Trouin de Lisle, alchimiste ou faux-monnayeur ?

Le XVIIe siècle a vu éclore, en Europe, une véritable pépinière d’alchimistes ; la recherche du Grand Œuvre philosophique et la soif de l’or conditionnèrent d’une manière certaine cette poussée d’occultisme.

Les plus célèbres de ces chercheurs furent sans contestation possible les Paracelse, Alexandre von Bernus, Jean Valentin André et bien entendu Cornelius Agrippa de Nettesheim. D’autres plus obscures jouèrent pourtant un rôle important dans l’histoire secrète de la conquête alchimique, tel Trouin de Lisle, qui mourut à la Bastille après une bien étrange vie ?

Trouin était né à Bargemon en 1673, de parents pauvres. Il commença son existence comme berger, conduisant son troupeau dans les pâturages embaumés de lavande, et passant ses nuits à contempler le ciel. Plus tard, il fut attiré par la mécanique, après avoir été serrurier puis armurier. Il avait vingt-huit ans, lorsqu’il rencontra à Nice un Italien qui le conduisit du côté d’Avignon. Dans le Comtat, depuis le temps du pape Jean XXII en particulier, on avait conservé le goût de l’or, et les souffleurs étaient très nombreux dans la ville.

L’Italien était alchimiste, et il révéla à Trouin diverses opérations secrètes réalisées à l’aide de fourneaux et de cornues. Le Bargemonais apprit ainsi à transmuter en or, le plomb et le fer.

A cette époque, comme aujourd’hui, les finances publiques étaient considérées comme étant en « difficulté », le contrôleur des finances locales huma un jour les fumées spagyriques qui s’échappaient du laboratoire des deux compères. D’un commun accord, ceux-ci se séparèrent, Trouin échappa aux foudres du contrôleur et des gens d’armes en s’enfuyant à La Palud, où il changea de nom. IL devint « de Lisle ».

Après une retraite de quelques mois dans une chapelle de pénitents, M. de Lisle partit de château en château, montrer son savoir et sa science aux grands de l’époque, transmutant à tour de bras et laissant toujours à ses admirateurs l’or né dans ses creusets.

Comme on s’en doute, le contrôleur des finances retrouva sa trace, espérant toujours rétablir l’équilibre perdu des caisses de l’Etat, il délivra à l’alchimiste un sauf-conduit de quinze mois pour se rendre à Saint-Auban afin de se livrer en toute quiétude à ses manipulations hermétiques. Sentant le piège, le Bargemonais répondit au sieur Lebret que les opérations alchimiques demandaient un laps de temps beaucoup plus long que celui que lui avaient accordé les autorités. Certaines conjonctions astrales étant nécessaires pour réaliser les transmutations…

Mgr Soanen, l’évêque de Senez en personne, se dit parfaitement sûr de la loyauté de de Lisle et de l’authenticité du précieux métal sorti de son athanor !

Mais avec le temps qui passait, le portefeuille du contrôleur était toujours aussi plat, personne en haut lieu ne voyait rien venir du laboratoire de l’alchimiste. L’ordre fut donné d’arrêter Trouin.

Transféré à Cannes où siégeait le président du tribunal spécial pour la répression de la fausse monnaie, Trouin de Lisle trouva dans la personne de ce dernier un avocat favorable qui affirma, comme l’évêque de Senez, que les manipulations transmutatoires de l’inculpé ne pouvaient être mises en cause. Il est vrai qu’une enquête conduite avec le plus grand sérieux prouvait que l’initiateur de l’alchimiste de Bargemon n’était autre que Lascaris, qu’il avait rencontré à Nice, au hasard d’un repas partagé dans une auberge à l’enseigne du Chapeau-Rouge.

Jusqu’en 1711, la chance le servit encore, mais comme tout a une fin, il fut arrêté une nouvelle fois, ficelé et jeté dans une voiture qui le conduisit vers Paris. En chemin, l’équipage s’embourba et se renversa dans un fossé. Les liens du prisonnier se rompirent et se dénouèrent comme par miracle. L’alchimiste s’échappa ! Il ne devait pas aller loin car les gardes tirèrent sur lui et le blessèrent. Il fut repris, entravé et conduit en toute hâte à Paris où on l’embastilla. C’était le 4 avril 1711.

Jouissant d’un traitement de faveur dans la célèbre prison, il fut invité à mettre sa science au service du roi. On lui procura le nécessaire, mais le plomb demeura gris et le fer se chargea de rouille.

D’Argenson traita de Lisle de menteur, puis vainement par la douceur et par la menace on tenta d’arracher au Provençal son prétendu secret. Trouin garda un silence prudent puis mourut embastillé, le 30 janvier 1712, emportant avec lui le mode opératoire des transmutations. Il s’était très certainement empoisonné.

Où se situait son crime ?

Son biographe, J-A. Durbec, émet une hypothèse qui mérite d’être retenue : Trouin avait tâté dans sa jeunesse de faux-monnayage, de Lisle, loin de raccrocher après une condamnation à mort pour ce délit, aurait réussi à étendre son trafic.

Du vieux château de Saint-Auban, il ne reste plus rien, que la porte. C’est pourtant à l’intérieur de ses murs qu’une perquisition effectuée en mars 1711, permit de découvrir plusieurs lingots d’or et une médaille que le roi du Portugal avait envoyé à Trouin, son ex-armurier, en même temps qu’un parchemin le nommant « Chevalier des Stigmates »

Nous pouvons supposer que Trouin ne sut jamais faire de l’or, mais que son initiateur, dont la qualité d’alchimiste n’avait jamais été contestée. Lascaris aurait remis à Trouin de Lisle une certaine quantité de poudre de projection qui aurait permis au souffleur de faire de l’or, sans rien connaître de la Science des Adeptes.

Par Guy Tarade

Voir également : http://web.archive.org/web/20150318090305/http://lesarchivesdusavoirperdu.over-blog.com/ et http://web.archive.org/web/20141104103722/http://lesdossiersdeletrange.over-blog.com:80/

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