Les orques

orque12121Selon la NOAA l’orque comporterait  au moins 10 sous-espèces

L’orque le deuxième animal le plus intelligent sur Terre après l’Homme est un animal qui n’a pas fini de nous étonner. Pour la plupart des gens il n’existe qu’une sorte d’orque, le gros animal noir et blanc qui nage dans les delphinariums, mais la réalité semble plus compliquée que cela. De nombreuses études font ressortir que l’orque, cet animal rendu populaire par le film « Free Willy », comporterait de nombreuses sous-espèces.  Actuellement les scientifiques classent ce mammifère marin dans 3 grandes classes selon des traits de comportement ou d’alimentation ou d’habitat. Ce redoutable prédateur semble encore plus compliqué que tout ce qu’on peut imaginer et s’il s’est adapté dans tous les océans et mers c’est par sa grande capacité d’adaptation qui s’est traduit par l’évolution vers plusieurs sous-espèces de l’orque.

Espèce vs sous-espèce
Par le terme «sous-espèce», on ne parle pas ici d’espèces différentes d’orques, soit d’animaux radicalement différent, mais plus d’une «parenté». Donc d’animaux ayant les mêmes gênes mais gênes portant des caractéristiques différentes. On peut citer l’exemple du tigre de Sibérie et du tigre du Bengale comme étant des sous-espèces du genre « tigre». On peut aussi comparer avec l’Homme que l’on peut classer en sous-groupes, les Blancs, les Noirs, les Asiatiques. Albert Jacquard dans son livre «L’éloge de la différence»  utilise l’expression génotype (nos gênes) et phénotype (ce qu’on ressemble). Comme Jacquard le mentionne, une simple petite différence dans la production de mélanine  de certains individus a justifié de grandes injustices comme le racisme. Selon Jacquard, les races humaines (donc des espèces différentes) n’existent pas en tant que tel, on ne peut classer les humains dans des boîtes car la réalité est qu’une immense palette des possibles existe, la Nature ayant une forte tendance à la diversification plutôt qu’à produite des «races supérieures» qui éliminent toutes les autres.

Par exemple, certains Noirs possèdent une couleur de peau plus pâle que certains «Blancs» qui ont une peau vraiment foncée. Certains Blancs ont les yeux aussi bridés que des asiatiques et certains asiatiques n’ont pas vraiment les yeux bridées. Bref les races pures n’existent pas (sinon les Blancs seraient tous quasi identique)  mais des traits reviennent plus souvent dans certains groupes humains qui nous font faussement croire à l’existence de «races». Le phénotype (ce qu’on ressemble) est très trompeur sur le contenu de notre ADN. Certains Blancs des États-Unis par exemple ont de l’ADN de groupes africains sans le savoir (à cause de métissage lors de l’esclavage par exemple) mais ne ressemblent pas extérieurement à des Noirs.
Ici au Canada un nombre incalculable de Canadiens Français ont de l’ADN amérindien sans le savoir. Bref le phénotype, ou l’apparence est trompeur sur l’appartenance d’une personne à un groupe. C’est vraiment l’ADN (le génotype) qui ne ment pas pour déterminer l’appartenance des hommes à des groupes humains. Mais la même chose s’applique aux animaux et c’est pourquoi c’est par l’étude de l’ADN que les scientifiques ont pu s’apercevoir que les orques pouvaient comporter des sous-espèces même si extérieurement tous les orques semblent former une seule espèce. Mais parfois les différences physiques entre des groupes d’orques sont tellement marquées que le test d’ADN est superflu.

Les orques type A, B, C et D

Lors de recherches en Antarctique, les scientifiques se sont rendus compte de la présence de 2 types d’orques en Antarctique qui semblent évoluer vers 2 types distincts. Ce qui est très intéressant est que ces 2 espèces auraient muté assez rapidement il y a 150,000 ans d’un ancêtre commun. Le type B (Orcinus glacialis) dont il est question ici est une orque de grande taille ne nourrissant surtout de phoques, vivant essentiellement en Antarctique près de la banquise côtière.
Le type C (Orcinus nanus) est un orque dit «naine» qui ne nourrit surtout de poissons. Ces deux «sous-espèces» ont des différences comportementales ainsi qu’une différence dans la livrée et la disposition des taches. Ces différences sont tellement marquées génétiquement que le Dr Andrew Foote du Natural History Museum du Danemark va jusqu’à parler de 2 espèces différentes.
Les chercheurs parlent d’une orque type D subantarctique avec des motifs différents ainsi qu’un nez plus applati qui fréquente surtout les eaux de Nouvelle-Zélande et qui s’alimente de raies. L’orque type A (Orcinus orca) est une orque antarctique de grande taille qui fréquente l’atlantique sud surtout et qui se nourrit de petits rorquals dont il semble suivre les migrations. Comme elle voyage beaucoup, le type A est le plus connu et répandu contrairement aux types B,C et D qui fréquentent des zones précises.

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Une orque de type B surveille un phoque de Weddell. Elle est reconnaissable par sa grosse tache blanche au-dessus de l’œil et sa robe grise en 2 tons.

La différence mâle / femelle

Quelque soit la sous-espèce d’orque dont il est question, les orques sont la seule espèce de dauphins où les mâles sont rapidement distinguable des femelles. Les mâles possèdent un grand aileron dorsal en forme de triangle isocèle qui peut dépasser les 6 pieds. Les femelles elles, ont un aileron plus petit en forme de faux. De plus les mâles ont souvent le double du poids des femelles.

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Un troupeau d’orques. Les gros mâles sont reconnaissables à leurs ailerons triangulaires.

Darwin et sa théorie de la sélection naturelle appuyée par la NOAA

Le célèbre naturaliste avait déjà remarqué la capacité des pinsons des Îles Galápagos d’avoir des rôles écologiques différents d’une île à l’autre selon les ressources disponibles et l’environnement. Chez les orques, en plus des rôles écologiques différents, de nombreuses différences se remarquent entre les 10 sous-espèces connues d’orques recensées par la NOAA des États-Unis. Ces sous-espèces ont des habitats différents, alimentation différente et langage sous-marin qui diffèrent. Du point de vue de la couleur, de légères différences sont constatées dans le motif et les teintes sur l’animal. Parfois plusieurs teintes de gris sont constatées à la place de la fameuse teinte noire de l’orque. Aussi la teinte blanche fait parfois place à une teinte «blanc sale» qui n’est pas de la saleté mais une teinte qui tend vers le jaunâtre.

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Un orque de type D reconnaissable à sa petite tache horizontale au dessus de l’œil et à son nez aplati.

Un trait extrêmement intéressant est que certaines sous-espèces d’orques sont matriarcales et d’autre patriarcales, c’est soi une femelle alpha ou un mâle alpha qui dirige le troupeau. A ma connaissance pas beaucoup d’espèces de mammifères ont ce trait particulier. La seule que je connais c’est l’Homme,  ce qui me fait penser que l’orque est vraiment un animal très évolué.

orque666Un scientifique de la NOAA fait un prélèvement d’échantillon sur un orque.

Des différences aussi dans la dentition selon la proie de prédilection. Les dents des orques qui capturent des poissons font davantage penser aux dents du cachalot. Dans le comportement aussi, des espèces d’orques semblent plus agressives et plus sauvages. La taille des troupeaux varie aussi selon les sous-espèces et les tactiques de chasse. C’est la NOAA des Etats-Unis qui semble être la plus équipé pour faire des recherches sur les orques. Des recherches non-lethales ont lieu en Antarctique sur des orques pour prélever de l’ADN grâce à des tirs de fléchettes pour prélever du lard.  Le magnifique tableau dans le lien ci-contre représente assez bien la diversification en sous-espèces de cet animal qu’est l’orque. La NOAA aurait ainsi pu déterminé qu’il existerait 10 sous-espèces d’orques, incluant les types ABCD, nomade, sédentaire et offshore.

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http://swfsc.noaa.gov/uploadedImages/Divisions/PRD/Programs/Ecology/Killer%20Whale%20Poster%20-%20final.jpg?n=1491

Tableau en gros format sur les types d’orques recensés par le NOAA.

Les 3 grandes classes connus d’orques

Bien avant les découvertes génétiques sont il est fait mention dans cet article,  les chercheurs  ont remarqué que les orques possédaient trois sorte de caractéristiques et les classaient en 3 grandes classes :

Orques nomades: Ces orques sont en déplacement constant sans se fixer à un endroit en particulier. En général leur troupeau est peu nombreux (entre 2 et 7 individus). Leur alimentation est constituée de mammifères marins (baleines, dauphins, phoques et otaries) et de requins. Ils vocalisent peu sauf au moment de l’attaque de leurs proies. Les orques qui attaquent les phoques en Patagonie (Argentine) sont de ce type.

Orques résidentes (ou sédentaires): Ces orques hantent en général un endroit précis régulièrement, même si parfois elles peuvent voyager un peu. Les troupeaux peuvent atteindre 50 individus et en général c’est la femelle la plus âgée du groupe qui dirige la troupe. Ces orques mangent en général du poisson même si parfois des mammifères marins malchanceux peuvent figurer au menu. Les orques résidentes semblent avoir une « culture » plus développé que les autres types d’orques, elles vocalisent tout le temps et chaque «pods» (troupeau) d’orques a sa propre signature de vocalisation distinctive. On peut presque parler de l’utilisation de dialectes marins. L’utilisation de l’écholocation semble plus intense par ce groupe d’orques étant donné qu’elles nagent souvent en eaux moins claires que les orques qui nagent en pleine mer. Leur curiosité face à l’Homme est un fait connu. Elles semblent tolérer la présence humaine, aime la musique comme la guitare. C’est un animal sauvage, mais nous ne pourrions pas faire la même chose à côté d’un tigre sauvage que d’un orque sauvage. Je me risque à penser que c’est un animal « civilisé » et très intelligent avec des codes. Certains naturalistes pensent que cet animal n’attaque pas l’Homme car il est capable d’estimer les conséquences pour lui d’une attaque, ce qui peut laisser penser à une culture d’apprentissage que la mère orque transmet à ses rejetons. On peut parler aussi peut-être d’une «conscience» qui dénote une grande capacité de compréhension de son milieu. Comme ces orques sont plus faciles à observer que le genre nomade, c’est grâce à l’observation des orques sédentaires que les scientifiques ont le plus appris sur les orques. Quasiment tous les orques sédentaires de Colombie-Britannique sont recensés et ont peut les identifier dans des catalogue grâce à leur livrée, cicatrice, ailerons. On a même pu tracer les arbres généalogiques, la parenté entre les pods qui indiquent une organisation compliquée en famille très soudées.

Orques de haute mer (offshore): Ces orques seraient organisés en troupeau nombreux de 30 à 60 individus et se nourriraient principalement de poissons (maquereaux, harengs…) en suivant leurs migrations. Elles seraient aussi «bavardes» que les orques résidentes.

orque222Les différences entre les orques de l’hémisphère sud de type A, B et C.

Conclusion

Malgré qu’on parle d’un animal qu’on pense unique, l’orque s’est donné des rôles écologiques différents selon les régions du monde où elle se trouve. Une orque sédentaire qui mange régulièrement du poisson peut bien sûr manger un mammifère marin comme un phoque si l’occasion se présente, mais sa stratégie de chasse est orientée vers sa spécialisation alimentaire, même son métabolisme sans doute est optimisé par la consommation de poissons. L’étude sur les orques antarctiques que j’ai mentionné plus haut faisait aussi mention de cette différence de métabolisme entre l’orque type B géante et l’orque type B naine, une alimentation spécifique au type permettant une meilleure performance «sportive» de l’animal. Ces différences sont peut-être encore plus grandes que ça qui sait? Probablement que les orques qui capturent des proies plus petites comme des poissons ont développé des systèmes d’écholocation plus développée. Sans doute aussi que les capacités pulmonaires peuvent aussi différer selon le type de proie poursuivie et sa rapidité. Comme quoi la Nature trouve toujours son chemin sous n’importe quel climat quant on lui donne la chance.

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Un orque en Islande,.sans doute un type 1 ou type 2 nord-est atlantique selon le tableau de la NOAA.

Sources:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sous-esp%C3%A8ce
http://fr.wikipedia.org/wiki/Orque
http://en.wikipedia.org/wiki/Killer_whale
http://swfsc.noaa.gov/uploadedImages/Divisions/PRD/Programs/Ecology/Killer%20Whale%20Poster%20-%20final.jpg?n=1491

Les types d’orques recensés par le NOAA (magnifique tableau qui résume assez bien cet article).

http://orque.forumactif.com/t2393p20-trois-ecotypes-dorques-en-antarctiques
http://www.orcinus-orca.pl/orcinus_typed.html
http://www.msnbc.msn.com/id/36781650/ns/technology_and_science-science/t/new-killer-whale-species-proposed/
http://news.bbc.co.uk/earth/hi/earth_news/newsid_8308000/8308265.stm
http://antarcticsun.usap.gov/science/contenthandler.cfm?id=2117
http://www.dailymail.co.uk/news/article-2175302/Visitors-14-killer-whales-whale-time-coast-John-OGroats-unprecedented-sighting.html
http://news.bbc.co.uk/earth/hi/earth_news/newsid_8440000/8440002.stm
http://news.bbc.co.uk/earth/hi/earth_news/newsid_8959000/8959574.stm
http://www.alainbidart.fr/galeries/Ant/Peninsule2/Orques2/orques2.html

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