Solarcon 6

Solarcon 6Philip Kindred Dick est né à Chicago en 1928, il vend sa première sa première nouvelle en 1952, son premier roman en 1955 et il est devenu l’un des auteurs de science fiction les plus célébrés du XXème siècle.

Il est sans doute mieux connu pour son roman « Les Androïdes rêvent ils de moutons électroniques ?» qui, en 1982, est à la base du film de Ridley Scott «Blade Runner» avec la star hollywoodienne Harrison Ford.

Le 20 février 1974, Dick se remet chez lui des effets du pentothal, administré après l’extraction d’une dent de sagesse. Ouvrant la porte pour recevoir la livraison d’analgésiques supplémentaires, il remarque que la livreuse porte un pendentif qu’il décrira plus tard comme un « vesicle pisces (poisson vésicule) ». Après son départ, Dick commença à avoir d’étranges visions de rayon laser, de formes géométriques, de Jésus et de la Rome antique.

SOLARCON 6: Valis

Comme les visions augmentent, Dick en arrive à la remarquable conclusion qu’il est contacté par quelque forme de pouvoir supérieur qu’il appelle Valis – un acronyme pour « Vast Active Living Intelligence System » (Vaste système vivant actif d’intelligence). En faisant des efforts pour comprendre ce qui se passe, Dick tient un journal détaillé intitulé « Exégèse », qui finira par couvrir 8000 pages de spéculation religieuse.

Avec le temps, les croyances bizarres de Dick et sa vision du monde deviennent paranoïdes. Il croit que Valis l’a spécifiquement contacté dans le cadre d’une tentative de faire inculper Richard Nixon, et il croit qu’il est persécuté par le FBI et le KGB.

En conséquence, il voit de noirs complots partout, Dick écrit au quartier général du FBI le 15 août 1975 pour demander la déclassification de son propre dossier FBI, un fichier qui jette beaucoup de lumière sur l’homme, ses motivations et ses croyances étranges.

M. SCRUGGS ET M. SMITH

Dick sait qu’il doit y avoir un fichier sur lui au FBI car, comme il le dit au Bureau dans la lettre demandant l’accès à celui-ci : « Au début des années 50, deux agents du FBI, M. George Scruggs et M. George Smith m’ont approché. »

Indubitablement, une des premières raison pour laquelle Dick a attiré l’attention du FBI est une série de lettres étranges qu’il a écrite au Bureau au début des années 70, dans lesquelles il décrit sa connaissance personnelle d’une soi-disant cabale occulte nazie qui tentait secrètement de manipuler les auteurs de science fiction pour faire progresser sa cause cachée.

Et la nature de cette cause est encore plus bizarre : commencer une Troisième Guerre Mondiale en infectant la population américaine à la syphilis. Le 28 octobre 1972, Dick écrit au FBI et expose ses convictions assez bizarres :

« Je suis un auteur de roman de science fiction bien connu, un de ceux-ci traite de l’Allemagne Nazi (Le Maître du Haut Château, il dépeint un monde « Autre » dans lequel les Allemands et les Japonais ont gagné la Seconde Guerre Mondiale et occupent conjointement les USA).

« Ce roman, publié en 1962 par Putman and Co, a gagné le Prix Hugo du Meilleur Roman de l’Année et a donc été beaucoup lu tant ici qu’à l’étranger, par exemple, une édition japonaise imprimée à Tokyo a connu plusieurs rééditions. Je porte ceci à votre attention car il y a plusieurs mois, j’ai été contacté par un individu qui j’ai des raisons de le penser appartient à une organisation clandestine impliquée dans la politique, les armes illégales, etc., qui a exercé une grande pression sur moi pour que je place des informations codées dans mes futurs romans « pour être lu par les bonnes personnes ici et là » comme il disait. J’ai refusé de le faire.»

Dick développe ses théories non conventionnelles :

« La raison pour laquelle je vous contacte à ce sujet maintenant c’est qu’il apparaît que d’autres écrivains de science fiction pourraient avoir été approchés par d’autres membres de cette organisation manifestement anti-américaine et pourraient avoir cédé aux menaces qui ont été utilisées contre moi. C’est pourquoi je tiens à vous donner toutes les informations et toute l’aide que je peux concernant ceci, et je vous demande votre bureau le plus proche me contacte dès que possible.

Je tiens à souligner l’urgence de ceci parce qu’au cours des trois derniers jours, j’ai trouvé un roman de science fiction bien fait qui contenait dans son essence le matériel vital que cet individu auquel j’ai été confronté m’a demandé d’encoder. Le roman s’appelle « Camp de Concentration » de Thomas Disch, publié par Doubleday & Co.

P.S.: Je voudrais ajouter : ce qui m’alarme le plus est que cette organisation clandestine qui m’a approché puisse être Néo-nazi, bien qu’elle ne se présente comme telle. Mes romans sont très anti Nazi. Je n’ai entendu qu’un seul code d’identification de cet individu : Solarcon 6. »

LE COMPLOT

Est-ce que de sinistres personnages de l’ultra droite ont réellement tenté d’infiltrer le monde de la SF dans le cadre d’un complot en plus sinistre visant à soutenir leurs objectifs politiques et idéologiques ?

Dick semble être en croisade quand il cherche à révéler ces données aux agents du FBI. De plus, les enregistrements déclassifiés du FBI montrent, seulement quelques jours plus tard que Dick à contacter Shine, un inspecteur du bureau du Shérif du comté de Marin, San Rafael, Californie, à qui il a donné des précisions sur le prétendu complot Nazi/SF :

« Comme vous vous le rappeler peut-être, aux environs du 17 novembre 1971, ma maison au 707 Hacienda Way, Santa Venetia, a été cambriolée. La dernière fois que je vous ai parlé, au mois de février de cette année, vous m’avez informé que vous aviez résolu l’affaire ; un homme nommé Wade (Jerry Wade je crois) a été arrêté avec mon revolver 22mm Luger dérobé au cours du vol. J’ai été au Canada et je suis maintenant dans le sud de la Californie, je suis donc hors du coup. D’autres de mes biens ont-ils été récupérés ? Y a-t-il quelque chose de plus que vous puissiez me dire à ce jour ?

SOLARCON 6 Lettre

Lettre de Dick au FBI

« Pendant que j’étais au Canada, mon domicile a été cambriolé à nouveau, en mars de cette année. Je l’ignorais jusqu’à ce que mes affaires arrivent ici. Mon agent immobilier, Mme. Annie Reagan, les avaient entreposées et au moins une pièce entière d’affaire manque. La chambre à coucher où le contrôle du système d’alarme se trouve, la seule pièce à ne pas avoir de scanner. Evidemment le vol a été commis par quelqu’un qui connaissait le plan du système d’alarme et savait comment le contourner. Je rappelle que l’inspecteur Bridges pensait que le vol du 17 novembre était un travail de l’intérieur, au moins en partie. Je pense que le dernier cambriolage de mars de cette année le prouve. »

Dick avait sa théorie sur qui était derrière les cambriolages et sur les motivations :

« Seules deux ou trois personnes dont je puisse me rappeler connaissent la disposition du système d’alarme. Une est Harold Kinchen, qui était soumis à une enquête des Renseignements de l’Air Force à Hamilton Field à l’époque où je suis parti (M. Richard Bader conduisait l’enquête ; par l’intermédiaire du Sergent Keaton de Tiberon, il m’a demandé de venir et de témoigner. Il s’agissait d’une tentative sur l’arsenal des gens des renseignements de l’Air Force à Hamilton le premier janvier de cette année si je me rappelle bien.)

J’ai plus de raisons de penser maintenant qu’alors que Kinchen et l’organisation extra-légale à laquelle il appartient sont impliqués dans les deux cambriolages de mon domicile, bien que les preuves semblent pointer vers des malfrats comme Wade. Je dis cela car c’est à Orange County où je vis maintenant que je suis venu à savoir certaines choses sur les paramilitaires de droites, les Minutemen, illégaux ici. Ils m’ont dit confidentiellement que ma description des événements entourant le cambriolage de mon domicile en novembre, la méthode utilisée, les activités de Harry Kinchen en particulier, ca leur semblait être leur contrepartie la haut et peut-être même à un groupe Néo-nazi.

J’ai obtenu récemment, par accident, de nouvelles informations au sujet des associés de Kinchen, et la théorie du groupe Néo-nazi semble être renforcée. Dans ce cas, le cambriolage de novembre était de nature politique et plus qu’un simple cambriolage. J’y ai pensé pendant un certain temps, mais jusqu’à maintenant j’avais moins de raison d’être sûr.

Quand aux motifs de l’agression, je ne suis pas sûr du tout. Il est possible que cela ait à voir avec mes romans, dont l’un traite de l’Allemagne Nazi, c’est très anti nazi, et largement diffusé. Je sais pertinemment qu’Harry Kinchen et les parents japonais par sa femme Susan l’ont lu. La belle-mère de Kinchen, une japonaise de naissance, Mme Toni Adams, a lu le roman dans l’édition japonaise.

Cela ne fait aucun doute, Kinchen est un ardent Nazi, formé dans des compétences telles que l’utilisation d’arme, d’explosifs, les écoutes téléphoniques, la chimie, la psychologie, les toxines et les poisons, le sabotage, la fabrication de drogue. M. Bader est bien sûr au courant de ceci. Ce que je n’ai dit à personne car je craignais pour ma vie, le fait est que Kinchen m’a fait des pressions coercitives, tant physiques que psychologiques pour que je mette des informations codées dans mes futurs écrits publiés, « pour être lus par la bonne personne ici et là », comme il le dit, c’est les membres de son organisation subversive.

Comme je vous l’ai dit en novembre dernier, il a accidentellement répondu à un appel téléphonique de ma part avec un signal codé. Plus tard, il a admis appartenir à une organisation secrète mondiale et m’a donne certains détails. »

Ensuite, si une telle chose est possible, l’histoire de Dick devient plus étrange encore :

« Les informations codées que Kinchen souhaite voir placer dans mes romans (j’ai bien sûr refusé, et me suis enfui au Canada) ont à voir avec une prétendue nouvelle souche de syphilis, balayant les USA et tenue top secret par les autorités. Elle ne peut être soignée, elle détruit le cerveau, et elle est très rapide. Kinchen prétend que cette maladie a été apportée délibérément d’Asie par des agents de l’ennemi (non précisé), et elle est en fait une arme de la Troisième Guerre Mondiale, qui a commencé, pour être utilisée contre nous.

Dans une discussion confidentielle récente que j’ai eu avec mon éditeur parisien, un de mes amis proches, cet éditeur a validé ma conviction que permettre à cette information codée, sans doute fausse, d’être publiée serait une catastrophe pour ce pays. Ces Néo-nazis, ou quoiqu’ils soient craqueraient leur propre code et rendraient public cette information bidon, ce qui créerait de l’hystérie de masse et de la panique.

Il n y a bien sûr pas de telle nouvelle parésie intraitable, en dépit des rumeurs que nous avons entendu des militaires de retour du Viet Nam. J’ai contacté le FBI sur l’avis de mon ami éditeur, mais je pense que je devais vous contacter vous aussi. Vous pourriez souhaiter passer ce renseignement au sujet de l’information codée dans les romans à M. Bader. »

Dans un post-scriptum, Dick conclut : « Harold Kinchen s’est présenté comme seulement un individu, qui m’a demandé d’écrire pour ses publications pornographiques clandestines, j’ai refusé. Par accident, j’ai récemment appris que cet homme, Doc Stanley de Corte Madera était un étudiant des discours d’Hitler lorsqu’il était à l’Université de Chicago, défendant leur doctrine et les lisant aux gens. Ni Stanley ni Kinchen ne me l’ont mentionné. »

LES DOSSIERS

Questionné des années après le cambriolage, Dick admet : « Toute cette affaire m’a rempli d’anxiété. J’essaye de ne pas y penser. » Néanmoins, c’est à partir de celle-ci qu’il élaborera sa relation avec le FBI et les agents Smith et Scruggs, visés dans la demande d’information de Dick du 15 août 1975 au Bureau.

Quand on lui demande de confirmer certaines rumeurs indiquant que ces histoires de SF des années 50 étaient considérées comme subversives et lui avait créé des problèmes avec les autorités, Dick déclare :

« Elles ont fait plus que cela. Elles m’ont amené beaucoup de visite amicale de M. Smith et de M. Scruggs du FBI… Ils venaient chez moi chaque semaine, ce qui semblait fait pour durer à jamais… Honnêtement, je m’attendais à être appelé devant le Comite des Activités Anti-américaine… Des années plus tard, j’ai écrit pour obtenir mon dossier au nom de la Loi sur la Liberté d’Information. Solarcon 6Savez-vous ce qu’il y avait dedans ? Des choses comme : « …a une longue barbe, a fréquenté l’Université de Vancouver ». J’ai donné une conférence là-bas. J’ai reçu un doctorat honorifique et j’ai été invité par le club de la faculté. Ils l’ont fait sonner comme si je me tenais dans l’ombre à vendre de la came. »

Mais qu’ont à dire les agents du gouvernement au sujet des curieuses théories de Dick concernant une grande conspiration liée à la SF et impliquant des sympathisants nazis dans un complot pour instiguer une Troisième Guerre Mondiale par l’infection de la population par la syphilis ?

Est-ce que les croyances de Dick étaient simplement le résultat de l’utilisation de trop de drogue avec ses copains Hippies (il a pris du LSD un ou deux fois, fumé de la marijuana et a été un gros consommateur d’amphétamine pendant des années) ? Ou y avait-il une graine de vérité dans ses revendications radicales? Il ne fait aucun doute que les résumés officiels des théories de Dick et de ses croyances bizarres ont circulé au sein du FBI, comme le démontre amplement un mémorandum du 21 novembre 1972 :

« DICK dit que KINCHEN lui a téléphoné en une occasion. Quand DICK a immédiatement rappelé KINCHEN après l’appel, DICK dit qu’il pense que KINCHEN a donné un nom de code « Solarcon 6 ». Il dit ne pas être certain de ce qui a été dit et ne sait pas pourquoi un tel nom de code serait donné. KINCHEN prétend qu’il est membre d’une « organisation secrète, mondiale de santé », qui traquent la parésie, une prétendue nouvelle souche de la syphilis balayant les USA, qui provoque rapidement la mort.

Les dossiers du FBI ajoute : « KINCHEN prétend que la parésie est le début de la Troisième Guerre Mondiale, que DICK n’a plus longtemps à vivre et qu’il voulait que DICK mette des noms de codes de science fiction dans ses futurs romans de SF. KINCHEN a aussi raconté à DICK que si DICK mourrait ils continueraient ses romans et qu’ils placeraient des noms de code dans de tels romans. Dick dit ne pas savoir à qui KINCHEN fait allusion par « ils », ou quel est le but des noms de code. Il pense que KINCHEN a probablement lu le roman de science fiction Camp de Concentration, qui est une histoire concernant une parésie. »

Un mémo additionnel du FBI indique clairement cependant qu’après avoir parlé avec Dick, les fonctionnaires du Bureau ont concluent qu’aucune enquête approfondie au sujet de ses affirmations n’a été jugée justifiée :

« Les renseignements figurant dans ces lettres ne sont que des présomption de Dick au sujet des néo-nazis et des minutemen. Il n’a pas d’activités, de justifications, de noms de personnes, ou des informations complémentaires à ce qu’il a déjà fourni précédemment. » (Sic)

Si Dick a continué de croire à l’histoire de Solarcon 6, il a apparemment abandonné l’idée de convaincre le FBI. Sa femme Tessa se rappelle que « Phil m’a dit qu’il n’avait envoyé que les trois ou quatre premières lettres, et qu’il avait arrêté de leur écrire car le FBI avait perdu tout intérêt pour l’affaire. »

Philip K Dick est mort d’une attaque cérébrale en 1982 à l’âge de 53 ans.

Extrait de Fiction Secrets: From Government Files and the Paranormal de Nick Redfern

Source

 

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