Réinventer la banque : le crédit social

Le moyen de contrecarrer les financiers internationaux fut découvert, au sortir de la 1ère guerre mondiale, par Clifford Hugh Douglas, un écossais qui imagina une réforme du système bancaire appelé le Crédit Social et qui mettrait rapidement fin a une éventuelle domination de l’économie mondiale par les mêmes financiers que nous connaissons actuellement.

Le progrès des idées du Crédit Social fut si rapide entre 1919 et 1923, tant en Grande-Bretagne qu’à  l’étranger, et des commentaires favorables en parurent si abondamment dans les pages des journaux, que les intérêts menacés par ces idées s’en alarmèrent considérablement et prirent des mesures pour endiguer leur publicité.

En Grande-Bretagne, l’Institut des Banquiers alloua une somme de 5 millions de livres (équivalant alors à  24 millions de dollars de l’époque !), pour combattre les idées dites « subversives » émises par Douglas et par d’autres qui oseraient mettre leur nez dans le système financier.

Les grandes associations de presse reçurent des directives expresses leur enjoignant de ne jamais mentionner le nom même de Crédit Social dans la presse publique. Les journaux métropolitains, tant en Angleterre qu’aux Etats-Unis, ne devaient publier ni correspondance ni articles portant sur ce sujet.

Douglas prédit aussi que le système actuel de crédit et dette s’écroulerait sur lui même tôt ou tard, que les dettes des pays développés ne seront jamais remboursées, que le dollar chuterait etc..

Qu’est donc ce Crédit Social  ?

Le système du Crédit Social ne vise à  rien d’autre qu’à  faire de l’argent un reflet exact des réalités économiques

Une comptabilité exacte

Il faut, pour appliquer le Crédit Social, que le gouvernement du pays, nomme une commission de comptables, organisme indépendant appelé par exemple « Office National de Crédit », qui serait chargé d’établir une comptabilité exacte: l’argent serait émis au rythme de la production, et retiré de la circulation au rythme de la consommation. On aurait ainsi un équilibre constant entre la capacité de produire et la capacité de payer, entre les prix et le pouvoir d’achat.

Le gouvernement doit cesser d’emprunter aux banques privées de l’argent qu’il peut créer lui-même sans intérêt, par sa banque centrale.

Que l’argent soit créé par une Banque Centrale ou les banques privées, il faut bien qu’il soit créé quelque part. Il s’agit des mêmes chiffres, basés sur la même production du pays. La seule différence (et elle est de taille!), c’est que si le gouvernement emprunte de sa propre banque centrale, il n’encourt aucune dette.

Le dividende

Parce que les salaires ne suffisent pas pour acheter toute la production existante (les salaires ne forment qu’une partie des coûts de production de n’importe quel article), l’Office National de Crédit distribuerait à  chaque citoyen un dividende mensuel, une somme d’argent permettant d’augmenter le pouvoir d’achat, et d’assurer à  chacun une part des biens du pays.

Ceux qui ont un emploi, recevraient évidemment leur salaire, mais tous, salariés comme non-salariés, recevraient ce dividende.

La formule du dividende serait infiniment profitable au bien-être social, à  l’assurance-chômage et autres répartitions actuelles de sécurité sociale, car il ne serait pas pris dans les impôts de ceux qui travaillent, mais serait financé par de l’argent nouveau, créé par l’Office National de Crédit.

Personne ne se ferait donc vivre par les impôts ou taxes des contribuables; ce serait un héritage dû à  tous les citoyens du pays, qui sont pour ainsi dire tous actionnaires de la « Société Nation ».

Et contrairement aux indemnités de chômage ou autre « revenu minimum d’insertion », ce dividende serait distribué sans condition ni enquête préalable, il ne pénaliserait donc pas ceux qui veulent travailler.

Loin d’être une incitation à  la paresse, il permettrait aux gens de s’occuper dans l’activité de leur choix, celle où ils ont des talents.

D’ailleurs, si les gens arrêtaient de travailler, le dividende baisserait automatiquement, puisqu’il est basé sur la production existante.

Le financement des « biens publics »

Comment se ferait le financement des services et travaux publics avec un tel système d’argent social ? Chaque fois que la population désirerait un nouveau projet public, le gouvernement ne se demanderait pas: « A-t-on l’argent? », mais: « A-t-on les matériaux, les travailleurs pour le réaliser ? »

Si oui, l’Office National de Crédit créerait automatiquement l’argent nécessaire pour financer cette production nouvelle.

Supposons, par exemple, que la population désire un nouveau pont, dont la construction coûte 50 millions. L’Office National de Crédit crée donc 50 millions pour financer la construction de ce pont. Et puisque tout argent nouveau doit être retiré de la circulation lors de la consommation, ainsi l’argent créé pour la construction du pont devra être retiré de la circulation lors de la consommation de ce pont.

De quelle manière un pont peut-il être « consommé »?

Par usure ou dépréciation. Supposons que les ingénieurs qui ont construit ce pont prévoient qu’il durera 50 ans; ce pont perdra donc un cinquantième de sa valeur chaque année. Puisqu’il a coûté 50 millions à  construire, il subira donc une dépréciation d’un million par année. C’est donc un million qui devront être retirés de la circulation chaque année, pendant 50 ans. Au bout de 50 ans, le pont sera complètement payé, sans un sou d’intérêt ni de dette.

Est-ce que ce retrait d’argent se fera par les impôts ?

Non, cela n’est nullement nécessaire, dit Douglas, le concepteur du système du Crédit Social. Il existe une autre méthode bien plus simple pour retirer cet argent de la circulation, celle de l’ajustement des prix (appelé aussi escompte compensé).

D’ailleurs, sous un système de crédit social, les impôts diminueraient de façon drastique, et la plupart disparaîtraient tout simplement. Le juste principe à  observer, c’est que les gens ne paient que pour ce qu’ils consomment. Par contre, il serait injuste de faire payer à  la population de tout le pays des services qui ne sont offerts que dans une rue ou une municipalité; ce sont ceux qui bénéficient de ces services qui auraient à  payer la municipalité qui les fournit.

L’ajustement des prix

De quelle manière cet ajustement des prix fonctionnerait-il ?

L’Office National de Crédit serait chargé de tenir une comptabilité exacte de l’actif et du passif de la nation, ce qui ne nécessiterait que deux colonnes: d’un côté, on inscrirait tout ce qui est produit dans le pays durant la période en question (l’actif), et de l’autre, tout ce qui est consommé (le passif). Le 1 million de dépréciation annuelle du pont, de l’exemple mentionné plus haut, serait donc inscrit dans la colonne « passif » ou « consommation », et ajouté à  toutes les autres formes de consommation ou disparition de richesse durant l’année.

Douglas fait aussi remarquer que le vrai coût de la production, c’est la consommation. Dans l’exemple du pont, le prix comptable était de 50 millions. Mais le prix réel du pont, c’est tout ce qu’il a fallu consommer pour le produire. S’il est impossible de déterminer pour un seul produit quel a été son prix réel, on peut, par contre, facilement savoir quel a été, durant une année, le prix réel de toute la production du pays: c’est tout ce qui a été consommé dans le pays durant la même période.

Ainsi, si les comptes nationaux d’un pays montrent que, dans une année, la production privée (production de biens consommables), a été de 500 milliards , et que pendant la même année, la consommation totale a été de 400 milliards, cela veut dire que le pays a été capable de produire pour une valeur de 500 milliards de produits et services, tout en ne dépensant, ou consommant, que pour une valeur de 400 milliards. Autrement dit, cela démontre qu’il en a coûté réellement 400 milliards pour produire ce que la comptabilité des prix établit à  500 milliards.

Le vrai prix de la production est donc de 400 milliards. La population doit donc pouvoir obtenir le fruit de son travail, la production de 500 milliards, en payant seulement 400 milliards. Car il a été bien établi plus tôt que l’argent ne doit être retiré que selon la consommation: s’il s’est consommé pour 400 milliards de produits et services, on ne doit retirer de la circulation que 400 milliards, ni plus ni moins.

Escompte sur les prix

Comment faire pour que les consommateurs puissent obtenir pour 500 milliards de produits et services tout en ne payant que 400 milliards ? C’est très simple, il suffit de baisser le prix de vente de tous les produits et services de 1/5, soit un escompte de 20%: l’Office National de Crédit décrète donc un escompte de 20% sur tous les prix de vente pendant le terme suivant. Par exemple, le client n’aura qu’à  payer 400 pour un article étiqueté 500 .

Mais, s’il ne veut pas faire faillite, le marchand doit quand même récupérer 500 pour la vente de cet article, et non pas seulement 400 , car ce prix de 500 inclut tous ses frais. C’est pourquoi on parle d’un escompte « compensé »: dans ce cas-ci, le marchand sera compensé par l’Office National de Crédit, qui lui enverra le 100 qui manquent.

Pour chacune de ses ventes, le marchand n’aura qu’à  présenter ses bordereaux de vente à  l’Office National de Crédit, qui lui remboursera l’escompte accordé au client. Ainsi, personne n’est pénalisé: les consommateurs obtiennent les produits qui, sans cela, resteraient invendus, et les marchands récupèrent tous leurs frais.

Inflation impossible

Grâce à  ce mécanisme de l’escompte sur les prix, toute inflation serait impossible: en effet, l’escompte fait baisser les prix. Et l’inflation, ce sont les prix qui montent. La meilleure manière d’empêcher les prix de monter, c’est de les faire baisser! De plus, l’escompte sur les prix est exactement le contraire de la taxe de vente: au lieu de payer les produits plus cher par des taxes, les consommateurs les paient moins cher grâce à  cet escompte. Qui pourrait s’en plaindre?

On voit bien alors que ceux qui disent que le Crédit Social va faire de l’inflation se trompent, car ils ignorent l’existence de l’escompte compensé. Bien sûr, s’il n’était question dans le Crédit Social que d’imprimer de l’argent et rien d’autre, les craintes de l’inflation seraient justifiées, mais justement, le Crédit Social possède une technique pour faire face à  tout danger d’inflation.

Il existe donc trois principes de base dans le Crédit Social :

l’argent est émis sans dette par le gouvernement, représentant de la société, selon la production, et il est retiré de la circulation selon la consommation;

le dividende mensuel est versé à  tous les citoyens;

l’escompte compensé qui rééquilibre l’ensemble.

Les trois sont nécessaires; c’est comme un trépied: enlevez un de ces trois principes, et le reste ne tient plus.

Toute cette technique du Crédit Social n’a qu’un but: financer la production des biens qui répondent aux besoins, et financer la distribution de ces biens pour qu’ils atteignent les besoins.

En examinant la circulation du crédit, on s’apercevra que l’argent ne s’accumule en aucun temps, qu’il ne fait que suivre le mouvement de la richesse, entrant en circulation au rythme de la production, et prenant la voie du retour vers sa source (l’Office National de Crédit) au rythme de la consommation (lorsque les produits sont achetés chez le marchand). En tout temps, l’argent demeure un reflet exact de la réalité: de l’argent apparaît lorsqu’un nouveau produit apparaît, et cet argent disparaît lorsque le produit disparaît (est consommé).

Où est l’inflation là -dedans?

Tout cela ouvre des horizons et possibilités insoupçonnés.

Pour que ces possibilités deviennent réalités, il faut que chacun ait connaissance des formidables opportunités du Crédit Social.

Cliffort Hugues Douglas a résumé en trois propositions les principes de base d’une réforme monétaire de crédit social dans « The monopoly of credit » .

1 – Les moyens de paiement entre les mains de la population d’un pays doivent, en tout temps, être collectivement égaux au prix collectif à  payer pour les biens consommables mis en vente dans le pays; et ces moyens d’achat doivent être annulés lors de l’achat des biens de consommation.

2 – Les crédits nécessaires pour financer la production doivent provenir, non des épargnes, mais de nouveaux crédits se rapportant à  une nouvelle production. Ces crédits ne seront rappelés que selon le rapport de la dépréciation générale à  l’appréciation de l’enrichissement général.

3 – La distribution de moyens d’achat aux individus doit dépendre, progressivement, de moins en moins de l’emploi. C’est-à -dire que le dividende social doit progressivement remplacer les émoluments et le salaire.

Douglas a prédit que le système actuel d’argent-dette des banquiers finirait par devenir insoutenable et s’effondrerait de lui-même. On n’a qu’à  penser aux dettes énormes des pays civilisés, on s’en va tout droit vers la catastrophe, tout en sachant très bien qu’elles ne pourront jamais être remboursées. D’autres facteurs annoncent cet écroulement du système: l’automation qui rend impossible le plein emploi, la chute du dollar américain comparativement au yen japonais, etc.

« En raison de son importance, la situation sera épouvantable. Une période relativement courte permettra probablement de décider si nous pouvons maîtriser la puissante machine économique et sociale que nous avons créée, ou si c’est elle qui nous maîtrisera. Durant cette période, la moindre impulsion de la part d’un groupe d’hommes, qui savent quoi faire et comment le faire, pourra être la différence entre un nouveau recul dans l’âge des ténèbres, ou l’avènement en pleine lumière d’une ère d’une telle splendeur, que nous pouvons à  peine imaginer. C’est cette nécessité de la connaissance du moment psychologique, et du choix de l’action appropriée, qui devrait être présente à  l’esprit de cette minorité consciente de la gravité des temps présents. »

Conclusion : il est certain que si le Crédit Social devenait l’alternative quotidienne de la gestion des affaires du pays, au vrai service de la Nation, il faudrait passer en priorité par l’annulation de la dette consentie par nos dirigeants. Capital et intérêts.

Le racket prenant ainsi fin, il est sûr que cela ferait grincer pas mal de dents et porte-monnaie, côté banques, politiques ou haute administration.

Finie la vie facile pour certains ! Morte le poule aux œufs d’or.

Mais pour le plus grand bien de tous…

Note : Je ne peux manquer de vous livrer cet extrait de « Les ouvriers de la onzième heure » de Janpier Dutrieux qui nous fait beaucoup mieux comprendre les mécanismes bancaires, au travers d’une fable simple.

Cet extrait est dans le droit fil de notre autre article : « L’Ile aux Naufragés » de Louis Even, autre grand partisan du Crédit Social.

L’APOLOGUE DE ROBINSON

Comme chacun sait, Robinson se trouvait seul sur une île. Il tua des porcs, sala les viandes, confectionna des vêtements. Bref, selon ses estimations, il pouvait pourvoir largement à  ses besoins pour les trois années à  venir.

Tandis qu’il procédait à  un dernier calcul, il vit venir à  lui un homme.

  • Hé, cria l’Etranger, le naufrage de mon bateau me force d’aborder ici. Ne pourrais-tu me prêter des provisions jusqu’au jour où j’aurai défriché un champ et rentré ma première récolte ?

Robinson, à  ces mots, pensa à  ses réserves, à  l’intérêt qu’il en tirerait et à  la splendeur de la vie de rentier. Il s’empressa d’accepter.

Très bien, dit l’Etranger. Mais je te préviens: je ne paie pas d’intérêt, sinon je préfère me nourrir de chasse et de pêche. Ma religion m’interdit tout autant de payer de l’intérêt que d’en exiger

Robinson : Belle religion, mais qu’est-ce qui te fait croire que je vais accepter ?

Etranger : Ton égoà¯sme, Robinson, car tu y gagnes, et pas mal.

Robinson : Je ne vois pas l’avantage que j’aurais à  te prêter gratuitement mes provisions.

Etranger : Je vais te le montrer. J’ai besoin de vêtements, tu le vois, je suis nu. As-tu des habits en provision ?

Robinson : Cette caisse là  est pleine à  craquer.

Etranger : Mais ces vêtements, là , enfermés, c’est la nourriture de prédilection des mites.

Robinson : Tu as raison, mais comment faire autrement. Ailleurs, ils craignent les souris et les rats.

Etranger : Comment faire autrement ! Prête moi ces vêtements et je m’engage à  t’en faire de nouveaux dès que tu en auras besoin, et ces vêtements seront même, parce que neufs, meilleurs que ceux que tu retirerais plus tard de cette caisse.

Robinson : Oui, Etranger, je veux bien te prêter cette caisse, car je vois qu’il m’est avantageux de te prêter les vêtements même sans intérêt.

Etranger : Montre moi ton froment. J’en ai besoin pour semer et cuire.

Robinson : Je l’ai enterré sur la colline.

Etranger : Tu l’as enfoui pour trois ans ! Et la vermine ? Et les larves ?

Robinson : Je sais. Mais comment les conserver autrement ? Si seulement je connaissais le moyen de défendre mon capital contre les forces de destruction de la nature.

Etranger : Prête moi une partie de tes provisions, je te réglerai cette fourniture avec du froment frais de mes moissons, kilo pour kilo, mais toujours sans intérêt.

Robinson : C’est avec joie et en te remerciant. Et si je t’offrais toute la réserve en stipulant que contre dix sacs tu n’en doives que neuf ?

Etranger : Non, je te remercie. Cela aussi s’appelle de l’usure, à  la place du bailleur, c’est le preneur qui serait capitaliste. Mes convictions condamnent l’usure, y compris l’intérêt renversé mais j’ai encore besoin d’autre chose: une charrue, un chariot, des outils. Me prêteras-tu sans intérêt le tout ?

Robinson : J’accepte. Je me réjouis de pouvoir désormais conserver ces biens pour l’avenir, en bon état et sans travail, grâce au prêt.

Etranger : Tu reconnais alors l’avantage que tu trouves à  me prêter ces biens sans intérêt ?

Robinson : Je le reconnais. Mais je me demande pourquoi dans mon pays les prêteurs demandent un intérêt.

Etranger : La cause, tu dois la chercher dans l’argent.

Robinson : Quoi, la source de l’intérêt viendrait de l’argent ? Mais écoute ce que dit Marx de l’argent et de l’intérêt:  » La force du travail est la source de l’intérêt (plus-value). L’intérêt, qui fait de l’argent un capital, ne peut provenir de l’argent. S’il est vrai que l’argent est un moyen d’échanges, alors il ne fait rien d’autre que payer le prix des marchandises qu’il achète. Si de ce fait il ne change pas, il n’augmente pas de valeur. Donc, l’intérêt (la plus value) doit provenir des marchandises achetées que l’on revendra plus cher. Ce changement ne peut s’occasionner ni à  la vente ni à  l’achat: dans ces deux transactions ce sont des équivalents qui sont échangés. Une seule hypothèse reste donc: que le changement se produit par l’usage que l’on fait des biens après l’achat et avant la revente « . (K. .Marx,  » Le Capital « , Chap.VI)

Etranger : Tu es sur cette île depuis longtemps

Robinson : Trente ans.

Etranger : Cela se voit. Tu t’en rapporte encore à  la théorie de la valeur. Il n’est plus personne pour la défendre aujourd’hui.

Robinson : Quoi ! Tu viendrais dire que la théorie marxiste de l’intérêt est morte. Ce n’est pas vrai, je la défendrai.

Etranger : Très bien. Alors défends toi, mais pas avec des mots mais avec des actes. Tu disposes d’un capital. Moi, je suis nu. Jamais le vrai rapport entre prêteur de capitaux et emprunteur n’est apparu sous un jour plus clair qu’entre nous deux. Maintenant, essaye de me soutirer de l’intérêt.

Robinson : Ah, non merci, les rats, les souris et les larves ont rongé ma force de capitaliste. Mais dis-moi comment expliques-tu la chose ?

Etranger : L’explication est simple. S’il existait sur cette île une organisation économique faisant usage d’argent, et si moi, naufragé, j’avais besoin d’un prêt, je devrais dans ce cas m’adresser à  un prêteur d’argent pour acheter ensuite ce que tu viens de me prêter sans intérêt. Mais ce prêteur d’argent ne s’inquiète ni des rats ni des souris ni des larves. Je ne puis l’aborder de la façon dont je me suis adressé à  toi. Une perte est la rançon de toute possession de marchandises. Cette perte n’atteint que celui qui doit conserver les marchandises, non celui qui prête l’argent. Le prêteur d’argent ignore, lui, ces soucis. Tu n’as pas refermé ton coffre à  habits lorsque j’ai refusé tout paiement d’intérêt, la nature de ton capital t’engageait à  poursuivre la discussion. Le capitaliste d’argent, lui, me claque au nez la porte de son coffre-fort, lorsque je lui annonce que je ne paie pas d’intérêt. D’ailleurs, ce n’est pas de l’argent que j’ai besoin mais d’habits, que je devrais payer avec cet argent. Les habits, tu me les vends sans intérêt, l’argent nécessaire, je dois le renter.

Robinson : De la sorte, il faudrait chercher l’origine de l’intérêt dans l’argent, et Marx aurait eu tort?

Etranger : Il se trompait. Il sous estimait l’importance de l’argent, ce grand nerf de l’économie. Dès lors, il n’est pas surprenant qu’il se soit trompé dans d’autres questions fondamentales.

Robinson : Ainsi le banquier peut fermer son coffre au nez de celui qui lui refuse l’intérêt, cette puissance, il la tire de la supériorité de l’argent sur les marchandises. Voilà  le nœud.

Etranger : Tout de même, quelle force de suggestion ont les rats, les souris et les larves. Quelques heures d’économie politique nous ont appris plus que des années d’étude dans les grimoires d’économie politique .

Padré

Sources :

http://web.archive.org/web/20140210021746/http://www.yhad.org/

http://web.archive.org/web/20140131055343/http://www.prolognet.qc.ca:80/clyde/cls1932.htm

http://www.jutier.net/contenu/creditso.htm

http://www.canadianencyclopedia.ca/index.cfm?PgNm=TCE&ArticleId=F0007518

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