L’Atoll de Tuvalu menacé

Un atoll polynésien menacé par les marées et le réchauffement planétaire.
NADI (AFP), le 18-02-2004

L’atoll polynésien de Tuvalu, dans le Pacifique, va étre submergé jeudi par des grandes marées exceptionnelles, alimentant de sombres prédictions qui affirment que le pays sera bientôt la première victime d’une montée des océans provoqué par le réchauffement planétaire.

Tuvalu, qui abrite 11.500 habitants répartis sur 9 atolls émergeant à  moins de 4,5 m au dessus du niveau de la mer, doit étre frappé en fin de semaine par de très grandes marées liées à  la nouvelle lune, a indiqué Hilia Vavae des services météo de Tuvalu.

« On n’est pas trop sûr de ce qui va se passer mais on pense que tout va étre inondé par les flots pendant au moins une heure ou deux », a-t-elle déclaré, précisant que, jeudi, le point le plus élevé de la marée doit atteindre 3,07 mètres et vendredi, 3,10 mètres.

Selon les services météo, la plupart des habitations de la capitale, Funafuti, constituée d’une trentaine de petits ilôts peuplés de 4.000 personnes, devraient étre inondés ainsi que l’aéroport.
Les autorités de Tuvalu ont depuis de nombreuses années averti les instances internationales du risque que constituait la montée du niveau de la mer provoqué par le réchauffement de la planète.
Il y a dix ans lors de négociations sur le Protocole de Kyoto sur les émissions de gaz à  effet de serre, le Premier ministre de Tuvalu, Bikenibeu Paeniu, avait déclaré que les 11.500 habitants de Tuvalu « seraient les premières victimes des changements de climat ».

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a lui aussi cité le cas de Tuvalu, situé à  3.400 kilomètres au nord-est de l’Australie, en affirmant « qu’il y avait des problèmes au paradis ».
Face à  ce sombre destin, les responsables de l’archipel ont tenté en vain de convaincre l’Australie et la Nouvelle-Zélande de faire bénéficier leurs ressortissants d’un régime d’immigration préférentiel « au cas où les grandes marées rendraient l’atoll inhabitable ».

L’actuel Premier ministre, Saufatu Sopo’aga, a affirmé que son gouvernement pourrait engager des poursuites contre l’Australie et les Etats-Unis, en raison de leurs émissions de gaz à  effet de serre, considérées comme responsables du réchauffement mondial.

Les experts scientifiques sont toutefois divisés sur les causes réelles de l’affaissement de Tuvalu.

Selon Hilia Vavae, la principale difficulté pour expliquer le phénomène est le manque de données sur le long terme.

En 1993, un programme de surveillance des changements climatiques et du niveau de la mer dans le Pacifique sud, financé par l’Australie, a installé des jauges à  Funafuti.
Ses responsables ont affirmé en 2002 « qu’il n’y avait aucune preuve d’une accélération de la montée du niveau de la mer ».

Ils ont en revanche estimé que la pression démographique, l’abattage de nombreux cocotiers et la construction de routes, avaient contribué à  l’affaissement de l’atoll.
Au fil des ans, la succession de grandes marées a par ailleurs rendu saumàtres les réserves d’eau douce souterraines. Les terres étant de ce fait moins fertiles, les habitants ont utilisé des quantités plus importantes d’engrais pour maintenir leurs cultures, au risque de polluer encore plus les nappes phréatiques.

Sources : AFP

« Tuvalu » et « Funafuti ». Beaucoup d’IGULiens ignorent certainement la signification de ces mots aux consonances exotiques et ensoleillées. Merci à  l’Irrégulier de leur offrir la rare opportunité de les mettre en évidence devant un public de géographes et de divulguer une partie de leur destin si particulier.

Tuvalu est un Etat du Pacifique sud composé de neuf atolls, au Nord des îles Fidji, et Funafuti sa capitale. Froissez ce papier et vous entendrez les bruits de la mer, les vagues venant mourir sur les plages. Voyager mentalement et la couleur vire au turquoise, le ciel est immaculé, la brise ventile les rayons du soleil, les mouettes rigolent au-dessus des cocotiers…

Stop! L’agence de voyage est au niveau 1 et cet article à  la volonté rabat-joie de montrer une autre réalité de ce coin du monde. Pour cela, il est nécessaire de présenter un peu plus longuement ces îles.

 

Tuvalu est né en 1978 de leur séparation des îles Kiribati. Il compte aujourd’hui environ 11’000 habitants, dont 40% habitent sur l’atoll de la capitale. Son économie fait principalement partie du secteur primaire. En effet, ils vivent pour la plupart de l’élevage, de la péche et aussi de quelques cultures (noix de coco et coprah) malgré un sol assez pauvre. Le tourisme reste une activité marginale dans ce pays. Le pays n’a aucune ressource minérale. Les habitants comptent aussi sur l’aide des devises fournies par les émigrés tuvaluans et sur l’aide internationale des pays du Commonwealth essentiellement. Ils ont aussi profité de la vente de leur domaine virtuel Internet  » .tv « .

D’un point de vue plus environnemental, les atolls de Tuvalu sont des récifs coralliens de très basse altitude, puisque que le plus haut sommet du pays culmine à … 4 m 50 au-dessus du niveau de la mer. Sa superficie est de 26 km2. Le climat est tropical (chaud et humide); la saison des pluies s’étend approximativement des mois de janvier à  mars et peut entraîner des précipitations très violentes. Les cyclones par contre sont rares, mais provoquent sur ces îles à  l’équilibre très fragile des dégàts environnementaux (érosion de la côte notamment) et anthropiques (cultures) très importants.

Or, ce paradis des vacanciers évolue de plus en plus vers un enfer pour les Tuvaluans eux-mémes, sans qu’ils ne soient responsables de quoi que ce soit pour cet état de fait. En effet, le réchauffement climatique global encore traité hypothétiquement par les politiques des pays développés en l’attente de certitudes du monde scientifique est une réalité pour certains pays du globe. Ainsi, le niveau de la mer s’est rehaussé de 20 à  30 centimètres durant le 20ème siècle et l’IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) prévoit une hausse jusqu’à  un mètre lors du siècle en cours.

Quels effets cela peut-il avoir sur Tuvalu? Logiquement, les surfaces exploitables se réduiront par l’élévation du niveau de la mer. Mais ceci n’est pas si dramatique à  court terme. Le problème principal a lieu lors d’événements extrémes comme les tempétes et a fortiori les ouragans. Les températures océaniques et atmosphériques plus élevées transmettent leur surplus d’énergie aux systèmes cycloniques, devenant donc plus dévastateurs. On a observé dans cette région du monde une augmentation de la fréquence et la puissance des tempétes et des ouragans. Aux conséquences directes et destructrices déjà  évoquées, il faut ajouter la salinisation que provoque ces inondations plus fréquentes d’eaux salées. Ceci a des conséquences sur les réservoirs d’eau douce et sur les terres cultivées que le sel stérilise petit à  petit, les rendant de moins en moins productives. Vivre sur ces îles deviendra une gageure d’ici 30 à  50 ans.
Ainsi, le gouvernement tuvaluan a pris à  contre coeur la décision d’évacuer le pays. Pour ce faire, il s’est tourné vers son grand voisin australien en lui demandant d’accorder à  ses 11’000 habitants le statut de réfugiés écologiques et de les recevoir sur son territoire. Suite à  son refus (!), la Nouvelle Zélande a fait savoir qu’elle était préte à  les accueillir. L’évacuation devrait donc commencer cette année et s’étaler sur une assez longue durée. Certains habitants ont émis le désir de rester malgré tout sur leur territoire jusqu’à  leurs derniers jours, là  où ils ont leurs racines, peu leur importe la difficulté de survivre dans les conditions futures prédites.

Comment poursuivre en évitant de tomber dans les pièges béants du militantisme écologique radicalisé ou ceux de la quéte idéale d’un monde plus équilibré? Je n’ai d’ailleurs peut-étre pas envie d’éviter ces pièges. Enfin, essayons.

A l’échelle mondiale ou globale, puisqu’il est de bon ton d’utiliser ce mot, le monde a déjà  vu des déportations bien plus massives au nom de raisons diverses.11’000 personnes ne représentent qu’une goutte. Mais il est certainement faux de penser de la sorte. En effet, d’une part, cette goutte sera jointe bien assez tôt par d’autres bien plus massives: selon l’Assemblée Générale des Nations-Unies, les 310’000 habitants des Maldives seront rapidement mis en danger et les Bangladais forcés à  la migration pourraient se compter en millions. D’autres part, en quittant des extrapolations dramatiques pour faire irruption dans le domaine de la pensée humaniste, cette goutte semble si insignifiante parce qu’elle se passe à  l’autre bout du monde au détriment de gens sans pouvoir, aux intéréts simples et certainement sains. Mais pour ces gens, cela représente tout et ce n’est pas autre chose qui doit étre pris en compte. Quelques Suisses ou Américains pèsent tellement plus lourd dans la balance qu’une poignée de gens proches de la nature. Aussi, mais inversement dans la part de responsabilité anthropique du réchauffement global !

Par exemple, le gouvernement Tuvaluan a étudié la possibilité de poursuivre les pays n’ayant pas ratifié le protocole de Kyoto auprès de l’ONU afin d’au moins de mettre en évidence cette situation. Un négociateur d’un pays concerné a rétorqué que sa cohorte d’avocats prouverait que le sous-sol volcanique instable de la région provoque de naturelles subsidences faisant apparaître et disparaître à  tout moment des îles – pourquoi pas Tuvalu? – et que de toute façon Kyoto ne ferait que légèrement ralentir le processus concernant notre archipel – alors pourquoi agir? C’est vrai après tout: quand nos activités ont le bonheur d’exporter leurs effets négatifs au loin, pourquoi s’en plaindre?

Tuvalu n’a pas les moyens de diffuser son désarroi devant l’ironie du laisser-faire-tant-que-ça-ne-nous-concerne-pas. C’est peut-étre là  que se trouve son véritable drame: l’indifférence.

Denis Bochatay (©2002 L’Irrégulier)

sources : http://web.archive.org/web/20071019233235/http://www.etudiants.ch/html/pratique/actualites/sciences/tuvalu.html

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