Révélation sur le suaire de Turin

ou pourquoi l’Eglise a préféré mentir.
Tout, ou presque, a été dit sur le Suaire de Turin. Pourtant, les différentes analyses ont révélées que l’objet n’avait pas plus de 700 ans. Depuis, les hypothèses vont bon train. Mais ce qu’ont découvert C. Knight et R. Lomas est extraordinaire, quoique bien moins poétique que la Résurrection. Histoire d’une scandaleuse imposture.
Pendant des années, on refusa de soumettre le suaire de Turin à des analyses vraiment concluantes, afin de ne pas l’endommager. En octobre1986, la revue Nature, qui est probablement le journal scientifique le plus prestigieux au monde, publie un article expliquant que l’on va finalement procéder à une datation au carbone 14 du suaire de Turin. Chaque laboratoire attendra d’avoir communiqué ses conclusions au British Museum pour les comparer avec celles des deux autres. La revue Nature publiera les calculs et les courbes témoins, afin que l’on puisse en vérifier l’exactitude, tout en jugeant de la méthode suivie. En fin de compte, on est pratiquement certain que le lin qui a servi à tisser le suaire de Turin a été coupé entre 1260 et 1390. Or, cette date correspond à la disparition de l’ordre du Temple et à l’arrestation de Jacques de Molay. Cela ne va pas sans poser des problèmes à ceux qui se passionnent pour le suaire du Turin, et qui voudraient nous faire croire que c’est bien le visage du Christ que l’on aperçoit sur ce linceul. Tout cela s’effondre devant les résultats de la datation au carbone 14, et aucune théorie avancée précédemment ne résiste devant les faits.

UN SORDIDE COMPLOT

A l’automne 1307, Philippe le Bel, menacé par la banqueroute, est sur le point de mettre à profit la sixième et dernière concession acceptée par le futur Clément V contre la promesse d’être élu pape. La fortune des templiers va bientôt permettre au roi de France de résoudre ses difficultés financières.

Jacques de Molay doit se dire qu’il a réussi, n’en déplaise à Philippe le Bel et à Clément V, à éviter la fusion de l’ordre du Temple avec celui de l’Hôpital. II a tenu à ce que le monarque aux abois voie le trésor qu’il a apporté avec lui, avant de le déposer en lieu sûr, se sentant peu ou prou dans la situation d’un banquier face à un client qui lui demande de lui accorder une nouvelle ligne de crédit. Accompagné par une importante délégation, le grand maître a visiblement l’intention de rester en France pour redorer le blason des templiers et garantir leur indépendance. Mais il ignore que son adversaire est un être cynique et dénué de scrupules. II va l’apprendre à ses dépens.

Vendredi 13 octobre 1307, juste avant l’aube. Baillis et sénéchaux procèdent à l’arrestation de quinze mille chevaliers du Temple, ces membres d’un Ordre vénérable brusquement devenus des êtres immondes.

Dans la capitale, Philippe le Bel regarde ses hommes s’emparer du Temple, confisquer ses biens, et arrêter les précepteurs (ou commandeurs, c’est-à -dire chefs d’une commanderie) d’Aquitaine, le prieur de Normandie et le grand maître en personne, Jacques de Molay. Les templiers n’opposent aucune résistance, alors même que leur quartier général est une véritable citadelle. Les dignitaires de l’Ordre ne se doutaient de rien; le piège s’est lentement refermé sur eux. Le secret a été bien gardé, personne n’a parlé même s’ils étaient nombreux à savoir ce qui se tramait.

Contre la promesse d’être élu Pape, le futur Clément V condamne à une mort atroce 15000 Templiers.

Confesseur du roi, le grand inquisiteur, Guillaume Imbert, dit Guillaume de Paris, est « versé dans l’art et les techniques de l’interrogatoire ». C’est lui que Philippe le Bel charge d’obtenir, par tous les moyens, les aveux de Jacques de Molay.

LA GRANDE TRAHISON

Des dix chefs d’accusations retenus contre les templiers, le plus grave est, sans conteste, celui qui leur reproche d’avoir contraint les novices à cracher sur la croix et à la fouler aux pieds. Symbole de la résurrection du Christ, la croix est consubstantielle à la foi chrétienne. Quiconque la flétrit ou la tourne en dérision, essuie les foudres de l’Inquisition. Lorsque les membres apprennent que le grand maître d’un Ordre qui s’est jadis couvert de gloire a craché sur un crucifix, ils entrent dans une rage folle. Trahir ainsi le Christ et son Eglise sanctifiée mérite aux yeux de Guillaume Imbert une sanction exemplaire. Mais il n’a pas les coudées franches : les édits pontificaux l’autorisent à torturer les hérétiques, quels qu’ils soient, à l’exception de quelques privilégiés, dont les templiers, justement ! Jacques de Molay et les siens ne dépendent que du pape. Sans instructions précises de ce dernier, il est impossible de  » soumettre à la question  » Jacques de Molay. Philippe le Bel va cependant lui donner le feu vert : il a le droit, dit-il, de livrer à la justice ecclésiastique les dignitaires templiers, puisque une directive pontificale enjoint les princes chrétiens de prêter assistance au Saint-Office de l’Inquisition. Guillaume Imbert a désormais le loisir de faire confesser, par tous les moyens possibles, son hérésie à Jacques de Molay. Sous la torture, on avoue n’importe quoi, même si cela revient à signer son arrêt de mort. La mort qui est sans doute une délivrance pour ceux à qui l’on inflige pareils tourments…

Horrifié de savoir que les templiers pratiquaient une résurrection rituelle, qui n’est pour lui qu’une insulte à  » l’authentique  » résurrection, celle du Christ, Guillaume Imbert est bien décidé à infliger à Jacques de Molay les mêmes supplices que ceux qu’a jadis connus le Sauveur. Sans doute choisit-il, pour ce faire, la  » pièce secrète  » dans laquelle les chevaliers du Temple se livraient à leurs  » rites obscènes « , et où il a personnellement découvert, au fond d’un coffre, le suaire, le crâne et les fémurs utilisés lors de la fameuse cérémonie de renaissance. Outré, il sait désormais à quelle forme de torture soumettre Jacques de Molay, qui regrettera amèrement d’avoir renié la croix et commis des abominations avec ces objets impies.

LA TRES SAINTE INQUISITION

En guise de préliminaire, l’Inquisition déshabille ses victimes, comme en témoigne un texte de l’époque. Les poignets entravés par des cordes, Jacques de Molay est d’abord flagellé avec un fouet à plusieurs lanières, peut-être garnies d’éclats d’os. On lui enfonce ensuite sur la tête une couronne faite d’objets acérés, pour lui déchirer le cuir chevelu. L’Inquisition a l’habitude de clouer les  » suspects  » à un poteau ou à quelque chose d’équivalent. Or, c’est précisément ainsi que l’on a procédé, ce jour-là , au Temple.

D’après la direction dans laquelle le sang a coulé sur le suaire, on peut déduire la position dans laquelle Jacques de Molay a été crucifié. Ce sont les conclusions des médecins qui permettent de reconstituer le martyre de Jacques de Molay. On a diagnostiqué, sur l’homme dont le suaire de Turin a conservé l’empreinte, une luxation de l’épaule droite et le déboîtement du pouce de la main droite. Cela explique également pourquoi le sang coule sur ses avant-bras dans certaines directions bien précises. A63 ans, le grand maître de l’ordre du Temple, qui jusqu’alors était un homme puissant et estimé, se retrouve bafoué, brisé, anéanti. Il lui faudrait une singulière force d’âme pour ne pas dire à ses bourreaux ce qu’ils ont envie d’entendre. Jacques de Molay luttant pour survivre, sa température monte, il ruisselle de sueur, ses muscles se tétanisent, sa pression sanguine s’effondre, son rythme cardiaque s’affole… Mais l’on ne veut pas qu’il meure tout de suite. Quand il le voit sur le point d’expirer, Guillaume Imbert ordonne qu’on le  » décroche « . II a désormais l’occasion de montrer au grand maître templier que la parodie d’enterrement à laquelle ils se livrent, lui et les siens, n’est pas passée inaperçue de la sainte Inquisition. Une fois qu’ils l’ont descendu, les bourreaux le couchent sur le dos à même le suaire, dont ils rabattent ensuite un pan pour recouvrir entièrement son corps brûlant. II ne leur reste plus qu’à le reconduire dans sa chambre et le remettre au lit, dans ce lit dont on l’a tiré sans ménagements le matin même. Comme il a du mal à respirer, on lui glisse un ou deux oreillers sous les épaules. II a le corps trempé de sueur et couvert de sang.

Philippe le Bel et Clément V n’auront pas beaucoup de temps pour jouir de leur crime, ils meurent peu de temps après, dans d’étranges circonstances.

Couché sur le dos, à même le linceul, il y laisse une marque floue, tandis que le linge rabattu sur l’avant de son corps n’en touche que les parties proéminentes, et que la transpiration s’évapore à travers le tissu. La tête rehaussée, engoncé dans un lit moelleux, il est légèrement courbé, ses mains descendant au niveau des cuisses. Guillaume Imbert a pour consigne de ne pas tuer le grand maître de l’ordre du Temple, mais il n’a pas non plus envie de soigner cet hérétique et de l’aider à se rétablir. Jacques de Molay n’a personne pour s’occuper de lui. Toutefois, son bras droit, Geoffroi de Charney, précepteur (commandeur) de Normandie, qui est lui aussi interrogé au Temple, peut compter sur l’assistance de ses proches, et ce sont sans doute son frère, Jean de Charneyl, et son épouse qui s’occupent des deux hommes, voués à périr ensemble sept ans plus tard sur le bûcher, car ils sont retombés dans  » l’hérésie « . Ces gens enlèvent donc le suaire qui recouvre Jacques de Molay pour soigner ses plaies. II faudra sans doute plusieurs semaines pour le remettre sur pied, mais il est marqué dans sa chair, et il montrera deux ans plus tard ses cicatrices aux légats du pape, afin qu’ils puissent juger de la cruauté de ses bourreaux. Le drap est rouge de sang et couvert d’aréoles de sueur. On le lave, puis on le plie et on le range dans un placard, comme si de rien n’était.

Nous pensons qu’il a été crucifié et que c’est son visage que l’on voit sur le suaire de Turin.

En effet :

  1. Cela cadre tout à fait avec la datation au carbone 14 de ce drap.
  2. Nous sommes en mesure d’expliquer pourquoi l’on a utilisé précisément un suaire (on y avait alors recours dans les cérémonies rituelles de « résurrection », comme c’est toujours le cas chez les francs-maçons).
  3. II y avait deux raisons de le crucifier (tout d’abord, l’Inquisition affectionnait cette forme de torture, qui ne nécessite pas d’équipement particulier, et ensuite Imbert savait pertinemment que les templiers reniaient le Christ et tournaient en dérision sa résurrection au cours de cérémonies  » hérétiques « , de sorte que cela passait pour une manifestation de la justice immanente).

  4. On déshabillait toujours les malheureux, avant de les torturer, et l’on avait coutume de les clouer à des objets qui se trouvaient à proximité.

  5. Au vu du visage qui se dessine sur le linge, il est évident que l’individu était encore vivant lorsqu’on lui a recouvert la face, car on l’a couché sur un lit, et non sur une dalle.

  6. Jacques de Molay a d’ailleurs exhibé ultérieurement ses plaies et ses cicatrices.

Notre hypothèse selon laquelle c’est Jacques de Molay que l’on voit sur le suaire de Turin s’annonçait très prometteuse, et ne demandait plus qu’à être confirmée. Jacques de Molay meurt sur le bûcher après être revenu sur ses déclarations mettant en cause la moralité de l’ordre du Temple, mais sans avoir démenti le fait que pour lui et les siens le Christ n’était pas le fils de Dieu.

LA MALEDICTION DES TEMPLIERS

Ligoté sur son bûcher, Jacques de Molay maudit Philippe le Bel et Clément V. Trois mois plus tard, ils sont morts tous les deux. Grand chasseur, Philippe le Bel est victime d’une chute de cheval. II meurt sur le coup. Clément V est emporté par la Fièvre. Mais c’est surtout le sort réservé à sa dépouille mortelle qui frappe l’opinion publique : lors d’un orage, l’église dans laquelle repose sa dépouille mortelle prend feu, et son cadavre est carbonisé. Pour la plupart des gens, c’est un signe: le véritable coupable a été puni par le Juge suprême. Avant de mourir brûlé vif, un autre templier invite l’exécuteur des basses Å »uvres du roi de France, Guillaume de Nogaret, à comparaître moins d’une semaine plus tard devant Dieu. L’intéressé décède, lui aussi, quelques jours plus tard, comme si on l’avait aidé à être à l’heure au rendez-vous. La fin tragique des ennemis du grand maître de l’ordre du Temple fait grand bruit dans le royaume de France, où l’on pense que Jacques de Molay survit en esprit, et qu’il attire la colère de Dieu sur ceux qui l’ont persécuté. Ses frères et lui entrent dans la légende, et l’on dit que dans la foule qui assiste à l’exécution de Louis XVI, un homme trempe ses mains dans le sang du roi, asperge les gens à l’entour et lance : « Te voilà vengé, Jacques de Molay ! « .

LES TEMPLIERS BANNIS DE LA MEMOIRE COLLECTIVE

Tout indique que Jacques de Molay passe souvent pour être un saint martyr, et que l’on va même parfois jusqu’à l’identifier à un autre Messie, assassiné lui aussi par Rome (non plus l’empire, cette fois, mais l’Eglise), et que les malheurs qui s’abattent sur la chrétienté sont l’effet de la colère de Dieu, à l’image de ce qui s’est passé jadis en Palestine. Comme les fidèles de l’Eglise de Jérusalem, les disciples de Jacques de Molay seront persécutés, et l’on doit mettre la vérité en lieu sûr, par-delà les frontières. Lorsque la Peste noire s’abat sur le monde chrétien, l’Eglise redoute que l’image miraculeuse de Jacques de Molay dessinée sur le suaire ne révèle que l’Inquisition a crucifié le grand maître de l’ordre du Temple avant de le mettre à mort. II ne faut surtout pas que l’on découvre l’identité de l’homme qui a laissé son empreinte sur ce drap, car l’Eglise risquerait alors d’être balayée par l’émergence d’un nouveau culte, celui de Jacques de Molay, comparable à celui de Jésus Christ, dont il est issu. On pare au danger en acceptant d’exposer le suaire en public, et en prétendant qu’il s’agit bien du visage du Christ, même si l’on a dit auparavant le contraire. II semble bien que les templiers ont continué à exister en Ecosse et en France, et que les uns comme les autres vénéraient Jacques de Molay. Jean-Marc Larmenius, le grand maître français qui a succédé à Jacques de Molay, ignorait tout du suaire, qui n’a été montré que bien longtemps après sa mort. En revanche, dans les siècles suivants, les templiers ont certainement compris la signification et l’enjeu de cette image. La maison de Savoie détient le suaire depuis le xve siècle. Selon toute vraisemblance, on sait pertinemment, chez ces gens, à quoi s’en tenir à propos de cet objet. Le simple fait que ce soit un descendant de Geoffroi de Charney, le précepteur de Normandie qui meurt sur le bûcher aux côtés de Jacques de Molay, qui prenne l’initiative d’exposer le suaire, prouve bien que c’est Jacques de Molay que l’on voit sur ce drap de lin.

 

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