Les cavaliers noirs de l’Esotérisme

Je reprends le titre d’un livre de Daniel Beresniak, qui évoquait les rapports entre un certain ésotérisme et fascisme et nazisme et autres mouvements totalitaire. Les mouvements traditionnalistes et intégristes ont eux aussi eu ces rapports quasi libidineux avec le totalitarisme.

Quelques noms au hasard : Evola, Abellio, Serrano, Paul Lecourt, etc. La litanie est longue et n’est que de peu d’enseignement. Il me paraît plus intéressant de tenter de découvrir pour quel raison les fascismes ont tant attiré les ésotéristes en grand nombre.

Le refus du monde moderne et de la modernité :

Tous ces hommes ont en commun la détestation du monde moderne qu’ils considèrent comme « matérialiste » et déconnecté des réalités spirituelles. Ils font tous référence à un « in illo tempore », où le monde vivait selon la Tradition, où le spirituel avait la part belle et où chacun vivaient dans l’ordre des choses, un monde où il n’y avait de sciences que la Tradition. Ce monde, l’Age d’Or évoqué par les diverses traditions, était détaché des contingences matérielles et chacun ne visait qu’à la réalisation spirituelle, par opposition au monde moderne où l’homme ne chercherait qu’à satisfaire des besoins matériels.

Le goût de l’ordre :

Tous nos auteurs ont un goût prononcé pour l’ordre. Cet ordre est réputé être d’origine divine. Chacun nait à sa place, et doit obéissance au Roi et Prêtre. La démocratie est fustigée car elle permet à des hommes non qualifiés (ésotériquement parlant) d’atteindre le pouvoir. Cette qualification ou non qualification, introduit une division dans le monde humain. A titre d’exemple, nous prendrons le régime des castes hindoues, même si celui-ci est mal interprété par nos auteurs :

  • Brahmanes (à eux le pouvoir spirituel)
  • Ksatriya (à eux le pouvoir temporel)
  • Vaisya ( les commerçants, les artisans, les agriculteurs : pas de pouvoir)
  • Sûdra (les serviteurs)

Le système n’est pas exclusif au monde indien. Et le pouvoir appartient aux seules deux premières castes (eux sont qualifiés). Chacun suivant sa naissance doit recevoir l’éducation et l’initiation propre à sa classe et à son sexe.

Virilité:

Le mythe du héro remplit leurs pages. La Virilité est une vertu. L’homme (le vrai) se doit d’agir, de combattre que se soit sur le plan temporelle où le plan spirituelle. L’homme (qualifié) est un guerrier qui se doit de protéger le monde des forces du chaos qui menace de l’engloutir le monde. Seul ce combat permanent empêche la civilisation de sombrer dans la barbarie.

Gynécophobie :

La Femme, elle doit rester à sa place, celle de génitrice, de maîtresse de maison et qui doit être éloignée du pouvoir et du Savoir. Nos auteurs ont largement glosé sur la féminisation du monde et la soi-disant dégénérescence que cela entraine. La Femme amollit le Guerrier qui défend le monde. Le Guerrier « féminisé » ne saurait remplir son rôle face aux forces destructrices qui menacent sans le Monde.
On voit aisément comment se crée le pont entre certains ésotéristes et les fascismes. Les thèmes sont communs :

Déréférence du monde moderne et nécessité de le régénérer

Goût de l’ordre

Exaltation de la virilité et du Héro

Misogynie, voir même gynécophobie.

Le pont:

Les « fascistes » semblent mettre en œuvre le programme de nos ésotéristes. Tout pouvoir fasciste fait référence à cet « in illo tempore », où la nation, ou le peuple était puissant. Les fascistes italiens feront sans cesse référence à l’Impérium et les nazis à la race.

Leur monde est celui de la virilité, des héros combattants. Les femmes sont réduites au rôle le plus petit et le plus dégradant : matrice des futurs héros d’un empire qui doit être éternel. Tout ce qui est allogène à ce mode de pensée est considéré comme inférieur, dégénéré et doit donc être combattu et détruit.

Les conspirationistes pensent que ce sont les sociétés secrètes ésotériques qui sont derrière ces mouvements. Les non-conspirationistes pensent que ce sont les politiques qui infiltrent ces milieux. A mon avis, les deux explications sont fausses. Il y a attirance réciproque. Le fasciste trouve chez l’ésotériste la justification intellectuelle qui lui fait cruellement défaut. Et l’ésotériste croit voir se mettre en œuvre dans le monde temporel ce dont il rêve : le retour à l’Age d’or où la Tradition est respectée.

Par chance, tous ceux qui partagent cette vision du monde ne succombent pas aux sirènes du fascisme et ils gardent une lucidité certaine sur la nature exacte de ces mouvements fascistes.

 

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