Manipulation mentale : le cas Eugène Vintras

Le cas Pierre-Michel-Elie Eugène Vintras ne semble pas avoir séduit beaucoup de biographes. Seul le grand avocat que fut Maître Maurice Garçon lui consacra un ouvrage en 1928. Avant cette date, un petit opuscule fut publié en 1897 à l’occasion des apparitions de Tilly, petit village situé près de Caen, qui contait les manifestations survenues dans le ciel de cette région les années précédentes. Il avait pour titre : Le Prophète de Tilly, Pierre-Michel-Elie-Eugène Vintras. L’auteur en était un certain Hab.L. Grange, aujourd’hui bien oublié.

Eugène était le véritable prénom de Vintras ce thaumaturge qui attira des foules nombreuses en Normandie et dont la vie fut à la fois un véritable roman et un martyr !

Eugène était un enfant naturel, né en 1807dans la pauvreté et confié aux Enfants Trouvés. Plus tard dépourvu de toute instruction, marié avec une femme de sa condition avec laquelle il avait eu un fils, qui devait au début du 20ème siècle devenir médecin chef de l’hôpital français de Londres. Vintras semble avoir été le jouet d’une intelligence inconnue qui le manipula dans un sens que nous pouvons qualifier de négatif.

Vivant au jour le jour de son labeur, il travailla chez un tailleur, puis devint domestique, avant de fonder en association un moulin à papier.

Considéré comme un homme intègre dans l’esprit de ses concitoyens, Vintras se vit pourtant, un jour traité d’escroc, de charlatan, d’exploiteur de la crédulité humaine, et condamné à cinq ans de prison ! Tous ses malheurs naquirent des apparitions dont il fut gratifié !

Prophète malgré lui, saint-Joseph, Saint-Michel et Jésus–Christ lui-même « présidèrent » à sa vocation et l’élevèrent très haut dans la spiritualité et la divine compréhension. La Vierge lui apparut, vêtue de bleu et de blanc, et le prit sous sa protection. Ses paroles inspirées bouleversaient les foules à tel titre, que le baron et la baronne de Razac lui prêtèrent la chapelle de leur château de Sainte-Paix.

Des foules nombreuses accouraient pour voir et entendre cet illuminé qui savait si bien parler du ciel. L’abbé Chavoz, curé de Mont-Louis, assura que Vintras bénéficiait d’une céleste inspiration !

INSTRUMENT DE DIEU OU DU DIABLE ?

L’Eglise ne vit pas d’un bon œil ce nouveau prophète du bocage normand. La communion lui fut refusée. Grégoire XVI et Pie IX, le condamnèrent. Louis-Philippe , inquiet de ses affirmations annonçant la venue d’un Grand Monarque, demanda que la justice le surveille et le poursuive !

Les thèses conspirationistes, qui fleurissent comme colchiques au printemps à notre époque, étaient bien réelles au 19ème siècle !

Eugène Vintras qui avait reçu d’une famille Garnier, de Paris, une somme de trois mille francs, pour payer les frais d’impression d’envoi et de distribution gratuite d’une brochure intitulée tout simplement Opuscule, fut accusé d’avoir escroqué et trompé ses bienfaiteurs !

Présente au tribunal, cette famille répondit fermement au président :

« Ce n’est pas Pierre-Michel qui nous a demandé cet argent :nous avons spontanément offert la somme de trois mille francs, il n’a donc rempli que nos intentions formelles. Oui, nous croyons qu’il y a révélation et nous n’avons que vénération et respect pour l’accusé, loin que nous ayons aucun reproche à lui faire ! »

Le président rétorqua :

prophète. »

« Il est possible qu’un homme reçoive une révélation, mais que deux ne l’étaient pas au même prophète. »

« Pierre-Michel vous a donc trompé en se faisant passer pour un inspiré ! »

Plus grave était la seconde charge retenue contre l’inspiré. Il s’agissait d’un abus de confiance. Mlle Cécile de Cassini (71 ans) était venue à Tilly prendre connaissance des prodiges. Elle mit en dépôt chez Vintras, un rouleau de deux mille francs pour un voyage et des achats dans le Midi ; le reliquat de huit cents francs était resté dans le secrétaire du prophète. Mais quand le juge d’instruction en demanda la remise, il se fit que la somme n’était plus là…Pierre-Michel l’avait changée de place.

Mlle. Cassini, présente au tribunal, affirma que son dépôt lui avait été rendu intégralement, et déclara que M. Vintras était un homme fort estimable et vertueux.

Le prophète fut condamné après deux jours de plaidoyers et de délibération à cinq ans de prison et à 100 francs d’amende.. la cour de cassation confirma l’arrêt. Du 12 avril 1842 au 13 juillet 1843 Vintras fut prisonnier à Caen, ensuite, on le transféra à la prison centrale de Rennes.

LES PRODIGES


Dans son Histoire de la magie, Eliphas Levi prouve qu’il n’ignorait rien des extraordinaires prodiges réalisés par le prophète normand de Tilly-sur-Seulles. Des hosties apparaissaient collées sur de la soie bleue, Vintras avait des sueurs de sang et son sang apparaissait sur des hosties collées. Des calices vides s’emplissaient de vin, où le vin tombait, apparaissaient des taches de sang !

L’abbé Louis Constant, rédacteur du célèbre « Dogme et Rituel de la haute magie » ne s’extasiait pas devant de tels phénomènes, Eliphas était allé très loin dans le domaine de l’occulte ! Pour lui tous ces événements étaient liés à ce qu’il nommait la lumière astrale.

Cependant, nous devons maintenant reprendre des « miracles » bien particuliers auxquels nos amis ufologues ne resteront pas insensibles. Il serait sans doute bon de reprendre tous les témoignages de l’époque qui évoquent que l’humble ouvrier de Tilly, devenu grand prophète, annonça que la très Sainte Vierge Marie apparaîtrait un jour sur le village. Cette apparition eut lieu le 18 mars 1896, à quatre heures de l’après-midi. La Vierge se manifesta aux yeux d’une foule en extase, sur un nuage rose, près d’un grand arbre maigre, un orme placé sur une haie .

Le 26 juin de la même année, dans la soirée, on vit un nuage rose planer dans le ciel et s’entrouvrir pour laisser voir Marie vêtue d’une robe blanche serrée à la taille par une ceinture bleue étoilée. Les habitants de Maisoncelles-sur- Ajon, de Vacognes, d’Annay-sur-Odon, de Couvaudon, d’Evrecy, de Sainte-Honorine-du Fay, furent également les témoins de cette manifestation, ce qui veut démontre que cette vision s’étendit sur plusieurs kilomètres ! Le 30 juin, le 5 juillet, le 22 juillet, la Vierge se montra encore sous des formes identiques en divers endroits.

JOUONS AVEC LES NOMS !

En 1849, le curé de Tilly se nommait M. Lepetit. Ce dernier voyait d’un très mauvais œil les miracles accomplis par Pierre-Michel. Il le fit expulser manu-militari, le traitant en impie, en voleur, en dupeur, de gale du pays. La suite mérite de retenir notre attention. En 1896, lorsque la Vierge vint honorer Tilly désirant que les prophéties de Vintras s’accomplissent, notamment l’exaltation du culte marial et l’adoration du Sacré Cœur de Jésus, le propriétaire du champ qu’elle avait choisi pour apparaître…se nommait Lepetit, tout comme le vindicatif curé qui avait chassé Vintras !

Ce dernier après avoir beaucoup souffert et lutté pour sa mission spiritualiste, alla s’installer à Londres, avant de revenir rendre le dernier soupir à Lyon, le 8 décembre 1875. Il repose encore aujourd’hui au cimetière de la Guillotière.

Par M. Guy TARADE

Voir également :

http://web.archive.org/web/20150318090305/http://lesarchivesdusavoirperdu.over-blog.com/

http://web.archive.org/web/20141104103722/http://lesdossiersdeletrange.over-blog.com:80/

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