Le chêne chapelle

Je vais vous dire où ils sont… Ils sont déjà dans leur repaire souterrain, une résidence tout à fait délicieuse dont nous ferons bientôt la visite. Comment y sont-ils arrivés? Car il n’y a pas d’entrée en vue, si ce n’est une grosse pierre, qui si on la déplaçait, révèlerait l’entrée de la caverne. En y regardant de plus près, vous remarqueriez qu’il y a sept gros arbres avec chacun, dans son creux, un trou de la grosseur d’un garçon. Ce sont les sept entrées de leur maison sous la terre, entrées que Crochet recherche depuis des lunes et des lunes. Les trouvera-t’il ce soir?

J. M. Barrie, Peter Pan

Le chêne chapelle

Dans la plus célèbre œuvre de JM Barrie, Peter Pan, la cachette du personnage éponyme est dépeint comme une maison souterraine accessible par le creux de l’un des sept grands arbres. La notion que l’on est en mesure d’accéder à un repaire souterrain en entrant dans le creux d’un arbre est en effet l’étoffe d’histoires  et de contes de fées. En France, cependant, il existe un arbre tout aussi chimérique – un chêne centenaire qui abrite non pas un, mais deux anciennes chapelles en son centre évidé.

Le Chêne Chapelle est situé à Allouville-Bellefosse, une commune du département de la Seine-Maritime en Haute-Normandie, France. Selon les habitants, le chêne est aussi vieux que la France elle-même, et il existait déjà sous le règne de Charlemagne au 9ème siècle après JC. On dit également que en 1035, Guillaume le Conquérant, le premier roi normand d’Angleterre , s’est agenouillé à la base de ce chêne, peut-être à l’occasion de son accession au duché de Normandie. Bien que la tradition locale affirme que le chêne est vieux d’environ 1200 ans, les scientifiques affirment que l’arbre est probablement plus près des 800 ans. Néanmoins, il reste le plus vieil arbre connu en France aujourd’hui.

chêne chapelle
Gravure du XVIIIème représentant le Chêne Chapelle

Ce n’est que dans les années 1600 que le chêne est devenu le Chêne Chapelle. A cette période, l’arbre a été frappé par la foudre et il a été brûlé en son centre, formant ainsi un creux. Le chêne, cependant, a survécu, et il est venu à l’attention de l’abbé local, Du Détroit et du curé du village, le Père Du Cerceau. Les deux hommes ont interprété le creusement du chêne comme un signe de Dieu. Ils ont décidé de construire un sanctuaire en son sein. Ainsi, un sanctuaire dédié à la Vierge Marie, connu sous le nom de Notre-Dame de la Paix a été construit directement dans le creux de l’arbre. Plus tard, une petite chapelle, connue sous le nom de Chambre de l’Ermite a été ajoutée. Cette chapelle était accessible par un escalier à l’extérieur de l’arbre.

Un escalier serpente autour du Chêne Chapelle
Un escalier serpente autour du Chêne Chapelle

Pendant la Révolution française à la fin du 18ème siècle, le Chêne Chapelle fut considéré comme un symbole de l’Ancien Régime. Une foule inspirée par la Révolution est finalement arrivé et a menacé de brûler le Chêne Chapelle. Un ingénieux du coin, cependant, a rapidement rebaptisé la chapelle  «temple de la raison», conformément aux idéaux de la Révolution. Grâce à cet esprit, le Chêne Chapelle a été épargné par la foule.

Aujourd’hui, l’arbre plusieurs fois centenaire montre des signes de vieillissement et de décadence. Des parties de l’arbre sont maintenant mortes, et sa couronne se rétrécit chaque année. L’arbre est maintenant soutenu à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur par des poteaux et des câbles. En outre, dans les endroits où l’écorce est tombée, il est maintenant couvert par une couche protectrice de bardeaux de chêne.

chêne chapelle
Une couche protectrice de bardeaux de chêne couvrent maintenant l’arbre.

Malgré tout cela, la messe est toujours célébrée deux fois par an dans le Chêne Chapelle, et ce monument reste la destination d’un pèlerinage annuel lors de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, le 15 Août. Alors que l’arbre lui-même ne pourra sans doute pas vivre beaucoup plus longtemps, il restera probablement un symbole important dans l’esprit des gens, en particulier de celui des habitants de Allouville-Bellefosse.

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