Tous ensemble !

Dans le droit fil du sujet évoqué par Tartar dans son topic « Pas consensuel ! » et du forum « Techniques de Survie » qui se met en place, je vous propose cet article trouvé sur le net.
Véritable analyse comportementale, sans concession, elle s’apparente au travail du scalpel chirurgical.
Bien des dents vont grincer mais elle a au moins le mérite de nous rasseoir face à  une glace et, peut-étre, nous amener à  une véritable réflexion personnelle après avoir vidangé tous nos réflexes pavloviens.

Tous ensemble !

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui les ont engendrés », Einstein

 » Rien ne va plus. Argent, bénéfices, multinationales. Guerres, famines, tyrannies. Ca ne tourne vraiment pas rond. »

Levons nous mes frères. Luttons tous main dans la main. Formons une chaîne et crions haut et fort notre mécontentement. « Nous ne sommes pas contents, parce que tout ça c’est vraiment Pas bien ! »

Ou bien cherchons des solutions annexes. Un système idéalo-utopiste qui, si bien structuré, pourrait permettre, pourquoi pas, de sortir du cycle infernal. Mais attention, tout le monde qu’il doit étre pareil sinon c’est pas bien.

Avec à  la limite un conseil de sages gérant tout. Les affaires courantes et accessoirement le portefeuille, c’est ça ?

Eh bien voilà , nous avons la solution. Y a plus qu’à .

Y a plus qu’à , y a plus qu’à  ! Il est gentil l’autre, mais cela n’a jamais marché. Pourquoi cela fonctionnerait maintenant ?
Ben oui, pourquoi ?

Tout simplement parce que tous les systèmes proposés à  l’heure actuelle, tout comme ceux en place, ne reposent que sur une simple idée pernicieuse :

« il faut magnifier le groupe pour transcender l’individu et lui permettre d’étre libre et heureux. »

En gros, le groupe prime devant l’individu. Et c’est là  où est la perversion des systèmes en place.

C’est vrai qu’on est bien … au chaud parmi les autres.

Mais d’où vient le réflexe de se cacher au milieu d’une masse, souvent inerte ?

Avant, ce n’était que question de survie…

Cela remonte à  longtemps, très longtemps.

Au tout début, dans les cavernes, où tout n’était qu’une question de survie.

Un petit bonhomme, pas encore tout à  fait homme mais plus tout à  fait singe, tout seul devant un ours ou un mammouth résiste beaucoup moins bien qu’un petit groupe de quatre ou cinq chasseurs. Et autour du feu, cela permet de se tenir encore plus au chaud.

Mais déjà  là  arrive un épineux problème. Faut mener la troupe. Et pour ça, faut un volontaire. Toujours à  cette époque, et pour un bon bout de temps d’ailleurs, le mode de sélection est simple. Suffit de taper fort. Très fort. En tout cas plus que les autres. Et le mécontent trop mou du biceps se retrouve seul s’il a de la chance. S’il n’en a pas, il fera office de victuailles aux charognards.
Avec cette notion de chef arrive de fait la perversion ultime : le pouvoir.

Le chef peut avoir les plus belles part de buffle, les plus charmantes femelles, les plus grosses peaux d’ours. Les autres ?

Tous pareils. On se contente de subir. Mais ce n’est pas un tort. En cas de coup dur, soit le chef est remplacé, soit il s’occupe lui méme, tel est son rôle, de montrer qu’il est le plus fort et protège sa petite meute.

Finalement ce n’est vraiment pas si mal : on mange assez bien (juste les restes, mais le petit bout de foie là , il a pas l’air mauvais !) et c’est le chef, en tant que meilleur chasseur, qui a en charge d’approvisionner tout le monde. Il est le seul responsable en cas de danger ou de rationnement. Sa téte est mise à  prix plus que celle des autres.

Mais ce qui au départ demeurait un réflexe de survie est vite devenue une attitude inconsciente, permettant d’éviter à  peu près tout et surtout de se cacher dès le moindre problème.

De nos jours où est l’agresseur ?

Difficile de répondre, pourtant le phénomène est toujours présent. Et encore plus néfaste.

Le groupe est devenu un refuge.

On intègre une communauté pour trouver des personnes identiques. Avec les mémes idées. On se sent ainsi soi-disant plus fort. Le nombre est un moyen de s’affirmer. Quand on hésite, on se dit alors « je ne suis pas tout seul dans ce cas ».

L’objectif premier est de se fondre dans la masse quelle qu’elle soit. Au sein d’un méme groupe, il faut étre tous pareils. Pas égaux. Pareils ! ! ! !

Petite scène de la vie ordinaire…

Madame Chompiard, comme tous les matins, va à  la boulangerie.
En chemin, elle rencontre Madame Rounieux.
« Bonjour M’ame Chompiard, comment ça va ?
– Oh ben, faut aller. Et vous ?
– Bien, bien, et puis c’est le week-end ! »
Fin du dialogue, qui a apporté énormément. Chacune repart les baguettes sous le bras, heureuse de savoir que son homologue va bien. Mais est-ce là  le fin du fin ?
Le syndrome du « à‡a va ? » , la première phrase qui vient à  l’esprit de chacun après le cordial bonjour. C’est beau n’est-ce pas ? Tout le monde se soucie du bien-étre de ses semblables.
Eh ben non ! Ce n’est pas le but de la stratégie. Le «à‡a va ? » traduit l’inquiétude maladive qui est de savoir si la vie des autres correspond à  la sienne. Les mémes soucis. Les mémes problèmes. Les mémes joies. Les mémes événements extraordinaires.
Le « faut aller » équivaut à  « comme d’habitude, le travail, les impôts, la petite qui se fait les dents, et tout le tralala tsouin tsouin. »
Le « et puis c’est le week-end » équivaut à  « on a deux jours pour oublier un peu tout ça, mais bon, vu que c’est pareil pour vous que pour moi, on va faire avec ! »
Cette démonstration vous semble capillo-tractée ?
Essayez une seule fois, une seule, de répondre « non ça ne va pas du tout » au lieu de « faut aller. »
Votre interlocuteur ou cutrice restera bouche bée. Il, ou elle, ne s’attend pas à  ce genre de réponse. Le petit dialogue sert juste à  savoir si tout est pareil pour tout le monde. Non à  savoir si les autres vont réellement bien ou pas. Si l’un répond que rien ne va plus, cela implique un changement et un besoin d’aide, et le questionneur « inquiet » doit alors étre censé aider. Il ne sait plus quoi faire. D’où la bouche bée et le blanc qui suit !
En résumé, tout le monde se fout du voisin, à  partir du moment où son comportement et son existence sont comme celles des autres.

Et si quelqu’un émet un avis différent ?

Pour la majorité, il s’agit de marginaliser l’individu, histoire de dire :  » Voyez, il est tout seul. » Sous entendu  » il a donc tort. »
Plusieurs techniques peuvent étre observées pour mettre en marge un « intrus »…
Le sous-entendu.
En quelque sorte, il faut laisser une dernière chance au farfelu isolé de réintégrer le groupe. Du style, par exemple pour une pétition : « NOUS comptons sur VOUS pour l’envoyer aussi. »
Histoire de dire que si ce n’est pas envoyé, vous étes hors du groupe.
Ou bien « c’est un consensus autour d’un texte ». Consensus : accord de plusieurs personnes. Affirmer la présence d’un consensus signifie donc que plusieurs sont concernées. Sous entendu, ceux qui ne s’opposent pas au texte font partie du consensus.
Comme le mot « plusieurs » est défini à  partir de simplement deux personnes, la manipulation devient facile !
La menace gratuite (réelle ou pas).
« Je compte sur toi pour suivre aussi, sinon tu es bon pour le cirque maximin »
En gros, si tu ne suis pas, gare aux conséquences.
Ridiculiser l’individu isolé.
« Vous auriez dû naître du temps de Néron. Vous auriez amusé les gens du cirque. »
Sous entendu, vous n’étes pas au niveau de notre époque. Vous n’étes donc pas digne d’étre écouté. En quelque sorte, vous, ceux qui ne dites rien, n’écoutez plus ce fou furieux.
Ou encore : « Nous enverrons des responses à  Rome pour obtenir votre absolution. »
Sous entendu, on est sympa, on pense à  votre salut ! Vous étes irrécupérable, mais tant pis.
Comme peu de personnes supportent le ridicule ou les menaces, il vaut mieux rester bien tranquille au sein de la masse. Il devient alors très dur de sortir la téte de l’eau. D’autant plus que dès qu’un individu n’adhère pas au consensus mou, il devient primordial pour la masse de le descendre en flèche. A travers ses représentants ou ceux qui manipulent.
Pour le marginalisé, le premier réflexe est de trouver des alliés. Des gens qui pensent comme lui. Pas comme les autres, « la majorité », mais à  l’arrivée cela forme le groupe des marginaux. Et la perversion du groupe ressurgit. Au début, c’est parfait. Puis, au fil du temps, quelques tensions, des désaccords, et nouvelle scission. Pour avoir deux groupes de marginaux. Ce qui accroît méme le pouvoir de la « Majorité ».
A l’arrivée, on voit poindre tout un tas de groupes, sous-groupes, de rassemblements pour telle ou telle cause. Tout un tas d’organisations diverses et avariées.
Organisations syndicales, pour que tous les ouvriers soient contents : CGT, FO, CFDT, Lutte ouvrière…
Organisations pour que tous le monde soit en bonne santé : Médecins sans Frontières, Médecins du Monde, ARC…
Organisations pour un monde meilleur tous ensemble : Greenpeace, Amnisty, ATTAC…
Organisations politiques, pour la victoire de la démocratie : UMP, PS, PC, FN…
Organisations parce qu’il faut se battre ensemble : AIDS, Solidays,
Organisations religieuses.
J’entends déjà  les haros de la foule en colère.
Avant que vous ne me lynchiez, arrétez de penser ce que vous pensez.
Je n’ai jamais dit, pour chaque groupe, que l’idée initiale était mauvaise. C’est ce qu’à  fait de l’idée le groupe et les moyens mis en place qui ont pervertis tout l’ensemble.
Reprenez chacune des organisations citées.
Les syndicats par exemple. Au départ ils sont censés défendre la méme cause. Et ? Conflits d’intéréts, coup bas lors des élections etc etc…
Pour la recherche sur les différentes maladies. Faut-il rappeler les scandales liés à  l’ARC ?
Bref, je pense que vous avez saisi.
Les points faibles du groupe.
Toutes les organisations actuelles sont basées sur le principe de la hiérarchie pyramidale.
Un grand chef. Qui « délègue » ses pouvoirs sur des petits chefs. Qui eux mémes ordonnent aux sous-fifres.
Les petits chefs sont ainsi à  leurs niveaux des grand chefs.
Les sous-fifres également, par rapport aux super sous-fifres.
C’est sur ce principe que la société allemande de 1933 à  1945 était basée.
Chacun était réconforté d’avoir une once de pouvoir. Il pouvait exercer un ascendant sur ceux du dessous. Tout en rendant des comptes à  celui du dessus. Et comme c’est pour tout le monde pareil, c’est nickel.
Mais c’est également ainsi que sont fondés les systèmes actuels.
L’Etat français. Le Président. Puis le Premier Ministre. Les Ministres. Les Préfets. Sous préfets. Etc etc.
L’Eglise Catholique. Le Pape. Les Cardinaux. Les Evéques. Prétres. Curés. Diacres. Sous diacres. Etc…
Les Syndicats. Représentant national, au sein du comité central. Comités régionaux. Départementaux.
Les partis politiques. Elus. Adhérents. Militants. Partisans.
Ce principe est dangereux. Suffit de trancher la téte pour faire tomber l’édifice. Et surtout, pour qui sait s’y prendre, la masse est beaucoup plus encline à  étre manipulée que l’individu unique.
La mort de l’individu
Se réfugier derrière un groupe, une association, un organisme quelconque condamne l’individu.

Pourquoi ?
En adhérant à  un groupe, l’individu consent, consciemment ou pas, à  donner son pouvoir de décision, d’entreprise ou de parole à  celui qui est au dessus.
L’élu, le chef, le patron reçoit de ses ouailles le pouvoir de décider pour eux.
L’exemple de la Démocratie : ferme ta g… et tais-toi.
Un vote. Par exemple une élection présidentielle. Deux candidats. Un fils d’ancien président. Son opposant. A l’arrivée quelques 500 voix, pas plus, qui font la différence.
Ce qui donne une majorité pour l’un et une minorité pour l’autre.
Résultat, pendant quatre ans, la moitié de la population (moins quelques 500 voix) se voit dans l’obligation de subir les décisions de la majorité (la moitié de la population plus quelques 500 voix) représentée par le Président.
Certains appellent cela la justesse de la démocratie.
Et résultat, un homme de la minorité, militaire, doit se faire tuer pour des idées qu’il ne soutient pas.
Ainsi, pour tout système mettant en place un système de vote, on peut assister à  l’opposition de personnes soutenant plusieurs idées. Et il faut choisir parmi l’un d’eux.
Ce qui est censé arriver ? L’élu est celui représentant les idées de la majorité.
Ce qui arrive ? L’élu est celui qui présente le moins de contradictions avec ses propres idées. On ne peut pas étre 100% d’accord avec ce dernier. Les idées non communes représentent les dommages collatéraux.
Il faudra étre content quand les lois votées correspondent à  ses idées et se dire, dans le cas contraire, que cela aurait été pire avec un autre élu.
L’homme ne s’écoute plus lui méme. Il laisse les autres décider pour lui. Les exemples religieux et syndicaux sont également flagrants.
Dans le premier cas, cela va jusqu’à  une déification du supérieur. Le pape (peut étre moins maintenant mais…) parle et dit à  toute la communauté catholique quelle est la bonne conduite à  prendre. Et alors ? Tout le monde suit. On réfléchit un peu, des fois. Mais à  l’arrivée, la réplique devient : « s’il a dit ça, il y a bien une raison. Il doit les comprendre, nous on ne peut pas, ce n’est pas grave. »
Le cas des syndicats est on ne peut plus caricatural. Beaucoup ont peut-étre déjà  vu, dans des émissions type bétisiers, ce syndicaliste fier de ses revendications et de son action, à  qui le journaliste demande quelle est la motivation du mouvement. Réponse de l’intéressé : « Eh bien, nous revendiquons… euh, nous revendiquons ! »
En gros, la téte ordonne et le petit syndiqué est tout fier de parader en ville avec ses petits drapeaux rouges. On lui demanderait de défiler pour une cause farfelue, il le ferait aussi. Peu importe pour lui la raison, tant qu’on est contestataire !
« Libérez les huîtres du bassin d’Arcachon, libérez les huîtres du bassin d’Arcachon ! »
Ou encore les lycéens ou les étudiants. Dès qu’il faut étre contre, ils sont pour. Histoire de ne pas aller en cours et montrer qu’on « ‘pense ». Mais faut faire cela à  plusieurs, afin de pouvoir justifier les absences en classe.
Ces exemples sont caractéristiques de la possibilité de manipuler la masse.
Qui contrôle le groupe contrôle chacun. Et il ne suffit que de contrôler un ou deux individus pour contrôler l’ensemble.
Un exemple ?
La « hola », illustrant la bonne ambiance dans les stades. Il suffit de cinq personnes pour se faire lever 50 000 autres. Peu se hasardent à  faire partie des cinq. Par contre beaucoup s’impatientent à  voir la vague arriver à  eux.
Le « cataloguage »
Quel que soit le groupe auquel une personne appartient, celle-ci n’est plus jugée sur ses qualités propres mais par rapport aux agissements, dires et croyances du groupe.
L’exemple de la maréchaussée.
Vous étes en voiture. Vous roulez un peu vite ou méme pas du tout. En fait, vous respectez toutes les règles élémentaires de bonne conduite. Les feux rouges. Les stop. Les limitations de vitesse. Le clignotant aux ronds-points. Bref, vous étes le conducteur modèle du mois.
Un petit regard dans le rétroviseur et stupeur. Des gendarmes motorisés. Arrivés à  votre hauteur, ils vous font signe de stopper sur le bas côté.
Activation neuronale intense. « Qu’est-ce qu’ils me veulent ? Ils vont encore trouver un truc à  redire. Y en a marre de ces abus d’autorité. »
Bref, vous jugez sur l’uniforme le comportement à  suivre des hommes en bleu. Ils sont là  pour vous verbaliser, cela est indéniable.
A l’arrivée, vous gagnez le petit pompon rouge à  accrocher à  votre rétro et symbolisant le chauffeur respectueux de la sécurité routière.
Mauvais exemple ? Quand les gendarmes vous arrétent vous ne pensez jamais cela. Vous ne jugez pas avant de savoir ce qu’ils vous veulent. OK. Parfait. Des enfants modèles.
Un autre exemple alors ?
« Vive le libéralisme. »
Tout le monde se lève. à‡a va pas non ? C’est quoi cette affirmation inconcevable.
Non non, je maintiens : « Vive le libéralisme ! »
Vous étes scandalisés et n’étes pas loin de demander mon éviction en tant que promoteur du NOM.
Vous me jugez par rapport aux considérations que vous avez vous méme du libéralisme. La main mise des multinationales, le petit asiatique de 7 ans qui trime pour coudre un Tshirt et gagner presque rien.
Vous me jugez par rapport à  l’image que donnent les médias du libéralisme. Mais il y a erreur. Vous confondez avec l’ULTRA libéralisme.
Dès qu’une personne se prononce sur le libéralisme, une étiquette d’ULTRA est de suite accolée. Et en effet, l’ULTRA libéralisme, c’est le communisme économique. Une entreprise toute puissante qui ne laisse rien à  l’individu.
Par contre le libéralisme, (racine: liberté) c’est juste la libre concurrence, sans holding, fusions, trusts ou autres regroupements.
De la méme manière, l’américain moyen qui croise un homme avec une longue barbe, un peu basané et un bout de tissu sur la téte le définira comme terroriste en puissance.
Le syndrome le plus profond du refuge demeure avant tout la perte de la responsabilité.
Personne ne veut plus prendre la responsabilité de quoique ce soit. Au sein d’une communauté, plus personne n’assume ses actes ou ses pensées.
« Le travail d’équipe est essentiel. En cas d’erreur, ça permet d’accuser quelqu’un d’autre. »
Le jeune casseur du 9-3. « Ce n’est pas sa faute, c’est l’environnement. Imaginez la banlieue, ses dangers, la démission parentale etc etc. »
A entendre cela, le jeune casseur en question voit ses actes justifiés. Il peut se permettre tout et n’importe quoi, vu qu’il n’est plus responsable.
L’art des manipulateurs
Cela a déjà  été évoqué plusieurs fois. Pour tout bon manipulateur, le réflexe du comportement grégaire est du pain béni pour contrôler une masse. Il suffit d’avoir un petit talent de rhétorique et d’orateur et le tour est joué.
« Nous allons lutter ensemble. Et ensemble nous gagnerons. On va changer le monde ! »
En résumé, si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous.
Le « nous » évoque d’abord le groupe. Puis, gràce au « on », s’efface la solidarité pour signifier à  quel point l’action devient impersonnelle. En quelque sorte, l’orateur annonce qu’il faut étre plusieurs pour avoir la victoire et ensuite s’efface tout doucement pour dire que ce sont les autres qui vont prendre les balles. Lui se contentera de compter les points.
Le manipulateur éclairé et surtout très averti jouera méme sur l’opposition de « petits groupes » apparemment opposés pour maintenir un effet collectif global.
L’exemple de la télé-réalité
De multiples émissions proposent des systèmes de vote par le public pour éliminer ou sauvegarder un candidat. Il s’en suit de véritables mouvements de soutien, des clubs de fans, et par conséquent des rivalités entre le Fan-club pro « Jessica funkie beat » et le collectif « Tous derrière Johanna ».
A l’arrivée, tout le monde se retrouve devant la télé au moment du vote. L’illusion de la diversité de chacun est énorme. Mais en fait, tous les fans sont pollués par la méme émission.
C’est le méme effet en considérant non pas une seule émission de TV réalité, mais bien leur ensemble.
Certains condamneront ouvertement un type d’émission alors qu’ils ne manqueront pas une diffusion d’un programme concurrent. Par exemple Evelyne Thomas, présentatrice de « C’est Mon choix », critiquant l’émission de TF1 « Y a que la vérité qui compte ». A regarder de près il s’agit en fait du méme style de télé-poubelle.
Il s’agit donc de donner l’illusion d’une diversité pour faire croire à  la masse que chacun est différent. En fin de compte, il n’en est rien : le groupe a les mémes habitudes, réflexes, envies ou idées.
Il faut aussi donner l’illusion qu’une action « solidaire » est la solution à  beaucoup de choses.
C’est le problème du bénévolat, type « AIDS », « Médecins sans Frontières » ou autres. Le bénévole participant aux actions de ce type de groupe, a, au départ, une idée très louable. Le matraquage de ses supérieurs lui fait croire que son action est utile. A l’arrivée, cela donne Jacques Crozemarie qui part avec la caisse.
C’est le méme principe pour les pétitions. On se sent soutenus par tous ceux qui signent. Mais combien de pétitions ont réellement apporté quelque chose ? On a l’impression qu’on a un pouvoir de parole et que l’on attire l’attention des détenteurs du pouvoir.
Effectivement vous aurez eu leur attention. Gràce à  vous, ils auront eu cinq minutes de pause hilarante. Dans l’hypothèse où la lettre sera arrivée à  destination, évidemment !
En résumé, d’après les faits décrits, les propositions pour « changer les choses » sont caduques ?
Tout à  fait.
Se rassembler en éco-village, en communautés autonomes, ou envoyer des pétitions ne résout rien.
Cela correspond au syndrome Bisounours. On se tient tous par la main, on arbore tous un sourire freedent light et on danse la farandole sur l’air de tirlipimpon sur le chiwawa.
L’individu se sent soutenu et pense qu’à  plusieurs il pourra passer le cap. Il oublie une chose. La personnalité de chacun. L’ego.
Un rappel :
 » Les gens ne songent pas à  vous. Ils ne songent pas à  moi. Ils ne songent qu’à  eux-mémes. »
Ils y pensent le matin, à  midi et le soir.
La Compagnie des Téléphones de New York vient de faire une enquéte pour savoir quel était le mot le plus fréquemment employé au cours des conversations. Vous avez deviné… C’est le pronom personnel « je ». Il a été prononcé trois mille neuf cents fois au cours de cinq cent conversations. «Je», « je », « je »… « Moi », « moi », « moi » ! »
Quand vous examinez la photographie d’un groupe dont vous faites partie, quelle est la personne que vous regardez la première ?
C’est le paradoxe du système. Chacun préfère rester groupé mais pense à  lui tout le temps. Sans pour autant essayer de sortir la téte du lot. Les plus fourbes en profiteront pour satisfaire leurs propres intéréts. La notion de pouvoir reviendra forcément d’un moment à  un autre.
Admettons un éco-village. Viendra un moment où une décision devra étre prise. Selon le choix, certains seront mécontents car non satisfaits. Restera une ranc?ur et un début de scission. Quant à  celui qui gère le portefeuille, il aura tout lieu de partir s’il voit que les choses se passent mal.
Et le coup de la pétition pour vaincre le NOM !
Excellent !
On affirme envoyer cela en son nom propre, tout en précisant : « cela n’engage en rien le forum X.com qui a eu le privilège d’abriter les derniers esprits libres … »
Moi j’affirmerais plutôt que c’est l’initiateur de la lettre qui a eu le privilège d’étre admis dans le forum ! Mais là  n’est pas le problème.
Est affirmé haut et fort que le forum n’est pas « utilisé » comme un quelconque soutien.
Oui, mais pour appuyer une idée, que faut-il ? Un groupe derrière soi. Plus il y a de monde, mieux c’est. En bref, on ne cite pas le forum, mais en cas de poursuite du processus, il pourra venir les réflexions du genre « nous ne sommes pas les seuls : toute une communauté est derrière nous ! »
Et si cela est fait en votre nom propre, pourquoi ne retrouve-t-on pas une seule fois le terme « je » ? Ce n’est pas « je vais envoyer la lettre » mais « nous allons envoyer la lettre ». Ou bien « la pétition que nous allons lancer au lieu de « que je vais lancer »…
Ok, vous étes au moins deux.
Et quel droit cela vous donne-t-il ?
Si enquéte il y a, vu l’organisation condamnée, il y a de forte chance que cela arrive. Les enquéteurs remonteront à  forum X.com. Et près de x centaines de membres associés. Lesquels membres, pour ou contre votre projet, seront associés tout de méme à  cette initiative. Et la fourberie va plus loin. Admettons qu’un membre décide de supprimer son compte pour ne pas étre ?catalogué’ ? Son nom fait toujours partie du forum. Ses anciens post sont toujours présents. Il sera tout de méme lié à  cette initiative malencontreuse.
Oui, mais « tous ensemble, nous serons plus forts. »
« Il faut étre plusieurs pour se faire entendre. »
Je le répète : et tirlimpimpon sur le chiwawa aussi non ?
C’est l’individu et l’unicité de chacun qui est la solution. Pas le groupe.
Le NOM fonctionne en groupe. En hiérarchie pyramidale. Vous voulez vous battre avec les mémes armes. Ridicule !
L’exemple de Vercingétorix.
La guerre des Gaules. César veut à  tout prix conquérir ce territoire. Oui mais voilà , en face, il y en a beaucoup qui ne sont pas d’accord. Très beaucoup méme. Du coup, dès que les garnisons romaines avancent en territoire inconnu, elles se voient confrontées à  un ennemi connaissant mieux le terrain et dont les déplacements sont beaucoup plus aisés : moins de monde, donc vitesse de déplacement facilitée. Le principe de guérilla.
Et pendant un temps, ça ne va vraiment pas trop bien pour le matricule de César. Il ne progresse pas.
Oui mais voilà  le sauveur du futur empereur. Vercingétorix lui-méme.
Il rassemble toutes les tribus gauloises pour faire front face au visiteur. Il se base sur la technique ennemie. Deux armées face à  face. A l’arrivée, Gergovie certes, mais surtout Alésia, la défaite gauloise et Vercingétorix prisonnier. Plus d’opposition. Le territoire s’ouvre aux Romains.
L’individualiste notoire !
C’est la réponse que chacun pourra me jeter au visage. Peut étre.
Dans le système de valeurs indien, l’individualisme était source de honte plutôt que de gloire. Il est obscène de faire quelque chose pour soi. On ne possède rien, on n’a de droits sur rien. Encore de nos jours, un Indien qui achète une voiture sait qu’il devra la préter au premier Indien qui lui la réclamera.
La société indienne était une société égalitaire. Il y avait certes un chef, mais on n’était chef que si les gens vous suivaient spontanément. Etre Leader, c’est une question de confiance. L’élection du chef était permanente. Sur une décision, si 90 personnes suivaient, les 20 qui n’étaient pas d’accord ne suivaient pas. Chacun faisait ce qui lui semblait le mieux à  son avis personnel. Un peu comme si chez nous il n’y avait que ceux qui trouvaient une loi juste pour l’appliquer !
Dans la société indienne, il n’y avait pas de pouvoir héréditaire ni de pouvoir permanent. A chaque décision, chacun exposait son point de vue lors de pow-wow (conseil de la tribu). C’était avant tout un régime d’assemblée. Si la majorité n’avait plus confiance dans son chef, celui-ci se retirait de lui-méme.
La société avait une structure éclatée. Les cow-boys eurent affaire à  des centaines de tribus migrantes. Il n’y avait pas une téte immobile, mais des centaines de tétes mobiles. Si les Blancs arrivaient à  mater ou à  détruire une tribu de 150 personnes, ils devaient à  nouveau s’attaquer à  une deuxième tribu de 150 personnes.
La société indienne n’était donc pas individualiste. Mais on peut s’apercevoir qu’elle n’a aucun point commun avec les systèmes décrits précédemment (hiérarchie pyramidale, perte des responsabilités, destruction de l’individu…).
C’est bien la progression individuelle qui fera avancer le groupe. Non pas l’inverse.
L’exemple sportif
1998. La France est championne du monde de football.
Pourquoi ?
Parce que chacun des joueurs s’est hissé à  son meilleur niveau, à  donner le meilleur de ses capacités et réduit au minimum ses défauts pour faire gagner le groupe.
Si l’on se base sur le principe des systèmes actuels, le principe du « tous pareils», la France aurait gagné avec Zidane dans les buts, Deschamps attaquant et Aimé Jacquet défenseur.
Non, c’est bien l’unicité de chacun, et la complémentarité de l’ensemble qui a fait gagner l’équipe.
Le 100ème singe
Tout le monde connaît cette étude.
Le 100ème singe n’en avait rien à  faire des autres. Il voulait avant tout se satisfaire la panse. Résultat, c’est toute la communauté qui en profite ! ! !
Mais non, mais non c’est pas possible !
Regarde, forum X.com : un ensemble de membres tous différents et pourtant on arrive à  faire quelque chose !
L’exemple type d’un forum: on tombe vite dans les travers du groupe !
Le syndrome du « ça va ? »
Et les posts pour les nouveaux venus ?
Les nouveaux membres ont raison de se présenter. Mais s’ensuit une ribambelle de posts se résumant à  « bienvenue chez nous ! » (chez NOUS ! ! !).
Sympa au départ. Mais cela est vite devenu un rituel du genre : « on fait partie du méme groupe ! »
Idem pour le Chat.
Au début on vient pour voir, essayer de discuter. Petit à  petit cela devient le rendez-vous pour trouver son refuge.
Le pouvoir ?
Dans beaucoup de post, les avis divergent. Et souvent après quelques échanges intéressants, les propos se perdent. Chacun veut camper sur ses positions (si si cela arrive). Le but du jeu est d’avoir le dernier mot. Histoire de dire « tu as vu j’ai raison ». Celui qui arréte la discorde reconnaît implicitement la supériorité de l’autre. C’est une caractéristique du pouvoir. Chacun veut avoir raison.
Les grades ou étoiles !
Caractérisant le nombre de posts. En quelque sorte l’ancienneté ou la pertinence des propos. Qui ne s’est jamais réjoui à  la vue d’un nouveau grade ou d’une nouvelle étoile ? Et pour les nouveaux venus, le but du jeu est simple : poster un maximum pour atteindre un palier supérieur ! Et rejoindre le groupe des grands posteurs.
Le refuge et L’ego ?
Quand vous vous connectez, quels sont les premiers posts que vous consultez ? Ceux où vous étes intervenus.
Si vous étes contredits, ça ne vous satisfait pas. Par contre si les réponses vont dans le sens du poil, on se sent flatté. Heureux. D’autres pensent comme vous ! ! ! !
Moralité de l’histoire ?
Un rappel sur la définition du mot grégaire :
« Qui pousse les étres humains à  constituer des groupes où SE PERD LA PERSONNALITE de chacun. »
C’est cette instinct grégaire qui est à  l’origine des descriptions précédentes.
Ensuite, regardons un peu toutes les croyances passées et présentes. Religion chrétienne, musulmane ou juive. Traditions de l’Ancienne Egypte, croyances Nordiques ou Celtes. Coutumes indiennes, bouddhistes et toutes celles que j’aurais oublié.
Au moment de la mort, qui aura à  répondre de ses actes ? L’individu ou le groupe ?
« Le réflexe naturel de l’homme n’est pas d’affirmer sa personnalité mais de conformer son opinion à  celle de l’époque, de capituler devant le sentiment du plus grand nombre.
Il faut donc étre doué d’une énergie spéciale, d’un courage insurrectionnel pour opposer sa volonté à  cette pression morale. »
Stefan Zweig
Juju

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