Un prince gallois aux Amériques avant Christophe Colomb?

L’explorateur italien Christophe Colomb (1451-1506 AD) a déjà été détrôné en tant que découvreur européen des Amériques. La plupart des historiens conviennent maintenant que les premiers Européens connus dans le Nouveau Monde étaient les Vikings dirigés par Leif Erikson vers 1000 après JC. Il y a, cependant, un autre Européen qui a également prétendu avoir atteint le Nouveau Monde avant 1492, le prince gallois Madoc (Madog). On dit qu’il est allé au Nouveau Monde avec une flotte de navires entre les années 1170 et 1171 après J.-C. On a également suggéré que plusieurs tribus amérindiennes descendent des membres de son expédition. Aucune preuve concluante n’a été trouvée pour étayer cette idée jusqu’à présent, mais c’est une possibilité intrigante.

Christophe Colomb
Le premier voyage», Christophe Colomb, adieu à la Reine d’Espagne lors de son départ pour le Nouveau Monde, le 3 août 1492. (Domaine public)

L’histoire du Prince Madoc

L’histoire de Madoc est tirée d’un poème du 15ème siècle. Selon le poème, Madoc était le fils du roi gallois historique Owain de Gwynedd. Owain avait treize enfants légitimes et un certain nombre d’enfants illégitimes. Madoc était un fils illégitime. Il est né vers 1145 après JC.

En 1170, lorsque le roi meurt, une dispute entre ses fils éclate; qui serait le prochain roi? Cela a mené à une guerre civile. Madoc était un homme de paix et n’avait aucun goût pour la violence. Alors lui et son frère Riryd sont partis avec deux navires. Ils ont navigué vers l’ouest et ont finalement atteint ce qu’on appelle maintenant l’Amérique du Nord, débarquant à Mobile Bay, en Alabama. Ils sont retournés au Pays de Galles en 1171 pour raconter leurs aventures et rassembler des recrues pour établir un nouveau royaume de l’autre côté de la mer. Cent hommes, femmes et enfants sont partis avec le prince Madoc pour ne jamais revenir.

Représentation de Madog ab Owain Gwynedd sur son navire.

Une présence Galloise en Amérique?

Il n’y a aucune mention du prince Madoc dans les annales du 12ème siècle, sans parler de preuve de son atterrissage à Mobile Bay, mais cette légende est restée une histoire populaire à l’époque de l’Age des Découvertes. Elle  a même été  utilisée par John Dee, un agent de la Reine Elisabeth, pour soutenir que les Anglais avaient une revendication  plus légitime sur le territoire du Nouveau Monde que la France et l’Espagne. John Dee est même allé jusqu’à dire que le roi Arthur et Brutus de Troie, le premier roi légendaire des Britanniques, avaient tous deux établi une présence britannique au Nouveau Monde, consolidant encore la revendication anglaise sur les Amériques.

Au cours des 18ème et 19ème siècles, les explorateurs  ont cru que de nombreuses tribus amérindiennes descendaient des colons gallois dirigés par le prince Madoc. Certains explorateurs ont même cru que les civilisations Maya et Inca étaient liées au Prince gallois. Il en est de même des civilisations de constructeurs de l’est des États-Unis. En outre, lorsque les premiers colons mormons sont venus en Utah, ils étaient tellement convaincus que les tribus Hopi et Zuni étaient de descendance galloise qu’ils ont envoyé des gens qui connaissaient le Gallois vers les tribus pour identifier des locuteurs gallois. Aucun n’a été trouvé. La tribu, le plus souvent identifiée comme descendant éventuellement  ou descendant partiellement des colons gallois, est les Mandans. Les Mandans  étaient une tribu qui vivait à l’origine le long de la rivière Missouri. Leurs descendants vivent principalement au Dakota du Nord et du Sud aujourd’hui.

Shakoka
Shakoka, une jolie fille Mandan, George Catlin 1832. (Domaine public)

Beaucoup d’Européens qui ont rencontré le Mandan, dont l’artiste George Catlin, ont cru qu’ils étaient d’ascendance européenne. Cela s’explique principalement par leur couleur de peau relativement claire et par le fait que leurs cheveux devenaient gris lorsqu’ils vieillissent, ce qui n’était pas le cas pour la plupart des tribus environnantes. D’autres explorateurs européens ont affirmé que leur langue était très similaire au gallois et que, contrairement aux groupes amérindiens environnants, ils avaient une architecture avancée telle que des forteresses de pierre ainsi que des villes et villages permanents avec des rues planifiées.

Bateaux Mandan. On a suggéré que ceux-ci étaient similaires au coracles gallois

Il y avait aussi des histoires d’Indiens blancs qui avaient des cheveux blonds et des yeux bleus qui avaient été anéantis par les tribus non-blanches environnantes dans une bataille près des chutes de la rivière Ohio. Cette histoire a été incorporée à la légende de Madoc car les colons dans la région des chutes identifiaient les Indiens blancs avec les descendants de l’expédition galloise.

Chef de gueree Mandan
Chef de guerre de Mandan avec sa femme favorite (Catlin 1861-69) (Domaine public)

Plus qu’une légende?

Y a-t-il des preuves archéologiques ou historiques pour soutenir  cette idée? Il y a des monticules de terre à Devil’s Backbone  qui ont été attribués aux descendants des colons gallois dans le passé. Il y avait également une fosse commune à proximité du lieu de la bataille entre les Indiens blancs et les autres tribus. Ceux qui croient dans la légende ont affirmé que c’était la sépulture de ceux qui étaient morts dans la bataille.

En outre, il y a l’histoire d’une découverte à Jeffersonville, Indiana, de plusieurs squelettes qui ont été enterrés avec  une armure en laiton. La plupart de ces allégations ne sont pas vérifiables étant donné que la preuve n’est pas disponible pour analyse. La fosse commune mentionnée par les premiers colons a apparemment été emportée par la rivière (si elle a vraiment existé) et l’armure a également disparu. En outre, la plupart des linguistes contemporains ne croient pas que la langue mandanienne soit semblable au gallois hors quelques mots.

‘attribution des monticules de terre trouvés dans divers endroits du nord-est des États-Unis, y compris Devil’s Backbone à une tribu ou une civilisation blanche mystérieuse et disparue, était très répandue au 19ème siècle. C’était commun même dans les milieux archéologiques et anthropologiques professionnels. Un autre exemple de cette tendance était le Livre de Mormon qui prétendait que les membres des dix tribus perdues d’Israël étaient venus en Amérique et y avaient établi une civilisation. Les premiers colons mormons, ainsi que certains mormons modernes, ont attribué les monticules ainsi que les villes construites par les Mayas et les Incas aux colons israélites.

Ces premières théories reflètent les tentatives de concilier la vision dominante occidentale sur les Amérindiens à l’époque qui étaient considérés comme des sauvages non civilisés avec les preuves d’anciennes civilisations américaines ayant une sophistication technologique qui rivalisait avec l’Europe elle-même. Les savants européens savaient peu sur l’archéologie des Amérindiens et leur histoire culturelle, alors ils ont supposé que les Amérindiens n’avaient pas pu construire ces villes et ces structures en raison de leur technologie inférieure. Depuis lors, les archéologues et les anthropologues ont beaucoup appris sur les cultures américaines et de nos jours il est généralement convenu que les Amérindiens ont construit les structures archéologiques notables avant l’arrivée de Christophe Colomb.

La preuve linguistique

La plupart des Mandan sont morts lors d’une épidémie de variole en 1837, mais assez ont survécu pour que leur culture soit raisonnablement connue. Cela donne aux chercheurs intéressés l’occasion d’étudier la culture vivante des Mandan pour rechercher  une influence galloise.

Jusqu’à présent, il ne semble pas y avoir beaucoup de preuves. Par exemple, on a tenté d’identifier des figures de la mythologie Mandan avec Madoc, comme l’Homme Solitaire. L’Homme Solitaire ressemble peu à Madoc. C’est un demi-dieu qui a été impliqué dans la création du monde qui a créé les terres plates alors que le premier créateur s’est concentré sur les hauts plateaux. La seule chose à propos de l’Homme Solitaire qui peut être connecté à Madoc est qu’il a  marché dans la mer primordiale.

Représentation du Prince Madoc

Pour l’instant, la véracité de la légende du prince prince gallois reste peu concluante. Il est possible qu’un contingent gallois ait effectivement atterri aux Amériques avant Columb, mais beaucoup de choses lui ont été attribuées à tort, ce qui a nuit à la crédibilité de la légende en tant que réalité historique.

Source

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *