Printemps Érable et réveil québécois

Des « carrés rouges » sur la Rue Cartier à Québec lors de la manifestation du 22 juin 2012. (photo Pierre Valcourt)

Le début de la tempête étudiante février 2012

Le paysage politique québécois est perturbé depuis la mi-février par un mouvement de revendications de grande ampleur qu’on a appelé le «Printemps Érable». Le Québec est soudainement devenu aux yeux du monde entier, un coin moins tranquille loin du cliché de la petite cabane tranquille au Canada. C’est la décision prise en mars 2011 du gouvernement de Jean Charest d’augmenter les frais de scolarité des universités pour la rentrée 2012 qui a déclenché la colère étudiante. La lenteur du gouvernement québécois à négocier et sa mauvaise foi apparente a empiré le conflit qui a même provoqué la démission d’une Ministre de l’Éducation qui se disait incapable de régler le conflit tenant compte du faible désir de faire des concession dans le camp des associations étudiantes et de la rigidité de la position gouvernementale. Au lieu de négocier, le gouvernement Charest a davantage cherché à diviser les associations étudiantes entre elles et à utiliser la manière forte pour mater le vent de contestation étudiant. Lors de plusieurs manifestations au Québec,  les policiers ont utilisé des méthodes musclées à plusieurs occasions : gaz lacrymogènes, balles de caoutchouc, coups de matraques, poivre de Cayenne, cavalerie policière. Certains soirs il y a eu des centaines d’arrestations dont plusieurs discutables au niveau du droit. Jean Charest  a rajouté de l’huile sur le feu en votant la Loi 78 qui vise à restreindre le droit de manifester, une loi très controversé au Québec qui ne respecterait même pas la Charte des Droits et Libertés du Québec. Pour plusieurs manifestants, le Québec est devenu un régime néo-libéral avec une saveur fasciste tandis que la droite québécoise se rallie derrière Jean Charest  comme défenseur de la loi et de l’ordre.

La Loi 78 n’a pas mis fin au vent de contestation étudiant, au contraire, elle a radicalisé les étudiants et plusieurs autres groupes sociaux et politiques se sont greffés en appui aux étudiants. On parle d’anarchistes, de communistes, nationalistes, d’opposants à la Loi 78, de socialistes, de citoyens dégoûtés par le parfum de corruption que dégage le Parti Libéral, de militants de l’environnement écoeurés du saccage des ressources naturelles du Québec. La liste de groupes mécontents est vraiment nombreuse ce qui explique des chiffres de plus de 250,000 personnes dans certaines manifestations (un chiffre significatif pour une province de 8 millions d’habitants). On ne peut pas parler actuellement d’une simple grève étudiante, car même si des négociations entre les étudiants et le gouvernement seraient couronnées de succès, il n’est pas sûr que les manifestants de groupes non étudiants cesseraient les manifestations et le tintamarre des défilés de casseroles. Une bonne partie des manifestants arborant le carré rouge, le signe de ralliement des étudiants en grève, désire surtout comme objectif ultime la démission de Jean Charest ou sa défaite dans lors des prochaines élections. A ma connaissance, il  n’existe pas d’exemple dans l’histoire du Québec d’une telle mobilisation contre un gouvernement.

 

Gabriel Nadeau-Dubois (au centre) représentant de la CLASSE, l’association étudiante la plus revendicatrice et Anarchopanda lors d’une conférence de presse à Montréal.

La droite au Québec appuis généralement les décisions de Jean Charest et estime que les étudiants québécois sont bien gâtés par rapport aux autres étudiants en Amérique du Nord. Les manifestants se font régulièrement traiter « d’enfants rois » dans plusieurs médias de droite, souvent même de «terroristes» (surtout depuis le jour que des routes et des ponts de Montréal ont été bloqués par des manifestants en pleine heure de pointe). Il y a eu comme toute grève des dérapages. Les médias traditionnels snobant la cause étudiante et leur donnant souvent une mauvaise presse, les étudiants ont souvent pris les grands moyens pour avoir de la visibilité. Par exemple, des gaz fumigènes ont été lancés dans le Métro de Montréal ce qui a créé une immense pagaille. Des bureaux de politiciens libéraux ont aussi été saccagés. Ces gestes regrettables, mais difficiles à contrôler dans un mouvement qui rassemble des centaines de milliers de personnes, on nuit à l’image du mouvement de protestation étudiant au Québec. Le gouvernement Charest capitalise donc sur chaque dérapage, chaque vitrine brisée, pour associer les manifestants étudiants à un mouvement de protestation constitué de gens violent, ce qui lui donne une excuse pour refuser de négocier face à l’intimidation comme il le dit souvent lui-même. Le représentant de la Classe, Gabriel Nadeau-Dubois a d’ailleurs été démonisé par le gouvernement et plusieurs médias pour son attitude frondeuse et sans compromis. Le jeune étudiant s’est aussi fait plusieurs fans par son franc parler et sa capacité à tenir  tête au gouvernement.

Profilage politique

Sans cette atmosphère de révolution, la population québécoise s’est polarisée en 2 camps, les pro-carrés rouges et les autres. C’est devenu un geste politique lourd de sens au Québec de porter un simple carré de tissu rouge sur soi. Il est devenu associé pour certains au communisme, à la violence, à l’intimidation, aux enfants gâtés ou à la liberté, à la lutte contre le néo-libéralisme, tout dépendant du camp auquel on appartient. Le simple fait de porter le carré rouge est désormais un motif de renvoi dans certaines entreprises. Plusieurs organisations de défense des droits de la personne accusent cette manière de faire d’être une façon de faire du profilage politique ce qui est exact. Car au Québec on est supposé avoir le droit d’avoir les idées politiques qu’on veut, mais dans les faits c’est une toute autre histoire. Un agent de police peut ainsi fouiller votre sac à dos juste parce que vous arborer un carré rouge sur vos vêtements. Ce genre de profilage s’est produit à plusieurs reprises lors du dernier Grand Prix de F-1 à Montréal.  La police de Montréal n’a pourtant pas harcelé Bernie Ecclestone pour avoir du respect pour Adolf Hitler et les régimes totalitaires.

On peut comprendre les étudiants d’être fâchés avec une augmentation de frais de scolarité d’université de 75% (1,3000 euros) sur 5 ans… Quelle serait votre réaction si votre compte de téléphone augmentait de 75% d’un coup? La réaction du gouvernement Libéral a été de refuser de négocier si les étudiants ne font pas  d’importantes concessions comme accepter une certaine hausse. Mais les 3 associations étudiantes (FECQ, FEUQ, CLASSE) ont été jusqu’à maintenant inflexible et unies et  ont rejeté toutes les offres gouvernementales par vote démocratique, surtout à cause de l’influence de la CLASSE, l’organisation étudiante ayant le plus de membres mais aussi la plus militante et intraitable.

 

Les carrés rouges à proximité du Parlement de Québec avant la marche du 22 juin. (photo Pierre Valcourt) 

La Loi 78 est rarement appliquée

Il y a maintenant des manifestations et des marches populaires quasiment tous les jours depuis le début de la grève. L’arrivée de l’été (vacances, départ des étudiants en régions) a un peu diminué l’ampleur du mouvement mais il est à prévoir qu’il retrouve de l’ampleur à l’Automne lors de la rentrée scolaire qui risque d’être perturbée. La promulgation de la Loi 78 qui vise à limiter le droit de manifester n’a pas vraiment eu  d’effet direct puisque plusieurs manifestations ont eu lieu en toute illégalité. La Loi 78 oblige les organisateurs d’une manifestation à dévoiler à l’avance leur itinéraire, ce qui n’est n’a pas toujours été le cas. A Québec quant ce genre de situation arrive, la police procède alors à une arrestation de masse (souvent des centaines de personnes), souvent en coinçant les manifestants dans une souricière. Le député de Québec Solidaire Amir Khadir, très impliqué dans le mouvement de contestation, a s’ailleurs été arrêté une fois au cours d’une de ces opérations policières. En général les gens ne sont pas envoyés en prison (ça ferait longtemps que nos prisons déborderaient puisqu’on parle d’autour de 5,000 arrestations depuis le début du Printemps Érable) mais confinés quelques heures dans un autobus de transport en commun pour un contrôle d’identité avec une amende qui est remise. Les agents de police n’arrêtent généralement pas les gens à partir de la Loi 78 (à cause de la controverse juridique autour de celle-ci), la plupart des fois les gens sont arrêtés pour enfreindre le code de la route (comme bloquer une rue par exemple), la police ne se risque pas à appliquer la Loi 78 vu que la plupart des experts en droit la juge contraire à la Charte des Droits et Libertés qui existe au Québec. Des procédures judiciaires ont d’ailleurs été entreprises pour contester sa validité.

 Les origines chiliennes de certains symboles du Printemps Érable

Le mouvement emprunte plus d’éléments au Chili sous la dictature de Pinochet (la mode du concert de casseroles) qu’à mai 1968. Même le slogan « un peuple instruit, jamais ne sera soumis! » qui est vu souvent sur des pancartes est chilien. La présence de plusieurs Chiliens ayant connus les affres de la dictature sous Pinochet parmi les manifestants n’est pas étrangère à ce fait. Le Printemps québécois est maintenant connu dans le monde entier, comment expliquer un tel succès médiatique et que des gens aux quatre coins du monde, arborent le carré rouge en hommage aux étudiants québécois? Des chercheurs en sciences sociales « expliquent la résonance internationale de cette grève étudiante par le fait que, d’après eux, «le mouvement étudiant a su insérer ses revendications dans le cadre des résistances populaires à plus de trente ans de politiques néolibérales d’austérité et d’accumulation scandaleuse de richesses tout en haut de la pyramide sociale». »1 Au États-unis par exemple, il est perçu comme un phénomène qui suit la mouvance alter mondialiste « Occupy Wall Street ».

 

Manifestation du 22 juin à Montréal. (photo André Pichette)

De grève étudiante à mouvement social

La plupart des manifestations se sont généralement déroulées dans la paix et l’ordre, mais plusieurs ont aussi dégénérées en actes de désobéissance civile. Certains jours des routes ont été bloqués et parfois des ponts (Montréal), certaines nuits de la casse (vandalisme). La pire manifestation s’est sans doute doute déroulé lors de ce qui a été surnommé «La bataille de Victoriaville». Malgré le nombre relativement petit de manifestants, l’atmosphère a vraiment été à la violence autant du côté des policiers que des manifestants. De nombreux vidéos de ces escarmouches spectaculaires sont sur Youtube.

Sans prendre parti pour le gouvernement Charest, on peut penser que l’ampleur de la grève a provoqué un vent de panique chez les gouvernants, autant au provincial qu’au municipal.  Je pense que personne au Québec et encore moins dans le reste du monde ne l’avait vu venir celle-là. Qu’une onde révolutionnaire allait tellement ébranler le pouvoir en place que ce pouvoir politique devait recourir à une loi digne d’un régime fasciste pour contrôler la situation, la Loi 78. Ce qui semblait au début une simple grève étudiante ayant pour but d’exiger un gel des droits des scolarités est devenue un mouvement social de grande ampleur dont la dernière mode est les parades de gens avec des casseroles à 8 heures du soir dans certains quartiers. Les symboles marquants de ce « Printemps Érable » sont un bout de tissu carré rouge qui symbolise la condition financière critique des étudiants, «carrément dans le rouge». Ce symbole est devenu comme le drapeau de la rébellion étudiante, un peu l’équivalent du poster de Che Guevara. On ne parle pas d’un feu de paille puisque qu’il a débuté vers la fin de l’hiver passé et que le 22 juin dernier 2 grosses manifestations ont eu lieu à Québec et Montréal (dont l’auteur de ces lignes était présent). Ce mouvement a largement dépassé le cadre de la revendication étudiante, l’objectif floue de ce mouvement semble est une réforme en profondeur de la société québécoise qui passe en autre par le départ de Jean Charest, le dirigeant actuel du Québec. Pas besoin d’être devin pour percevoir que tant que Jean Charest du Parti libéral est au pouvoir, cette fronde populaire risque de ne pas s’essouffler.

Des élections?

Tous les observateurs ignorent comment cette crise politique majeure peut-être réglée vu que le gouvernement se cantonne dans ses positions sur des motifs idéologiques de restrictions des dépenses tandis que les étudiants semblent déterminés à ne pas broncher sur leur objectif d’obtenir le gel des droits de scolarité. La seule issue possible actuellement semble être la tenue d’élections et les rumeurs sont fortes à ce sujet. Il y aura sans doute des élections au Québec dès l’Automne ou peut-être même avant. En tant que Québécois, je trouvais important de renseigner le peuple européen sur ce qui se passe ici. Cet article représente ma perception de la situation, j’ai omis pleins de trucs mais c’est un gros dossier. Moi je penche sur le côté des étudiants, ayant été étudiant moi-même longtemps et ayant eu à payer des dettes d’études assez élevées. Le Québec n’est pas la Syrie ni la Libye. Le Québec est une société foncièrement pacifique et civilisée, peut-être même selon moi parmi les plus pacifiques du monde. Tout se fait tranquillement au Québec, même notre plus grande révolution sociale et économique du passé on l’a appelé la « Révolution Tranquille ».

Une manifestante, « Myriam la Fée » devant les policiers anti-émeutes de la ville de Québec. (photo Jean-Nicholas Denis)

Un « Printemps Érable » pacifique

Il est impressionnant de constater après une cinquantaine de manifestation nocturne à Montréal, qu’il n’y ait même pas eu un seul mort. Plusieurs blessés par les matraques de la police, les balles de caoutchouc, incommodés par les gaz lacrymogènes, mais aucun mort. C’est quant même un exploit avec les effectifs engagés des 2 côtés. Malgré que beaucoup remettent en question le travail des policiers, on ne peut mettre en doute leur professionnalisme. Dans certains pays, une émeute c’est des morts par dizaines sinon centaines. Ici pas un seul mort à date même s’il y a eu plusieurs personnes sérieusement blessées (Surtout lors de la fameuse « Bataille de Victoriaville »). Les policiers sont des instruments du pouvoir et on ne peut pas leur donner une mauvaise note dans les circonstances. La plupart des arrestations lors des manifestations se traduisent par un contrôle d’identité dans un autobus et par des amendes. On est loin des prisons lugubres de certains pays totalitaires. Le gouvernement québécois sait aussi qu’il a intérêt de ne pas jeter de l’huile sur le feu pour perdre du capital de sympathie fragile qu’il possède par rapport aux carrés rouges. Je pense que la simple mort d’un manifestant aurait des grosses conséquences pour le gouvernement Charest. Je ne pense pas que c’est au Québec qu’on verra la police tirer sur la foule avec des vraies balles lors d’une manifestation. Je le répète nous sommes une des sociétés les plus civilisée du monde, même la colère québécoise est « respectueuse », elle a ses limites et se fixe elle-même une ligne rouge à ne pas franchir. Par exemple ici au Québec, se faire traiter de « groupe politique violent » est quasiment un insulte et fait perdre de la crédibilité politique tandis que dans certains pays la lutte armée est valorisée (on a juste à comparer avec la mentalité « Hezbollah »). Quant on voit le nombre de morts dans le « Printemps Arable » (Libye, Egypte, Tunisie, Syrie), on ne peut tout simplement pas comparer la situation ai Québec avec ces guerres civiles. Il y a eu cependant de nombreuses arrestations dont de nombreuses assez arbitraires, même que l’ONU et Amnistie Internationale s’en sont mêlés. C’est peut-être cette violence limitée qui rend le Printemps Érable sympathique dans le monde entier. Nous sommes peut-être l’exemple qu’on peut changer les choses dans un pays sans se massacrer entre nous tout en étant ferme dans nos revendications.

 La droite contre la gauche

La société québécoise est divisée par plusieurs clivages qui ont créé l’émergence de formations politiques en compétions. Le clivage le plus important historiquement parlant est le clivage opposant les francophones du Québec à la minorité anglophone. Les anglophones étant traditionnelles et majoritairement fédéraliste et contre l’idée de l’indépendance du Québec. Malgré cette supériorité du fait français au Québec, une partie importante de la population québécoise francophone reste fédéraliste étant donné l’échec de 2 référendums pour la souveraineté du Québec. C’est d’ailleurs le vote francophone fédéraliste qui semble avoir donné le coup de mort à l’idée d’indépendance malgré que les francophones constituent la majorité de la population du Québec (autour de 75%). Fait intéressant dans le conflit étudiant actuel, la rivalité anglophone/francophone ne semble pas être un facteur de polarisation important. Plusieurs étudiants anglophones ont pris le camp des carrés rouges. L’Université de Concordia où il y a plusieurs anglophones a d’ailleurs dépêché une équipe de télévision d’étudiants qui a fait un beau travail de couverture lors des nombreuses manifestations. L’équipe de CUTV (Université de Concordia) s’est d’ailleurs fait détruire plusieurs caméras lors des manifestations sans doute par le fait même de la SPVM (Service de police de la ville de Montréal).

Les manifestants du Printemps Érable sur la rue Cartier à Québec le 22 juin. (photo Pierre Valcourt)

Au clivage de la langue s’en rajoute un autre plus visible actuellement qui concerne la vision socio-économique, c’est la rivalité de la gauche versus la droite (que vous connaissez en France). En général ici la droite est fédéraliste et considère que la souveraineté pourrait être une nuisance pour l’économie en général. Cette droite est plus ouverte  sur le Canada, ne considère pas la langue anglaise comme une menace pour la majorité francophone et est pragmatique par rapport aux avantages économiques de connaître et valoriser la langue anglaise. Plusieurs partis politiques représentent cette droite comme le Parti Libéral (Jean Charest est issus du Parti Conservateur fédéral, un parti de droite), la CAC. La droite associe souvent les souverainistes aux gauchistes. Il y a bien sûr des souverainistes de droite mais ils sont rares.

La gauche québécoise est davantage préoccupée par les enjeux sociaux économiques, les inégalités sociales, la question de l’identité nationale et de la langue. La gauche a démontré son appui indéfectible aux étudiants en grève, particulièrement le Parti Québec Solidaire d’Amir Khadir. Ce dernier et sa fille ont d’ailleurs eu à composer avec les policiers à quelques occasions à cause de leur militantisme en faveur des carrés rouges. Il faut le dire Khadir est démonisé par la droite qui tente de l’associer à l’Iran (son pays d’origine) et à l’islamisme. Cependant les faits ont  démontré que Khadir est un politicien remarquable, dévoué qui fait honneur à la démocratie. La gauche est représentée aussi par le Parti Québécois, le parti associé à l’idée de souveraineté, dont la chef est Pauline Marois. Cette dernière a porté le fameux carré rouges dans l’Assemblée nationale ce qui a causé un causé un certain malaise. En effet si un jour le Parti Québécois est élu, les gens douteront de la neutralité du Parti Québécois si un jour il a à négocier avec les étudiants au sujet de la question du gel des droits de scolarité. Malgré toutes les énormes bourdes commises par le gouvernement libéral de Jean Charest, la cote de popularité de Pauline Marois est de seulement 20% contre 28% pour Jean Charest. Elle ne jouit donc pas d’une grande popularité étant donné qu’elle n’a pas vraiment profitée de tous les scandales politiques (corruption, liens possible du Parti Libéral avec des membres de la mafia) qui entoures le gouvernement Charest.

Les médias et l’image du conflit.

Une tendance au Québec est la monopolisation des médias (TV et journaux). L’empire Québécor de Pierre-Karl Péladeau monopolise la presse au Québec et possède un réseau de télévision (TVA) ainsi qu’un distributeur Internet (Vidéotron). A date la couverture des médias québécois est affreuse pour l’image des manifestants québécois, elle est partisane en faveur du gouvernement Charest. On cherche les vitres cassées et les effets sensationnels pour faire mal paraître les manifestants le plus possible. Il faut dire que Pierre-Karl Péladeau s’est associé au Premier Ministre Jean Charest et au maire de Québec Régis Labaume pour la construction d’un nouvel amphithéâtre pour accueillir une équipe de hockey de la LNH. Donc on peut en déduire que Québécor ne brisera pas son alliance avec le gouvernement libéral et donne un retour d’ascenseur au gouvernement en place en matière de propagande. Radio-Canada n’a pas fait une meilleure couverture que TVA, on peut comprendre quant on sait que Radio-Canada est un réseau de télévision fédéraliste donc contre la gauche du mouvement étudiant. Jusqu’à présent les gros médias ont tendance à faire les hauts cris quant les « casseurs » font éclater une vitrine en éclats mais font bien attention de ne pas montrer les images qui montre la violence policière parfois excessive permise par Jean Charest. Les « carrés rouges » ainsi que Gabriel Nadeau-Dubois sont démonisés dans les médias québécois traditonnels qui ont plus tendance à véhiculer le message de la droite (qui se résume à « travaille, chiale pas et ferme ta gueule »). Même le Parti Libéral a tendance à vendre l’image que les manifestants du Printemps Érable sont des irresponsables, des gauchistes, des paresseux et des enfants gâtés (« enfants-rois), question de mettre la droite et le centre de son bord. Les étudiants et les manifestants ne peuvent compter que sur Internet (Facebook et Twitter) et la télé CUTV (université Concordia) pour  avoir une couverture correcte et juste. Par chance la presse internationale semble moins complaisante avec le gouvernement Charest et sympathique au Printemps Érable.

 Le dialogue de sourds

On peut parler d’un dialogue de sourds tant les 2 camps semblent se polariser. Les manifestants, porteur d’un message de gauche surtout axé sur la justice sociale, l’égalité et le droit à l’éducation versus la droite avec sa mentalité du chacun pour soi en opposition complète avec les luttes sociales. Considérant que Charest dispose quant même d’un fort appui de la droite et du centre malgré sa mauvaise gouvernance, on peut douter que les négociations avec les étudiants aboutissent à un résultat positif, surtout avec la CLASSE. La seule avenue de règlement semble les élections. Que se passerait-il si Charest serait réélu? Un tel scénario serait le pire scénario selon moi, il pourrait impliquer une perduration du conflit et une paralysie de la société québécoise. Peut-être même une perte de contrôle totale des autorités et même des dirigeants des associations étudiantes sur leurs membres. Cette grève a déjà un coût social, économique et politique important.

 La réaction du monde entier au Printemps Québécois.

Sans doute parce que les Québécois ont la réputation d’être un peuple hospitalier et sympathique, le mouvement social québécois s’est attiré les sympathies de gens dans plusieurs pays dont les États-Unis, la Belgique, l’Islande, la Suisse, l’Allemagne, la Croatie, le Brésil, la France, l’Argentine, le Mexique, ainsi que dans plusieurs villes importantes canadiennes anglophones. D’une certaine façon on peut penser que le Québec a été le centre du monde du mouvement altermondialisme un moment donné et le symbole le plus fort et respecté de la contestation étudiante mondiale. Plusieurs artistes connus ont aussi arboré le carré rouge, dont le populaire groupe montréalais Arcade Fire lors de l’émission new-yorkaise de grande écoute Saturday Night Live. Je crois que ce qui se passe ici est perçu comme l’espoir que les dérives du néo-libéralisme peuvent être combattues avec intelligence et pourquoi pas vaincues? C’est le futur qui est intéressant dans ce qui se passe. Est-ce seulement un mouvement temporaire ou un moteur de changement qui changera la société québécoise à jamais et aura un effet de contamination sur d’autres pays?

 Les erreurs de Jean Charest

Un Premier Ministre du Québec possédant un minimum d’empathie et d’habilité de négociation aurait réglé ce conflit depuis belle lurette. Malheureusement Jean Charest a manoeuvré comme un idiot depuis le début de ce conflit. D’abord en attendant trop longtemps avant d’essayer de négocier avec les étudiants et en créant un climat d’animosité peu propice à la négociation. Il est difficile pour les représentants étudiants de négocier quant la veille des étudiants se sont fait gazer et matraquer par la police anti-émeute. Charest a aussi sous-estimé la capacité d’organisation des étudiants qui ont jouit en plus d’une aide financière et logistique des grosses centrales patronales du Québec (CSN, FTQ…). Il a surtout sous-estimé la ténacité des étudiants dans leur négociations, surtout l’inflexibilité de l’association étudiante la plus puissante et revendicatrice, la CLASSE représenté par Gabriel Nadeau-Dubois. Cet étudiant est devenu un personnage médiatique important et est sans doute celui qui incarne le plus le mouvement étudiant actuel. La CLASSE étant une association plutôt à gauche politiquement, les négociations avec le Parti Libéral de Jean Charest, qui est plutôt à droite, sont ardues. On peut soupçonner aussi qu’il y a un calcul politique avec la continuité de cette crise pour Jean Charest. Avant cette crise son étoile commençait à pâlir à cause de toutes sortes de scandales et de décisions douteuses : Les allégations sur les liens possible du Parti Libéral avec certains membres de la  mafia, le financement douteux du Parti Libéral, les redevances des compagnies minières, le scandale Thomassi (il a démissionné), la perte de 40 milliards par la Caisse de Dépôts et Placements il y a 2 ans, la corruption dans l’industrie de la construction, la pertinence du Plan Nord.

Bref depuis la crise étudiante et sociale actuelle le gouvernement Charest a remonté dans les sondages, se présentant comme le défenseur du néo-libéralisme contre la gauche qui vide supposément les poches des contribuables. Charest se présente aussi comme le défenseur de la loi et l’ordre contre les « casseurs » (qui représente pourtant une infime minorité de manifestants). La loi 78 qu’il a fait voter à l’Assemblée Nationale pour encadrer les manifestations est considérée par plusieurs comme une dérive fasciste. L’annulation de cette Loi 78 s’ajoute maintenant aux revendications des manifestants et sa validité va être examinée par des juristes.

 Les opposants au Printemps Érable au Québec

Le Printemps Érable est loin de faire l’unanimité dans la population québécoise. C’est sans doute ces appuis inespérés qui incitent Jean Charest à ne pas négocier avec les étudiants et à ne pas faire de concessions. Le conflit étudiant a aussi permis à Jean Charest de remonter dans les sondages ce qui est bon pour lui à la veille d’élections. Regardons un peu ces groupes qui ne sont pas en faveur du mouvement des étudiants québécois en grève. Presque tous les opposants à toute cette agitation sont des représentants de la droite québécoise. Les auditeurs brainwashés par les radio poubelles droitistes de Québec (Radio-X, FM-93), les col rouges (mouvement de droite de contribuables mécontents de trop payer), les carrés vert aussi qui sont les étudiants qui ont refusé la grève et qui voulaient franchir les lignes de piquetage. On raconte au Québec que les carrés verts représentent la majorité des étudiants québécois (3/4), mais pourtant leur plus grosse manifestation à Montréal à été de 150 personnes… C’est risible à comparer aux manifs de 250,000 personnes et plus des carrés rouges. Le point faible des carrés verts est justement leur éloge de l’individualisme responsable qui complique l’organisation d’un groupe uni fort et structuré. Le mot solidarité leur est inconnu car leur philosophie valorise le « chacun pour soi » au dépend des luttes sociales collectives. Les carrés verts sont plutôt invisible ces temps-ci, ils sont plus fort à Québec à cause de la mentalité droitiste de la ville beaucoup influencée par les émissions de radio très à droite. A ces gens ont peut ajouter les partis politiques de droite (Parti Libéral, CAC).

Anarchopanda en train de faire le « V » de la victoire à proximité du Parlement de Québec le 22 juin. (photo Pierre Valcourt)

Les icônes du mouvement du Printemps Érable: Anarchopanda, Banane Rebelle et Batman

Le mouvement social-étudiant québécois comporte ses symboles et personnages importants. Il y a des manifestants qui sont devenus des sortes de drapeau de ralliement à cause de leur costume et du message qu’ils véhiculent. Dire que ce ne sont que des mascottes serait une erreur. Il ne faut surtout pas dire qu’Anarchopanda est une mascotte. Une mascotte ça ne s’exprime pas. Anarchopanda a sa page Facebook et est un individu articulé. Il est rapidement devenu une sorte de philosophe-politicien des nombreuses manifestations à Montréal (il est venu à 2 manifestations à Québec). Il est contre la violence et valorise aussi l’éducation gratuite accessible à tous. Il distribue les câlins autant aux policiers qu’aux manifestants, sa seule présence adoucie les moeurs. Derrière le costume d’Anarchopanda se cache un professeur de philosophie montréalais inquiet de voir ses étudiants se faire possiblement matraquer par la police. Un vrai professeur se soucie du cheminement de ses élèves qu’ils  soient en classe ou non. Anarchopanda a donc choisis d’affronter le feu avec les étudiants. On ne peut que s’incliner devant la classe et la rectitude politique d’Anarchopanda que j’ai eu la chance de rencontrer à Québec le 22 juin 2012.

Banane Rebelle est lui un personnage de Québec qui est plus humoristique qu’Anarchopanda et fait dans le sarcasme. Il ne jouit pas du même gros auditoire qu’Anarchopanda car le mouvement du Printemps Érable est moins fort dans la ville de Québec qui est aussi une ville beaucoup moins populeuse que Montréal. Québec est aussi traditionnellement une ville plus aligné à droite que Montréal, l’influence de radio de droite dites « poubelles » (Radio-X, FM-93) y est sans doute pour beaucoup. Banane Rebelle a fait partie de quasiment toutes les manifestation à Québec et s’est fait arrêter 2 fois (pour avoir bloqué la route). Le personnage de Batman lui vient de Trois-Rivières, il n’a pas la même notoriété que les 2 autres personnages étant donné qu’il demeure dans une ville plutôt petite.

 Mon opinion de citoyen engagé

Mon avis là-dessus? Je n’ai pas d’enfants. Mais si j’en aurais, je les aimerais fier et conscient de leurs droits, Je n’aimerais pas qu’ils ressemblent à des tapis avec lesquels ont s’essuie les pieds. Moi je suis fier de ces jeunes et moins jeunes qui se tiennent debout avec audace et fierté, ils me donnent espoir pour l’avenir de notre future nation. Je les aime ces « enfants-rois ». Je les aurais détestés s’ils auraient dit « vous avez raison Monsieur Charest on va fermer nos gueules », comme cette droite québécoise soumise sur laquelle Charest  se torche. Je serai toujours dans le camp de ceux qui combattent une approche néo-libérale rétrograde. Vive le Printemps Érable et vive le Québec! Comme le 24 juin c’est aussi la fête nationale du Québec je souhaite bonne fête à notre nation en devenir.

 Des dates et des faits

La grève a été déclenchée le 13 février 2012 par l’Association des chercheuses et chercheurs étudiants en sociologie de l’Université Laval. Depuis ce temps plusieurs associations étudiantes ont suivis le mouvement.

Il y a 3 grosses associations étudiantes engagées dans le conflit. La FECQ dirigée par Éliane Laberge, la FEUQ dirigée par Martine Desjardins et la CLASSE dirigée par Gabriel Nadeau-Dubois.

Le 14 mai, la ministre de l’Education Line Beauchamp a quitté de son poste. Elle a été remplacée par Michèle Courchesne.

Le 18 mai, les libéraux ont voté une loi spéciale au Parlement de Québec, la Loi 78 qui peut être en vigueur jusqu’en juillet 2013 (date d’échéance des prochaines élections), Cette loi restreint très fortement le droit de manifester. Elle interdit les rassemblements de plus de 50 personnes sans autorisation lors d’une manifestation, elle oblige les manifestants à communiquer leur itinéraire à la police 8 heures à l’avance. Elle a été violée à de nombreuses reprises.

Depuis que la Loi 78 a été votée,  à chaque soir à 20h précise, des manifestants d’un peu partout au Québec provoque un concert de casseroles pour montrer leur désaccord avec la Loi 78.

La manifestation monstre du 22 mars 2012, 200,000 personnes à Montréal. (photo Jacques Nadeau Le Devoir)

Il y a des manifestations à chaque jour au Québec, mais le 22 de chaque mois un effort de mobilisation supplémentaire est fait. Ces manifestations du 22 ont en général un assistance record :  22 mars, 200.000 personnes.  22 avril, 300,000 personnes. 22 mai, 250,000 personnes… Les manifs du 22 juin ont attiré moins de monde à cause des vacances, des emplois d’été et du retour des étudiants en région.

Pierre «SpaceHippopotame» Valcourt,

Québec, Canada

24 juin 2012

SOURCES:

Les armes nouvelles de mobilisation qui expliquent cette fronde sans précédent c’est les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.L’inventeur de Facebook ne se doutait pas que son réseau social risquerait de changer le visage de la Terre un jour. Dans les pays arabes où il y avait des dictatures, c’est Facebook qui a permis aux gens de s’organiser et de constituer des réseaux. On  comprend la peur de la Chine face à Facebook. Au Québec Facebook est devenu un outil de communication très important pour organiser les manifestations étudiantes. Ce qui est vraiment caractéristique du Printemps Érable est que les étudiants communiquent rarement dans les médias traditionnels pour leur parler car ils sont contrôlés en général par la pensée unique de la droite. Les manifestants utilisent donc Internet qui est le seul véritable moyen de libre-expression qui existe. Les médias québécois déforment tellement la réalité que pour avoir le point de vue des étudiants sur les faits survenus, il est mieux d’aller sur Facebook. Voici donc des sites qui illustrent un peu comment l’organisation des manifestations se fait.

http://www.facebook.com/Anarchopanda

Page Facebook d’Anarchopanda (pro carré rouge de Montréal)

http://www.facebook.com/bananerebelle

Page Facebook de Banane Rebelle (pro carré rouge de Québec)

http://www.facebook.com/jean.barbe.376

Page de l’écrivain Jean Barbe (pro carré rouge)

http://www.facebook.com/AmirKhadir

Page Facebook d’Amir Khadir député de Québec Solidaire

http://www.facebook.com/events/461348357226958/

Un des nombreux sites de ralliement des carrés rouges

http://www.facebook.com/asse.solidarite

Page Facebook de L’ASSE, organisation affilié de la CLASSE



http://www.facebook.com/page.FEUQ

Page Facebook de la FEUQ (Fédération étudiante universitaire du Québec)

http://www.facebook.com//DemissionDeJeanCharest

Page Facebook qui dénonce toute l’œuvre de Jean Charest
http://www.slate.fr/story/56901/quebec-printemps-erable
http://web.archive.org/web/20140113185729/http://printempserable.org/
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/06/21/006-plaintes-droits-personne-carre-rouge.shtml
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/352102/recit-d-un-petit-voyage-en-metro-avec-un-carre-rouge
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/353008/congedie-pour-un-carre-rouge
http://www.ledevoir.com/societe/education/345676/journee-de-grande-manifestation-etudiante-une-premiere-action-cible-le-port-de-montreal
http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/30/un-printemps-erable-venu-de-loin_1709587_3232.html
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/06/22/001-manifestation-nationale-quebec-montreal-loi-78-conflit-etudiant.shtml

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_%C3%A9tudiante_qu%C3%A9b%C3%A9coise_de_2012

http://solparis-quebec.citoyensdumonde.fr

http://journalmetro.com/actualites/montreal/86706/greve-etudiante-operation-sur-le-vandalisme/

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