. Les deux églises étaient situées dans le centre cathare. Plus important encore, ils ont tous deux reçu de l’argent du comte de Chambord: de Coma a reçu 4000 francs français, Saunière 3000. De Coma a nommé son domaine Gethsémani, Saunière a nommé le sien Bethany – deux domaines où la passion du Christ se produisit.

Face à un tel parallélisme, la question doit être posée de savoir si les deux prêtres faisaient partie d’un «mouvement». Si c’est le cas, quel type de mouvement? On dit que Saunière voulait faire de son domaine une «retraite» pour les prêtres malades ou retraités et les plans de construction de Coma aurait permis une utilisation similaire.

Le plus étrange parallèle est que cette énigme de l’abbé Saunière a été connu du grand public en 1956, l’année où l’évêque de Pamiers a ordonné la destruction de l’héritage de de Coma. Coïncidence, ou dessein?

Enfin, de Coma est une étrange inversion de Saunière. Considérant qu’on ne sait d’ où Saunière recevait son argent, l’énigme de Coma est de savoir ce qui est arrivé à son argent. Il n’existe pas de documents qui peuvent être facilement consultés. Mais on sait que le revenu de Coma était plus important que ce que lui et sa famille ont dépensé sur son domaine. Mais l’énigme finale n’est pas avec de Coma, mais avec un évêque qui, pour une raison quelconque – en excluant l’illogique – ressentit que la propriété devait être dynamitée. Contenait-elle quelque chose que l’évêque ne voulait pas que le monde voit? Si oui, quoi?

Traduction : Veritas le 21/11/2009

Source : http://www.philipcoppens.com/decoma.html

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