Les Indigènes contre les sauvages

Comtex Newswire, 29/01/1999 – Les peuples indigènes du monde sont déterminés à  se battre pour leurs droits de propriété intellectuelle. Ils veulent des principes qui reflètent leurs intéréts, pour guider les décideurs sur l’exécution de la Convention sur la Diversité Biologique. Quand le NOm vient frapper les peuplades « écologiques »…
A travers leur organisation, le Réseau des Peuples Indigènes pour la Biodiversité, ils affirment que le respect et la protection de leurs connaissances, innovations et pratiques doivent commencer par la pleine reconnaissance de leurs droits sur le territoire traditionnel, y compris sur les ressources territoriales.

Ils veulent étre les négociateurs de leur propre connaissance, comme le stipule l’un des articles de la convention qui traite de la coopération scientifique et technologique en matière de biodiversité. Ses membres recherchent l’établissement d’un Bureau Central d’Information Indigène et l’élaboration de principes éthiques relatifs à  la diffusion des informations sur la connaissance traditionnelle.

Les peuples indigènes incluent les Masaïs du Kenya et de Tanzanie, les Aborigènes d’Australie, les Twa du Congo, les Indiens d’Amérique du Nord, les Ogoni du Nigéria, les Nambiquara et les Makuxi du Brésil, les Barabaig de Tanzanie, les Ashaninka du Pérou et les Dayak de Malaisie, entre autres.

Alors que les réunions de la Conférence des Parties (COPCOnference of Parties) reconnaît et affirme que la participation des peuples indigènes est fondamentale pour la réalisation de la convention, peu a été réalisé pour tenir les promesses qui ont été faites. La COP est l’arme supréme de la Convention, un instrument international légal pour la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique. Elle a été édictée pour tenir compte de la nécessité de partager les coûts et les bénéfices entre les pays développés et ceux en développement ainsi que des voies et moyens de soutenir l’innovation par les populations locales.

La convention a été inspirée par l’engagement croissant de la communauté mondiale en faveur du développement durable. Plusieurs conférences ont eu lieu pour discuter de la convention et de son exécution. La dernière a eu lieu en mai 1998 à  Bratislava, Slovaquie. La quatrième COP devrait avoir lieu à  Nairobi, Kenya, en mai 2000.

La connaissance de ces populations est décrite comme un héritage culturel et un système vivant d’innovation collective inséparable des terres et des eaux, comme des relations des peuples indigènes avec l’écosystème. Caske 2000, une organisation qui soutient les droits de ces peuples, souligne qu’ils sont les gardiens exclusifs d’un vaste habitat dont les sociétés modernes dépendent. Elle ajoute que maintenir et comprendre les régions de la planète les plus diversifiées biologiquement nécessite le maintien de la diversité culturelle et de l’intégrité des peuples en question. L’organisation soutient que le seul moyen de garantir la protection des réserves biologiques du monde est de protéger les droits des peuples indigènes, leur culture et leur environnement.

Toutefois, les multinationales avides de matières premières violent aisément ces droits. La faiblesse du système juridique ou son absence permet au Nord d’exploiter les ressources du Sud en toute impunité. Il est à  craindre que le partage inéquitable des bénéfices provenant de l’exploitation de ces ressources soit suffisant pour faire disparaître la diversité biologique de la surface de la terre.

Cela signifie une perte pour l’humanité. Les avancées technologiques responsables du désastre sont incapables de sauver le futur. Par la promotion de la bio-piraterie et le mépris de la connaissance des peuples autochtones, la communauté scientifique internationale encourage la perte de la biodiversité.

Les dernières améliorations technologiques concernant les récoltes et le bétail plongent leurs racines dans la connaissance des indigènes. Couper le lien entre les deux technologies – comme cela se passe actuellement – va engendrer un environnement privé de la diversité dont dépend la vie humaine.

La connaissance indigène, que l’on considère comme rudimentaire en raison de son manque de raffinement, est à  l’origine des technologies avancées maintenant dans le vent. La biotechnologie et la génétique ont beaucoup emprunté à  l’héritage technique légué aux communautés autochtones par leurs ancétres.

Les liens entre la biotechnologie et la biodiversité dans les industries pharmaceutiques, alimentaires et cosmétiques, ont aiguillé les recherches de matériel génétique dans les régions à  haute diversité biologique, qui se trouvent souvent en zone indigène. Malheureusement, la communauté scientifique internationale n’a pas donné aux peuples locaux le soutien dont ils ont besoin. La course au futur peut faire tomber l’humanité dans l’oubli si les héritages, qui relient les populations à  leur passé, ne sont pas préservés.

Aujourd’hui, les sciences nucléaires et spatiales ont été remplacées par les biotechnologies et la génétique, la communication et l’information, ainsi que par la micro- et l’opto-électronique, largement considérées comme des clés déterminantes pour notre futur.

Mais alors que les recherches biologiques et génétiques semblent bénéficier d’un large soutien, la connaissance technique des indigènes est reléguée à  l’arrière plan. Ces communautés ont été les gardiennes des plantes et des semences, ressources génétiques que les scientifiques ont mises à  profit pour améliorer la productivité agricole et pharmaceutique.

Elles ont nourri et maintenu une grande partie de la diversité mondiale des espèces. C’est gràce aux efforts de conservation consentis par ces communautés que les semences ont pu étre pérennisées. Selon le Dr Vincent Mosi, de l’Université Kabete Campus de Nairobi, l’élevage local du zébu est menacé d’extinction car la recherche est concentrée sur les animaux exotiques. Alors que les races exotiques font l’objet d’une intense promotion, la protection du zébu menée par la majorité des fermiers kenyans n’est, elle, pas reconnue.

C’est des écosystèmes complexes et biologiquement diversifiés, tels que les foréts tropicales et les zones humides, que les matériaux de recherchent proviennent. Les communautés s’enorgueillissent de leur connaissance spécifique sur l’emploi d’une large gamme d’espèces, composée et dérivée de micro-organismes de la faune et la flore, utilisées en génie génétique.

Les écosystèmes existant dans les communautés indigènes abondent en espèces introuvables ailleurs. Plus des deux tiers des espèces de plantes dans le monde ont une valeur médicale potentielle et sont originaires des zones indigènes. La valeur économique de la contribution indigène s’est étendue bien au-delà  des communautés elles-mémes. La connaissance autochtone est aujourd’hui largement utilisée dans le développement pharmaceutique, cosmétique et divers produits industriels tels que les solvants et pesticides.

Il y a de plus en plus de preuves que le commerce agro-industriel et les compagnies de biotechnologie du Nord exploitent l’expérience et les innovations des peuples indigènes, mais que ces derniers n’en reçoivent que peu ou pas de reconnaissance ou de bénéfice.

Il est remarquable qu’on estime que ¾ de 121 prescriptions médicales dérivent de plantes découvertes du fait de leur emploi préalable dans la médecine indigène. La valeur marchande des produits pharmaceutiques dérivés de plantes utilisées en médecine traditionnelle était estimée en 1985 à  43 milliards de dollars US. Moins de 0,001% des bénéfices sont allés aux peuples indigènes d’où provenait la majeure partie des connaissances de base.

A une époque dite très évoluée, nous les sauvages, nous continuons à  anéantir des peuples qui ne nous ont jamais rien demandé.

Source : http://www.autreterre.be/dossiers/biodiversite/peuples.htm
Sélection, adaptation et traduction

Corinne Ketels
(première parution dans le trimestriel Terre N°84 de mars 1999)

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