Qui est le Groupe AZF ?

Groupe AZF : les lettres qui ont mis les policiers en alerte

LE MONDE | 05.03.04 | 13h38

Les courriers parvenus au ministère de l’intérieur et à  l’Elysée depuis deux mois témoignent de l’organisation et de la détermination de l’équipe inconnue qui exerce un chantage au terrorisme en échange d’exigences financières. Les enquéteurs estiment que la menace est réelle.

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Une flèche stylisée , horizontale, placée sous les trois lettres du sigle AZF, bien en évidence en guise d’en-téte : c’est ainsi que se présentent les courriers adressés depuis le 11 décembre 2003 au ministère de l’intérieur et à  la présidence de la République par le groupe qui menace de faire sauter des engins explosifs placés sous des voies ferrées, si ses exigences financières ne sont pas satisfaites. Depuis que cette tentative de chantage a été exposée en place publique, mercredi 3mars, le contact qu’avait établi les autorités, via des petites annonces parues dans le quotidien Libération et de brefs appels téléphoniques, a été rompu. Pas d’indice probant, pas de piste. Restent les lettres. Longues, surprenantes, donnant autant matière à  sourire qu’à  s’alarmer.
Ces courriers, dont Le Monde a pu prendre connaissance, indiquent clairement que le groupe AZF a le souci du détail et de la mise en scène. Les phrases sont longues, certaines expressions ampoulées. La construction des phrases a éveillé la curiosité des policiers spécialisés, qui se demandent si elles ont été, dans leur version originelle, rédigées en français.

Les enquéteurs ont tenté, en vain, de relever des empreintes digitales sur les courriers. Comme à  l’accoutumée dans ce genre d’affaires, ils ont aussi étudié minutieusement leur contenu, afin d’établir un profil psychologique de son ou ses auteur(s). Dans les lettres d’AZF, le non-dit compte autant que les vantardises, les menaces autant que les motivations, les intonations militaires autant que les explications ésotériques. Le résultat de cette étude, selon un haut responsable policier, montre que « nous sommes en présence de gens très organisés, méthodiques, constituant une menace réelle. Ce sont aussi des personnes convaincues de leurs qualités, ayant peut-étre des comptes à  régler ». Dans son premier courrier, daté du 11 décembre 2003, le groupe AZF se présente comme l’émanation d’une « confrérie laïque », en expliquant ses motivations, ses buts. La lettre est signée par le « porte-parole d’AZF, avec l’assentiment de chacun ». Il y est également précisé que les enveloppes des courriers à  venir porteront toutes le sigle d’AZF, afin d’éviter tout malentendu, ou éventuelle défaillance des services postaux.

« LONG TEMPS DE REFLEXION »

Le groupe AZF a tout prévu, assure-t-il dans ses missives, présentant son opération comme le fruit d’une réflexion collective prolongée. « Possédant l’avantage d’un long temps de réflexion et de préparation avec mise en commun de compétences professionnelles et relations probablement inattendues, nous pensons avoir envisagé la quasi totalité des parades ou contre-attaques possibles et disposons pour chacune de mesures de protection ou de rétorsion appropriées », prévient-il, dans la lettre du 13 février. Son souci de la précision concerne aussi bien les modalités de contact avec les autorités que celles de la remise de l’argent. Le groupe a exigé tout d’abord 4 millions d’euros, « assortie d’une promesse d’impunité », puis, dans le courrier du 20 février « 4 millions de dollars en coupures usagées de 100 dollars, plus 1 million d’euros en coupures usagées de 100 euros, l’ensemble emporté par moitié dans deux sacs type sacs postaux ».

Le groupe AZF semble parfaitement organisé, féru d’électronique, d’hélicoptères et de ruses dignes de mauvais romans d’espionnage. Il a ainsi transmis aux autorités un code pour crypter le numéro de téléphone devant figurer à  la fin de leurs petites annonces, parues dans Libération, sous le pseudonyme de Suzy.
« Attention, cette parution -dans Libération- est un engagement moral qui implique l’acceptation effective de nos conditions, c’est-à -dire la remise de billets de banque non piégés et aussi la promesse formelle de ne pas en diffuser les numéros avant deux années entières », précise le groupe dans la lettre du 13 février.
Il se fait également directif, mettant en place un modus operandi quasi militaire. Dans son courrier du 20 février, AZF explicite le procédé de livraison envisagé : »Un hélicoptère léger biplace civil sera chargé de la livraison par largage à  très faible altitude en un lieu qui sera précisé ultérieurement ».
La mise en scène laisse penser que ceux ou celui qui se cachent derrière AZF possèdent des connaissances pointues en matière de cartographie. Pour retrouver la bombe du 18 février, sur laquelle était inscrit le numéro 018, AZF a donné ses consignes sous forme de coordonnées, « latitude 026 16,11 N et longitude 26 01,29 E ». Il conseille aux policiers de respecter scrupuleusement sa méthode : « Décollage de jour sur 15 minutes à  partir de la réception de l’appel téléphonique, distance aller maxi 220 km ». Il leur demande également de « retirer toute forme de police de terrain dans un rayon de 80 kilomètres autour du point de destination indiqué ».
Le silence actuel d’AZF n’incite guère les policiers à  l’optimisme. Ils gardent en téte l’avertissement précis du groupe terroriste, qui leur annonce « la probabilité d’une ou deux explosions hors réseau ». La partie de poker se poursuit donc. Impossible de savoir, pour l’heure, si les menaces du groupe AZF relèvent d’un incroyable bluff, si les autres engins explosifs existent vraiment, si deux lieux publics ont été réellement choisis comme cibles supplémentaires « en raison de leur grande sensibilité et leur relativement faible protection ».

« SOUS LE BALLAST »

Près de 600 enquéteurs travaillent sur ce chantage à  grande échelle. Un avion AWACS, bourré de technologie dernier cri, aurait méme été utilisé par les policiers, selon le quotidien Libération. Le ministère de la défense n’a pas souhaité confirmer l’information. De son côté, la SNCF a annoncé, jeudi 4 mars, en avoir terminé avec l’inspection de ses 32 500 kilomètres de voies ferrées. Quelque 10 000 cheminots ont vérifié les rails, sans détecter d’anomalie, mais le réseau reste « sous surveillance accrue ». AZF avait indiqué dans son courrier du 13 février avoir « enfoui la majorité d’entre elles -les bombes-sous le ballast des voies ferrées », de manière à  ce que leur découverte soit rendue impossible. Les mesures de sécurité dans les gares ont été élevées à  un niveau correspondant au niveau orange du plan Vigipirate. Selon la SNCF, les 2,5 millions de passagers attendus jeudi 4 mars n’ont pas « notablement » modifié leurs prévisions de voyages par des annulations ou des reports.

Gérard Davet et Piotr Smolar

ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 06.03.04 dans le Monde

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-355598,0.html

Devant le drame de Madrid, on ne peut que se poser la question d’un rapport entre AZF et Al Quaïda.

Pour l’heure actuelle, il est impossible d’en faire le lien. Pourtant, ce groupe joue sur un élément : la peur.

L’autre coencidence est la menace sur les voies ferrées. Pour Madrid, Al Quaida a réussi un coup politique terrible en envoyant le parti de Aznar à  sa perte. C’est un « coup d’état » politique bien organisé, où leurs chefs sont tombés dans le piège comme des bleus. A quoi joue AZF ? et quelle idée les a poussé à  prendre ce nom qui rappelle sans aucun doute le drame de Toulouse en 2001 ? ICI la suite de vos commentaires :

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