Les paradigmes de la conscience dans le sommeil

Introduction

Cet article se propose d’éclairer sous un jour nouveau les divers cadres disponibles pour comprendre la nature des expériences conscientes qui surviennent durant le sommeil. Plus spécifiquement, cet article aimerait comparer les concepts de « rêves lucides », « expériences de sorties hors du corps » (OBEs) et « projection astrale » à partir d’une perspective scientifique et historique. Les phénomènes de conscience dans le sommeil sont l’objet d’un grand intérêt, mais sont également victimes d’une confusion de terminologie qui résulte d’un ahurissant mélange de littératures concernant la nature de telles expériences. Cet article discutera du fait qu’il existe actuellement de multiples paradigmes en concurrence, que les gens emploient indistinctement et de manière interchangeable pour décrire les expériences conscientes durant le sommeil. Nous allons donc poser ces paradigmes côte-à-côte afin de comparer les caractéristiques et l’histoire de chacun. Il s’agira seulement d’un survol rapide parce que l’histoire et les caractéristiques des paradigmes en question sont très complexes, en espérant qu’une telle analyse comparative aidera à éliminer une certaine part de la confusion terminologique et intellectuelle qui a résulté de ce mélange de paradigmes incompatibles, et par là aidera à construire la voie pour le développement d’une approche scientifique et empirique plus riche dans le domaine des expériences conscientes dans le sommeil.

Commençons par noter que les idées scientifiques subissent toujours une évolution au cours de leur développement. Dans les premiers stades de compréhension scientifique d’un phénomène, les conceptions retenues sont souvent celles d’un « sens commun » (Churchland, 1986). Avec le temps, les approches relevant du sens commun sont supplantées par une compréhension plus empirique et scientifique. Mais il peut y avoir un stade dans le développement de la compréhension, où différents cadres de conceptualisation peuvent coexister.

Considérerons, par exemple, l’idée de mouvement. Notre compréhension du mouvement est passé par plusieurs stades de développement. Au cours du Moyen-Age tardif (XIIIè-XVè siècle), le mouvement était conceptualisé à travers l’idée aristotélicienne de « lieu naturel », qui énonçait que les corps tombent vers la Terre parce que c’est leur « affinité naturelle ». Ensuite cette idée a été remplacée par la conception newtonienne de la gravitation comme attraction entre des objets ayant une masse, telle que Newton l’a énoncée dans ses trois lois du mouvement. Les conceptions de Newton ont fait autorité durant plusieurs de siècles jusqu’à ce qu’Einstein remplace l’idée newtonienne de la gravitation comme « action à distance » par la notion de gravité comme courbure de l’espace-temps. Aujourd’hui nous ne prenons plus au sérieux les notions aristotéliciennes du mouvement; en revanche, les conceptions de Newton et d’Einstein continuent de coexister. Ces dernières, cependant, font l’objet d’une distinction claire, et une confusion entre leurs principes est invraisemblable.
L’évolution d’idées scientifiques entraîne l’établissement de paradigmes, et la transformation de ceux-ci à travers le temps (Kuhn, 1971). L’histoire de la science est un témoignage vivant de ce modèle d’évolution intellectuelle. D’autre exemples dans l’histoire de la science montrent une évolution des notions, tels que la « chaleur », les « atomes », « l’électricité », les « gènes »; toutes ces notions ont subi de substantiels changements de paradigmes au cours de leur histoire. Nous discuterons du fait que tel est le cas avec les paradigmes qui concernent les expériences conscientes dans le sommeil.

Dans l’exemple ci-dessus, il n’y avait qu’un seul phénomène, celui du mouvement des corps naturels. Cependant, il y avait trois manières complètement différentes de conceptualiser la nature de ce phenomène. Il faut souligner ce point critique : il existe différentes manières de conceptualiser un même phénomène, et chacune d’entre elles doit être considérée comme un paradigme. C’est en partant de cela que nous considérerons les différents paradigmes employés pour conceptualiser les expériences conscientes durant le sommeil. Nous pouvons présumer qu’il y a un phénomène essentiel, que j’ai choisi de désigner comme « expériences conscientes dans le sommeil », et que l’on utilise actuellement différents paradigmes pour le conceptualiser.

Commençons par examiner ce que j’entends par « expériences conscientes dans le sommeil », et ensuite nous expliciterons ses trois principaux paradigmes explicatifs.

Les formes d’expérience consciente dans le sommeil.

En premier lieu, commençons par définir ce que nous entendons par « conscient ». Je n’utilise pas ce terme en un quelconque sens métaphysique, mais en un sens purement pragmatique. Par « conscient » j’entends ce qui emplit la conscience subjective, directe, et qui s’oppose à « inconscient ». Par exemple, la mise en action des réflexes neurologiques qui interviennent dans le maintien de l’équilibre sont des aspects inconscients de mécanismes psychologiques. Les perceptions visuelles, et en général, toute expérience sensorielle à laquelle nous faisons attention, sont conscientes. Les contenus de l’attention consciente peuvent inclure des composants mentaux, émotionnels et sensoriels. Cette façon d’envisager la conscience est directement empruntée à Baars (Baars, 1988). Ainsi, lorsque je parle d’expériences conscientes durant le sommeil, je parle des contenu mentaux, émotionnels ou sensoriels qui existent dans la conscience subjective directe à ce moment.

L’expérience de conscience durant le sommeil la plus commune est le rêve. Quand nous rêvons, nous sommes tout à fait conscients de contenus visuels, auditifs, tactiles ou kinesthésiques, et émotionnels, ainsi que de pensées (à la fois cognitives et metacognitives) et à un moindre degré, d’odeurs, de goûts et de douleurs. En ce qui concerne les perceptions sensorielles durant des rêves, ce sont probablement des hallucinations, mais ce sont tout de même des expériences conscientes. Nous pouvons nous rappeler ou ne pas nous rappeler de nos rêves au réveil. La recherche a montré, en fait, que nous ne rappelons pas de toute la masse de nos rêves nocturnes (Hobson, 1988). Nous avons tendance à nous souvenir des rêves qui surviennent juste avant le réveil, au moins de manière fugitive au moment du réveil. Il a été montré en laboratoire que le fait de réveiller un dormeur directement d’une phase REM permet un rappel significatif des rêves. Quand nous nous rappelons de nos rêves, il est clair qu’il s’agit d’expériences conscientes qui, en de nombreux aspects, ressemblent à nos expériences conscientes de veille.

Un deuxième type d’expérience consciente dans le sommeil sont les phénomènes d’hallucinations hypnagogiques (Mavromatis, 1987). Les hallucinations hypnagogiques tendent à survenir durant le stade 2 nonREM (Hobson, 1988), et entraînent la perception d’imagerie visuelle complexe qui peut être ou ne pas être d’une qualité réaliste. L’hypnagogie est à distinguer du rêve en ce sens qu’elle ne possède pas la qualité et la richesse d’immersion multimodale de ce dernier. De plus, l’hypnagogie est moins structurée que le rêve, et ne forme pas comme lui une narration intégrée. Pour l’hypnagogie qui survient au réveil, on emploie le terme d' »hallucinations hypnopompiques ».

Un troisième type d’expérience consciente durant le sommeil a été découvert en réveillant des sujets qui se trouvaient en sommeil non REM. On a décrit cet état comme « ressemblant moins à du rêve qu’à de la pensée ». Au contraire du rêve, il n’y a généralement pas de composante sensorielle dans cette forme de conscience durant le sommeil et elle se manifeste de manière prédominante comme état pensant. La nature de cette activité pensante a été décrite comme « des banalités… concernant des événements réels de la vie… ordinaires et répétitifs »(Hobson, 1988).

On devrait expliciter clairement que les rêves ne surviennent pas exclusivement durant les phases REM, mais qu’on en a également observé durant les phases non REM. Les probabilités d’obtenir un récit de rêve de phases REM et non REM sommeil sont respectivement d’environ 80% et 30% (Okuma, 1992). Ce fait a substantiellement remis en cause l’association faite entre le rêve et la phase REM et de nombreux chercheurs dans ce domaine n’acceptent plus la relation causale entre le sommeil REM et le rêve (Mancia, 1995).

Un quatrième type d’expérience consciente dans le sommeil est la paralysie du sommeil. Cela entraîne habituellement la perception (probablement hallucinatoire) de l’environnement dans lequel la personne dort, qui s’accompagne d’une impossibilité à se déplacer malgré des efforts intenses. On associe souvent la paralysie de sommeil à des sensations intenses d’effroi ou crainte. Les sujets tendent à être lucides et peuvent croire qu’ils sont éveillés. Un sujet dans cet état peut être réveillé simplement en le touchant (Hobson, 1988).
Un cinquième état reconnu de conscience dans le sommeil est la terreur nocturne. C’est une sensation d’effroi et terreur intenses sans l’accompagnement d’aucune perception sensorielle ou activité cognitive. Le sujet peut se réveiller trempé de sueur, le coeur battant et en larmes.

Enfin, et nous abordons le plus important pour notre propos, il y a un sixième état de conscience durant le sommeil, dans lequel le sujet rêve, tout en étant conscient de ce fait. Cet état peut être appelée rêve lucide (LaBerge) ou rêve conscient (Rifat). Dans cet article, j’emploierai le terme de « rêve lucide ». Cet état est couramment caractérisé par la notion que le rêveur est conscient de rêver. Cependant, et j’en parlerai plus loin, ce n’est pas la définition plus convenable du rêve lucide, et cette définition a contribué à alimenter une certaine confusion concernant la caractérisation de cet état. Ensuite, nous pointerons les paradigmes employés pour conceptualiser ce phénomène.

J’aimerais aussi ajouter que certains états de transe et certains états résultant de pratiques méditatives sont étroitement liés aux expériences conscientes durant le sommeil. Actuellement, il n’existe aucune caractérisation claire d’états méditatifs qui puisse permettre de décrire précisément comment ces derniers sont exactement liés au sommeil, ou aux états de conscience durant le sommeil. Cependant, des descriptions phénoménologiques de conscience subjective durant la pratique méditative rappellent fortement des états de sommeil conscient, particulièrement l’état hypnagogique.

Pour résumer, je viens de décrire six formes d’expériences de sommeil conscient. Il en ressort clairement que la conscience durant le sommeil est très complexe et peut se manifester dans des formes multiples, car ce que ces six états partagent en commun, c’est qu’ils sont des manifestations de ce phénomène. C’est pourquoi je propose l’adoption de cette terminologie générale « d’expériences conscientes dans le sommeil » lorsqu’on en parle. Dans les descriptions ci-dessus, j’ai essayé, autant que possible, de décrire les manifestations empiriques de ces diverses formes de conscience dans le sommeil, sans les interpréter dans un cadre ou selon un paradigme spécifique, ce qui bien sûr, n’est pas complètement possible. Par exemple, appeler un rêve lucide un « rêve lucide » implique la reconnaissance d’un paradigme spécifique, comme j’en discuterai plus loin. J’aimerais maintenant m’intéresser explicitement aux paradigmes employés à décrire et interpréter ces états empiriques de conscience de sommeil. Ici encore, la thèse générale est qu’il existe un seul ensemble de phénomènes, la conscience durant le sommeil, mais de multiples manières de conceptualiser ses manifestations complexes.

Les paradigmes de la conscience durant le sommeil.

Il y a trois principaux paradigmes qui ont évolué pour conceptualiser la conscience durant le sommeil. Ceux-ci partagent essentiellement un accent mis sur le phénomène des rêves lucides, bien que les autres états de conscience dans le sommeil jouent un certain rôle dans la définition de ces paradigmes. Ces paradigmes expriment le développement évolutif exposé plus haut : les premiers paradigmes étaient basés sur des notions simples, de sens commun, tandis que les paradigmes tardifs se sont raffinés davantage en se basant sur des considérations plus techniques et scientifiques. Le trois paradigmes dont je vais parler et qui ont servi à conceptualiser principalement le rêve lucide sont le paradigme occulte (1), le paradigme parapsychologique (2), et le paradigme scientifique (3). Chacun de ces paradigmes a donné un nom différent à ce que je prétends être essentiellement le même phénomène. Les noms que chacun a employé pour décrire le rêve lucide sont la projection astrale (1), les expériences de sortie hors du corps (2), et les rêves lucides (3), respectivement. La relation entre la terminologie et son paradigme respectif est exposée dans la table suivante, ainsi que leur lignage historique.

Grâce au développement de l’EEG comme outil de recherche sur le sommeil, et dont l’usage s’est répandu dans les années 1960, d’après les travaux d’Aserinsky et Kleitman (1953), nous sommes maintenant capables de définir chacun six états de conscience dans le sommeil ci-dessus en termes de corrélats électrophysiologiques. Ceci suppose en soi une confiance implicite dans le paradigme scientifique. Cependant, certains de ces états, particulièrement le rêve lucide et l’état hypnagogique ont été décrits dans la littérature Occidentale depuis approximativement 150 ans. Les premières descriptions n’avaient pas la possibilité de définir des corrélat EEG et à cause de cela, utilisaient des termes principalement subjectifs, experimentaux, et phénomènologiques. Certains des premiers chercheurs ayant décrit des états modifiés de conscience ressemblant dans presque tous leurs aspects à ce que nous appelons maintenant « rêves lucides » étaient D’Hervey de Saint-Denis (1867), Charles Leadbeater (1895), Frederik Willems Van Eeden (1913), Oliver Fox [Hu Evert] (1920), et Muldoon et Carrington (1929). Nous devrons renoncer à faire une revue détaillée de ces derniers ainsi que d’autres auteurs anciens, pour nous contenter d’esquisser les caractéristiques saillantes de leurs interprétations de leurs expériences.

Le paradigme occulte.

Les auteurs tels que Leadbeater, Fox et Muldoon composent une lignée historique dans le paradigme occulte. L’essence du paradigme occulte est que le monde qui se révèle à nos sens est un « monde » ou « plan » parmi plusieurs, habituellement sept. L’idée générale qu’il y a d’autres mondes invisibles à nos sens a vraiment une longue histoire, remontant à plusieurs millénaires dans la pensée Indienne ancienne, vestiges de ce que l’on peut trouver dans l’ancienne notion grecque des « sphères divines »; les anciennes traditions gnostiques décrivent aussi les sept éthers. Une mosaïque de ces idées anciennes peut être trouvée dans les enseignements théosophiques (aux alentours de 1900), tels que ceux de Leadbeater, qui à leur tour ont influencé des auteurs plus tardifs comme Fox et Muldoon.
Dans le cadre théosophique, il existe sept plans désignés par les termes « physique », « astral », « mental », « bouddhique », « atmique », « anupadaka », et « adi ». De la même façon, chaque personne a un « corps » capable de voyager sur son plan respectif. De là, l’idée de projection astrale énonçait qu’on employait son corps astral à voyager sur le plan astral.

Premièrement, on peut considérer que cette notion de sept plans a fourni un paradigme préscientifique pour conceptualiser la psychologie humaine. Le monde physique est le monde de la sensation physique, le plan astral est le royaume des émotions, le plan mental est le royaume de la pensée, le plan bouddhique est le royaume de l’âme, et les plans supérieurs sont des abstractions réfléchissant des niveaux de rapport entre l’âme individuelle et l’essence transcendante universelle, grossièrement traduite par Dieu. Le paradigme occulte projette la psychologie de l’homme sur la structure même de l’univers. Dans l’ère prémoderne, avant notre description scientifique détaillée des phénomènes naturels, ce type de raisonnement analogique dominait le discours intellectuel.
Il paraît raisonnable d’inférer que l’idée qu’il y a des mondes qui existent au-delà de la portée de nos sens dérive directement de l’expérience du rêve lucide, ainsi que des états induits par la méditation. C’est-à-dire que l’interprétation la plus simple et la plus commune du rêve lucide et des états voisins, consiste à dire qu’une certaine entité ressemblant à l’âme, non-matérielle, a laissé derrière elle le corps et le monde physique pour entrer dans un monde non physique. On peut imaginer facilement que, à travers l’histoire prémoderne, les quelques individus peu nombreux qui ont laissé des comptes-rendus de leurs rêves lucides ou d’états similaires et les ont interprétés dans le cadre occulte, ont engendré toute une mythologie/paradigme concernant la nature de ces plans non physiques, incluant des notions de plans, de réincarnation, de corps non physique, et une terminologie de type « aura », « chakras » et « kundalini ». La plupart de ces notions s’originent des anciennes traditions Indiennes, desquelles la théosophie s’est largement inspirée, et persistent aujourd’hui en étant appliquées aux états de sommeil conscient.

Aujourd’hui encore il y a une confusion entre rêves lucides et projections astrales. En fait, les techniques pour induire les uns ou les autres sont identiques (comparer Rogo, 1986, avec LaBerge et Rheingold, 1990), et le contenu des expériences est identique, indiquant qu’il s’agit en fait du même état de conscience. La confusion résulte de ce qu’il n’y a pas une reconnaissance claire du fait que la « projection astrale » et le « rêve lucide » représentent différents paradigmes pour conceptualiser exactement la même expérience. Je discuterai la validité relative de ces deux paradigmes plus loin.

Le paradigme parapsychologique.

Le paradigme parapsychologique trouve ses racines historiques dans le paradigme occulte. Au tournant du XXème siècle, comme la « projection astrale » et autres phénomènes occultes devenaient de plus en plus répandus, ils ont attiré l’attention de personnes qui n’étaient pas impliquées dans des mouvements occultes. Spécifiquement, des investigateurs non occultistes ont commencé à les étudier indépendamment les revendications d’occultistes comme Leadbeater. De là est née la Société Britannique pour la Recherche Psychique, au milieu des années 1800, et ultérieurement en Amérique, La Société Américaine pour la Recherche Psychique. Les premiers chercheurs du psychique ont été influencés par des mouvements tels que la théosophie ou le spiritisme, comme on le voit par exemple, dans les travaux de Muldoon et Carington (1929). Cependant, dans les années 30, les travaux de J.B. Rhine en Amérique ont donné naissance à une approche non occulte de l’étude des supposés phénomènes psychiques, ultérieurement désignés comme phénomènes « psi ». Cette approche a fini par donner la parapsychologie.

En général, les parapsychologues ont abandonné leurs racines occultes pour développer leur propre façon de conceptualiser les phénomènes psychiques décrits à l’origine par les occultistes. Ils ont admis que de tels phénomènes psi étaient réels et ont commencé à les étudier dans une perspective non occulte. C’est le cas pour le phénomène de projection astrale, que les parapsychologue ont fini par appeler « expériences de sortie hors du corps » (OBE). Les parapsychologues ont abandonné l’idée occulte de plans, et à la place, ont commencé à conceptualiser les OBE comme une certaine partie de la personne qui quitterait littéralement le corps et serait capable de se déplacer dans le monde physique. Plusieurs auteurs modernes ont démontré ce paradigme par des exemples, comme Charles Tart, Robert Monroe et Susan Blackmore.

Le paradigme parapsychologique prédit clairement qu’une personne en OBE devrait être capable d’acquérir une information qui ne serait pas accessible à ses sens physiques. On a fait de nombreuses expériences là-dessus, et il n’en est rien sorti de clair. A mon avis, l’OBE comme produit du paradigme parapsychologique, est une interprétation particulière de certaines expériences conscientes de sommeil, incluant les rêves lucides, la paralysie du sommeil, l’hypnagogie, certains états de transe et de méditation. De plus, ma lecture de la littérature parapsychologique est que cette interprétation a échoué au test de la vérification scientifique.

Toujours est-il que, ainsi qu’il existe une confusion en ce qui concerne les termes « projection astrale » et « rêve lucide », il y a aussi confusion sur le terme « OBE », et de même, la validité relative de ce terme sera discutée ci-dessous.

Le paradigme scientifique.

Les paradigmes scientifiques liés aux états de conscience ont leur propre histoire, impliquant la recherche sur le cerveau, la psychologie, la psychanalyse, la recherche sur le rêve et le sommeil, qui s’est développée tout à fait indépendamment des paradigmes occulte et parapsychologique dont nous avons parlé plus haut. Pour plus de facilité, on peut diviser l’histoire de l’étude scientifique du sommeil et du rêve en deux périodes, pré-freudienne et post-freudienne.

Hervey de Saint-Denys est exemplaire de l’étude pré-freudienne des rêves. C’était un phénomonologiste qui a décrit très clairement sa vie onirique subjective. Il a décrit avec clarté ses propres rêves lucides, bien qu’il n’employât pas ce terme. Il est intéressant de noter qu’il n’a pas mis l’accent sur sa conscience de rêver (qui est la conception actuelle du rêve lucide), mais plutôt sur son aptitude à agir volontairement dans ses rêves. Une telle accentuation peut être retrouvée chez Van Eeden (1913), qui a créé le terme de « rêve lucide ». Avec la naissance de l’approche freudienne du rêve au début du XXème siècle, ce travail pré-freudien a été perdu pour plusieurs décennies, pour n’être redécouvert qu’aux alentours des années 60.

L’approche freudienne du rêve, aussi bien en terme d’explication que de signification des rêves, a dominé l’esprit occidental à travers la première moitié du XXème siècle. Aujourd’hui, il est justifié de dire que peu de chercheurs prennent sérieusement l’approche freudienne et qu’elle a seulement un intérêt historique. Pour les lecteurs intéressés par les critiques de l’approche freudienne du sommeil et des rêves, voir Hobson, 1988.

La chute d’influence de la théorisation freudienne du rêve s’est produite au milieu du XXème siècle, avec la découverte des cycles de sommeil par Aserinsky et Kleitman (1953) et leur corrélation avec les rêves par Dement et Kleitman (1957). Ce travail a donné naissance à ce que l’on appelle maintenant le paradigme  » psychophysiologique » du rêve, dont la thèse principale était que les rêves résultaient des modifications physiologiques responsables des cycles de sommeil. Durant l’ère psychophysiologique, l’idée du rêve lucide n’était généralement pas acceptée, et les rêves étaient considérés comme les modèles des formes éveillées de psychoses et de maladie mentale.

Plusieurs facteurs ont contribué à la faillite du paradigme psychophysiologique, dont l’un a déjà été abordé plus haut. A savoir que l’apparition des rêves n’est pas exclusivement confinée aux stades de sommeil REM. Aujourd’hui, on est d’accord pour penser que les facteurs qui conduisent à la formation des rêves doivent être relativement indépendants de ceux qui génèrent les cycle de sommeil EEG. De même, les recherches basées sur la psychologie cognitive ont discrédité cette notion que les rêves sont similaires à des psychoses de veille. En effet, ces recherches ont révélé que la psychologie de rêve est essentiellement identiques à la psychologie normale de veille dans de nombreux aspects, incluant la perception sensorielle, et plus particulièrement, l’emploi de langage dans les rêves (voir Cavellaro et Foulkes, 1993).

Le développement le plus significatif de recherche sur le rêve de ce siècle a sans doute été la démonstration en laboratoire qu’un sujet peut manifester une volition et communiquer directement de l’état de rêve avec des gens qui sont éveillés. Cette découverte à été faite autour des années 80 indépendamment par LaBerge et al. (1981) en Amérique et Hearne (1980) en Angleterre. Ces deux chercheurs ont prouvé sans ambiguïté que le rêve lucide existe, et qu’il a des corrélats psychologiques et physiologiques hautement reproductibles.

En résumé, la vision scientifique des états de conscience dans le sommeil les considère comme des événements intrinsèques au cerveau. C’est un paradigme fermement enraciné dans la biologie du cerveau et la psychologie humaine. Les rêves sont des événements hallucinatoires internes générés par le cerveau, qu’ils soient lucides ou non lucides.

Evaluation des trois paradigmes de la conscience dans le sommeil.

J’ai maintenant décrit les trois paradigmes usuels qui servent actuellement à conceptualiser les expériences conscientes dans le sommeil, et j’espère que le lecteur voit mieux comment les idées actuelles concernant les états de conscience dans le sommeil dérivent de l’un de ces trois paradigmes, ou d’un mélange. En fait, nous vivons dans une ère historique de confusion relative concernant la nature de ces états de conscience parce que ces trois paradigmes coexistent et sont employés et mélangés dans des mesures variées. J’aimerais maintenant proposer une opinion concernant la validité relative de ces paradigmes, du point de vue de notre connaissance scientifique actuelle concernant le sommeil, les rêves, les fonctions de cerveau et la physique.
Premièrement, je crois véritablement que de nombreuses confusions peuvent être éliminée en reconnaissant que nous traitons d’un unique phénomène – celui des expériences conscientes de sommeil – mais qu’il y a au moins trois manières principales, et une foule de variations mineures, pour conceptualiser ces expériences. Nous devons apprendre à réfléchir avec précautions et à essayer, autant que possible, de ne pas confondre des faits empiriques avec des cadres interprétatifs. Par exemple, il est connu que l’on peut éprouver de « frissons », des « fourmillements » ou des « vibrations » à l’arrivée d’un rêve lucide. Certaines personnes interprètent ces « vibrations » comme des manifestations de « kundalini », ou de l’activité des « chakras ». De telles interprétations tirent leur origine des paradigmes occultes. D’autre personnes interprètent ces vibrations comme la conséquence d’un type particulier d’activation du cerveau, ce qui signifie qu’elles interprètent ces phénomènes en fonction du paradigme scientifique. Une fois de plus, il n’y a qu’un seul phénomène empirique, mais deux interprétations différentes. C’est uniquement en démêlant ces interprétations que nous pourrons aller au-delà des différences superficielles de terminologie et tenter de déterminer scientifiquement la nature de ces expériences.

A cet égard, l’emploi de rasoir d’Occam est conseillé : « tu n’utiliseras pas sans nécessité des termes différents ». Cela signifie que nous ne devrions pas invoquer des explications plus complexes tant que les explications plus simples n’auront pas été éliminées.

C’est pourquoi, je recommande l’explication la plus simple, à la fois expérimentalement et théoriquement : les manifestations de la conscience dans le sommeil sont dûes à des modifications de l’activité cérébrale. C’est l’explication la plus simple parce que nous n’invoquons rien d’autre que la physiologie et l’anatomie humaine. Si, et c’est une grand si, il peut être démontré définitivement que c’est une base théorique insuffisante, alors, et seulement alors, nous pourrons invoquer des idées de choses « quittant le corps », de « chakras », de « plans » ou de « kundalini ». Cependant, je crois qu’il est peu vraisemblable que nous requerrions de tels principes explicatifs. Parce que le cerveau humain est l’objet connu le plus complexe et que nous sommes loin de comprendre toutes les possibilités de nos propres cerveaux. Je crois que l’étude des états de sommeil conscient améliorera notre compréhension des fonctions du cerveau humain. En fin de compte, je crois que nous découvrirons que des termes anciens tels que « chakra », « kundalini », et autres, sont des descriptions préscientifiques d’états spécifiques d’activité cérébrale.

Cependant, les idées courantes scientifiques concrenant le rêves lucides ont leurs problèmes. Spécifiquement, comme indiqué ci-dessus, l’idée qu’un rêve lucide est « un rêve dans lequel le rêveur sait qu’il rêve » est une définition trop simple de cette expérience. En fait, savoir que l’on est en train de rêver pendant un rêve dépend du paradigme dont on se sert. Si la personne croit être en projection astrale, elle ne sera pas consciente qu’elle rêve parce qu’elle ne pensera pas rêver; elle pense qu’elle est en projection astrale. Ainsi, la définition scientifique actuelle du rêve lucide ne tient pas compte des croyances de la personne subissant l’expérience.

En fait, il est très difficile de distinguer entre rêve lucide et rêve non lucide; actuellement il n’y a réellement aucune bonne définition **. Par exemple, une personne pourrait vivre un rêve non lucide, mais dans ce rêve non lucide, avoir dans son esprit la pensée qu’elle rêve. C’est un phénomène très subtil qu’il est beaucoup plus facile de comprendre quand il vous est arrivé personnellement. Pareillement, on pourrait avoir un rêve lucide sans s’arrêter une fois pour penser en soi-même « je suis en train de rêver ». Encore une fois, ces dernières choses dépendent complètement de comment les gens conceptualisent l’expérience dans leur esprit propre.

Le facteur qui paraît distinguer les rêves lucides des rêves non lucides est que dans un rêve lucide, la personne a une certaine manière de reconnaître qu’elle n’est pas dans le monde habituel de veille. Qu’elle conceptualise ceci comme « être dans un rêve », « être dans le plan astral » ou « être sortie hors de son corps », c’est sans importance. Ce qui est commun à ces trois points de vue est que la personne réalise qu’elle n’est pas dans sa vie habituelle de veille et, plus important, qu’elle peut agir à partir de cette connaissance. Cela n’arrive pas dans les rêves non lucides. Ainsi, il apparaîtrait que dans le rêve lucide, le cerveau subit une certaine sorte de changement qui donne aux rêveurs un accès métacognitif à leurs mémoires de veille. A partir de là, il est possible qu’un rêve lucide soit un rêve dans lequel le rêveur peut comparer sa condition actuelle avec sa vie de veille. C’est cette aptitude à comparer l’expérience de rêve à celle de la veille qui paraît réellement distinguer les rêves lucides des rêves non lucides. Maintenant, cette aptitude à comparer un état durant un rêve peut se manifester avec plus ou moins d’acuité ; ce qui signifie qu’il existe une gradation. Ainsi, la lucidité de rêve n’est pas un tout ou rien mais peut se manifester plus ou moins.

Dans cette perspective, tous les autres traits censés distinguer les rêves lucides des rêves, ou les rêves lucides des OBEs, sont purement superficiels. Par exemple, certains croient que s’ils ont une expérience dans laquelle ils se trouvent dans un endroit familiers (tels que leur chambre, ou leur voisinage, etc.) et qu’ils sont lucides (i.e. il y a une continuité de la mémoire et de la pensée avec l’esprit de veille), alors ils font une OBE. Mais ce n’est pas une distinction justifiable. En fait, ils font un rêve lucide et dans ce rêve, ils se trouvent dans un endroit familier. Il est très commun de s’y trouver dans des rêves non lucides, alors pourquoi est-ce que cela devrait sembler inhabituel si on est lucide ?

Un facteur significatif employé par les gens pour distinguer les rêves lucides de ce qu’ils appellent soit OBEs soit projections astrales est le mode d’induction de l’expérience. Si une personne se trouve au milieu d’un rêve non lucide et se retrouve soudainement lucide (ce que LaBerge désigne par « rêve lucide induit à partir d’un rêve »), elle considère qu’il s’agit d’un rêve lucide. Cependant, si la même personne passe directement de l’état de veille au rêve lucide en appliquant un certain type de technique de transe (ce que LaBerge désigne par « Rêve lucide induit à partir de la veille »), elle s’autorise à considérer l’expérience comme une OBE ou une projection astrale. Cependant, il peut n’y avoir aucune différence en quoi que ce soit dans le contenu des deux expériences, la seule différence résidant dans l’induction. Est-ce sufficant pour en faire un facteur discriminant de deux types d’expériences différents ? Je ne crois pas.

En fait, les critères que les gens emploient pour distinguer le rêve lucide des OBEs et des projections astrales sont tous artificiels. L’environnement dans lequel on se trouve être, la méthode d’induction, la façon dont ils définissent dans leur esprit ce qui leur arrive – tout cela n’a aucun rapport fondamental avec l’expérience elle-même. Dans tous les cas, on a affaire à un même phénomène : la personne est endormie, consciente, avec l’aptitude à comparer son état actuel à l’état de veille. Ce que toutes ces petites distinctions indiquent est que les rêves eux-mêmes sont très complexes. Parce que les rêves peuvent se dérouler dans un environnement familier ou non, parce qu’esprit du rêveur peut éprouver plus ou moins de continuité avec l’état de veille, parce qu’il y a telle variété dans les modes d’apparition des rêves, tout cela suggère que l’expérience du rêve peut être même plus complexe que l’expérience de veille. Ainsi, quand les gens essaient d’ajuster leur expérience de rêve à telle ou telle catégorie, ils admettent en fait implicitement que ces expériences de rêve sont complexes et peuvent prendre une grande variété de formes. En essayant de classer leurs expériences dans telle ou telle catégorie, ils manquent ce fait sous-jacent que ce sont toutes des variétés de l’expériences du rêve.

De là, bien que je préconise un paradigme fondé sur les états du cerveau pour expliquer les états conscients de sommeil, il est important de reconnaître que cette perspective n’est pas parfaite et nécessite encore une amélioration substantielle. Je poursuis pour l’instant un projet de comparaison du fonctionnement de l’esprit à tous les niveaux entre la veille et toute la variété des états de rêve. L’objet de cette tâche est de clarifier la variété intrinsèque clairement présente dans les états de rêve. Les diverses perspectives scientifiques du rêve qui sont allées et venues en ce siècle n’ont essayé de considérer les rêves qu’à travers des modes mutuellement exclusifs. Avec la connaissance que nous avons aujourd’hui, il apparaît clairement qu’aucune théorie du rêve ne peut capter la complexité inhérente à ce phénomène. L’état de veille fournit une base des fonctions psychologiques, à partir desquelles nous pouvons commencer à cataloguer la grande diversité des fonctions psychologiques possible dans des états de rêve. Ultimement, cette approche devrait fournir un fondement grâce auquel on pourra classer toutes les expériences conscientes qui surviennent durant le sommeil.

Comparaison des paradigmes occulte et scientifique.

Bien que le rasoir d’Occam nous suggère de ne pas invoquer des notions occultes pour expliquer les états conscients de sommeil, le paradigme occulte mérite un commentaire à partir d’une perspective plus large. Ce que nous appelons aujourd’hui « occultisme » est en fait le fondement de nombreuses sciences modernes. L’exemple classique est la naissance de la chimie à partir de l’alchimie. L’histoire de l’astronomie est intimement reliée à celle de l’astrologie. Même la phrénologie du XIXème siècle, que l’on trouve aujourd’hui dans la littérature occulte, a été le précurseur de nos vues concernant la modularité de la fonction cérébrale. Ainsi, il n’est pas intellectuellement correct de rejeter tout l’occultisme comme inapproprié pour l’avenir de notre compréhension scientifique. En fait, il y a deux domaines de connaissance pour lesquels l’occultisme est pertinent : la physique et la psychologie.

Nous vivons dans une époque dominée par la passion d’une méthode scientifique et par la connaissance que cette méthode a créée. Parce que nous sommes si épris de science, nous manquons à voir ses défauts. Certains deviennent évidents quand on compare l’occultisme à la science. À un niveau philosophique, la science est hautement spécialisée et fragmentée, tandis que l’occultisme fournit une vue unifiée de l’Humanité et du Cosmos. La science elle-même est née de la réaction de la Renaissance au dogme rigide de l’Eglise Catholique. De là, la science, dans ses racines mêmes, a rejeté les considérations spirituelles, et, de ce fait, a jeté le bébé avec l’eau de bain. Le scientifique Occidental typique n’a aucune conception de la possibilité que la spiritualité puisse être étudiée avec la même rigueur intellectuelle que le monde naturel. Une étude des méthodes et de la philosophie profondes du Yoga nous montre en effet que la spiritualité elle-même peut être approchée avec le plus grand respect intellectuel. Le royaume de la psychologie s’écoule imperceptiblement dans le royaume du spirituel, mais à l’Occident, cela a seulement été reconnu par un petit nombre des scientifiques tels que Carl Jung ou Abraham Maslow. Une valeur possible de l’étude des idées occultes est qu’elles fournissent un modèle intellectuel d’une approche unifiée, quelque chose dont la science Occidentale moderne est terriblement dénuée. Quand nous parlons de découvrir les aspects les plus profonds du cerveau humain, cela implique de redécouvrir des vérités spirituelles bien connues des philosophies anciennes, qui survivent aujourd’hui dans de nombreuses doctrines occultes.

Un deuxième niveau où l’occultisme peut être pertinent à l’avenir est le lien entre la physique et la psychologie. Aujourd’hui, considéré d’une perspective scientifique, ce lien est le cerveau lui-même. Le cerveau incarne les principes de la physique : la diffusion, la conductivité électrique des membranes, les principes de réaction chimiques, et les principes de traitement d’information qui commencent seulement à émerger des analyses détaillées d’anatomie neurologique au niveau synaptique. De même, le cerveau est la base de la psychologie : il est le siège des réflexes, de la perception, des émotions, de la pensée, de la conscience, de la créativité et de l’imagination. Comment ces deux niveaux, qui paraissent aussi vastes l’un que l’autre, se rencontrent, on ne le comprend pas encore. Un certain optimisme nous fait penser qu’il ne s’agit que d’une question de détails et que bientôt, les diagrammes du cerveau humain nous révèleront les mystères de la psychologie humaine. On ferait bien de se souvenir qu’avant Einstein, LaPlace déclarait au monde que la physique avait résolu les problèmes de l’univers et que l’on verrait bientôt la fin de la physique, que tous les problèmes fondamentaux seraient résolus. Il n’a fallu que quelques décennies pour que la revendication de Laplace soit considérée comme la naïve fiction qu’elle était, avec l’avènement de la Théorie de la relativité et de la mécanique quantique. Le même processus peut être repéré dans l’histoire des mathématiques, depuis David Hilbert à Kurt Gödel (Kline, 1980). La morale de cette histoire est que l’optimisme n’est pas toujours justifié et que la Nature a sa façon de nous montrer que nos notions simplistes sont complètement fausses.

A partir de là, quand les physiciens parlent aujourd’hui d’univers à 26 dimensions sous-jacents à l’espace-temps que nous percevons quadridimensionnel (Davies et Brown, 1988), la notion occulte de plans ne semble pas être si loin de la vérité. Quand les physiciens parlent de « corps noir » – matière invisible qui n’interagit qu’avec la gravité et rien d’autre – nous ne sommes pas très loin des conceptions occultistes décrites vers 1900 [ cf Powel, (1969)]. Il serait peut-être sage de reconsidérer les déclarations des occultistes et leurs descriptions des états modifiés de conscience, reconnaissant qu’eux aussi peuvent avoir entrevu une certaine vérité qu’il nous prendra seulement un peu plus de temps à découvrir par les méthodes scientifiques à notre disposition. Cela ne veut pas dire que les théories occulstistes seront vraies comme elles sont énoncées actuellement. Ce que je signifie, c’est que l’avenir de la compréhension intellectuelle pourra en fait être un hybride plus ou moins reconnaissable de ce que nous appelons aujourd’hui « science » et « occultisme ». Les scientifiques d’aujourd’hui sont profondément immergés dans le rôle social quotidien que notre culture définit actuellement comme « science », et ils tendent à ne pas voir au-delà de cela les plus grands modèles historiques et culturels dans lesquels ils sont immergés. L’étude de l’histoire montre qu’elle est assez indifférente aux modes de toute époque particulière : juste avertissement pour le chercheur de vérité.

Conclusion.

Pour conclure, il est à espérer que cette petite leçon d’histoire aura pu aider le lecteur à repérer les perspectives historiques pertinentes pour la compréhension des états de conscience dans le sommeil. Il y a eu trois principales lignes de pensée. Il est nécessaire de démêler ces trois fils et d’aller au-delà des différences superficielles de terminologie, car nous avons besoin de reconnaître le vaste potentiel implicite de l’étude de la conscience durant le sommeil pour nous révéler certains des secrets les plus profonds du cerveau humain, et peut-être pour redécouvrir la sagesse ancienne sous une nouvelle forme.

Donald J. De Gracia, Ph.D.
Center for Molecular Medicine and Genetics,
Wayne State University, Detroit, MI
Traduction Florence Ghibellini

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Source : http://florence.ghibellini.free.fr/revelucidea/dondegf.html

Ancien article publié dans le forum ESO de Véritas

 

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