Une femme chez les elfes

Il y a peu de temps de cela, vivait à  Frankenberg une sage-femme qui pouvait dire bien des choses à  propos des elfes, et exceptionnellement, elle avait passé huit jours entiers parmi eux observant leurs us et coutumes. Une sombre nuit où les voisins étaient profondément endormis, un coup frappé à  la porte de la maison réveilla la femme.

Elle bondit hors du lit et regarda par la fenêtre, mais elle ne voyait rien à  part une lanterne devant la maison. Alors une voix appela, « Prenez un vêtement et venez avec moi. Une femme a besoin de vos services ! »La sage-femme fit ce que l’on lui demanda, sortit et avec hésitation, elle suivit la lanterne, qui était déjà  bien loin devant. Elle ne pouvait pas voir la personne qui la portait.

Ainsi, elle passa plusieurs rues, puis par la porte du couvent et prit ensuite une grande route en dehors de la ville. Finalement, la lumière arrêta de se déplacer. Une trappe cachée s ouvrit et une longue volée de marches descendait sous terre.

Tremblant et priant, la sage-femme suivit son mystérieux guide, et peu de temps après, elle se trouvait dans une chambre spacieuse cernée par des elfes, qui l’accueillirent cordialement. Avant qu’elle n’ait eu le temps de se remettre de sa surprise, une des petites gens avança vers elle et lui demanda de le suivre jusqu’à  la femme qui l’avait demandée.

Peu de temps après, un elfe minuscule, tout mignon vint au monde. Puisque la mère et l’enfant semblait bien se porter, la sage-femme espérait pouvoir retourner dans son monde le matin suivant. Mais il n’en fut pas ainsi. Les elfes ne voulaient pas la laisser s’en aller. Chaque jour, ils la traitaient mieux que le jour précédent, lui donnant tout qu elle pouvait désirer.

Pendant ce temps, les elfes sortaient souvent, ne revenant pas à  moins de lui ramener toutes sortes des jolies choses. Avant chaque départ, ils se frottaient toujours leurs yeux avec un liquide qu’ils gardaient dans une fiole de verre. La vieille femme remarqua cela, et une fois, alors que les petites gens étaient sorties, elle trouva une fiole et se frotta l oeil droit avec le liquide.

En attendant, huit jours avaient passé et les elfes ne résistèrent plus à  la demande de la vieille femme. Aussitôt la nuit tombée, ils l’autorisèrent à  retourner chez elle, et lui dirent, « Pour récompense, prenez ces poussières derrière la porte ! « Assez intelligente pour ne pas mépriser le cadeau peu commun, elle mit les poussières dans son tablier.

Alors, avec gaîté, elle suivit la lanterne, qui – comme cela était arrivé huit jours plus tôt – était tenue en avant par une main invisible. Une demi-heure plus tard, elle arriva saine et sauve à  la maison, à  la grande stupéfaction de son mari, qui pendant huit jours avait été terriblement inquiet quant à  sa disparition.

Elle lui raconta tout ce qui était arrivé et secoua ensuite les poussières qu’elle portait dans son tablier, sur la table devant lui. Oh, comme les coeurs des vieillards se remplirent de joie ! Comme leurs yeux se mirent à  briller ! Ils se tenaient debout en silence, craignant qu un seul mot de joie puisse rompre le rêve et faire disparaître ce qui les ravissait tant ! Finalement, les mots revinrent. Leur stupéfaction passée, ils virent bien que ce n était pas un rêve. C’ était la réalité pure. Ce qui se trouvait sur la table était une pile de pièces d’or scintillantes !

Quelque temps après se tenait la foire de Frankenberg. La sage-femme, qui était soudainement devenue riche, promenait son regard sur les étals du marché, et de temps en temps faisait un achat. Soudain, elle vit des elfes dispersés partout dans la foule. Invisible par d’autres, ils pillaient habilement les tables et les étals. C’est ce qu elle pouvait voir de son oeil droit, qu’elle s était frottée avec le liquide du temps elle était avec les elfes. Elle ne pouvait supporter de voir les petits voleurs échappant librement à  la vindicte, alors elle cria, « Hé ! Que faites-vous ? »Les elfes la reconnurent et demandèrent, « Avec quel oeil pouvez-vous nous voir ? »Elle répondit, « Avec le droit. « Alors, ils lui soufflèrent dans l’oeil droit et depuis cet instant, il faisait nuit noire. Elle ne revit jamais plus les elfes, et pour autant qu elle ait vécu, elle resta aveugle de son oeil droit.

Source, Karl Lyncker, Deutsche Sagen und Sitten in hessischen Gauen (Kassel : Verlag von Oswald Bertram, 1854)

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