L’ufologie n’a pas d’ontologie

Jacques Valléea dit Jacques Vallée lors des ateliers 2014 du CAIPAN

L’année dernière, alors que quelques journalistes jetaient un coup d’oeil sur l’état lamentable des conventions OVNI aux Etats-Unis, et qu’ils se demandaient si l’ufologie comme champ en était finalement arrivée à sa fin, certains des meilleurs esprits du monde se réunissaient derrière des portes  close de l’autre côté de l’Atlantique, pour avoir des discussions sérieuses sur un sujet qui est toujours considéré comme une forme de divertissement pour déséquilibrés par la majorité des médias traditionnels.

Ceux qui étaient invités à y participer n’avaient pas à perdre du temps à convaincre le public sur la réalité du phénomène. Ce n’était pas une réunion de « vrais croyants » racontant des histoires de contact avec les bienveillants Frères de l’espace ou les envahisseurs extraterrestres malveillants (et il n’y avait certainement pas de diapositives Kodachrome de momies d’enfants affichés sur les vitrines de verre bon marché!). L’équipe multinationale de scientifiques et de membres de l’armée rassemblés à l’atelier CAIPAN, parrainé par l’agence spatiale française CNES, étaient rassemblés dans la ville de Paris le deuxième week-end de juillet 2014, parce qu’ils étaient déjà convaincus que les ovnis sont plus que de la matière première pour les tabloïds de supermarché. Mais plus que cela, ils étaient tout à fait conscients d’un problème très embarrassant pour ceux qui prétendent être «des ufologues professionnels»:  près de 70 ans après l’observation fondatrice de Kenneth Arnold en juillet de 1947, nous ne savons toujours pas ce que sont les ovnis.

C’est précisément l’objet de la participation de Jacques Vallée lors de l’atelier CAIPAN. « Supposons que la « soit-disant » divulgation se produise demain ». Vallée propose au début de sa présentation intitulée « Une stratégie pour la recherche »; que cela se produise, et que la presse commence effectivement  à prendre le sujet au sérieux et demande aux ufologues des informations sur le phénomène, « nous serions incapables de répondre à un certain nombre de questions fondamentales. »

En revenant aux sources, Vallée met en avant un certain nombre de questions très simples et logiques soulignant notre ignorance monumentale sur le phénomène:

  • Y at-il modèles globaux dans les données?
  • Quels sont les faits physiques du phénomène?
  • Y at-il des endroits spéciaux où il se manifeste?
  • Quels sont les facteurs sociaux et culturels?
  • Quel est l’impact sur les êtres humains?
  • Quelle méthodologie est applicable?

L’aspect le plus choquant de la stratégie proposée par Vallée, est le fait que toutes ces questions pourraient trouver des réponses aujourd’hui avec les outils disponibles de la science moderne. L’ufologie n’a pas besoin pas d’une approche fantastique pour laquelle nous devrions patiemment attendre le développement de nouvelles technologies, dans l’espoir qu’un jour nous puissions commencer à comprendre le phénomène insaisissable. L’analyse des bases de données, déjà recueillies par les quelques groupes de civils qui effectuent des recherches –ou les fichiers laissés par les organisations défuntes, comme l’APRO– pourrait commencer à jeter quelque lumière sur les schémas observés par les ovnis au cours de l’histoire.

Alors, pourquoi ne faisons-nous pas cela?

« L’ufologie n’a pas d’ontologie», dit Vallée,  dans une phrase destinée à résumer la stagnation d’un champ qui souffre déjà de rhumatisme, même s’il en est à peine à ses débuts.  En matière d’ovnis, nous essayons d’étudier les cas comme s’ils étaient seuls: «ce n’était pas un avion ou un ballon, ou Vénus, ou un météore, donc c’est un inconnu » – et jusqu’à ce que nous ayons une méthodologie utile dépourvue d’idéologie , avec laquelle nous pourrons aller au-delà ce que les OVNIS ne sont pas et commencer à décrire ce que les OVNIS sont, il s’écoulera encore 70 ans , et les enfants de nos enfants se demanderont toujours ce que sont ces satanés feux dans le ciel.

L’intervention de Jacques Vallée

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