Un bombardement stratégique des esprits

Les attentats du 11 septembre resteront l’une des plus audacieuses tentatives de manipulation médiatique jamais orchestrée.

Ils débouchent aujourd’hui sur d’inquiétantes restrictions des libertés publiques.

Les techniques de contrôle psychique des populations relèvent ici d’une stratégie cruellement simple. En premier lieu, l’usage de la terreur fige les gens dans un état de choc et accroît leur réceptivité aux suggestions médiatiques. Un message unique est ensuite martelé sans relàche, tandis que tous les faits contradictoires sont soigneusement ignorés. En réponse à  l’anxiété engendrée par le traumatisme, la population démoralisée est alors peu à  peu invitée à  abandonner sa souveraineté pour remettre son destin aux mains d’un pouvoir fort.

 

Le recours à  l’arme psychologique de la terreur contre les populations civiles a été théorisé dans les années ’30 par un groupe de psychiatres anglo-saxons, sous la direction d’un officier britannique – également psychiatre – du nom de John Rawlings Rees. Directeur dès 1932 du Tavistock Institute de Londres, Rees mit au point une technique de contrôle psychologique des masses fondée sur la formation délibérée de névroses. Selon lui, il était possible d’imposer à  une population adulte un état émotionnel comparable à  celui d’enfants névrosés. La seconde guerre mondiale lui donna l’occasion de tester ses théories sur des soldats américains et britanniques, pour déterminer dans quelle mesure un stress artificiel contrôlé pouvait provoquer des modifications imprévisibles de comportement .

Les travaux de John R. Rees et son équipe trouvèrent une application militaire directe au sein du dispositif britannique de bombardements stratégiques, qui culmina avec l’anéantissement de la ville de Dresde par l’aviation alliée, en février 1945. Cette ville – symbole de l’héritage culturel allemand – avait été choisie comme cible par l’état-major britannique pour infliger à  la population civile un « message » qui briserait ses dernières forces et préparerait la capitulation. Les Allemands devaient réaliser que leurs trésors les plus chers pouvaient disparaître en quelques instants s’ils n’abandonnaient pas tout orgueil (lire notre encadré). Un demi-siècle plus tard, le nom de la cité-martyr garde encore son pouvoir d’émotion puisque, devant les ruines fumantes des deux tours du World Trade Center, un commentateur horrifié s’exclama : « On dirait la destruction de Dresde! »

« On dirait Dresde! »

DRESDE : VILLE-MARTYR

Au soir du 13 février 1945, l’ancienne ville-résidence des rois de Saxe fut attaquée par la Royal Air Force. En une demi-heure, 1500 tonnes de bombes explosives et 650000 bombes incendiaires tombèrent sur le centre-ville. Un espace d’environ 35 km2 se transforma en enfer de flammes, un ouragan de feu qui fonçait dans les rues allant jusqu’à  déraciner les arbres. D’autres bombardements suivirent. Dans cette ville de 700000 habitants se trouvaient également au moins 200000 réfugiés qui fuyaient l’avance de l’Armée rouge. Les pertes humaines furent incalculables, mais comparables à  celles d’Hiroshima ou Nagasaki. Des éléments irremplaçables du patrimoine architectural et culturel furent anéantis. Le commandement supréme allié fut accusé de mener consciemment des attaques de terreur contre les populations civiles, ce que dut confirmer Winston Churchill. Ces bombardements faisaient partie de l’opération Thunderclap qui avait pour objectif de donner le coup de gràce à  l’Allemagne hitlérienne.

(Source: Klaus Jürgen Müller, Dresde, in 1938-1948 : les années de tourments – dictionnaire critique, éd. Flammarion, 1995)

Changements politiques radicaux.

Pionnier de la psychologie sociale, Kurt Lewin travailla également pour les Services Spéciaux américains durant la seconde guerre. Il décrit plus précisément l’impact des stratégies de terreur sur les individus: « L’alternance fréquente entre des mesures disciplinaires sévères et la promesse d’étre bien traité, accompagnée d’informations contradictoires, interdit toute compréhension logique de la situation. L’individu ne peut dès lors décider si telle ou telle action va le rapprocher ou au contraire l’éloigner de ses propres objectifs. Dans ces conditions, méme les individus les plus déterminés seront démobilisés par des conflits intérieurs qui paralyseront leur capacité d’action. »

Dans une analyse datant de 1999, un stratège militaire américain explique pourquoi la destruction d’infrastructures civiles peut provoquer des changements radicaux dans la politique d’une nation: « Utilisée au moment opportun et au bon endroit, une seule attaque pourrait détruire la confiance que les gens placent dans leur gouvernement, dans leur armée et en eux-mémes. Ce pourrait étre une attaque décisive contre la volonté politique d’une population tout entière. » . Aujourd’hui, les technologies modernes de communication permettent de maximiser l’impact de telles stratégies par la diffusion en continu d’images traumatisantes, qui exercent sur le spectateur un effet hypnotique réduisant sa capacité de raisonnement.


Industrie du divertissement.

Dans les cinq dernières années, au moins une demi-douzaine de films à  grand spectacle mirent en scène une attaque terroriste contre les Etats-Unis, le plus souvent planifiée par des ressortissants arabes. Les statistiques d’Hollywood estiment que ces films ont été visionnés par plus de cent millions d’Américains. Or le scénario de chacun d’entre eux fut supervisé par des « conseillers » dont l’expertise en matière de contre-terrorisme provenait parfois directement de la sphère militaire. Dans The Siege, un thriller datant de 1999 et dirigé par Edward Zwick, une cellule de terroristes arabes prend pour cible la ville de New York. Tandis que les attaques croissent en intensité, des images montrent le président Clinton commentant la riposte américaine contre les réseaux de Ben Laden. Finalement, New York est placée sous la loi martiale et les citoyens de type arabe sont internés dans des camps. Commentant les événements du 11 septembre, le critique de cinéma new-yorkais Anthony Lane constatait : « C’est un vrai scénario! Tout était écrit dans The Siege! » .

Du fait de récentes méga-fusion – Warner Brothers et AOL par exemple -, le cartel du divertissement est entre les mains de gigantesques conglomérats militaro-industriels. Véritable phénomène de masse, l’industrie du spectacle est donc bien placée pour seconder les médias d’information dans la manipulation de l’opinion publique. C’est ainsi que la 20th Century Fox du magnat de presse Rupert Murdoch produira un film de fiction comme The Siege tandis que la chaîne d’information Fox News – appartenant au méme groupe – diffusera en continu des reportages « réels » sur les réseaux terroristes de Ben Laden. La réalité finit alors par dépasser la fiction.


Messe noire.

C’est dans ce contexte propice que quelques grands prétres font leur apparition sur les petits écrans. Dans les jours qui suivirent les attaques, l’organisation de défense de la liberté d’information Fairness & Accuracy in Reporting (FAIR) dénombra plus d’une douzaine de prestations télévisées pour l’ancien directeur de la CIA James Woolsey. Les commentaires de l’ancien secrétaire d’Etat Henry Kissinger – aujourd’hui poursuivi pour crimes de guerre – furent aussi largement sollicités. Lorsque le ministre de la Justice John Ashcroft annonça l’abrogation de libertés fondamentales, ces mesures liberticides furent présentées par la presse écrite comme un « sacrifice nécessaire » et FAIR remarqua que deux des trois principales chaînes de TV ne mentionnèrent méme pas l’évènement (lire ci-contre).

Au milieu des années ’70, deux psychologues du Tavistock Institute – Eric Trist et Fred Emery – avaient déjà  développé l’idée selon laquelle un groupe social, auquel on administrerait une série de chocs – tels que coupures d’électricité, krash économique ou boursier, ou attaques terroristes – d’intensité croissante, manifesterait une sorte de psychose afin de s’extraire d’une réalité traumatisante. Dans cette fuite, la télévision – qui est en elle-méme une sorte de narcotique – jouerait un rôle central, permettant à  une oligarchie de canaliser les sentiments de frustration liés à  la perte de la souveraineté individuelle. Dans l’esprit des chercheurs, la société violente que décrit Anthony Burgess dans son livre Orange Mécanique serait la conséquence logique de plus de cinquante ans de manipulation de masse par le cinéma et la télévision. Une thèse qui semble familière à  certains hommes politiques, soucieux de conserver pouvoirs et privilèges.

Source  : Motus / Marc-André Cotton

 

 

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