On n’a pas besoin de ces gens là  !

Je vous propose, dans cet article trouvé sur le net, un florilège de situations imaginaires se déroulant dans plusieurs secteurs de notre administration d’Etat.

Elles mettent le doigt sur la distinction à  faire entre fonction conférée et fonction acquise.

En gros, la différence entre la seule fonction que doivent assurer nos fonctionnaires suivant leurs postes et missions et les pouvoirs qu’ils s’arrogent du fait de leurs fonctions.

Bien sûr, il s’agit de situations imaginaires.

Si jamais, elles se vérifiaient dans la réalité, il est évident que:

ces agents de l’Etat, on n’en a pas besoin: on n’en veut pas !

« C’est un cas de légitime défense », prononce le juge Chapon sans lever les yeux du rapport d’autopsie. Le bureau est devenu sombre, 5 heures du soir déjà , à  quelques jours de Noël. Hicham ne connaîtra plus jamais de féte, mais qu’est-ce que Noël pour un arabe ? L’inspecteur Santino hoche la téte, il est satisfait. L’agent Morel laisse éclater un large sourire, ce n’est pas qu’il avait peur, on ne poursuit pas un policier pour si peu, mais quand méme, ça vous secoue d’étre présenté au juge. Il adresse un clin d’?il à  Martinez qui l’avait escorté et il reçoit une tape virile et joyeuse sur la nuque. « Vous étes libre » confirme Chapon, et il pense aussitôt qu’il faudrait allumer la lumière.

Les policiers se lèvent dans un raclement de chaises métalliques, des mains se serrent. Dans le couloir jaune, on entend Martinez réclamer : « Eh, Morel, tu nous paies la tournée, hein ! ». Le juge d’instruction Chapon ne se remet pas tout de suite à  son bureau. Il n’allume pas tout de suite la lumière. Il glisse une à  une dans le dossier les feuilles du rapport d’autopsie qui conclut que le dénommé Hicham Bouflika, 19 ans, a été tué de deux balles dans le dos, tirées à  10 mètres, et d’une troisième dans la téte alors qu’il se trouvait à  terre.

Il pleut depuis le matin. Calfeutrés dans leur poste, les douaniers bavardent bruyamment. Ils n’opèrent jamais sous la pluie depuis qu’ils ont découvert qu’elle les mouille.

De l’autre côté de la cloison vitrée, les deux déménageurs sont affalés dans l’escalier qui monte au bureau du commissaire. Le plus àgé fume pour tromper l’ennui. Madame Grandvilliers s’inquiète pour ses meubles. Les douaniers les ont fait aligner contre le mur, à  peine protégés par le rebord du toit. Elle a bien expliqué au commissaire qu’elle déménage en Suisse pour son travail, elle a montré une lettre d’embauche. Ce n’est pas de sa faute si elle a hérité d’un tableau ancien, cependant voilà  le certificat d’un expert auprès des douanes qui atteste que cette exportation n’appauvrira pas le patrimoine national. Le commissaire ne veut rien entendre. Il exige l’avis de son expert à  lui, à  Chambéry. Mais d’abord, il va déjeuner.

Saturés de papotages et de café, les douaniers profitent de l’éclaircie pour faire une pause-travail. Madame Grandvilliers les regarde opérer. D’abord distraitement pour occuper son attente ; puis elle remarque leur manège. Ils arrétent ceux qui ne sont pas comme eux, ceux qui n’ont pas l’apparence de la médiocrité. Les suspects désignés sont la jeunesse, la réussite, la beauté, l’aventure ? Tour à  tour, ils font se ranger la moto d’un couple d’amoureux, un van qui emmène une famille de trop bonne humeur, une camionnette fatiguée d’où sortent des routards partis pour un long périple ; les douaniers les font poser à  méme l’asphalte détrempé des sacs de couchage et des tentes, pendant qu’ils furètent sous les sièges. Une jeune gradée, la natte échappée de la casquette, fouille en cachant mal sa jalousie le linge trop fin d’une touriste.

Un moment, les deux déménageurs sortent de leur indifférence. Ils ont reconnu le camion aux plaques de Bologne autour duquel s’affairent les gabelous. Le chauffeur présente des cartons ; de loin on peut reconnaître les reproductions d’ustensiles ménagers. Après une brève négociation, le chauffeur remonte dans sa cabine, et Madame Grandvilliers voit les douaniers ranger quelques cartons sous les bureaux comme s’ils les cachaient. Mais l’un d’eux ne s’empéche pas d’interpeller la collègue nattée : « Tiens, toi qui te mets en ménage, ça ne te plairait pas un beau micro-ondes ? ».

– Ils prennent des échantillons pour des « contrôles techniques », explique le déménageur. Ils revendent les pièces s’ils ne les utilisent pas.

– Mais personne ne les dénonce ?

– On connaît le camarade, Madame. Il passe ici deux fois par semaine. Qu’il essaie de dénoncer, son chargement sera arrété trois jours à  chaque voyage. Le patron préfère payer. Il perd quelques cartons, mais il livre ses clients dans les délais.

Plus tard, Madame Grandvilliers verra encore trois douaniers ployant sous des sacs de 50kg de pommes de terre. « Contrôle phytosanitaire ! », lance l’un d’eux sans vergogne à  la cantonade.

Le commissaire est enfin revenu de son déjeuner.

  • Il est trop tard, annonce-t-il, c’est l’heure, on ferme le bureau.
  • Mais que vais-je faire des meubles ?

– Il faut les remettre dans le camion et laisser tout ici.

  • Mais les déménageurs ont une autre course demain.
  • Voyez ça avec eux, ce n’est pas mon problème. D’ailleurs, je n’ai pas eu le temps d’appeler l’expert à  Chambéry. J’espère qu’il pourra se déplacer.

  • Vous voulez dire que nous n’aurons pas fini demain ?

  • Je ne peux rien vous dire, Madame, reprend le gabelou, agacé. L’expert n’a pas que ça à  faire. L’autre jour, un collectionneur de Paris, un homme très riche paraît-il, me présente plusieurs caisses de porcelaine. Il devait les préter à  un musée de Genève pour une exposition. Et bien, je l’ai fait attendre une semaine. Il a raté l’exposition. Qu’est-ce que vous voulez, on ne nous donne pas de budget. Nous sommes en manque constant d’effectifs.

  • Et il laisse plantée là  la citoyenne et contribuable Béatrice Grandvilliers pour donner congé à  ses hommes. Lorsque tant d’autres gens s’efforcent à  grand’ peine d’étre utiles dans leur métier, les douaniers ont de la chance ; on les paye pour faire tous les jours ce qu’ils aiment le plus au monde : nuire.

    « Le pourri ! » gronde Chapel. Il a beau refaire ses comptes, l’entourloupe de Lambelet l’oblige à  faire venir au moins 600.000 francs de Suisse. Ce qui ne va pas sans risque. Or, jusqu’à  ce faux pas, l’élection se présentait bien pour Chapel. Ce n’est pas la députation qu’il vise, mais elle lui est nécessaire pour maintenir sa visibilité. Dans deux ans, il peut étre réélu à  la mairie et conserver le contrôle des finances municipales.

    La députation lui coûtera 10 millions. Un chiffre dans l’honnéte moyenne pour un député du rang, mais la loi n’autorise que 500.000 francs. Chapel a eu du mal à  boucler son budget. Podium a renoncé à  implanter un hypermarché, une autorisation que Chapel aurait monnayée 3 millions.

    En temps de crise, il faut communiquer sur le thème de la protection. Chapel voulait 10.000 parapluies à  son effigie. Lambelet lui a arrangé le coup : 800.000 francs en espèces, dûment remis dans une chambre du Holiday Inn.  Pas de trace dans le budget officiel limité, ni bien sûr dans le revenu imposable de Lambelet. Une bonne affaire pour chacun.

    Et voilà  que ce matin, Lambelet se présente à  la permanence avec une facture.

    • Vous avez reçu les parapluies, Monsieur Chapel. Vous ne voulez pas qu’on claironne en pleine campagne que vous ne payez pas vos fournisseurs.
  • Mais enfin, je vous ai déjà  payé, Lambelet, vous le savez bien.

  • à‡a, Monsieur Chapel, je ne le vois nulle part. Vous non plus, d’ailleurs.

  • Chapel a payé une deuxième fois. A y penser, la colère le reprend. « Quel pourri, merde? ».

    – Je ne pouvais pas savoir, Monsieur le Juge.

    – Vous auriez dû savoir.

    – Mais enfin, Monsieur le Juge, je dirige une entreprise de produits chimiques, pas de transport. Sandefo est leader du secteur. Ils ont 300 camions-citernes. Quelle autre garantie devais-je prendre ?

    – Vous saviez qu’ils employaient du personnel non déclaré ?

    • Bien sûr que non. On ne demande pas ses papiers à  chaque chauffeur qui entre dans l’usine. D’ailleurs ce n’est pas parce que des chauffeurs travaillent au noir que le camion est tombé du pont, puisque ce chauffeur-là  était bien français et il était en règle.

    – Vos produits sont dangereux.

    – Ecoutez, Monsieur le Juge, il n’y a pas eu de victime. On compensera tous les dégàts matériels. Bien sûr, les poissons morts, c’est triste, mais le risque zéro n’existe pas.

    Le juge Lévy pense à  Mariette. Ce soir, quand il entrera dans son pavillon de Clamart, ou peut-étre méme avant, dès qu’elle entendra l’auto franchir les quelques mètres de jardinet privatif, Mariette l’appellera : « Papa, tu es passé à  la télévision ! ». Elle sera si fière. Lévy lui demandera si les autres enfants de l’école ont parlé de lui. La maîtresse le citera sûrement en exemple à  toute la classe. Lévy n’écoute plus les explications de Béni d’Assac. Il lui suffit que l’homme soit là , à  ses ordres. Il lui suffit de tenir ce trop grand patron dans ce bureau trop minable. Le juge d’instruction Lévy n’a pas besoin d’explications.

    – Lévy, tu connais le verdict, Choucru a été acquitté.

    – Attends, tu plaisantes là .

    – Avoue que tu n’avais rien dans le dossier. Son avocat a plaidé que tu n’avais méme pas interrogé la voisine. Elle a témoigné au procès que le vieux était resté chez lui toute la nuit du crime, complètement beurré.

    Lévy se rembrunit.

    – Quand méme, ça fait deux ans qu’on l’a coincé, Choucru. Deux ans de préventive pour rien.

    – Bof, il faut bien que vieillesse se passe. Et puis, tu ne vas pas culpabiliser. Des erreurs judiciaires, ça existe.

    – Oui, tu as raison. Je ne pouvais pas savoir?

    Source: Christian Michel, Liberalia.com

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