Une base atomique contre qui ?

« Nous nous trouvons dans une situation qui équivaut à  une véritable expropriation de notre souveraineté nationale », dénonce Mauro Bulgarelli, député des Verts, « depuis les années 50 le gouvernement italien a autorisé le gouvernement des Etats-Unis à  disposer d’installations militaires, situées sur notre territoire national, dont on ignore les activités et méme les emplacements exacts. Et, cela, gràce à  certains accords secrets »….

La fonction originaire de la base US de La Maddalena consistait à  intercepter des sous-marins soviétiques. Nous étions dans un autre siècle. L’Etat italien considérait alors qu’accorder aux Américains un simple droit de mouillage était justifié par la présence d’un adversaire commun. Aujourd’hui que l’URSS n’existe plus, pourquoi les Américains veulent-ils renforcer leur présence à  La Maddalena? Pourquoi veulent-ils envoyer 3.500 militaires supplémentaires, alors qu’ils disposent, déjà , d’environ 2.500 hommes sur place? Pourquoi veulent-ils édifier une base au sol?

« Le point de vue de la US-Navy est très clair. Ella a toujours considéré la Méditerranée comme une clef stratégique pour l’Europe, le Nord de l’Afrique et la partie est de l’Europe centrale », souligne, de son côté, Salvatore Sanna, expert au comité des sites militaires sardes; « L’agrandissement de la base atomique de La Maddalena est une réponse, directe, aux ambitions de créer une défense européenne autonome. Des ambitions qui sont incarnées par la France »

Mercredi 8 octobre 2003, lors de la session parlementaire, Mauro Bulgarelli, élu des Verts, interroge le ministre des Affaires étrangères italien. Le député a appris, en lisant une dépéche de l’agence italienne ANSA, que le ministre de la Défense vient d’autoriser l’agrandissement de la base atomique US de Santo Stefano. Mauro Bulgarelli veut des explications : Est-il vrai que 3.500 militaires US supplémentaires arri-veront sur l’archipel sarde ? Est-il vrai que la marine américaine, qui disposait d’un simple droit de mouillage, pourra désormais s’installer au sol ? Est-il vrai que la nouvelle base comprendra 52.000 mètres cubes de constructions nouvelles ? Est-il vrai que huit nouveaux sous-marins atomiques seront positionnés à  Santo Stefano ? Carlo Giovannardi, le ministre italien chargé des rapports avec le parlement explique à  la presse : « La position de notre Gouvernement est très claire, nous retenons que des questions de sécurité nationale et d’alliances internationales font que les engagements de l’Italie doivent étre maintenus. En ce moment, face au terrorisme et aux nouveaux défis, nous devons avoir une plus grande cohésion entre alliés ».

La fonction originaire de la base US de La Maddalena consistait à  intercepter des sous-marins sovié-tiques. Nous étions dans un autre siècle. L’Etat italien considérait alors qu’accorder aux Américains un simple droit de mouillage était justifié par la présence d’un adversaire commun. Aujourd’hui que l’URSS n’existe plus, pourquoi les Américains veulent-ils renforcer leur présence à  La Maddalena ? Pourquoi veu-lent-ils envoyer 3.500 militaires supplémentaires, alors qu’ils disposent, déjà , d’environ 2.500 hommes sur place ? Pourquoi veulent-ils édifier une base au sol ?

« Cette décision annonce une escalade dans les conflits moyen-orientaux » nous indique Mauro Bulgarelli. « Déjà  au début des années 80, quand les Américains avaient décidé d’installer 112 missiles atomiques Cruise à  Comiso, en Sicile, ces derniers n’étaient pas dirigés contre l’Union Soviétique. Depuis la Sicile, leur rayon d’action ne permettait pas d’atteindre des objectifs décisifs du pacte de Varsovie », nous explique Bernard Ravenel, observateur attentif de la géopolitique méditerra-néenne qui, en 1990, avait publié un livre, très documenté, Méditerranée. Le Nord contre le Sud ? « Déjà  à  l’époque, les Cruise avaient été installés en Sicile pour menacer les pays arabes. Du Moyen-Orient à  l’Afrique du Nord. Et pour garantir le contrôle des routes du pétrole.

Aujourd’hui, on assiste à  une inquiétante prolifération du nucléaire. Regardez la situation moyen-orientale : Israël et l’Inde, le Pakistan et l’Iran… Les Etats Unis sont aussi visiblement agacés par certaines prises de position européennes. L’accord conclu entre la France, l’Allemagne et la très timide Grande-Bretagne sur la mise en place d’un ‘quar-tier général européen’, accord désormais validé par les vingt-cinq Etats membres de l’Union, n’est pas au goût de Washington. C’est sûr que les Etats-Unis cherchent de plus en plus à  occuper l’espace méditerranéen en multipliant des accords bilaté-raux ; avec l’Italie et l’Espagne, mais aussi avec l’Algérie, l’Egypte, la Tunisie. Il est évident que cela n’est pas fait pour apaiser les rapports avec Paris ».

La CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) prend très au sérieux l’accident du sous-marin à  propulsion nucléaire USS Hartford, survenu le 25 octobre dernier dans les Bouches de Bonifacio, entre la Sardaigne et la Corse. Le laboratoire indépendant vient ainsi de demander de nouveaux prélèvements.  » Nous disposons des premiers éléments sur les prélèvements effectués les 17 et 18 novembre, mais nous souhaitons effectuer des analyses complémentaires afin de pouvoir établir une interprétation précise « , nous déclare, mercredi 10 décembre, Corinne Castanier, la directrice de la CRIIRAD

A La Maddalena, les habitants doutent. « J’ai rencontré des personnes qui m’ont juré que dans la nuit, tout de suite après avoir entendu un fort bruit, 5 hommes se sont précipités à  la base. Qui étaient-ils et que cherchaient-ils? » s’interroge Giorgio Pisano, journaliste au quotidien L’Unione Sarda. Et, encore, que s’est-il produit le 19 novembre ? Il était environ 20h15, quand les habitants de La Maddalena ont soudainement entendu deux déflagrations. Ensuite, ils ont vu s’éteindre toutes les lumières de l’îlot de Santo Stefano, là  où est située la base US. Après, ils ont entendu le bruit de moteurs de vedettes rapides et ils ont vu des lumières de projecteurs s’agiter tout autour de la petite île qui était plongée dans le noir. « Rien d’alarmant », expliquent les militaires américains. « Je ne peux pas croire un seul instant à  la version qui nous a été fournie », nous dit Salvatore Sanna, fonctionnaire du ministère de la Justice italien qui a siégé comme expert vingt ans durant à  la commission paritaire de sites militaires en Sardaigne.

« Selon les informations que j’ai pu recueillir et selon mon expérience dans ce domaine, je suis sûr que le 19 novembre il y a eu une tentative d’infiltration dans le périmètre marin de la base américaine. D’où l’alarme qui a été immédiatement déclenchée ».
Une tentative d’infiltration? Mais par qui?

« On parle beaucoup d’hommes-grenouilles des services secrets français. à‡a ne serait d’ailleurs pas étonnant si, après le mystérieux accident du sous-marin Hartford, la France essayait de voir d’un peu plus près ce qui se passe à  quelques kilomètres de ses côtes », nous déclare un élu municipal de La Maddalena.

L’Oncle Sam aura donc sa nouvelle base atomique. L’Italie est préte à  offrir à  la US-Navy, 19 hectares de son territoire national situé sur les îles de La Maddalena e de Santo Stefano. A 10 kilomètres des côtes corses, les Américains vont édifier un « Guantanamo » atomique au coeur de la Méditerranée. Si l’on en croit les plans de la Navy Support Activity, l’oncle Sam souhaite édifier non pas 52.000 mètres cubes de constructions nouvelles, mais 4 fois plus. Deux cent mille mètres cubes de bàtiments sont désormais néces-saires afin que le Pentagone puisse « consolider » cette position stratégique, qui n’est pas immédiatement intégrée au système de l’OTAN. La Maddalena est une base américaine sur le territoire italien. Un terri-toire italien qui, selon les plans de la marine militaire US, que nous nous sommes procurés, pourrait jouir d’un statut d’extraterritorialité. En effet, parmi les nouvelles structures nécessaires au bon fonctionnement de cette base atomique, « consolidée », l’Oncle Sam prétend aussi à  la mise en place d’un poste de police. Il sera installé dans un bàtiment de 840 m2, qui hébergera, outre les policiers, aussi des sapeurs pompiers. Tous débarqués d’outre-atlantique. Or, l’institution d’un corps de police par le département de la Défense US, sur une parcelle de territoire national italien, constitue une première. Méme sur les bases de l’OTAN, dispersées sur le territoire de différents pays membres, les fonctions de police sont assurées par le pays hôte. En Italie, c’est le corps des carabiniers qui est en charge de cette mission. Uniquement dans des lieux bien définis, notamment les ambassades, qui jouissent d’extraterritorialité, un pays admet la pré-sence de policiers étrangers, portant leurs propres uni-formes et exerçant leurs fonctions. La nouvelle base atomique « consolidée » de La Maddalena jouira donc d’un privilège rare.

C’est une insulte à  notre souveraineté nationale ! » s’insurge Mauro Bulgarelli. « Regardez notre Gouvernement. Il a toujours démenti la présence d’armes atomiques à  la Maddalena, et cela malgré le fait que le Congrès américain n’ait eu aucune difficulté à  en confirmer la présence. Savez-vous combien de missiles atomiques sont stockés uniquement sur le navire Emory Land ? Là -dedans il y a, au moins, 34 missiles atomiques Cruise et Tomahawk ! Et, connaissez-vous la puissance d’un seul de ces missiles ? Une charge de 200 kilotonnes.10 fois plus que la bombe d’Hiroshima ».

Les USA ont décidé de créer un nouvelle base nucléaire en Sardaigne. Que préparent ils ? Les sous marins actuels, et bases actuelles ne suffisent ils pas ?

Sources : http://www.amnistia.net/news/articles/corsdos/soumarin/basemad2.htm / http://www.amnistia.net/news/articles/corsdos/soumarin/basemadd.htm / http://endehors.org/news/4048.shtml /

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