Mystérieux Dragon

Sans doute le plus ancien des mythes, le Dragon n’a jamais voulu s’effacer totalement de nos mémoires, c’est à dire de l’inconscient collectif.

Depuis la plus haute antiquité les hommes ont éprouvé le besoin d’illustrer, par une imagerie symbolique, des idées ou des concepts, afin de les rendre identifiables par le plus grand nombre.

Il s’est établi un système de représentation arbitraire, à peu près universel, dont l’exemple le plus connu, sans doute, est l’association d’un animal et d’une constellation.

Les qualités et les attributs des animaux connus ne suffisent pas à traduire la subtilité de certains concepts, nos ancêtres ont résolu le problème en créant des animaux imaginaires.

Malgré la notoriété qu’ils ont pu atteindre, ces animaux fabuleux ne peuvent toutefois rivaliser avec l’énorme popularité du Dragon.

Le monde entier semble l’avoir connu ! On le trouve en Chine à toutes les époques, où il est considéré comme bénéfique.

L’Occident chrétien le combat généralement ou l’emploie suivant la finalité recherchée. De plus, il est extraordinairement mutable, s’adaptant même aux concepts subtils qui régissent l’élaboration du Grand-Œuvre alchimique.

AU COMMENCEMENT ETAIT LE DRAGON

Au sein du panthéon babylonien, figure un monstre mythologique du nom de RAHAB. Dans les textes poétiques, il est l’image de l’océan primordial, des forces mauvaises déchaînées avant la Création, que l’Eternel a vaincues en mettant de l’ordre dans le tohu-bohu. « ORDO AB CHAO « .

Avant de le nommer le Léviathan, les Hébreux baptiseront Rahab, Béhémoth, ce que nous pouvons traduire par la bête. Brute gigantesque et malfaisante dont le modèle est l’hippopotame, que les anciens Egyptiens considéraient comme un animal sacré mais démoniaque.

Béhémot et le Léviathan apparaissent conjointement dans le livre de Job. Ils personnifient surtout le désordre et le mal, au même titre que le Serpent et le Dragon.

Pour le prophète Isaïe, le Léviathan symbolise l’Euphrate, c’est à dire Babylone; et le Dragon s’identifie à l’Egypte. La Bible parle à cinq reprises du Léviathan, ce monstre mi-serpent mi-dragon, issu du folklore phénicien, qui se retrouve dans toutes les mythologies orientales.

L’archétype du Dragon-Léviathan se retrouve dans l’Apocalypse de Saint-Jean. Il s’agit de la bête aux dix cornes et sept têtes décrite dans cette révélation. L’inspiré de Pathmos voit monter de la mer ce dragon polycéphale. L’animal appartiendrait donc aux abysses, à l’Abîme du chaos primordial. C’est une entité redoutable pour les humains. Elle est à l’image des grands fauves que nos lointains ancêtres eurent à combattre et à vaincre pour survivre.

A l’époque romaine, le Draconarius était l’enseigne ou le porte-drapeau d’une cohorte ; il portait le Draco ou Dragon. Cette représentation avait été empruntée aux Parthes et introduite dans l’armée vers le temps de Trajan. C’était l’image d’un grand dragon fixée sur une lance, avec une gueule d’argent entr’ouverte, tandis que le reste du corps était formé d’étoffes peintes ou de peaux qui, étant vides et flexibles, s’agitaient avec des mouvements pareils à ceux de ce mythique reptile, lorsque le vent entrait dans sa gueule.

De nombreux Draconarius figurent sur les colonnes de Trajan et de Marc-Aurèle au milieu des troupes barbares, mais non des armées romaines, quoiqu’ils y aient été introduits, comme nous l’avons dit, sous Marcus Ulpius Trainus, successeur de Nerva. C’est de ce mot que vint le nom moderne de dragon, signifiant dans son sens primitif soldat de cavalerie qui suivait l’enseigne du dragon.

L’ASPECT DU DRAGON

Habituellement, le Dragon se présente comme un saurien ailé, laissant croire que ces ancêtres remontent aux grands reptiles du secondaire. Souvent ses pattes s’avèrent être des serres d’aigles. Sa gueule, un bec garni de dents. Curieusement, la queue se termine par un dard impressionnant. Ajoutons encore des ailes de chauve-souris, souvent minuscules, et nous avons le portrait classique de l’effrayant animal.

Un des plus anciens dragons connus est l’Hydre de Lerne. La légende lui accorde huit têtes. Ce n’est pourtant pas un record. Dans le cycle de Kiev, l’animal que tue Dobrynya Nikitich en a douze !

Pour assurer plus efficacement sa mission, ce monstre hors du commun se devait de posséder un regard exceptionnel. C’est pourquoi l’œil du Dragon reste ouvert, même lorsque la bête est endormie. Cette faculté le met à l’abri de toute attaque par surprise.

Ce détail a tellement frappé l’imagination des Chinois que, sur les représentations de l’animal, l’empereur seul avait le pouvoir de peindre les yeux, ouvrant ainsi le regard vigilant de la bête fabuleuse.

INITIATION ET DRAGON

La grande particularité du Dragon, quand on le compare aux autres animaux symboliques, est le fait qu’il incorpore les quatre éléments reconnus dans l’antiquité, et plus près de nous, au moyen-âge : l’air, l’eau le feu et la terre.

Autant dire qu’il s’agit d’un symbole universel, apte à désigner tous les aspects de la création. Ce tétramorphe pourrait être l’image même de l’initiation, tout comme son frère le Sphinx !

De nos jours, rares sont les organisations humaines qui initient leurs disciples, en les soumettant aux quatre épreuves des éléments. Seule la Franc-Maçonnerie perpétue dans ses Loges, l’initiation des impétrants, car c’est une société initiatique de forme traditionnelle dans laquelle les processus symboliques jouent un rôle essentiel bien que non exclusif.

TOPONYMIE

Le Dragon a donné son nom à des montagnes. A l’examen, elles s’avèrent n’être souvent que de modestes collines, comme celle à laquelle est adossée la ville de MONDRAGON, dans la vallée du Rhône. Quant au Dramont, ce n’est que le dernier soubresaut de l’Esterel plongeant dans la Méditerranée.

Au sud du col de Tende, pourtant près de la frontière italienne, la Cime de Durasque atteint 1480 mètres, ce qui fait un respectable Dragon.

Il doit pourtant s’incliner devant celui qui sévit du haut des 1716 mètres du Pic Mondragon, à l’ouest d’Argelès, dans les Pyrénées.

Le Dragon a encore ses villes.

On les reconnaît à leur racine phonétique. Draguignan, bien sûr, mais aussi Dreux, Dracé, Drancy, et bien d’autres, invariablement dérivées de DRAC.

En Alsace, le Drake allemand a servi à désigner la cité de Drachenbronn (67).

SITES ET GÎTES DU DRAGON

Jadis, les daces occupaient l’actuelle Bulgarie qui compte encore deux villes dédiées au Dragon : Dragomane à l’ouest, et Dragonovo au ord-ouest, se situent un peu au nord du 43e parallèle, tout comme Draguignan dans le sud de la France.

Les noms de lieux consacrés au Dragon permettent de se faire une idée approximative de leur ancienneté. Deux cas de figure se présentent invariablement.

Dans le premier cas, le nom est de source celtique, ce qui signifie qu’il préexistait à l’arrivée des chrétiens, sans qu’il soit possible d’avancer une date. Dans ce cas le mot Dragon plus ou moins déformé transparaît dans la toponymie locale. La cité provençale de Mondragon ou le Drac, affluent de l’Isère, en sont de bons exemples.

Dans la deuxième catégorie, le nom date de l’époque du christianisme triomphant. C’est alors le terrasser de Dragon qui sert à désigner l’endroit. Le Mont-Saint-Michel, Saint-Martin du Gard, Saint-Georges de Commiers, pour ne citer que trois noms parmi les centaines que l’on pourrait donner, illustrent l’emploi de ce procédé.

A défaut de pouvoir débaptiser une ville ou un terrain, dont le nom évoque le Dragon, on s’est contenté de lui adjoindre des lieux-dits aux noms de saints sauroctones.

Dans le département de l’Isère, Saint-Georges-de Dommiers surplombe les gorges du Drac. Pour justifier son implantation dans la vallée, Saint-Georges ne fait qu’utiliser la présence de ce Dragon. Sa venue n’a d’ailleurs aucun effet sur notre animal. Parfaitement indifférent, le Drac coule imperturbablement.

Il arrive enfin que la toponymie ne conserve plus trace du monstre, mais la mémoire des riverains s’en passe fort bien.

La ville d’Orange, dans la vallée du Rhône abrite sous ses platanes, à deux pas de l’Arc de Triomphe, un surprenant Dragon de bronze, dont la particularité est de cracher de l’eau.

Nous le savons, le christianisme s’est acharné contre le Dragon.

Vaincre un ennemi anonyme n’est qu’une demi-victoire. Un bon adversaire se définit par un nom. Il est important de savoir avec qui on se bat.

Pour être crédible, le Dragon ne peut échapper à cette règle, et se voit affublé, vers la fin du moyen-âge, de noms surprenants souvent dérivés de la racine drac, déformé à l’occasion en

trac, tas ou trag.

Citons par exemple le Coquatrix, à Troyes, la Tarasque, la Gratuse de Lalinde ou la Lycastre de l’île de Porquerolles.

LES BIENFAISANTS DRAGONS

L’Occident à fait du Dragon le symbole du Mal. En Extrême Orient, il est parfois un gardien sévère, mais aussi l’image du bon protecteur. Puissance céleste, créatrice, ordonnatrice, le Dragon fut tout naturellement en Chine le symbole de l’empereur.

Le voyageur qui se rend aujourd’hui dans l’Empire du Milieu, passe très souvent par Hong Kong. Hong Kong englobe l’île proprement dite, les Nouveaux Territoires et la presqu’île de Kowloon.

Kowloon se trouve au pied de la chaîne des NEUF DRAGONS ( Kowloon).

Ce sont eux, affirment les Chinois de la cité, qui ont donné la prospérité à la ville, qui est devenue l’un des plus importants centres d’affaires et de commerce de l’Asie.

A Long Men, à 12 kilomètres de Luo Yang, dans un paysage paradisiaque, se situe LA PORTE DU DRAGON. Ce nom n’a pas été choisi au hasard. La rivière Yi s’est creusée un lit entre deux falaises. Sur sa rive gauche qui fait face au soleil levant, au Ve siècle, un vaste sanctuaire fut creusé dans la roche. Les archéologues y ont dénombré, sur 1 kilomètre, 1352 grottes d’importance très variée, 750 niches, 97 306 statues dont la plus grande mesure 17,11 mètres et la plus petite 2 centimètres. 3 608 inscriptions ornent différentes parois rocheuses.

Un Grand Bouddha veille sur cet espace sacré. Les fils de l’Empire du Milieu pratiquaient et pratiquent encore le FENG-SHUI ou science des énergies du Dragon.

LE DRAGON ET LA CITE INTERDITE

Toute l’histoire de la Chine s’articule autour d’un axe sacré de 4 000 kilomètres de long, qui relie Nankin à Pékin. Nankin signifie la capitale du Sud et Pékin la capitale du Nord.

Aucune cité au monde ne peut rivaliser avec Pékin sur le plan occulte. Kubilai qui en fit jeter les premières fondations s’appuya dans ses calculs sur le secret du Tao.

Un simple plan de Pékin permet de comprendre que la capitale des Ming n’est pas l’œuvre d’un caprice, mais la matérialisation d’une sorte de mandala visant à réaliser sur terre la projection de l’harmonie universelle.

Le mandala est un diagramme dont les enceintes concentriques, les couleurs et les formes symboliques figurent l’univers.

Peu nombreux sont ceux qui ont découvert le vrai sens de l’architecture de la ville. Seule Michèle Pirazzoli-t-‘Sertevens a écrit dans Chine, architecture universelle (Office du Livre, Fribourg) :

« L’ensemble, qu’il s’agisse d’une ville ou d’un palais, n’est jamais conçu pour être englobé d’un seul coup d’œil, mais pour se laisser saisir au gré d’une approche spatiale et temporelle, à la manière d’un morceau de musique ou d’une peinture que l’on déroule. «

En un mot, Pékin est une ville que l’on doit lire comme les anciennes clavicules !

Pour les maîtres du Tao, l’univers a la forme d’une tortue, sa carapace ronde forme le Ciel et sa base carré la Terre.

Pékin réalise l’équilibre et le rythme du monde, en s’inspirant d’une tradition archaïque.

Le cœur de la capitale chinoise est la Cité Interdite, ou Palais Impérial. C’est une composition magique, à l’image d’un vaste échiquier. C’est vers lui que convergent tous les courants telluriques captés dans l’Empire du Milieu.

Mais le dernier mot, c’est à dire le dernier symbole, de cette citadelle aux murs rouges, porte un nom : LE DRAGON !

Le cœur de la Cité Interdite est le Pavillon de l’Harmonie Eternelle.

On accède à ce sanctuaire après avoir traversé le Pavillon de l’Harmonie Parfaite.

Au centre du Pavillon de l’Harmonie Universelle est placé un trône. Pendant le règne de la dernière dynastie chinoise, celle des Ong, on y organisait de grands banquets en l’honneur des ambassades des populations vassales et tributaires.

A la verticale du trône, au centre d’une étoile à huit branches, on découvre un superbe Dragon céleste. Il est recouvert d’or. Allégorie de la foudre et de la fertilité, il amène aussi la pluie. Il symbolise la fonction royale et le rythme de la vie. C’est le symbole même de la toute-puissance impériale chinoise : la face du Dragon signifie la face de l’Empereur.

A deux pas du Palais Impérial, s’élève le Temple du Ciel ! Une superbe dalle ronde en marbre orne le centre du sanctuaire. Ses veines naturelles représentent le DRAGON et le PHENIX !

On reste étourdi devant une telle représentation, que la nature elle-même composa. Combien devaient être habiles et observateurs, les artistes qui remarquèrent ce joyau et le mirent en valeur.

Il illustre parfaitement l’allure majestueuse du chef, la démarche du Dragon. La perle du Dragon qu’il est censé posséder dans la gorge, est l’éclat indiscutable du verbe, la perfection de sa pensée et de ses ordres.

Mao affirmait :

« On ne discute pas la perle du Dragon ! » 

par Guy Tarade

Voir également : http://web.archive.org/web/20150318090305/http://lesarchivesdusavoirperdu.over-blog.com/ et http://web.archive.org/web/20141104103722/http://lesdossiersdeletrange.over-blog.com:80/

 

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