La Sibérie menacée par le changement climatique

MOSCOU (AFP) – La Sibérie, où la fonte du permafrost pourrait provoquer des « catastrophes », sera la région russe la plus touchée par le réchauffement planétaire d’ici à  la fin du siècle, selon des climatologues interviewés par l’AFP lors d’une conférence sur le changement climatique à  Moscou.

« En gros, en Russie, il faut multiplier par 1,5 la hausse mondiale de la température annuelle moyenne prévue à  l’horizon 2100 » par le Groupe des experts de l’ONU sur le climat (IPCC), « mais en Sibérie il faut multiplier par 2 », déclare Gueorgui Golitsyne, physicien de l’atmosphère travaillant à  l’Académie russe des sciences.
« La population pourrait y trouver son avantage. Les cultures aussi, puisque la période de croissance des plantes a augmenté récemment de 10-15 jours dans l’ouest du pays ».
« Mais le réchauffement planétaire pourrait accroître la fréquence des événements extrémes, particulièrement en Sibérie où les inondations catastrophiques devraient augmenter et le permafrost fondre avec son cortège de dégàts pour l’habitat, les usines, les infrastructures et les conduites » de gaz et de pétrole.
Selon M. Golitsyne, le réchauffement se manifestera surtout en hiver et sera le plus marqué en haute latitude, en Sibérie et dans le nord de la Russie occidentale. Il s’accompagnera d’une forte augmentation des précipitations (pluie et neige), surtout en hiver et au début du printemps, les bassins fluviaux sibériens étant les plus touchés (Ob, Ienisseï et Lena).
« Ici à  Moscou et dans la partie européenne de la Russie, les hivers très froids ont déjà  presque disparu. En Sibérie, ils ont maintenant moins 30 là  où ils avaient moins 40 et moins 50 il y a 40 ans ».
Le réchauffement a sauvé le régime soviétique dans la décennie 80, relève-t-il. « Sans lui, il n’y aurait pas alors eu assez de fioul pour passer l’hiver », note-t-il, citant une conversation en avril 1990 avec le numéro deux du Plan (Gosplan).
Les inondations de la Lena de 2001 donnent déjà  un avant-goût de l’avenir pour la Sibérie. « Après un hiver normal assorti d’épisodes très froids, le thermomètre a soudainement grimpé en mai jusqu’à  30 degrés alors que le sol était encore gelé. La neige a fondu en un temps record », provoquant des débordements du fleuve.
« La Sibérie est l’une des régions les plus sensibles au changement climatique de la planète », renchérit le climatologue français Michel Petit, citant les travaux de l’IPCC auxquels il participe.
L’IPCC prévoit une hausse moyenne du thermomètre de 1,4 à  5,8 degrés à  l’échelle mondiale en 2100 par rapport à  1990. Si on prend un scénario moyen (+3,1 degrés), on a +5-6 degrés pour le sud de la Sibérie et le nord de la Russie occidentale, +6-8 pour le nord sibérien et +8-10 pour l’extréme nord sibérien et l’Arctique, rappelle-t-il.
Considéré comme un des adversaires du protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à  effet de serre, le climatologue russe Gueorgui Gruza souligne que le changement climatique aura « du pour et du contre » pour la Russie, la recherche pour l’établir n’en étant encore qu’à  ses débuts.
L’agriculture sera bénéficiaire et « il y a aura peut-étre de la vigne là  où il y a aujourd’hui du seigle », dit-il, citant l’exemple de la région « autour de la mer Caspienne ». Le transport maritime aussi puisque la navigation « deviendrait possible toute l’année » au nord du continent.
Mais le permafrost couvre 60% du territoire russe, rappelle-t-il. Sa fonte brutale serait « une véritable catastrophe » et la Sibérie se couvrirait de « marécages ». « De grands complexes industriels, des villes et tous les oléoducs s’effondreraient. Le CO2 et le méthane s’échapperaient (gaz à  effet de serre stockés dans le permafrost, ndlr) et l’effet de serre s’aggraverait ».

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