Quand l’océan était un sauna

Climat

Quand l’océan était un sauna

17/01/2007 – © Le Point Chaude, la Terre ? Mais vous n’y pensez pas : voilà 3,5 milliards d’années, l’océan affichait 70° C ! Une vraie Cocotte-Minute en comparaison des 10° C d’aujourd’hui.
François Robert, du Muséum national d’histoire naturelle, et Marc Chaussidon, du CRPG Nancy, ont lu cette température sur de très vieux silex ramassés en Australie. C’est la composition isotopique du silicium qui leur a servi de thermomètre. Leurs travaux, publiés par la prestigieuse revue Nature, en confirment d’autres qui étaient contestés par la communauté scientifique. Reste à savoir ce qui peut expliquer l’existence d’un tel sauna alors que le jeune soleil de l’époque était moins vif qu’aujourd’hui. L’hypothèse la plus plausible, c’est que l’atmosphère était très riche en C02 et en autres gaz à effet de serre. L’oxygène en était encore absent. Très intéressant : les analyses de Robert identifient une chute de la température océanique voilà 2 milliards d’années. Elle passa au-dessous de 30° C il y a 550 millions d’années, quand, brutalement, les espèces vivantes se mirent à proliférer. Y a-t-il un lien de cause à effet ?

Source : http://www.lepoint.fr/content/sciences/article?id=15983

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Ces 2 degrés qui vont changer notre vie

Q uand il fait son marché, Patrick, la quarantaine, DRH dans une grande boîte parisienne, boycotte les pommes néo-zélandaises, les haricots verts du Kenya et le raisin du Chili. Motif : le kérosène gaspillé pour fournir en produits hors saison la supérette en bas de chez lui. Patrick ne se contente plus des produits bio, « sans pesticides », il tient aussi compte de la quantité d’énergie qui a été nécessaire pour produire et transporter sa salade, son lait ou son yaourt. « Un yaourt aux fraises, c’est l’équivalent de 5 grammes de pétrole », explique-t-il. Et donc encore plus de gaz à effet de serre rejeté dans l’atmosphère.

La canicule de 2003, la fonte des glaces au pôle Nord, les neiges évaporées du Kilimandjaro ont marqué les esprits. N’en déplaise à Claude Allègre, les Français ne doutent plus que la planète se réchauffe. Beaucoup comme Patrick ont déjà changé leurs habitudes pour ne pas la voir se transformer en Cocotte-Minute. Petit à petit, de nouveaux réflexes s’imposent : couper l’eau chaude le temps de se savonner sous la douche, commander son panier de provisions chez le producteur via Internet, choisir des produits emballés dans de l’amidon de maïs plutôt que dans du plastique, afin de réduire les rejets de CO2… Et ce n’est pas la sortie, cette semaine en France, du film catastrophe d’Al Gore, l’ex-candidat démocrate à la présidence américaine, sur les conséquences de l’effet de serre qui va freiner le mouvement.

Pour les scientifiques, le compte à rebours est enclenché. D’ici cinquante ans, la température moyenne à la surface du globe aura augmenté de presque 2 °C. Et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoit à terme la multiplication par deux des émissions atmosphériques de gaz carbonique. Dans les laboratoires de recherche, on anticipe cette nouvelle donne climatique qui va bouleverser notre vie quotidienne. A commencer par la baguette de pain. Dopé par le réchauffement de la planète, le blé pousse plus vite. C’est parfait pour le rendement, mais pas terrible pour la qualité du pain. Parce qu’un « blé boulanger » monté trop vite contient plus d’amidon et moins de protéines, ce qui donne une farine qui lève mal. Bref, si on ne fait rien, on devra bientôt se contenter d’une baguette chewing-gum avec une mie de pain pleine de trous. Pour éviter un tel désastre gustatif, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) teste dans des simulateurs de climat de nouvelles variétés de blé capables de donner du bon pain même si le mercure s’affole dans le thermomètre. « Il s’agit de cultures sous cloche où l’on simule un réchauffement climatique afin de regarder l’impact sur le rendement et la qualité du blé, du tournesol ou du colza, explique Bernard Seguin, le « Monsieur Climat» de l’Inra qui dirige depuis 2002 une mission sur l’effet de serre. L’Inra a décidé de mettre le paquet sur la question du changement climatique, avec comme scénario de travail un doublement du taux de CO2 dans l’atmosphère pour le siècle à venir. » Pour les fabricants d’huiles, c’est une bonne nouvelle, car cela va doper la qualité des graines de colza et de tournesol. Et, dans les potagers, les agronomes de l’Inra prédisent des tomates plus grosses et des salades plus touffues.

L’agriculture est en première ligne. « On s’attend également à voir remonter de nombreuses cultures vers le nord, mais on ignore encore à quelle vitesse. On sait qu’on pourra faire pousser jusqu’au Danemark du maïs ou du tournesol, tandis que l’on verra des champs de coton en Grèce. » Pour le sud de la France, les chercheurs expérimentent dare-dare de nouvelles cultures résistant à la chaleur et moins gourmandes en eau. Exit le maïs, place au sorgho. « On travaille sur des fourrages à base de sorgho pour les vaches laitières, ce qui risque de modifier le goût du lait et du fromage », prévient Jean-Louis Peyraud, qui, au sein de l’Inra, s’occupe de tout ce qui va changer dans l’alimentation des troupeaux laitiers. C’en est bientôt fini des vertes prairies du grand Ouest. Pour remplacer l’indétrônable herbe anglaise qui grille au soleil, les agronomes concoctent des mélanges de trèfle violet et de luzerne à fleur jaune. On y verra des vaches dès février, alors que jusqu’à présent les troupeaux ne mettaient pas une corne dehors avant avril. « Pour la première fois en Bretagne, cette année, il n’y avait plus d’herbe en juin. » D’ailleurs, même les arbres fruitiers ne respectent plus le calendrier. Pommiers, abricotiers, pêchers ou poiriers fleurissent avec quinze à vingt jours d’avance. Mais ce n’est pas forcément un bonus, vu que le réchauffement rend plus chaotique la météo en alternant les coups de chaud et de froid. Or, en cas de gel précoce, c’est entre 80 et 95 % de la production fruitière qui part à la poubelle. Pour éviter cette Berezina, le Centre technique des fruits et légumes finance des programmes de recherche. « Le sujet est sensible, il faut quinze ans en moyenne pour mettre au point une nouvelle variété de fruits et, si nous ne trouvons pas de variétés adaptées à la nouvelle donne climatique, certains arboriculteurs devront changer de culture » , reconnaît Marc Kleinhetz, chercheur à l’Inra de Bordeaux, qui travaille avec des agronomes israéliens sur des vergers résistant à la sécheresse. Les industriels de la confiture, eux, se frottent les mains puisque le réchauffement va donner des pêches et des abricots gorgés de sucre. Idem pour la betterave et le maïs, ce qui ouvre d’alléchantes perspectives pour l’industrie sucrière.

S’il y a bien un secteur où le réchauffement climatique donne la fièvre aux agronomes, c’est la vigne. « Pour faire le bilan thermique d’un vignoble, on additionne sur l’année toutes les températures supérieures à 10 °C. Dans les années 60, ça donnait pour le cabernet-sauvignon 1 500 °C. Aujourd’hui, on en est à 1 900 °C et cela continue de monter chaque année. A Bordeaux comme ailleurs, nous constatons depuis quinze ans une augmentation de température moyenne d’environ 1 °C », indique Jean-Paul Gaudillière, spécialiste de la vigne à l’Inra. Résultat, dans le Bordelais, les vendanges se déroulent avec seize jours d’avance. A Châteauneuf-du-Pape, on vendange un mois plus tôt qu’il y a cinquante ans. Le hic est que le réchauffement modifie le goût du vin, donnant des raisins de plus en plus sucrés, ce qui explique pourquoi on chaptalise de moins en moins. « Si l’on ne modifie pas les techniques viticoles, on va se retrouver avec des bordeaux proches des crus californiens »,prédit un professionnel. Pour qu’un médoc continue à ressembler à un médoc, ne restera alors qu’une solution : faire migrer les pieds de vigne, en clair faire du médoc dans le Loiret ! Pour sauver les AOC, l’Inra est en train de recenser au sein de chacune d’elles les microclimats qui permettraient aux viticulteurs de continuer à produire le même vin dans la même région. Pendant ce temps, grâce au réchauffement, des pays inattendus se découvrent des prétentions viticoles. C’est le cas de la Suède, qui a planté quelques dizaines d’hectares de vignes sur l’île de Gotland. En Grande-Bretagne, des spéculateurs achètent des terres avec l’espoir d’y faire un jour pousser du vin de Bordeaux. C’est en tenant compte notamment des prévisions climatiques que l’Australien Richard Smart, consultant international en viticulture, recherche aux quatre coins de la planète les terrains les plus prometteurs. « Des variétés comme le pinot noir, le cabernet-sauvignon et le riesling seront les plus affectées par le réchauffement, car leurs meilleurs crus sont emprisonnés dans des fourchettes de températures très étroites. L’Europe viticole traditionnelle va avoir du mal à s’adapter. Pouvez-vous imaginer les producteurs bordelais annoncer en 2030 qu’ils ne font peut-être plus le meilleur cabernet-sauvignon au monde, et en 2050 tenter de se rétablir avec du syrah » ? persifle le patron de Smart Viticulture Service.

Les premiers à avoir sonné le branle-bas de combat face au réchauffement climatique sont les forestiers. Et pour cause : dopés par l’augmentation des températures et du CO2, les arbres de nos forêts se sont mis à grandir à toute allure. En moins d’un siècle, les chênes ont gagné entre 8 et 10 mètres de hauteur. Dans le Centre et les Pays de la Loire, la croissance des jeunes pins laricios affiche une vitesse de 30 % supérieure à celle de leurs congénères plus âgés. Comme l’indique Bernard Seguin : « La forêt fournit 1,5 fois plus de bois qu’en 1930 et la tendance s’accélère depuis la fin des années 50. » Avec un bémol : qui dit bouleversement climatique dit aussi tempêtes, à l’image de celle qui a touché la France en décembre 1999. D’où l’inquiétude des chercheurs de l’unité Etude des ressources forêts-bois de l’Inra : « Si l’on ne fait rien, les forêts vont se densifier, devenir trop hautes et donc instables, avec des risques importants de chutes en cas de tempête. » Pour le hêtre, la question est tranchée. Les gestionnaires forestiers envisagent de le couper à 100 ans, soit un demi-siècle plus tôt que ce qui se pratique actuellement.

Et, comme tous ces efforts d’adaptation risquent de ne pas suffire, des chercheurs essaient de trouver le moyen de refroidir artificiellement la Terre. C’est ce que l’on appelle l’« ingénierie climatique ». Ainsi, Paul Crutzen, Prix Nobel de chimie, propose carrément de vaporiser dans la stratosphère du dioxyde de soufre qui se transformerait en paillettes de sulfate capables de réfléchir les rayons du soleil pendant plusieurs années. D’autres imaginent d’ensemencer les océans avec des particules de fer dont se nourrit le phytoplancton. Plus nombreuses, les micro-algues pourraient alors absorber le CO2 excédentaire. Reste qu’en jouant ainsi avec le climat de la planète l’homme prend le risque de détraquer définitivement le thermostat

 Source : http://www.lepoint.fr/content/societe/article?id=15302

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