Les Kachinas

Pendant des siècles, les Hopis d’Arizona ont été intimement liés avec des êtres de l’Autre-Monde. Les kachinas visitent encore annuellement les Mesas Hopis et leur présence continue de régler le calendrier de la société Hopi.

Philip Coppens
En juillet 1947, un vaisseau extra-terrestre s’est prétendument écrasé à Roswell, Nouveau Mexique. Si tel est le cas, ce ne serait pas le premier: la région du Nouveau Mexique et de l’Arizona a une histoire « de contacts extra-terrestres » qui remonte à des siècles si ce n’est à des milliers d’années. Les êtres en question sont connus comme « kachinas »; ils ne sont pas à proprement parler extra-terrestre; mais ils sont sans aucun d’un autre monde.

On peut admirer une grande collection de poupées kachinas au Heard Muséum de Phoenix ; elles furent données par le politicien républicain controversé Barry Goldwater. Chaque poupée est différente, et a ses propres caractéristiques; chacune représente un élément ou une entité qui est entré dans le monde hopi à un moment de leur histoire. Et quand vous observé la poupée kachina de Eototo au Muséum of Northern Arizona, vous découvrez que la créature a beaucoup en commun avec les personnages de Lego. Et tout comme les LEGO, les poupées kachinas sont là pour apprendre aux enfants les manières de l’Autre Monde et la façon dont il interagit avec le notre.

Les Hopis ont une place à part parmi les Amérindiens. Des milliers de personnes voudraient assister à leurs cérémonies religieuses, et des milliers de touristes reviennent de l’Arizona avec une poupée kachina.
Les poupées kachinas sont réalisées en kaolin, faites pour être accrochées aux poutres ou aux murs de la maison. Elles sont de couleur blanche et la forme basique est peinte pour représenter une tête, des bras, un pli sur un kilt qui représente la pluie. La tradition dit que la sculpture du « tihu » devrait être réalisée par les homes mais de nos jours les femmes sont impliquées dans leur fabrication à condition qu’elles soient destinées à la vente. En fait dans ce qui ressemble à une course à l’argent, plus que d’un héritage, les conseils tribaux ont même tenté de copyrighter le mot kachina, mais ils ont échoué.

Bien que les poupées kachinas soient identifies aux déités hopis, ceci est tout à inexact: Il ne faut pas confondre les poupées avec les kachinas eux-mêmes. Les poupées sont plus un support et beaucoup sont tombés dans l’erreur de confondre le support et le dieu.

Certains soutiennent que leur plus proche parallèle est la poupée Vaudou ou l’ushabti égyptien, cependant on devrait « dé-cinématisé » ces objets pour apprécier leur rôle et leur fonction réels. En fait, une des raisons pour lesquelles beaucoup des cérémonies hopis sont maintenant fermées aux étrangers est qu’une bande dessinée de Marvel a présenté le kachina comme un vengeur violent.

Les kachinas, eux-mêmes, plus que les poupées, sont largement décrits comme des  » esprits messagers », alors que certains estiment qu’ils représenteraient l’esprit de la mort, s’il y a une différence. Les Hopi déclarent qu’à un moment du passé, les déités kachinas visitaient les Mesas en personne, mais que maintenant elles le font sous les traits des danseurs masqués.

Alors que les poupées kachinas sont vendues et pendues aux poutres ou aux murs, les véritables déités sont entourées d’un beaucoup plus grand respect. Les déités hopis vivent sur les San Francisco Mountains, encore qu’elles soient présentes parmi les Hopi une partie de l’année. Ainsi l’année religieuse est divisée en deux parties.

Les divinités arrivent aux Mesas hopies sous la forme de nuages de pluies, et ils arrivent normalement début février pour la cérémonie Powamuya, danse du haricot. Les Hopis croient vraiment que les dieux marchaient littéralement parmi eux, mais que de nos jours, leur présence réside dans ceux qui sont choisis pour porter un masque ; c’est le masque qui l’individu hopi en une entité « possédée », tout comme Jim Carrey dans le film « Le Masque », mais il est clair que tout comme pour les poupées vaudous, les connotations malignes et négatives n’ont pas d’autres valeurs que celle de l’amusement.

Trois grande cérémonie sont célébrées par et pour les dieux-katsinam- au cours de leur séjour dans les villages: Soyalangwu, cérémonie du solstice d’hiver en décembre, la déjà citée Powamuya en février, quand on demande aux katsinam d’apparaître, et Nima, la cérémonie de départ après le solstice d’été. Entre Powamuya et Nimam, les Hopis accomplissent plusieurs danses en l’honneur des déités. Plus tôt dans l’année elles ont lieu dans des chambres de cérémonies souterraines appelées kivas, mais à l’arrivée du printemps, les danses se déroulent sur les places, où elles durent du matin au crépuscule.

Les confréries en charge des danses de l’été se réunissent au milieu de l’hiver, pour la séance de fumée rituelle et la plantation des plumes de prières. Fin novembre, un chef kachina, Soyalkatsina, commence la saison kachina en suivant un parcours dans le village comme un vieil homme fatigué ou comme quelqu’un qui a trop dormi, et chant à voix basse des chants sacrés. Il ouvre alors le kivas principal indiquant qu’il est temps pour les katsinam de sortir. Leur apparition re-décrète l’entrée des Hopis dans le présent, le Quatrième Monde.

Chaque mois de décembre, un coureur grimpe vers un lieu sacré dans les San Francisco Peaks, où il répand un repas et plante des plumes qui devront être ramenées en juillet, par un autre coureur, pour la cérémonie finale, Niman, lièe à la récolte. Lors de la fête de la récolte, les divinités retournent dans le monde souterrain, à travers les San Francisco Peaks. De manière intéressante, on raconte que les saisons du monde souterrain sont décalées d’une saison vers l’arrière.

Comme mentionné, le retour réel des divinités dans les Mesas Hopis est célébré à Powamuya, la Cérémonie de Plantation du Haricot en février. Chaque femme chef de tribu reçoit un paquet de haricots frais germés qui seront plantés pour l’année à venir. Les festivités durent huit jours et se terminent par une danse qui a lieu dans les neuf kivas de la mesa Chacun porte la boue fraîche du printemps sacrés et tout le plâtrage est signée de l’empreinte de la main mince de la jeune fille qui l’a réalisé.
Tous les bébés hopis reçoivent un tihu, une poupée kachina, lors de leur première cérémonie de Niman, tandis que les filles reçoivent plusieurs poupées à chaque cérémonie de Powamuya et de Niman, jusqu’à ce qu’elles soient en âge d’être mariées, encore que des femmes mariées en reçoivent de leur maris. Les poupées sont créées comme un instrument d’enseignement et leur sont offertes par l’un des danseurs masques. Les garçons et les filles sont normalement correctement initiés à la société entre six et dix ans, quand ils sont autorisé à participer à la représentation et qu’ils découvrent que les danseurs masqués sont leur propres parents- tout comme on découvre qui le Père Noël, bien que je n’ai jamais dit cela.
Il existe une relation évidente entre les déités et les poupées kachinas, ces derniers représentants des aspects des premiers. Le Katsina hopi peut être male ou femelle, et représenter les qualités de plantes, d’animaux, d’insectes ou d’hommes, les forces créatrices du soleil ou même de la mort. Certains sont des démons qui effrayent les enfants pour que ceux-ci se conduisent bien, la plupart sont des ancêtres de clan et des êtres bénéfiques Ils sont des messagers qui acceptent les offrandes et les prières des hopis pour obtenir santé, fertilité, et pluie et les apporter aux dieux. Leur rôle de faiseur de pluie est particulièrement important pour les Hopis. Les déités sont présentes et dans les statues et dans les masques sacrés. A l’inverse des poupées, les masques sont sacrés et les Hopis ont fait des demandes couronnées de succès pour qu’ils soient retirés des expositions dans les musées.

Le katsinam est et peut donc être un esprit de tout genre, tout comme la liste sans cesse croissante des saints catholiques que l’on peut implorer. Les masques pourraient être compare aux saintes reliques chrétienne. Mais tout comme pour les statues de l’Eglise Catholique Romaine, aucun pouvoir sacré n’est investi dans la poupée kachina. A la différence de l’Eglise Catholique Romaine, les poupées kachinas ne sont pas utilisées lors des cérémonies, pas plus qu’elles ne protègent le kiva. Elles sont simplement…des poupées, ainsi les enfants jouent avec elles et apprennent à interagir avec les différents esprits et entités de l’Autre-Monde qui font partie de la vie quotidienne de la tribu.

Il existe néanmoins des statues sacrées conserves dans le kiva, connues sous le nom de wu’ya ou tiponi. Le wu’ya est la déité du clan et un tipomi est un fétiche de pierre ou de bois, représentant la déité. A la différence des poupées kachinas, celles-ci sont rarement sortie, elles sont normalement utilisées pour les rituels à l’intérieur du kiva.

En effet, en 1960, le soi-disant « homme de Vernon » fut découvert. Cette statue, haute de neuf pouces, sculptée dans le grès et peinte avec des bandes verticales, fut trouvée dans une crypte à l’intérieur d’un kiva. Bien que considérée communément comme un kachina, les Hopi l’ont identifiée comme un wu’ya ou un tiponi, une déité de clan.

Le culte des poupées kachina est attesté depuis 1300 ap. JC. Certains prétendent qu’il vient des Pueblo Zuni à l’ouest des Mesas Hopis, d’autres qu’il vient du Rio Grande, d’autres du culte Mimbres au sud, et/ ou qu’il a été développé au Mexique. En fait, personne ne sait. Des détails de peintures murales à Awatovi, un site ancestral des Hopis, montre des personnages costumes et masqués comme des éléments séparés des scènes ou interactifs avec celles-ci. Mais le rôle et l’iconographie des poupées rappellent fortement certaines déités aztèques tel Tlaloc, le dieu de la pluie, et Quetzalcóatl, le serpent à plume, qui portait lui-aussi la pluie et le maïs. Vu que les kachinas sont précisément liés à la pluie…

Des découvertes récentes dans Chaco Canyon ont également suggérées que le culte des kachina avait été introduit par des guerriers cannibales réfugiés du sud. Il est évident que cette découverte archéologique, du moins les conclusions qu’on en a tirée, ont allumé une controverse dans la communauté amérindienne.

Quelque soit l’origine, des représentations d’êtres masqués, qui ont les caractéristiques des kachinas apparaissent sur des fresques dans des kivas qui remontent à 1350 ap. JC. Localisées à Hopi et Homol’ovi sur les Mesas hopis, cela souligne la durée de la présence du culte chez le people Hopi. peuple.

Bien que toutes les déités soient égales, certaines sont plus populaires que d’autres, la plus célèbres parmi les non-Hopi est Kokopelli, une déité de la fertilité, habituellement décrit comme un joueur de flûte bossu (souvent avec un phallus énorme et des plumes ou des protubérances semblable à des antennes sur la tête). Comme la plupart des déités de la fertilité, Kokopelli préside à la fois les accouchements et l’agriculture, mais c’est aussi un dieu tricheur et il représente l’esprit de la musique.

Fait intéressant, Kokopelli est un des personnages les plus facilement reconnaissables sur les pétroglyphes et pictographies du sud-ouest, la représentation la plus ancienne le dépeignant date de l’an 1000. Cela souligne, qu’il y a, du moins dans le cas de certaines déités, une tradition qui dure depuis mille ans.

A quand remonte le culte, nul ne le sait. Lors des danses, le danseur kachina Kokopilua chante un chant dans une langue si ancienne qu’aucun de ses mots n’est compréhensibles par les Hopis modernes, qui savent seulement que leur déité les ont accompagné au cours de leur migration… et continuent de leur rendre visite tous les ans dans les Mesas.

Les étrangers veulent faire l’expérience des cérémonies Hopi, mais ils sont peu susceptibles de saisir l’essence de ces activités. Un Indien Hopi a été élevé depuis sa naissance, entouré de poupées représentant les créatures de l’Autre Monde et qui font néanmoins parties de son monde et de sa vie quotidienne. Ces entités ne sont pas écrasées un jour quelque part ; ces entités sont avec eux depuis des milliers d’années et continuent d’interagir avec les Hopis d’une manière que seul un Hopi peut véritablement comprendre.

Source : http://www.philipcoppens.com/kachina.html

 

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