Stratégie de la séduction

Article présenté par Tartar

Cet article représente une tentative d’anoblissement du débat politique actuel aussi bien au fond que dans la forme. Il est édité tel quel afin de ne pas le dénaturer, si bien que quelques points, dont certains importants, demeurent sujets à  discussion. Tartar

Le texte suivant est paru durant l’été 1981 dans une revue trimestrielle d’inspiration évolienne aujourd’hui disparue : Totalité (sous-titrée : Pour la Révolution culturelle européenne). Méme si certaines références sont datées, ce texte, dans son ensemble, demeure d’une grande actualité – en particulier dans l’autocritique qu’il comporte et dans son appel à  diversifier les champs d’investigation.

D’après Jack Lang, Mai 1981 fut le temps du passage de l’ombre à  la lumière, il fut probablement ébloui par la lampe de poche mitterrandienne, car :

 » Seule la lumière, qui jaillit de l’àme noble et loyale du héros, pourra dissiper les ténèbres dont l’infamie a obscurci le monde.  » Corneliu Z. CODREANU.

 » C’est une vocation héroïque que d’affronter la vague la plus tourbillonnante et de savoir que deux destins sont à  égale distance : le destin de ceux qui finiront avec la dissolution du monde moderne et le destin de ceux qui se retrouveront dans l’axe central et royal du nouveau courant.  » Julius EVOLA.

Pour ceux qui, comme nous, ont opté pour une solution radicale (les magistrats du système diraient, pour nous criminaliser :  » extrémiste « ) des questions que pose le monde moderne, la sclérose guette. Toute position alternative court le risque d’une sclérose : dans ses références, son passé (le nostalgisme); dans son action, le présent (le dogmatisme sectaire); dans ses ambitions, son avenir (l’utopisme).

Tout d’abord, il y a sclérose dans l’exaltation du passé. Nous confessons avoir un peu cédé à  cette tentation : par dégoût pour cette époque de veulerie dans laquelle nous avons le déplaisir de vivre, par fascination peut-étre un peu morbide pour les dernières et approximatives tentatives de restauration de l’idéal traditionnel – nous parlons des fascismes – en oubliant par conséquent que nous raisonnons pour notre temps et en commettant l’erreur de croire que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes fascistes. Extirpons de notre esprit cette  » fuite en arrière « . Procédons à  l’historiographie sereine et lucide des mouvements d’avant guerre.

Les fascismes ont été des esquisses et les esquisses ont besoin de nombreuses retouches avant de devenir des œuvres dignes de ce nom. Mais il y a aussi sclérose dans le mépris du présent. Attitude crédule, infantile que celle du refus du présent. Nos ennemis ne comptent-ils d’ailleurs pas sur notre retrait de la vie actuelle, sur notre auto marginalisation qui confine le plus souvent à  l’autodestruction ? Dans certains cas, ils n’ont méme pas eu à  réprimer ou exclure : les individus concernés se sont d’eux-mémes exclus, ont eux-mémes réprimé leur volonté révolutionnaire. Or, si, dans son principe, nous refusons catégoriquement le monde moderne, nous n’en acceptons que plus la volonté de le transformer radicalement, de le remodeler, de le faire à  notre image. Quelques-uns ont renoncé aux plus hautes ambitions révolutionnaires : cela importe peu; le drapeau compte plus que le porte-drapeau ; la Vérité vaut plus que la bouche qui la prononce (en la déformant, le plus souvent). Parce que nous savons que nous ne pouvons plus cultiver en paix, dans ce monde des àmes damnées et des corps repus, notre jardin secret, nous lui déclarons une guerre totale, sur tous les plans. Marco Tarchi l’a bien vu :  » On peut vivre contre l’esprit de son temps, en cherchant à  le modifier ; il n’est pas possible, pour celui qui veut agir dans un sens révolutionnaire en direction de ce changement, de vivre en dehors de son temps ou sans en tenir compte  » . Il y a enfin sclérose dans l’absolutisation de l’avenir. Bien sûr, l’àge d’or, cycliquement, suit l’àge de fer. Mais il faut aussi le faire naître et ne pas se servir d’alibis  » fatalistes  » pour reporter à  demain ce qu’il convient de réaliser aujourd’hui. On demande des forceps pour accoucher le meilleur monde du pire.

Cette autocritique prend tout son intérét dans l’ouverture de nouveaux horizons, de perspectives inédites. Nous entendons désormais nous assigner une mission beaucoup plus ambitieuse que celle de publier, plus ou moins irrégulièrement, une revue révolutionnaire. Dans nos ambitions, nous ne voulons en aucune manière céder aux dangers multiples qu’encourent certains de nos voisins idéologiques (la  » nouvelle droite « , par exemple), mais  » rendre bien visibles les valeurs de la vérité, de la réalité et de la Tradition à  celui qui, de nos jours, ne veut pas  » ceci  » et cherche confusément  » autre chose « , ce qui veut dire  » contribuer à  ce que la grande tentation ne l’emporte pas chez tous, là  où la matière semble étre désormais plus forte que l’esprit  » (Evola) .
Abordons les questions par ordre.

La condition sine qua non de la conquéte des esprits contemporains repose sur la formation d’une élite traditionnelle guerrière, militante, à  la vocation héroïque. Sans ce pôle humain, aucune intervention culturelle ou sociale ne pourra recevoir sa vraie dimension, avoir sa juste portée ; sans lui, les territoires conquis (et l’ennemi, de moins en moins confiant en lui-méme, bat en retraite) risquent fort de se révéler stériles. II est donc fondamental et essentiel que  » se constitue une élite, laquelle, en une intensité recueillie, définisse, selon une rigueur intellectuelle et une intransigeance absolue, l’idée en fonction de laquelle on a le devoir d’étre unis  » (Evola) . La formation de cette élite nous apparaît vraiment comme une nécessité absolue. Elle devrait permettre d’en finir une fois pour toutes avec les individualismes, les égoïsmes et les susceptibilités et autres tares d’un milieu profondément désespéré. Elle devrait aussi détourner ce vent de démission qui souffle dans nos rangs depuis quelques années. Que le chemin à  parcourir soit dur, nous ne l’avons jamais caché ; que les oasis soient rares dans le désert croissant du monde moderne, c’est une évidence. A chacun de se dépasser, de tuer en lui le médiocre, le conformiste, le craintif, de se dépouiller du vieil homme pour revétir l’homme nouveau. Chacun doit pouvoir trouver une oasis intérieure par un travail constant sur le désert qui assèche en lui les plus hautes capacités. Le défaitisme, le découragement, le renoncement ne révèlent pas des àmes fortes, bien trempées, mais des caractères faibles, mous. Que ceux qui, peureusement, se replient dans leur tour d’ivoire se rappellent qu’aucune tour n’est imprenable et que la défensive est déjà  une demi défaite.
Insistons maintenant sur un point particulièrement important. Depuis trop longtemps, nous ne nous adressons qu’à  nous-mémes. Ou à  des fantômes. Ou encore à  de simples survivants. Il serait temps, pour nous qui vivons dans le monde des autres, de nous adresser aux autres. Aux étres qui nous entourent et que nous côtoyons. Pour nous rajeunir, nous renouveler, revivifier la sève que nous portons. Par mauvaise habitude, nos yeux n’ont cessé de contempler notre nombril : qu’ils contemplent maintenant le monde alentour, en conservant le regard clair et  » une sévère et claire adhésion à  une idée  » (Evola) ! Que cela reste bien compris :  » En partant de ce qui peut encore subsister parmi les ruines, reconstruire lentement un homme nouveau pour l’animer au moyen d’un esprit déterminé et d’une vue adéquate de la vie, pour le fortifier au moyen d’une adhésion absolue à  des principes donnés tel est le vrai problème  » . Mais, pour constituer l’élite dont nous parlons, il est indispensable de trouver parmi ceux qui sont écrasés à  terre par la pesanteur matérialiste quelques individus susceptibles de se relever, de se redresser et de nous emboîter le pas. Les hommes et les femmes du monde moderne dorment profondément.

Dans leur majorité, ce sont des victimes qui ont été droguées, intoxiquées, envoûtées. Il faut les réveiller, leur parler, dans leur sommeil, d’une voix persuasive, de leur éveil. Alors, certains franchiront le seuil et reviendront à  l’état de conscience. Les autres demeureront dans leur état comateux jusqu’à  leur mort. Voilà  pour la majorité de nos contemporains, benoîtement endormis. Mais il y a aussi ceux qui ont un sommeil agité et font des cauchemars. Nous voulons parler des individus qui vivent dans le désarroi. Ceux-ci vivent dans l’angoisse, sentent que quelque chose ne va pas et posent des questions sans en découvrir les réponses. Contrairement aux autres, qui vivent dans l’inconscience, ceux-ci ressentent profondément le vide du monde moderne. Ces individualités en crise peuvent recevoir notre message. Mais nous ne pourrons les sortir de leur cauchemar que lorsque nous aurons totalement pris conscience de notre rôle, de notre mission. Précisons enfin que ceux qui distribuent sans vergogne des  » somnifères  » à  une population déracinée devront un jour payer leurs crimes.

Nous n’insistons pas plus sur l’idée de la formation d’une élite (et sur son rôle). Ce sera l’objet de prochaines analyses. Nous réfléchissons sérieusement à  la création des structures, de l’organisation qui permettraient de constituer cette élite. Pour éviter toute équivoque, soulignons encore qu’  » il n’a rien appris des leçons du passé récent, celui qui s’illusionne, aujourd’hui, à  propos des possibilités d’une lutte purement politique et à  propos du pouvoir de telle ou telle formule, voire de tel ou tel système, auxquels ne feraient point contrepartie une nouvelle qualité humaine  » (Evola).
Pour rassembler les hommes de grande volonté et pour nous ouvrir efficacement au monde des autres, il faut que nous adoptions une stratégie de la séduction. Repoussons toute méprise : par  » séduction « , nous n’entendons pas désigner une prostitution des idées qui nous appartiennent, mais leur donner une efficience, une  » consistance « . Que seraient les principes s’ils ne s’incarnaient pas ? Des principes. Mais nous qui ne sommes pas des principes mais des étres vivants, nous devons les rendre manifestes. Ceci dit, le mot  » séduction  » recouvre à  la fois notre désir profond de nous adresser aux autres, de les interpeller vivement (et il prend, dans ce cas, le sens d’  » attrait « , séduire signifiant ainsi plaire) et notre volonté de ne rien céder sur l’essentiel, de rester fidèles aux principes traditionnels qui nous animent (le verbe séduire retrouve alors son sens étymologique, seducere voulant dire, en latin, emmener à  part, conduire à  l’écart, séparer, diviser, partager). La stratégie de la séduction que nous proposons nous permettrait de déchirer le masque hideux que les marxistes et les libéraux nous imposent et nous serions en mesure de plaire, de gagner à  nous des étres nouveaux, vierges d’empreinte ou récupérables (prioritairement, la jeunesse). En les attirant à  nous, en les menant à  l’écart, nous les ferons ainsi rompre avec l’ensorcellement moderne, nous les délivrerons de l’emprise qu’exerce sur eux la société de consommation. Plus que jamais nous devons nous présenter comme des séducteurs et des éducateurs. Ne sommes-nous pas les seuls à  posséder les clefs de l’avenir ? Mais nos mains sont encore malhabiles et les serrures du destin encore trop inaccessibles.

Impérativement, nous devons trouver de nouveaux thèmes, découvrir des champs d’intervention inexplorés, diversifier notre discours. Puisque nous contestons le monde moderne dans son ensemble, nous devons avoir une solution de remplacement pour tout. Analysons les caractéristiques du monde environnant et prenons fermement appui sur elles pour notre action traditionaliste-révolutionnaire. Occupons les  » continents  » de la pensée moderne en y plantant notre drapeau. Substituons nos couleurs vives et chatoyantes à  celles, défraîchies, des intellectuels de gauche. Prétons attention aux intéréts majeurs de l’homme d’aujourd’hui (non parce qu’ils ont une réelle valeur , le contraire serait plus exact , mais parce qu’en lui tenant un langage différent dans les domaines qui le touchent, nous le choquons et l’inquiétons bien plus qu’en l’interpellant de loin). Faisons l’effort de descendre dans la vallée, nous qui connaissons la beauté de la montagne. Nous vivons dans une société  » éclatée  » : travaillons, polissons à  notre manière chacun de ses  » éclats « . L’alternative que nous proposons est à  ce prix : au prix de la diversification de nos interventions. Nous sommes mieux placés que les sectateurs de tous genres pour diffuser un message spirituel ; mieux placés que les sociologues pour faire partager le sens de la communauté ; mieux placés que les journalistes pour faire entendre la voix du pays réel ; mieux placés que les néo-rousseauistes pour parler d’écologie et de nature ; mieux placés que les sexologues pour donner une valeur à  la sexualité .

Fabienne PICHARD du PAGE et Georges GONDINET

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