La légendaire Hyperborée

Dans son histoire de l’Atlantide, écrit aux alentours de 360 avant JC, Platon mentionne une grande île ou un continent au delà de l’Atlantique, plus grand que la Libye et l’Asie réunies. Ce continent était si énorme, dit-il, «il englobait (enroulé autour) ce véritable océan ». Est-il possible que Platon aie parlé du continent américain et non pas de l’Atlantide, comme on le pense automatiquement quand on lit cette histoire pour la première fois?

Hyperborée

Il ne faut pas ignorer que de nombreux universitaires et des chercheurs montrent également que la traduction correcte du texte de Platon place l’Atlantide en Méditerranée et non dans l’Atlantique, ou quelque autre endroit exotique. En dehors de ces affirmations cependant, est-il concevable d’accepter que les anciens Grecs, autour du 4ème siècle avant JC, connaissaient le continent américain au-delà de l’Atlantique? Fait intéressant, plusieurs indices suggèrent que ce n’est pas une hypothèse si bizarre après tout.

Il y a environ vingt ans, en 1996, Mark McMenamin, professeur de géologie à Mount Holyoke College aux États-Unis, a découvert et a interprété une série de marques énigmatiques sur le verso d’une pièce d’or de Carthage, frappée vers 350 avant JC, comme une ancienne carte du monde. Au centre de cette carte du monde il y a une représentation claire du bassin méditerranéen. Une image à la droite de celui-ci est interprété comme représentant l’Asie, tandis que l’image de gauche est interprété comme représentant le continent américain. Le Professeur McMenamin a également constaté que tous les spécimens connus de ce type de pièces présente le même type de carte « du monde ». Ce fut une découverte intéressante, sans doute. Cependant, ce qui est le plus intéressant à propos de cette découverte, est que cette pièce carthaginoise a été frappée notamment au sein de la même décennie que celle où Platon a dévoilé l’histoire de l’Atlantide et a révélé qu’il y avait un grand continent au delà des colonnes d’Hercule.

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Piece carthaginoise d’environ 310-290 av JC

La Carte de Piri Reis

La carte du monde de Piri Reis, nommée d’après son auteur, un amiral et cartographe turc de renom (1465-1553), dessinée en 1513, seulement deux ans après la «découverte» de l’Amérique par Christophe Colomb, dépeint la côte ouest de l’Afrique, l’Europe, ainsi que l’ensemble du continent américain du côté de l’Atlantique. Selon de Piri Reis, cependant, son plan controversé reposait sur plusieurs autres cartes, beaucoup datant du 4ème siècle avant JC!

Hyperborée
Carte du monde par l’amiral ottoman Piri Reis, dessinée en 1513

Bien qu’en aucune façon la fameuse carte ne vale une image satellite, elle représente toujours correctement les continents sur les deux côtés de l’Atlantique, mais avec un défaut majeur. Elle montre la corne de l’Amérique du Sud tournant brusquement vers l’est, presque à un angle de 90 degrés, comme si l’Amérique du Sud « s’enroulait autour de » l’Atlantique au bas de la carte. Bien sûr, certains en sont à envisager que le corps horizontale de ce pays pourrait être celui de l’Antarctique, d’où controverse, puisque l’Antarctique n’a été découverte que 300 ans plus tard.

Bien que la controverse sur la carte de Piri Reis diminue de manière significative si on considère qu’elle ne représente pas l’Antarctique, l’existence de cette carte permet de renforcer encore quelques hypothèses formulées plus tôt. Si vraiment Piri Reis a emprunté à d’autres cartes anciennes datant du 4ème siècle avant JC, alors sans aucun doute cela renforce l’idée que Platon, en 360 avant JC, aurait été au courant du continent américain afin de l’inclure dans son histoire.

En outre, est-il possible que le défaut apparent sur la carte de Piri Reis, qui plus que probablement apparaissait également sur les originaux beaucoup plus âgés, explique pourquoi Platon avait la fausse impression que l’immense continent au-delà des colonnes d’Hercule « englobait » (s’enroulait autour ) de l’océan Atlantique. Tout comme dans l’hémisphère nord, où l’Amérique du Nord, prolongé par le Groenland, l’Islande et quelques autres îles semblent englober l’Atlantique Nord.

Carte par Abraham Ortelius, Amsterdam 1 572: en haut à gauche Oceanvs hyperboreus sépare l'Islande, du Groenland.
Carte par Abraham Ortelius, Amsterdam 1 572: en haut à gauche Oceanvs hyperboreus sépare l’Islande, du Groenland.

La légendaire Hyperborée

Des indices supplémentaires, cependant, suggèrent que non seulement que les anciens Grecs connaissaient l’Amérique du Nord au delà de l’Atlantique, mais comme il le semble, ils étaient également familiers avec la région autour du cercle arctique, en substance, le pont cassé qui relie l’Europe du Nord à l’Amérique du Nord. Ils ont appelé cette terre Hyperborée (un mot grec qui signifie «Extrêmement Nord».)

Continent Arctique sur la carte Gerardus Mercator 1595
Continent Arctique sur la carte Gerardus Mercator 1595

Est-ce possible? Bien que, sans aucun doute, les sceptiques rejetteront cette suggestion, fait intéressant, les Grecs croyaient que l’Hyperborée était un territoire vierge si loin au nord de la Grèce que le soleil ne s’y couchait jamais. Bien sûr, le seul endroit au Nord où le soleil brille en permanence, au moins six mois par an, est la région au-dessus du cercle polaire arctique, un territoire évidemment pas facilement accessible, surtout pendant les mois d’hiver. «Coïncidence», le poète Pindare (522 BC – 443 BC) a écrit que «ni en navire, ni à pied vous ne trouverez la merveilleuse route de l’assemblée des Hyperboréens, » une déclaration qui corrobore encore l’inaccessibilité de cette région.

Alors, en tenant compte de l’emplacement de ce lieu (quelque part « très au nord »,), du  fait que c’est un endroit où le soleil ne se couche jamais, et que c’est une région inaccessible à pied ou en bateau (probablement en raison  de l’océan gelé de l’Arctique), où un endroit comme cela peut-il se trouver? Se peut-il que l’ Hyperborée aie été le fruit de l’imagination vive, ou est-il possible qu’il y ait une certaine vérité dans cette histoire, comme dans le cas d’autres histoires qui nous viennent de la Grèce antique, des lieux réels enveloppés dans des éléments mythiques? Telle était, entre autres, le palais de Knossos, qui était associé au Minotaure (une bête mythique mi-homme mi-taureau,) la ville de Troie qui était liée à une guerre épique menée par des demi-dieux, et le Mont Olympe, dont on pensait qu’il était occupé par des dieux. Qu’en est-il de l’Hyperborée? Est-il possible que les Grecs aient réussi à naviguer si loin au nord, ou était-ce des connaissances transmises par d’autres, tels que les Minoens peut-être?

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La route de l’Hyperborée et de l’Amérique du Nord

Si, selon les historiens, les Minoens de l’âge du bronze, il y a 4.000 ans, voyageaient souvent voyager aussi loin que l’Écosse et les îles Orcades pour le négoce, est-il inconcevable de penser que au fil du temps ( des allers et retours pendant un millier d’années), ils puissent avoir à terme atteint Groenland (le bord de l’Hyperborée,) seulement quelques îles pour faire étape? Et, si ces anciens navigateurs ont réussi à atteindre le Groenland en passant d’île en île, est-il possible alors de supposer qu’ils auraient pu aller un peu plus loin pour finalement atteindre l’Amérique du Nord, qui, en substance, est juste au coin?

Les indices cachés autour du monde

Si non, où des milliers de tonnes de cuivre de la région autour des Grands Lacs ont-ils disparu au cours de l’âge du bronze? Plus important encore, comment est-ce que des épices, des plantes et des insectes indigènes seulement à l’Amérique se trouvent-ils à Santorin (une île minoenne) autour de la période de 1600 avant JC?

Une fouille dans la ville antique d’Akrotiri, sur l’île de Santorin, a révélé qu’un coléoptère du tabac (Lasioderma de serricorne), un insecte indigène de l’Amérique à l’époque, a été trouvé enterré sous les cendres volcaniques de l’éruption 1600 av JC. Si le tabac n’était pas été connu des Européens jusqu’à vers 1518 après JC, comme le prétend l’histoire (près de 3000 ans plus tard), comment a fait ce ravageur du tabac stocké pour arriver là?

En outre, comment les Egyptiens étaient-ils en mesure de se procurer du tabac et d’autres plantes indigènes à l’Amérique, comme des feuilles de coca, qui ont été souvent utilisés pendant la momification? En effet, en 1992, des études allemandes ont révélé qu’un tiers de toutes les momies testées, avaient des traces de nicotine dans leurs cheveux, la peau et les os. De plus, le même coléoptère du tabac trouvé à Santorin a été découvert à l’intérieur de la momie de Ramsès II (1213 av. JC) et dans la tombe de Toutankhamon (1323 av. JC).

En suivant la piste génétique

Si nos ancêtres de Méditerranée ne connaissaient pas l’Amérique du Nord il y a 10.000 à 12.000 années, alors comment l’haplogroupe X, un gène de la Méditerranée, se trouve-t’il en Amérique du Nord autour de ce période de temps et comme Platon l’affirme?

Pour ceux qui ne connaissent pas bien la génétique, chaque groupe humain de la planète est classé par les scientifiques en fonction de son haplogroupe particulier. Par exemple, tous les Indiens d’Amérique ont les haplogroupes A, B, C, et D. Comme haplogroupes A, C, et D sont également trouvé principalement en Asie, et que B l’est principalement en Chine et au Japon,  les anthropologues ont pensé que ces quatre haplogroupes avaient voyagé vers l’Amérique du Nord au cours d’une période glaciaire lorsque les continents étaient autrefois reliés par de la glace.

Une étude plus récente, cependant, pratiquée sur certaines tribus amérindiennes, en particulier celles autour des Grands Lacs, a révélé que, en plus des haplogroupes ci-dessus, on avait également trouvé des porteurs de l’haplotype X. Si des Moyen-Orientaux se sont rendus d’une façon ou d’une autre en Amérique il y a 10.000 ans, pourquoi est-ce que seules les tribus autour des Grands Lacs portent ce gène particulier? Et, surtout, comment les gens de Méditerranée se sont-ils rendu en Amérique du Nord?

Si c’était certain transfert aléatoire, comme certains scientifiques le soutiennent (voir hypothèse solutréenne), alors pourquoi aucun autre haplogroupe,au moins une douzaine en Europe à l’époque, n’ont pas suivi X, comme les quatre haplogroupes asiatiques sur le côté opposé de la carte se sont suivi en fin de compte via le détroit de Béring? Est-il possible que l’haplotype X aie navigué en Amérique du Nord dans un environnement confiné comme l’affirme Platon? Ou, est-il possible, comme la majorité des anthropologues le suggèrent, qu’ il y a 10.000 ans, les méditerranéens marchaient vers l’Amérique alors que la glace reliait toujours les continents asiatique et américain au détroit de Béring?

Cependant il y a un énorme problème avec l’affirmation scientifique: sur la route depuis du Moyen-Orient vers l’Amérique, la région la plus à l’est de la Méditerranée à porter de petites traces de l’haplogroupe X est celle de la République de l’Altaï dans le sud de la Russie. Aucune trace de haplogroupe X (ou d’une variation de X, ou d’une autre haplotype européenne) n’existe plus à l’est de cette région. Nous ne devons pas ignorer que les cartes de l’ADNmt montrent que les concentrations les plus élevées de haplogroupe X existent sur le côté Atlantique, autour des Grands Lacs, et non en Alaska ou le long de la côte ouest, où, selon les anthropologues, l’haplogroupe X s’est infiltré en Amérique.

Carte de l'ADNmt de l'haplogroupe X
Carte de l’ADNmt de l’haplogroupe X

Et enfin et surtout, nous ne devons pas ignorer que des traces élevées de l’haplogroupe X existent étrangement en Écosse, aux Îles Orcades, aux îles Féroé et en Islande et sur la quasi-totalité des îles étapes de l’Europe vers l’Amérique du Nord.

Christos A. Djonis

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