Méthode Coué: surtout ne pas ricaner…

Vous avez sûrement déjà  entendu un malin qui pontifiait: « Pff, encore la méthode Coué ».

A ce pontife, si vous lui demandez des précisions, il baisse invariablement le regard vers ses lacets de chaussures, incapable, qu’il est, de vous en dire plus.
« Nul n’est prophète en son pays » dit le proverbe. Jamais ce ne fut plus vrai pour Coué…

Emile Coué de la Chàtaigneraie, naît à  Troyes le 26 février 1857 d’une vieille famille bretonne. En 1882, il devient pharmacien dans sa ville natale. C’est là  qu’un jour il reçut la visite d’un malade qui lui demanda avec insistance un médicament dont la délivrance sans ordonnance était interdite. Pour s’en débarrasser, Coué finit par donner à  son client un flacon d’eau distillée en lui recommandant de ne pas dépasser les doses qu’il lui prescrivait. Huit jours plus tard, le brave homme revenait pour le remercier: il était guéri !

Cet incident fut déterminant dans la vie d’Emile Coué, car il le conduisit à  conclure que l’imagination pouvait avoir une action sur l’organisme. Aussi, dès 1885, entreprit-il des études de psychologie appliquée. Il suivit les travaux du docteur Liébault de Nancy qui pratiquait la suggestion et le traitement des maladies par le sommeil. Enfin, il rencontra le docteur Bernheim, professeur à  la faculté de Médecine de Nancy, qui, lui aussi, s’efforçait d’agir sur le subconscient de ses malades.
En 1902, il s’installait définitivement à  Nancy et mettait au point sa méthode d’autosuggestion. Il mourut en 1926, après avoir suscité des disciples dans les milieux médicaux du monde entier, la France étant le seul pays où ses travaux aient fait, et continuent de faire, ricaner…
Coué a découvert que notre subconscient était « crédule » et que l’on pouvait, par la parole, l’amener, entre autres, à  replacer un organe déficient dans des conditions optima en lui faisant croire que ledit organe fonctionnait bien.
En fait, il a découvert, les résultats remarquables et anormalement élevés des médicaments appelés « placebo », médicaments neutres, sans principes actifs. Sa théorie peut sembler simpliste mais le fait est là : les gens guérissent. Ce qui prouve, une fois de plus, les étranges pouvoirs de l’esprit…
D’autre chercheurs ont confirmé les théories de Coué, ainsi le docteur Joseph Murphy, de Los Angeles écrit, par exemple, dans les Miracles de l’Esprit: « Notre conscience est le capitaine, maître à  notre bord; le subconscient, l’équipage qui obéit sans discussion…. » Si quelqu’un se dit: « Si je bois du café le soir, je ne m’endormirai pas ». Chaque fois qu’il en boit, son subconscient croyant bien faire, l’empéche de dormir…. Mais, en vous gardant de ces paroles imprudentes, vous pouvez vous utiliser votre subconscient comme un docile serviteur. Par exemple, si vous devez vous réveiller à  cinq heures du matin et que vous lui en donnez l’ordre, il vous réveillera à  cinq heures précises !!! Tout le monde a observé ce phénomène. »
Emile Coué, qui identifiait le subconscient avec l’imagination, avait édicté une loi que le professeur Charles Baudoin, de l’université de Genève, a appelée la loi de l’effort converti : « Chaque fois qu’il y a conflit entre l’imagination et la volonté, c’est toujours l’imagination qui l’emporte et, dans ce cas, non seulement nous ne faisons pas ce que nous voulons, mais nous faisons précisément le contraire de ce que nous voulons; et plus nous faisons d’efforts volontaires, plus nous faisons le contraire de ce que nous voulons ».
Voici un exemple qui démontre la supériorité de l’imagination sur la volonté: si l’on place une planche de trente mètres de long sur cinquante centimètres de large à  méme le sol, tout le monde sera capable d’aller d’un bout à  l’autre de la planche sans mettre le pied à  côté. Mais si cette planche se trouve placée à  200 mètres du sol, entre deux gratte-ciel, peu seront capables de faire un seul pas au-dessus du vide, et cela, malgré tous leurs efforts de volonté. Pourquoi ? Parce que dans le premier cas, nous imaginons qu’il est facile d’aller au bout de la planche, tandis que dans le deuxième cas, nous nous imaginons que nous ne pouvons pas. Le vertige n’a pas d’autre cause que cette image d’une chute possible.
De méme, c’est parce que nous imaginons qu’une souffrance est inévitable ou inguérissable que nous ne pouvons, malgré les médicaments, l’empécher ou la faire disparaître. « Craindre une maladie, disait Coué, c’est la déterminer ». Nous imaginons, par exemple, qu’une douleur de dent est normale, donc nous l’acceptons. Pourquoi, dans ce cas, le subconscient ferait-il jouer les anesthésiques qui se trouvent en nous ? Si nous ne lui avons pas montré que l’absence de souffrance, dans ce cas précis, est chose naturelle, il n’interviendra pas.
Signalons qu’à  l’étranger de nombreux scientifiques se sont inspirés de ses travaux et de sa méthode pour mettre au point des programmes spécifiques, ainsi le célèbre docteur Schultz, psychiatre suisse, créateur de la fameuse méthode d’auto-hypnose appelée training autogène, appliquée aujourd’hui dans le monde entier.
Seule la France continue de railler Coué et sa méthode: « En France, nous continuons à  raisonner avec Descartes et à  ricaner avec Voltaire….. »

Sources: Histoires Extraordinaires
de Louis Pauwels (ancien directeur du Figaro Magazine et auteur du Matin des magiciens)

Petite illustration:

Dans les années 50, un cargo frigorifique anglais, transportant des bouteilles de vin de Madère en provenance du Portugal, vient débarquer sa cargaison dans un port écossais. Un marin s’introduit dans une des chambres froides pour vérifier si tout a bien été livré. Ignorant sa présence, un autre marin referme la porte de l’extérieur. Le prisonnier frappe de toutes ses forces contre les cloisons, mais personne ne l’entend et le navire repart pour le Portugal.
L’homme découvre suffisamment de nourriture mais il sait qu’il ne pourra pas survivre longtemps dans ce lieu frigorifique. Il trouve pourtant l’énergie de saisir un morceau de métal et de graver sur les parois, heure après heure, jour après jour, le récit de son calvaire. Avec une précision scientifique, il raconte son agonie: comment le froid l’engourdit, gelant son nez, ses doigts et ses orteils qui deviennent cassants comme du verre. Il décrit comment la morsure de l’air se fait brûlure intolérable. Comment, peu à  peu, son corps tout entier se pétrifie en un bloc de glace.
Lorsque le bateau jette l’encre à  Lisbonne, le capitaine qui ouvre le conteneur découvre la matelot mort. Il lit sur les parois le journal minutieux de ses affreuses souffrances. Pourtant, le plus stupéfiant n’est pas là  ! Le capitaine relève la température à  l’intérieur. Le thermomètre indique 19° C ! Puisque le lieu ne contenait plus de marchandises, le système de réfrigération n’avait pas été activé durant le trajet du retour. L’homme était mort uniquement parce qu’il croyait avoir froid. Il avait été victime de sa seule et propre imagination.


L’homme qui ne voulait pas mourir

 

C’est un témoignage, à  contrario, qui fait suite à  l’exemple du matelot mort dans le frigo et renforçant l’idée de l’importance du subconscient:

Histoire reportée par le Docteur Bob Davis, médecin militaire anglais

[…] Au cours de la Première Guerre mondiale, j’ai soigné en France un soldat qui était en triste état.

Jugez plutôt : une balle avait pénétré par le côté droit, derrière la clavicule, transpercé le poumon droit, le diaphragme, la vésicule biliaire et le foie, sans compter treize perforations intestinales, dont six doubles.
Il avait sa pleine et entière connaissance ; tant et si bien qu’il ne cessa, au cours de l’examen et des préparatifs de l’opération, de répéter (d’une voix assez forte pour que tout le monde l’entende) : « Ca ira très bien, docteur, vous en faites pas pour moi. »
Nous l’avons endormi à  l’éther, nous lui avons ouvert le ventre, fait les sutures et tout ce qu’il fallait faire. C’était déjà  extraordinaire qu’il survécût.
Eh bien ! à  peine réveillé, il témoigna d’une étonnante vitalité et annonça qu’il allait très bien. Parmi ses proches voisins (12 hommes très grièvement blessés) l’un s’assit brusquement dans son lit, regarda notre homme et éclata de rire : « Si ce gars-là  peut s’en sortir, pourquoi pas moi ? »
A dater de ce jour et pendant toute la semaine qui s’écoula jusqu’à  mon départ (je fus alors affecté à  un autre secteur) l’homme que j’avais opéré m’adressa cet encouragement : « Ca ira très bien, docteur, vous en faites pas pour moi. »
L’homme qui ne voulait pas mourir, c’était lui, et son énergie communicative inspirait à  tous ses compagnons la volonté de vivre ! Il fit diverses complications : syncopes, grosses fièvres, tachycardie, le tout accompagné de symptômes alarmants ; mais pas une seule fois, méme au cours de ses fréquents délires, il ne désespéra de guérir
[…] Le jour de mon départ, je me suis arrété pour lui dire adieu : « Faites-moi savoir votre adresse, docteur, et je vous envoie un mot dès que j’aurai rejoint mon régiment. Un homme ne peut pas passer sa vie dans un lit, à  se faire dorloter. Au revoir, docteur, vous en faites pas pour moi. »
Il était inévitable que ce son de cloche optimiste, quotidiennement répété, galvanisàt tout le monde. Des douze grands blessés, quatre moururent, mais les huit autres avaient été si impressionnés qu’ils se tirèrent d’affaire. […] Quand à  moi, ce blessé m’a appris qu’un malade découragé est sur la pente fatale, que la médecine, sans le secours de l’espérance, est parfaitement vaine.
Parmi les souvenirs que j’ai rapportés de la guerre se trouve une lettre, écrite du front par un soldat qui avait rejoint son unité. En voici le texte intégral : « Je vais très bien, docteur, vous en faites pas pour moi. » […]

Padré

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