Le barbier fantôme de Pascagoula

fortean_times_4885_7L’étrange histoire d’une ville du Mississipi, une vieille légende de disparition, un récit d’abduction, et un cas de fétichisme des cheveux qui terrorisa les ouvriers durant la Seconde Guerre Mondiale.

Texte: Theo Paijmans / Images: Capucine Deslouis

Novembre 2009

Les titres de gloire fortéen de Pascagoula, une ville du Mississippi, reposent sur deux choses. Il y a la légende de la Rivière Pascagoula, ou Rivière Chantante, ainsi dénommée à cause du bruit particulier qui monte de ses eaux de temps en temps. Les habitants de Pascagoula pensent que la rivière est hantée et ils envoyèrent même une lettre à Sir Arthur Conan Doyle lui demandant d’enquêter à ce sujet. [1] L’autre anomalie majeure est la célèbre abduction de Charles Hickson et de Calvin Parker [0] en 1973, alors qu’ils partaient pêcher de nuit. Mais ce n’était pas la première abduction à se produire à cet endroit.En 1885, un journal raconta la légende presque oubliée de l’observation d’une sirène dans la Rivière Chantante, et son abduction d’une tribu entière d’amérindiens, qui ne furent jamais revus. « Il y a plusieurs années » écrivait le journal  » Là près du fleuve vivait une race d’indiens… Un grand temple était érigé au milieu des wigwams, grossièrement construit en pierre et en sable, recouvert de mousse et de vigne sauvage. Au centre de ce temple, il y avait une  magnifique statue en bois de la sirène, autour de laquelle ils dansaient et chantaient en grand nombre à des époques déterminées ».

Un prêtre tenta de les convertir au christianisme. Son travail se révéla inutile « le plus inattendu des évènements » se produisit. Une nuit, alors que la Lune était à son zénith et que le monde était baigné d’une lumière argentée, il y eut un voltigement sur l’eau, comme si l’air silencieux était battu par une myriade d’ailes. L’eau placide était convulsée, et allait de rive à rive en de rapides oscillations. Comme si elle forçait, un grognement issu des profondeurs fut entendu. Soudain, il se forma une pyramide, ou une trombe d’eau, ensuite une colonne d’écume, des vagues bouillantes, au milieu desquelles apparu la sirène. Chantant d’une voix qui fascinait par sa douceur, elle regarda le monde en dessous d’elle. Les indiens et le prêtre se précipitèrent sur les rives de la rivière pour contempler l’étrange spectacle. Quand la sirène les vit, sa voix devient d’une douceur ravissante, les invitant de sa main blanche, elle chanta; « Venez à moi, venez à moi, Vous les enfants de la mer! Ni cloches, ni livre, ni croix, obtiendrez vous de Votre Reine »

Sous le charme du chant, un premier plongea dans l’eau, et ne fut plus revu; un autre puis un autre le suivit rapidement, et finalement, tous, hommes, femmes et enfants; suivirent et furent perdus dans les profondeurs. Alors que le dernier disparaissait, un rire sauvage d’exultation surgit de la tour d’écume et la sirène plongea dans la brume verte. La colonne retomba dans une terrible explosion, et la rivière retourna dans son lit une fois de plus. »
[2] Le journal explique plus loin que : lorsqu’on entend à de rares moments la musique flottée sur la rivière: « ce sont les voix de leur descendants qui célèbrent leur délivrance dans le palais de la sirène ».
Entre la légende de la sirène de la rivière chantante et l’abduction des deux pêcheurs par des extra-terrestres ridés aux doigts crochus, on découvre une autre série d’événements étranges: la peur du Barbier Fantôme de Pascagoula en 1942.

En 1942, la population de Pascagoula, ancienne une petite ville endormie, gonfla jusqu’à 15000 habitants, principalement employés dans la production, en forte croissance, de navires de guerre. La ville a aussi souffert de ce qu’un journal a appelé « la nouvelle vague de crime » ou, il est ajouté, « peut-être que crime de cheveux conviendrait mieux, car les cheveux semblent être le seul et unique objectif du maraudeur ». En attendant sa capture et son identification, il fut surnommé « Le Barbier Fantôme », l’hypothèse étant que seul un coiffeur devenu fou furieux risquerait sa vie pour un tel butin.

Le Barbier Fantôme frappa une nuit au début du mois de juin de cette année là, coupant les cheveux des petites Mary Evelyn Briggs et Edna Marie Hydel alors qu’elles étaient endormies dans leur chambre au couvent de Notre Dame des Victoire.
 » Tout le monde en ville est perplexe sur les motivations du « Barbier Fantôme » et se demande qui il tentera de tondre la prochaine fois.
« Sans voler, ni même déranger ses victimes, il fait irruption dans les maisons la nuit, cisaille les cheveux des dormeurs. Il a fait des coupes de chevaux à trois personnes la semaine passée et aucune d’elle ne s’est même réveillée durant l’opération. »

Le Chef de la Police locale reconnaît qu’il n’a pas le moindre indice quand au mobile, mais les plaintes sont telles qu’il a annoncé une récompense et a donné le permis de port d’arme à 6 volontaires assermentés. [3]

La ville était dans un état de terreur, avec des limiers, et même l’Armée modifia la régulation des black-out « pour aider les gens….à capturer le barbier fantôme » [4] Selon un journal : un profil s’est dessiné de lui-même: le Barbier Fantôme frappe seulement les lundis et les vendredis à minuit, ne rompant cette habitude qu’une seule fois, et il entrait en découpant les stores.
Ainsi le vendredi suivant le lundi où il avait fait un rai au couvent de Notre Dame des Victoires, il frappe à nouveau, cette fois chez David G Peattie, dans l’une des principales rues résidentielles de la ville. Mme. Peattie était à l’hôpital à cette époque, une certaine Mme Walter Henshaw et son mari étaient chargé de veiller sur les jumeaux de 6 ans des Peattie: David et Carol, une fille. Entendant un bruit dans la chambre des enfants, Mme. Henshaw réveilla son époux et ils allèrent ensemble se rendre compte. Au premier regard tout semblait normal, les deux enfants étaient profondément endormis.
Alors Mme. Henshaw remarqua l’empreinte du pied nu d’un homme, gravée dans le sable sur la tête de lit du lit vide près de la fenêtre. Réveillée, Carol se dressa en sursaut, ayant une sensation pour ses boucles blondes qui d’ordinaire balayaient ses épaules « Pourquoi –Pourquoi ! « Bégaya-t-elle regardant hébété autour d’elle. « Pourquoi mes cheveux ? »

La nuit du vendredi suivant, ce fut le tour de M. et Mme. ST Heidelberg, fils et belle-fille du juge de Pascagoula. Après avoir découpé un store, un home entra dans la chambre où le jeune couple dormait.

« Le mode opératoire évoque le barbier. Mais hors cela, le reste ne porte pas sa marque. Au lieu de cheveux, Mme. Heidelberg a perdu deux dents, mise KO d’un coup de barre de fer avant qu’elle ne puisse crier. La même barre appliquée au crane de M. Heidelberg, l’empêcha de donner l’alerte. Tout arriva si vite que les victimes furent incapables de décrire leur agresseur.

C’est après cette incursion que les gens de la ville et la police ont fait venir des limiers. Les chiens repérèrent la trace d’un homme sous la fenêtre des Heidelberg qui les conduisit à une paire de gants sanglante, jetée dans un bois voisin. Ils perdirent la piste un peu plus loin dans un massif du sous bois, où on pense que le fugitif est monté sur un vélo.

« Le dernier « incident » survint une nuit de dimanche deux semaines plus tard. Et cette fois il n’y a pas de doute, car le butin est une fois de plus des cheveux, une boucle grise de deux pouces prise sur la tête de Mme RR Taylor. « J’ai été réveillée par un bruit vers minuit » déclara t’elle à la police. « J’ai le vague souvenir de quelque chose me passant sur le visage, quelque chose avec une odeur nauséabonde. Je me suis réveillée plus tard très malade. » L’explication généralement acceptée est qu’après avoir découpé le store à côté du quel elle était endormie, le voleur a simplement introduit et passé un mouchoir enduit de chloroforme sous le nez de Mme. Taylor puis il a escamoté une de ses boucles. [5] C’est un détail curieux et signifiant, car il rappelle le cas du Gazeur de Botetcourt County, Virginie de 1933 à 1934 et anticipe les événements de Mattoom, Illinois, quand la ville fut prise de panique à cause du gazeur fou.

Deux mois plus tard, en août, le Chef de la Police Ezell annonça la capture du Barbier Fantôme, qui avait fait irruption dans au moins 10 foyers. Le suspect était un certain William A Dolan, un chimiste allemand de 57 ans, qui était en Amérique mais qui avait été éduqué en Allemagne. Il fut inculpé de tentative de meurtres sur les Heidelberg. Apparemment Dolan avait été arête quelques mois auparavant pour violation de propriété, et il gardait rancune contre le père de M. Heidelberg, le juge local, qui avait refuse de baisser sa caution. On était généralement d’ accord sur le fait que l’attaque des Heidelberg n’était pas caractéristique du Barbier Fantôme, mais le Chef Ezell déclara qu’une quantité de cheveux humains avait été trouvé derrière la maison de Dolan; le FBI identifia certains comme étant ceux de Carol Peattie, une des victimes du Barbie. En outre, une des théories répandues, développée lors de la peur (lesquelles comprenaient l’idée que les cheveux étaient voles pour des cérémonies de sorcellerie dans l’arrière pays) était que le Barbier Fantôme faisait partie de la Cinquième Colonne, récoltant des cheveux qui seraient utilisés pour la fabrication de viseur pour les bombardiers de l’Axe. Et il y avait plusieurs Pascagoulans qui avaient signé des déclarations qui indiquaient que Dolan avait manifesté des sympathies pour l’Allemagne. Ezell pensait ainsi aussi : il déclara que l’objectif du chef de Dolan avait été de saper le moral des ouvriers dans les arsenaux. [6] Aucune nouvelle attaque du Barbier Fantôme de Pascagoula ne fut signalée après l’arrestation de Dolan. Il fut condamné à 10 ans de prisons pour l’attaque contre les Heidelberg. Bien que la presse n’ait pas fait mention des attaques du Barbier Fantôme, à partir de ce moment, le nom de Dolan fut inextricablement lié aux frasques du fantôme. [7]

Six ans plus tard, en 1948, le Gouverneur du Mississippi Fielding Wright réexamina l’affaire, écoutant les témoins à charge et à décharge. Après avoir fait passer Dolan au détecteur de mensonge, il lui accorda une suspension de peine limitée. [8]  En 1951, Wright libéra Dolan. Ce dernier s’installa à Bay St Louis, où il dirigea un petit magasin et dis pas de l’histoire. [9]

Alors Dolan était-il le Barbier Fantôme? Il n’a jamais été condamné pour les coupes de cheveux, mais il aurait pu attaquer les Heidelberg. Dolan, lui-même, d’après un journal  » a clamé opiniâtrement son innocence. Bien que plusieurs journaux déclare que le Barbier Fantôme n’a jamais été vu, il y a pourtant la vague description de Mary Evelyn Briggs: « il était plutôt petit » dit-elle, » plutôt gros et il portrait un polo blanc  » [10] Malheureusement, je n’ai pu trouver aucune description physique de William Dolan. Pas plus que je n’ai trouvé de mention que l’empreinte de pieds nus avait été compare aux siennes.
D’autre part, si on prend en compte les résultats de l’épreuve du détecteur de mensonge qui doit être présumée favorable, les propres déclarations de Dolan, l’attaque des Heidelberg qui ne cadre pas avec le reste, on pourrait conclure que le vieux chimiste n’était certainement pas le fantôme coupeur de cheveux. Peut-être que l’expression de ses imprudentes sympathie pour l’Allemagne, à une époque où l’Amérique était en guerre, a fait de lui une cible facile pour éviter toute panique dans une communauté en rapide expansion avec ses propres tensions sociales, au milieu d’une guerre mondiale et donc avec d’autres priorités plus urgentes. Le seul lien entre Dolan et le Barbier Fantôme sont les touffes de cheveux prétendument trouvées derrière sa maison Mais pourquoi un fantôme coupeur de cheveux obsessionnel laisserait il ses trophées les plus précieux à cet endroit au lieu de les couver dans quelque endroit secret, sachant que cette preuve incriminante pouvait être trouvée? Ou par rancune quelqu’un a t il pratiqué une cérémonie noire sur un Dolan sans méfiance, ou a-t-on monté un coup contre lui? Mais si Dolan n’était réellement pas le Barbier Fantôme de Pascagoula, alors qui était ce?

Notes

0   L’abduction de Pascagoula 
1 « This Fish Sings While He Waits For The Bait », The La Crosse Tribune And Leader-Press, La Crosse, Wisconsin, 18 Aug 1925.
2 « An Interesting Indian Legend », Iowa State Reporter, Waterloo, Iowa, 2 April 1885.
3 « Phantom Barber Clips His Victims While They Sleep », Ogden Standard-Examiner, Ogden, Utah, 18 June 1942.
4 « Army Suspends Dim-out to baffle ‘Phantom Barber' », Wisconsin State Journal, Madison, Wisconsin, 19 June 1942.
5 « ‘Phantom Barber’ Clips Fourth Victim, Asleep With Family », Brooklyn Eagle, Brooklyn, New York, 23 June 1942; « Steals Their Hair While They Sleep. Strange Exploits Of The Phantom Barber », San Antonio Light, San Antonio, Texas, 30 Aug 1942.
6 « Mississippi’s Bizarre Mystery of ‘Phantom Barber’ Believed Solved », Corpus Christi Times, Corpus Christi, Texas, 14 Aug 1942; « ‘Phantom Barber’ Caught After Intensive Search », Marysville Tribune, Marysville, Ohio, 14 Aug 1942; « Phantom Barber Attempted to Impair War Workers’ Morale », Mason City Globe-Gazette, Mason City, Iowa, 14 Aug 1942; « Hinders Morale By Cutting Hair », Middlesboro Daily News, Middlesboro, Kentucky, 14 Aug 1942.
7 « ‘Phantom Barber’ Gets 10-Year Prison Term », The News-Palladium, Benton Harbor, Michigan; « William A. Dolan Gets 10 Years As ‘Phantom Barber' », The Delta Democrat-Times, Greenville, Mississippi; « Phantom Barber Gets 10-Year Term », Oakland Tribune, Oakland, California, all 19 Nov 1942.
8 « Wright May Pardon ‘Phantom Barber' », The Delta Democrat-Times, 2 May 1948.
9 « Phantom Barber Given Freedom », The Delta Democrat-Times, 20 May 1951.
10 « Steals Their Hair While They Sleep. Strange Exploits Of The Phantom Barber », San Antonio Light, 30 Aug 1942.

Source

Forum ufologique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *