L’ufologie aujourd’hui: entre « mystification » et « mysticisme »?

Avertissement: il ne s’agit pas, dans cet article, de disqualifier un type d’auteur en particulier ou un type d’œuvre, mais bien de mener une réflexion, en toute liberté, sur les frontières épistémologiques de l’ufologie, cette discipline qui peine tant à se définir, et une réflexion sur la nature du travail que nous menons, depuis quelques mois avec le Réseau OVNI-ALERTE inc. Pour ne pas créer de confusions ou froisser les sensibilités pour l’une ou l’autre piste de recherche que nous évoquons ici, nous avons volontairement omis de désigner explicitement des auteurs. Nous laissons au lecteur intéressé le soin de lier ce qui est décrit ici avec des titres qu’il connaît ou qu’il n’aura aucunes peines à retrouver.

Les termes de la question

Pourquoi traiter d’un thème aussi bizarre en confrontant deux termes si proches, « mystification » et « mysticisme »?  Pour la simple raison que, dans le domaine de l’ufologie, ces deux termes font référence à des univers qui s’opposent, irréconciliables. Derrière le jeu sémantique, il y a une vraie question, que nous essayerons de développer ici, qui concerne les frontières de la discipline que l’on appelle l’ufologie.  Certains nous dirons qu’il est prématuré de borner ainsi ce domaine, car l’objet qui occupe la recherche ufologique est tellement vague, insaisissable, qu’il faut que les frontières restent ouvertes. Pourtant, l’ufologie doit se construire, trouver enfin ses marques pour les défendre, se déterminer au niveau méthodologique et épistémologique, pour ne pas rester dans ce flou qui lui nuit, entre les sciences officielles, l’orthodoxie universitaire, et les sciences occultes.

L’ufologie contemporaine doit se positionner, trouver enfin une certaine unité, une éthique qui lui permettra d’aller vers le partage des connaissances, c’est-à-dire vers l’interconnexion entre des recherches désespérément isolées.  Le salut de l’ufologie passe par cette voie qui est la seule à pouvoir nous aider à donner un sens à ce fatras de données et de témoignages, à une pléthore d’interprétations, d’hypothèses, de théories et de certitudes, souvent trop rapidement avancées.

Nous parlons réellement de la position « géographique » de l’ufologie, entre les sciences conventionnelles, pour qui les ufologues sont dans la « mystification » et les sciences occultes, le « mysticisme », ce qui a à voir avec la parapsychologie, l’ésotérisme, qui, selon nous, est la limite extérieure de l’ufologie.  On se promène aujourd’hui entre ces deux bornes, entre la raison conventionnelle et l’irrationnel, entre le refus de faire des hypothèses et le lieu où l’ufologie commence à perdre de vue son objet de recherche.  Et il est important de rappeler que certains ufologues « mystifient » et que d’autres sont de purs « mystiques », et que ces deux classes sont guidées par leurs croyances et non par une pensée qui veut se rapprocher d’une certaine objectivité.  Néanmoins, il ne sera pas directement question de cela dans cet article.

La position de chacun

La science officielle, devrons-nous dire les « sciences conventionnelles », celles que pratiquent les centres de recherche subventionnés et les observatoires astronomiques par exemple, ont une position arrêtée sur le phénomène OVNI, ils ne font que des non-hypothèses, ils traitent la question de manière superficielle, en disqualifiant, voire en insultant les témoins et les ufologues.  Nous avons tous des exemples en tête, François C. BOURBEAU nous en a montré quelques-uns.  HYNEK lui-même en a été victime et en donne quelques exemples dans son livre The Ufo Experience.  Il en est de même pour Auguste MEESSEN, qui montre dans son article de 2001, « Analyse et implications physiques de deux photos de la vague belge » (vague belge qui fera l’objet d’un article à travers les observations du Petit-Rechain, en avril 1991) de quelle manière il a été menacé par P.V., du NUFOC (National UFO Center) qui, face aux rapports d’observations d’un immense triangle silencieux de 36 mètres volant à moins de 150 mètres du sol près d’EUPEN (frontière allemande), rapportée par deux gendarmes, défendait, à l’aide R. B. de l’Observatoire Royal, l’hypothèse Vénus, puis l’hypothèse de perturbations de la vision oculaire, puis enfin l’hypothèse absurde qu’il pouvait s’agir d’un ULM! MEESSEN montra, avec brio, que les propos de ses détracteurs étaient dénués de tout bon-sens.

Voici donc la « non-position » officielle, qui va défendre l’idée, en ignorant les milliers d’évidences que nous possédons, que le phénomène OVNI est « psychosociale », que ce sont des paramètres sociaux et culturels (par exemple le milieu social, les médias, le cinéma, la culture populaire, d’éventuelles maladies mentales) qui influencent notre interprétation de phénomènes que nous ne comprenons pas, ou que nous feignons de ne pas comprendre pour faire les importants.  Ce point de vue est humiliant pour les témoins et les chercheurs, et revient à nier, tout simplement, qu’il y aurait quelque chose de matériel, de construit, une intelligence derrière des Lumières Nocturnes (LN), par exemple.  De là, les défenseurs de la « mystification » avancent l’idée qu’il n’existe pas de preuves, que les ufologues ne sont bons qu’à désinformer le grand-public, vendre des livres idiots, que ce ne sont que des gens crédules, des malades mentaux.

L’hypothèse « mystique » est à l’opposé un absolu, elle se présente comme la clé de la vérité, la « vérité des vérités », et son problème est bel et bien d’être déjà une hypothèse trop avancée, à l’intérieur de laquelle on fait se rencontrer des événements qui n’ont pas, a priori, de relations, ou en tout cas, dont les rapports restent à être interrogés de manière plus sérieuse.  Par exemple, qu’il y a-t-il de commun entre le paranormal et l’étude des OVNIS?  Qu’il y a-t-il de commun entre les mythologies anciennes et les OVNIS?  Les liens ne sont pas évidents du tout, en tout cas, on ne peut pas les traiter comme des évidences.  L’hypothèse que nous appelons « mystique », reviendrait donc à dire que le phénomène OVNI serait en relation avec des forces supérieures, par exemple des forces de la nature, voire divines, qui pourraient agir sur nous, qui nous détermineraient ou que l’on pourrait convoquer.  Ces hypothèses qui ont trait à la parapsychologie doivent être prises en compte, mais il n’y a pas lieu, dans l’état actuel de nos connaissances, d’en faire une « vérité », la clé du « secret ».  Pourtant, cette hypothèse reste une des plus populaires actuellement.

Entre la « mystification » et le « mysticisme » nous avons les ufologues, très nombreux, qui prétendent révéler des secrets d’état, des complots entre des extraterrestres et les puissants de ce monde.  D’autres prétendent détenir des vérités qui souvent s’opposent, d’autres encore mènent des enquêtes exhaustives sur un thème précis (par exemple sur les OVNIS en Bretagne), avec des tendances historiques ou sociologiques.  Il y a aussi les vulgarisateurs, les contactés, les prophètes, et enfin les maigres rapports officiels, émanant par exemple du CNES.  Ces genres restent, le plus souvent, dans les limites de l’ufologie traditionnelle, telle qu’elle a été définie dans les années 1950 aux États-Unis, c’est-à-dire comme une pratique où l’on défend l’idée que les apparitions sont en rapport avec une intelligence extérieure à notre civilisation, à la différence de l’hypothèse « mystique », qui prétend que le phénomène OVNI appartiendrait à notre environnement, à un autre niveau de conscience.

Nous nous sommes amusés à faire un petit recensement, manuel, des livres où les termes « OVNI » et « extraterrestres » apparaissaient dans le titre, et nous les avons classés selon les genres énoncés ci-dessus.  Nous avons exclu de ce classement les livres issus de la sphère littéraire.  Nous avons fait cette étude sur 164 ouvrages, voici ce qu’il en ressort:

LIVRES QUI:

 

 

1.  révèlent un secret d’état, militaire, un complot, dénoncent la désinformation

29

17,6%

2.  annoncent la « vérité », révèlent la nature du phénomène OVNI

27

16,5%

3.  présentent des enquêtes exhaustives sur un thème

22

13,4%

4.  présentent des études à tendances historiques et/ou sociologiques

22

13,4%

5.  présentent une hypothèse parapsychologique/mystique/ésotérique

22

13,4%

6.  vulgarisent

20

12,2%

7.  présentent des témoignages d’enlèvements ou de contactés

12

7,3%

8.  annoncent un danger imminent lié aux OVNIS

8

4,9%

9.  sont des rapports officiels (exemple GEIPAN)

2

1,3%

Total

164
100%

Nous remarquons une certaine homogénéité pour ce qui est des six premières classes.  L’interprétation « complotiste » reste majoritaire encore aujourd’hui, de même que la classe liée aux ufologues qui prétendent révéler une vérité cachée.  Le public peu informé apprécie généralement les interprétations fermes, c’est aussi ce qui est le plus facile à publier.  C’est ce qui est le plus viable commercialement, car on y répond aux attentes de ceux qui veulent qu’on leur annonce enfin la « vérité des vérités », la plus extraordinaire, si possible.  Il en est de même pour la vulgarisation scientifique, qui a l’intérêt de rendre accessibles certaines connaissances, parfois de manière grossière.  Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, une minorité de livres traitent des enlèvements et des contactés, sujet au combien problématique et anxiogène!  Une minorité de livres annoncent un danger imminent lié aux OVNIS, la tendance est en effet plus à « l’amitié entre les peuples », qui permet sans doute de compenser une peur innée pour l’inconnu, en fabriquant l’image d’amis venus d’un autre monde, de sauveurs potentiels d’une planète en détresse.  Une fois n’est pas coutume, l’hypothèse psychosociale colle bien ici, et si on devait l’exploiter, ce serait bien dans ce sens-ci.  Pour finir, il y a extrêmement peu de publications de rapports officiels et c’est dommageable pour la recherche ufologique.  Le GEIPAN publie des résultats sur son site Internet ou sur papier, très peu détaillés, avec des interprétations qu’on ne peut pas vraiment contrôler car il y manque les détails, et on ne s’éloigne jamais de la doxa 99% expliqués / 1% inexplicable, résultats sur lesquels il n’y a pas de réelle transparence, et pour cause, on est à l’économie.


De l’impopularité des études statistiques, des typologies et des classements

Nous publierons prochainement un article sur le sujet, mais il nous fallait tout de même en dire un mot ici.  Il existe trop peu de publications mettant en œuvre des études statistiques et typologiques complètes, ce qui nous semble être un des écueils de l’ufologie contemporaine.  Mais il existe tout de même la tentative de ZURCHER (Les apparitions d’humanoïdes. 202 rencontres du 3e type, 26 portraits-robots, 1979), encore trop peu connue.  Ce livre tente de faire le point sur les RRIII entre 1906 et 1977. Cet ouvrage a une forte orientation statistique (exemples: « répartition annuelle des observations mondiales avec ufonautes », « répartitions horaires des apparitions », « caractéristiques sociologiques des témoins »), une orientation typologique à travers des portraits-robots, des dessins d’engins, et l’auteur fait des analogies intéressantes entre les ufonautes et des êtres provenant de la culture populaire, mais aussi avec les apparitions mariales, le paranormal. ZURCHER explore également l’hypothèse psychosociale.  Cette étude qui a pour but de balayer complètement le champ de l’ufologie, vise l’exhaustivité et l’objectivité assistée par les chiffres, ce qui en fait pour nous une étude exemplaire et ambitieuse.  Julien GONZALEZ dans son livre paru en 2010, OVNI, le dossier des rencontres du troisième type en France, ravive ces pistes, évoque la possibilité de nouvelles études systématiques et statistiques que nous attendons de sa part avec une très grande impatience.

La position que nous défendons:  une position marginale, quoi que…

Au regard de tout ce que nous venons de dire, le Réseau OVNI-ALERTE inc. ne défend pas une position si marginale que cela! Les tentatives d’études « scientifiques » et exhaustives, même si elles sont parfois maladroites, existent, elles représentent plus de 28 % (catégories 3 + 4 + 9 du tableau ci-dessus) des 164 publications que nous avons recensées!

Chacun fait sa science dans son coin.  La particularité de l’approche que nous défendons est d’avancer la possibilité d’émettre enfin des hypothèses construites et argumentées, avec l’exigence constante de vérifier nos sources, de consolider nos connaissances à l’aide de l’étude objective et scientifique des observables que nous récoltons toute l’année sur le terrain. Nous privilégions une approche systématique, mais nécessairement empirique et exploratoire.  La formation de techniciens enquêteurs permet de mettre à l’épreuve des méthodes d’investigation et de les éprouver.

En donnant la parole à des ufologues de toutes les traditions, nous pourrons continuer à nous promener sur l’ensemble du spectre de l’ufologie contemporaine.  Et l’hypothèse des « corridors spatio-temporel » ne touche-t-elle pas, elle-même, aux limites extérieures de l’ufologie traditionnelle?

Source: http://www.ovni-alerte.com/2011/02/15/l%e2%80%99ufologie-aujourd%e2%80%99hui-entre-%c2%ab-mystification-%c2%bb-et-%c2%ab-mysticisme-%c2%bb/

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