Une nouvelle Europe

Des visions françaises

Raymond Abellio et Jean Parvulesco sont deux éminents ésotéristes français qui ont essayé de visualiser et de mettre en œuvre une feuille de route de ce que l’Europe – et le monde occidental dans son ensemble – devrait devenir. C’est une vision du futur où le rôle du Prieuré de Sion apparaît de lui-même.

Phil Coppens

Raymond Abellio prétend que l’occultiste flamand S.U. ZANNE (pseudonyme d’Auguste Van de Kerkhove) est parmi les plus grands initiés de notre époque. Mais pratiquement personne ne sait qui il est. Certains placent Abellio dans la même catégorie, bien que lui aussi soit inconnu de la plupart. A ceux qui ont examiné l’œuvre d’Abellio ont majoritairement conclue qu’il était un politicien fasciste, qui était intéressé par les croyances ésotériques.

L’est-il? Une partie du problème est que ses écrits, à l’instar de ceux de beaucoup d’alchimistes, nécessite une clef. L’essentiel de leur œuvre est largement codé, et Abellio lui-même avait l’habitude de rire en disant que la plupart des clefs des gens « n’ouvrent que leur propres portes », pas les siennes. Donc qui était-il réellement, et quels étaient ses véritables objectifs politiques ?

Raymond Abellio était le pseudonyme de Georges Soulès (1907-1986), qui atteint la célébrité au cours de la Seconde Guerre Mondiale, quand il devint le chef du MSR (Mouvement Social Révolutionnaire) en 1942 après l’étrange assassinat de son chef, Eugène Deloncle. L’invitation à rejoindre l’organisation n’émanait de personne d’autre qu’Eugène Schueller, propriétaire du géant des cosmétiques L’Oréal. Comme Guy Patton, auteur de « Master of Deception » l’a montré : « ce groupe est issu du sinistre Comité Secret d’Action Révolutionnaire (CSAR), aussi connu sous le nom de La Cagoule. Soules était maintenant devenu familier d’Eugène Deloncle, tête de la branche politique, dévolu au secret, à l’action directe et violente. Plus loin Patton ajoute:  » Donc voici un socialiste de fasciste, fortement impliqué dans des mouvements politiques qui collabore activement avec le gouvernement de Vichy. Dans le cadre de ses activités politiques, il devait travailler étroitement avec Eugène Deloncle, qui…était très proche d’un ingénieur, François Plantard, et dont la nièce épouserait Robert, le frère du Président français François Mitterrand
. »

Bien que jamais confirmé, on a également prétendu qu’Abellio a participé aux éditions Bélisane, fondées en 1973. Bélisane a publié plusieurs livres sur Rennes-le-Château, le village si intiment lié au Prieuré de Sion. Dans son livre, Arktos, Joscelyn Godwin fait référence à Raymond Abellio comme d’un autre pseudonyme de « Bélisane ». D’après Guy Patton, Abellio fait partie d’un réseau qui a essayé de créer une Nouvelle Europe, dirigée par un prêtre-roi, dans lequel différents mythes modernes, comme le Prieuré de Sion, sont censés fournir aux occidentaux modernes, qui ont une nostalgie des traditions et des règles sacrées, l’équivalent des mythes du Roi Arthur qui ont donné une dimension surréaliste à la politique européenne des temps médiévaux.

Les vues politiques d’Abellio ont donc été décrites comme très utopiques, et on l’a soupçonné de penchants synarchistes, la croyance que les vrais dirigeants du monde sont caché et que les politiciens sont majoritairement leur marionnettes. Mais en vérité, Abellio a une vision bien définie pour le changement social. Lorsque les lignes de batailles de la Guerre Froide ont été fixées après la Seconde Guerre Mondiale, il essaya de trouver le meilleur dans les deux camps et il espérait pouvoir les réunir. Pourquoi ? Pour créer une sorte d’Empire eurasien s’étendant de l’Atlantique au Japon. Une idée qui a été reprise par le romancier et théoricien et son ami Jean Parvulesco. On considère que Parvulesco est responsable d’avoir vulgarisé au moins certaines des visions d’Abellio, qu’il fut le vrai Abellio, ou un personnage créé par Parvulesco reste pour certains un débat ouvert.

Guy Patton résume ainsi les vues d’Abellio « typique de l’ésotérisme de l’extrême droite, le but de celui-ci étant de renouveler la tradition de l’Occident.» Il voulait remplacer le fameux slogan républicain : « Liberté, Egalité, Fraternité » par « Prière, Guerre, Travail » pour représenter une nouvelle société construite sur une hiérarchie stricte conduite par un prêtre-roi.

Implicitement, pourtant, plusieurs des personnes impliquées n’étaient pas dévouées à un tel spiritualisme et l’ont principalement utilisé comme couverture pour gagner de l’argent, acquérir plus de pouvoir et la poursuite d’un agenda d’extrême droite. Bien que cela soit le cas de beaucoup de ceux qui sont impliqués, un mélange d’avidité et de soif de pouvoir, la plupart est d’accord pour reconnaître qu’Abellio était réellement un homme « spirituel ». C’est le Professeur Pierre de Combas, qui est crédité de la transformation d’Abellio, du politicien Georges Soulès au visionnaire Abellio (l’Apollo pyrénéen), faisant de lui non seulement un homme de pouvoir mais aussi un homme de la connaissance – un initié ?

Pour comprendre sa vision, nous devons reconnaître que le système d’Abellio, comme mentionné, nécessite une clef et sans clef, il n’y a pas de compréhension ; sans doute la raison pour laquelle il a été si souvent incompris. Ensuite son système est complexe et difficile à résumer en quelques mots et il est peut-être mieux décrit en citant quelques exemples.

Il voulait « dés-occulter » l’occulte (voir son livre « La Fin de l’Esotérisme » 1973), par là il espérait que cela aiderait la science. Ses connaissances scientifiques, acquise en tant que polytechnicien, signifiaient qu’il pouvait construire des ponts entre les deux sujets, par exemple entre les 64 hexagrammes du Yi-King et les 64 codons de l’ADN ou la correspondance entre les nombres de lettres de l’alphabet hébreux et les polygones qui peuvent être inscrits dans un cercle.

Son ouvrage le plus connu est « La Structure Absolue » (1965), qui fait qu’il est considéré comme un héritier du philosophe phénoménologique Husserl. De tels sujets, bien sûr, font difficilement des « best-sellers », mais ils sont le type d’étude qu’on peut attendre d’un véritable alchimiste.
Son intuition d’un « structure absolue » est un ingrédient essentiel de ses visions de l’ « Assomption de l’Europe », ce qu’il considère comme le destin de l’Europe : « L’Occident nous paraît être non seulement un intervalle séparant les masses opposées de l’Est et de l’Ouest, mais il est le porteur le plus avancé de la dialectique des temps présents ». En résumé, il ne croyait pas en la dualité objet-sujet qui continue à entraîner la plupart des politiciens dans des campagnes de peur et autres techniques habituelles employées dans leur domaine. Mais au lieu de cela, il préférait un modèle plus complexe, centré sur la Conscience (le point zéro), qui évolue de la base vers la Quantité (science) et au-delà vers la Qualité (la connaissance), ce qui lui une croix à 6 branches, ou la croix « hypercubique » pour utiliser les mots de Salvador Dali, un homme qui parlait également de l’ « Assomption de l’Europe », dans certaines de ses peintures. La « croix hypercubique » permet à Abellio d’exprimer tout problème ontologique et spirituel en termes dynamiques. Il est clair qu’il utilise un vocabulaire complexe, qui rend sa pensée difficile à comprendre, ce qui est sans aucun doute la raison pour laquelle il a été mal compris, qu’on a pensé qu’il écrivait en charabia ou qu’il a simplement été négligé.

Avant tout, pour cerner sa terminologie, il faut savoir que la Bible était un des ouvrages qu’Abellio consultait le plus souvent et il décrit les étapes de l’évolution d’une civilisation avec une terminologie chrétienne : naissance, baptême, communion, etc. C’est pourquoi il a dit que la prochaine étape dans le développement de l’Europe imitait l’Assomption, qui est spécifiquement liée à la Vierge Marie, la Sainte qui est vouée à jouer un rôle prépondérant dans le futur de l’Europe. Elle est, bien sûr, aussi un être surnaturel, qu’on dit être apparu en de nombreuses occasions pour conseiller l’Europe chrétienne sur ce qu’il fallait faire ou pas, comme dans le cas des « secrets » de Fatima, politiquement chargés, en 1917.
En 1947, dans son livre « Vers un nouveau prophétisme », un essai sur le rôle politique du sacré et la situation de Lucifer dans le monde moderne, il note : « plus qu’aucun autre être l’homme n’est pas qu’ une addition, une juxtaposition d’Esprit et de Matière, mais un transformateur d’énergie, de puissance variable selon les individus, capable de passer sa quantité énergétique d’un niveau qualitatif à un autre, supérieur ou inférieur. » Ainsi, nous constatons un mélange d’eschatologie chrétienne, de prophétie, et aussi de doctrines très gnostiques sur ce qu’est vraiment l’humain.

Abellio était donc un visionnaire moderne, mais c’était aussi un astrologue. Il avait prédit la chute de l’union Soviétique pour 1989, ainsi que l’ascension de la Chine. Il qualifiait son marxisme de « luciférien », ce qui ne veut pas dire que cela doit être interpréter dans un sens moral, mais que le matérialisme chinois devait être intégré en termes de Structure Absolue, en opposition avec le matérialisme individuel et « satanique » des Etats-Unis.
En Occident, c’est la tâche des terroristes, les combattants de la liberté, de porter ce changement. Ces batailles de terroristes « héroïques » ont été mises en scène dans ses romans. Rétrospectivement, il disait que ses trois premiers romans étaient en fait l’apprentissage, où son héro évolue, alors que son dernier roman, publié 24 ans après « La Fosse de Babel », « Visages Immobiles » (1986) était pour lui « celui du compagnon qui essaye de devenir Maître ».

Cependant, beaucoup considère « La Fosse de Babel » comme son meilleur ouvrage, et c’est dans celui-ci qu’il présente des intellectuels dégagés de toutes formes d’idéologie, et de scrupules se livrant au terrorisme à grande échelle. C’est un thème qu’il revisite dans « Visages immobiles », le personnage principal tente d’empoisonner la population de New York, non par un moyen simple, mais en utilisant la création d’un architecte illuminé qui a construit une espèce de « contre-structure » sous Manhattan, réservée à une élite, une sorte d’Agatha urbaine.

L’héroïne de son dernier roman se nomme Hélène, qui est aussi le nom, et ce n’est pas une coïncidence, de la compagne de Simon le Magicien. A la fin, elle meurt emportée au centre de la terre par une rivière souterraine sous Manhattan. Dans le cas de Simon le Magicien, Hélène était la personnification de la Lumière, emprisonnée dans la matière. Abellio a choisi précisément son nom, parce qu’il s’identifie avec Apollon, un autre dieu relié à la lumière, et les initiales de Raymond Abellio : RA, sont bien sûr celles du dieu égyptien du Soleil.

Abellio lui-même n’a jamais rencontré « la femme ultime », bien qu’il l’ait cherché. Elle pourrait avoir été Sunsiaré de Larcône, elle-même écrivain de fantaisie ainsi que modèle, qui mourut à l’âge de 27 ans dans un accident de voiture. Elle se qualifiait comme son disciple. D’autres femmes, également très belles, sont venues avant et après, mais aucune ne fut apparemment digne d’être son épouse. Sa tombe contient une place vide pour se « femme ».

C’est « Visages Immobiles » que Parvulesco étudie en détail dans son essai, « Le Soleil Rouge de Raymond Abellio » publié en 1987. Parvulesco est un romancier qui est la fois proche et loin d’Abellio. Proche, car ils partagent une vision similaire du « Grand Empire Eurasien de la Fin ». Lui aussi a eu ses initiateurs, et il se considère comme l’héritier de « l’Ecole Traditionnelle », qui a eu auparavant des auteurs comme René Guénon et Julius Evola, qu’il rencontra dans les années 60. Il est préoccupé par le « non-être », les forces du chaos, ce qui fait de lui une sorte de dualiste, un gnostique. Il partage avec Evola l’idée qu’il y a besoin d’un combat final contre les forces subversives de la contre-initiation (le non-être), ainsi qu’un certain désir de tantrisme.
Parvulesco utilises souvent le mot « Polaire », qu’il utilise pour désigner les « fraternités polaires », des quelles Guénon fut membre, qu’il considère comme des instruments de la création de l’Europe moderne. Il utilise aussi le mot pour désigner les origines hyperboréennes du présent cycle de l’humanité, qui allait selon lui allait se terminer dans un renversement des pôles. Là, il est proche de Guénon mais loin de la pensée d’Abellio, qui avait une vision plus optimiste de l’avenir. Ainsi malgré leur parenté, et un but commun, leur vision sur la manière dont la Nouvelle Europe devait être accomplie n’était pas identique, ou même compatible.
Parvulesco est souvent cité par l’extrême droite européenne, ce qui signifie que plusieurs auteurs l’ont considéré comme en faisant partie, mais il est évident qu’aucun écrivain n’est responsable de qui et d’où son nom est utilisé.

Au début des années 60, Parvulesco était proche de l’OAS, l’Organisation Armée Secrète, un groupe terroriste qui était opposé à l’indépendance de l’Algérie. Il était donc opposé à De Gaulle, pourtant il est largement connu pour avoir revendiqué partout où il le pouvait qu’il était un fervent supporter de De Gaulle. Des incidents comme celui-ci font de lui une autre personne difficile à placer dans le paysage politique, et il serait beaucoup plus simple de ne pas essayer et de le mettre dans une seule catégorie. En fait ce qui sépare Abellio et Parvulesco, est qu’ils ont une vision indépendante de l’avenir ; et du rôle des politiques. Ils prennent conscience que le monde est en train de changer radicalement, et bien que leurs modèles puissent en fin de compte ne pas marcher ou être irréalisables, ça ne nie pas le fait qu’ils sont des penseurs novateurs.

C’est Parvulesco qui apporte le plus de détails de ce que sera la future Europe et sur la raison précise pour laquelle un prêtre-roi est nécessaire comme dirigeant. Dans les temps anciens, ces dirigeants étaient d’abord considérés comme appartenant à deux mondes, un médiateur entre cette réalité et le royaume divin. Parvulesco indique clairement que « cet au-delà » nous guide vers une destiné de l’Europe, où le rôle des dirigeant européens est avant tout d’interpréter correctement les signes plutôt que d’inventer de nouveaux buts et de nouvelles cibles.

Parvulesco a quelques thèmes récurrents dans ses écrits, un de ceux-ci est le portail vers d’autres dimensions. Chaque fois que des personnages historiques (le plus souvent des politiciens) apparaissent dans ses romans, il ne s’agit pas des politiciens que nous connaissons, mais de leurs doubles, qui évolue dans notre dimension mais aussi dans une autre. Les romans de Parvulesco sont donc considérés comme ceux de l’éternel présent, ou du « neuvième jour ».

Dans « Rendez-vous au manoir du Lac », le cadre est site étrange où il y a une passerelle pour le ciel, en particulier Venus, d’où, d’après Parvulesco, certains élus doivent transiter. Dans « En attendant la jonction de Venus » il répète cette affirmation, mais la relie à Mitterrand et précisément à l’Axe Majeur de Cergy-Pontoise près de Paris. Cet axe est la création de l’artiste Dani Karavan et il est l’ « âme » de la nouvelle ville. Il s’étend sur trois kilomètres et, si jamais des archéologues tombaient sur ses restes dans les siècles futurs, il serait classé comme une leyline. Bien que le projet ait été commencé avant la présidence de Mitterrand, c’est sous son mandat que la ligne fut clairement définie et exécutée. Aujourd’hui, il est vu, en France, comme une œuvre énigmatique, de loin supérieure à la Pyramide du Louvre ou à l’Arche de la Défense, qui a fait se demander aux semblables de Dan Brown et Robert Bauval les raisons derrières ces projets. L’Axe, pourtant, est un projet beaucoup plus ambitieux, plus grand et plus énigmatique. Quand on note qu’Abellio était étroitement associé à la famille Mitterrand, on peut se demander s’il avait une main dans le projet.

Avec l’Axe Majeure, il est clair que nous sommes dans un monde étrange, où se mêle politique et ésotérisme, en partie dans cette dimension, en partie dans le royaume divin. Abellio espérait que de ce mélange, une nouvelle forme de politique, une Nouvelle Europe émergerait. Et c’est là que nous devons voir le rôle du Prieuré de Sion, non pas tant à la manière de Dan Brown et d’autres comme gardiens d’une vieille lignée sacrée mais comme un nouveau sacerdoce, un mélange de politicien et d’ésotériste, comme Abellio lui-même qui pourra diriger la Nouvelle Europe.
Ainsi même si Abellio et Parvulesco ont été présentés comme des synarchistes, ils se sont maintes fois décrits comme des terroristes, des combattants de la liberté, posant les fondations de ce Nouveau Monde. Les éminences grises ne resteront pas toujours des marionnettistes cachés, mais seront un jour sur le devant de la scène pour prendre leur rôle de prêtre-roi. Et pour de tel penseur, c’est une donnée que la France a été proche d’atteindre cet idéal sous De Gaulle, où les Grands Travaux de Mitterrand sont dans la même lignée, mais évidemment pas dans la même mesure ou la même perspective.
Abellio et Parvulesco sont donc des hommes du Nouvel Age, construisant « une Ere du Verseau » : pourtant, ils ne se concentrent pas sur la transformation personnelle, mais sur la transformation sociale. Comme auteur, on pourrait soutenir que Parvulesco opère dans le domaine du « thriller ésotérique », qui à Hollywood est représenté par « La Neuvième Porte » de Roman Polanski ou « Le Pendule de Foucault » d’Umberto Eco. Mais ces deux œuvres ont de grandes difficultés à intégrer de manière convaincante le « passage à un autre monde » au sein de leur histoire, laissant souvent le lecteur/spectateur insatisfait, ou à titre subsidiaire convaincu du but final. Lovecraft a une meilleure réputation et d’autres avancent que Parvulesco grâce à l’influence d’Abellio et de Dominique de Roux est allé plus loin, et a fait mieux. Mais le point principal est que ses thrillers ésotériques font de ce pas à travers ce « passage interdimensionnel » non pas un passage individuel mais un passage comme société, comme Europe.

De Roux (1935-1977) est une grande inspiration pour les romanciers qui évoquent ce qui est connu comme « romans de la Fin », pourtant ils représentent cette transformation de l’Europe. Parvulesco a débuté sa carrière littéraire dans le magazine « Exil », publié par de Roux. De Roux à beaucoup voyagé, et en 1974, il a écrit « Le Cinquième Empire » sur la lutte pour l’indépendance des colonies portugaises, ce qui est le même combat que celui d’un nouvel avenir pour un pays. Le Titre « Le Cinquième Empire » est une allusion à un mythe populaire portugais, celui du roi perdu. Comme du Roi Arthur, on dit du roi portugais Don Sébastien qu’il reviendra un jour, pour diriger son peuple vers un destin fabuleux, ce qui à la lumière de l’idéologie d’Abellio et de Parvulesco n’est pas nécessairement sur ce plan. Pour citer le poète portugais Fernando Pessoa (un ami d’Aleister Crowley) : « Nous avons déjà conquis la mer, il ne nous reste plus qu’à conquérir le ciel et laisser la terre aux autres ».

La Russie de Poutine a été pour Parvulesco ce que l’Algérie et De Gaulle ont été pour Abellio et ce que le Portugal a été pour De Roux. Mais c’est dans la préface d’Abellio au « Cinquième Empire » que nous trouvons une note intéressante qui explique le contexte réel et la « clef » qui va ouvrir leurs œuvres : « Ceux qui attachent une profonde signification aux coïncidences ne peuvent qu’être frappés par le fait que le dernier message de Fatima a été livré en octobre 1917, au moment la Révolution Bolchévique a débuté. Quel lien subtil de l’histoire invisible a ainsi été créé entre les deux extrémités de l’Europe ?»

Pour des ésotéristes qui considèrent que notre dimension est infiltré par un autre plan d’existence, les coïncidences des apparitions de la Vierge Marie à Fatima et ses messages clairement politiques, qui ont à voir avec le futur de la Russie et sur la manière dont elle doit embrasser la Vierge Marie, sont parties intégrantes de la manière dont cette Grande Europe n’est pas simplement une ambition politique mais une partie de leur vision sur la manière dont les « vrais politiciens » travaillent ensemble de concert avec les habitants de l’autre monde, pour ainsi accomplir l’Assomption. C’est pourquoi Parvulesco considère la Russie de Poutine comme si importante, c’est pourquoi, sans aucun doute, qu’Abellio a essayé de prendre contact avec les Soviets pour permettre cette Nouvelle Europe, qui en effet se réalise au cours de la présidence de Poutine.
Comme indiqué par Guy Patton, Abellio et Parvulesco ont été largement des fascistes, qui ont abusé des mythes nouvellement créés comme celui du Prieuré de Sion, pour exercer leur influence, gagner de l’argent et le pouvoir. Mais ce n’est bien sûr qu’une interprétation. Prenons la littérature sur le Prieuré de Sion et son créateur Pierre Plantard et nous découvrons qu’il était proche du régime de De Gaulle. En fait Plantard était responsable de la gestion des « cellules terroristes » de Paris lorsque De Gaulle tentait de prendre le pouvoir. Puis Plantard a utilisé le Prieuré pour créer une idéologie qui voyait une Europe unifiée, de l’Est à l’Ouest, et il est clair que ceux qui furent impliqués plus tard dans la promotion du Prieuré ont parlé de l’importance de François Mitterrand.
En fait le Prieuré est un mythe fabriqué, une société secrète non existante. Mais il est également clair que ceux qui était impliqué (Plantard) et ce qui pourraient être liés avec (Abellio et dans une certaine mesure Parvulesco), avaient de réelles convictions sur ce que devait être le futur de l’Europe. Il est également clair que leur intérêt pour les apparitions mariales était authentique et qu’ils se voyaient comme des guides divins sur le chemin que l’Europe avait à parcourir vers son futur et sa prochaine étape : son assomption. Et comme Abellio le souligne : tout dépend si vous croyez aux coïncidences ou pas. Si vous n’y croyez pas, alors vous direz que les évènements politiques majeurs du siècle dernier ne sont qu’accessoirement liés aux messages reçus de ces apparitions qui furent ensuite conduit au Vatican (dans une certaine mesure de concert avec la Reine de Grande Bretagne, le seul prêtre roi dirigeant en Europe en ce moment). Si vous croyiez que les coïncidences ont un sens, alors il est évident que cette Nouvelle Europe émerge lentement.

Dans les années 80, Parvulesco a examiné un étrange roman : « Le Renversement ou la Boucane contre l’Ordre Noir » d’un certain R. P. Martin, qui avait déjà publié « Le livre des Compagnons secrets. L’enseignement secret du Général De Gaulle ». Pour un gaulliste avoué, Parvulesco était manifestement dans son élément. Le roman en lui-même a certain point commun avec un des volumes de la tétralogie de Robert Chotard « Le Grand Test Secret de Jules Vernes ». Les deux livres parlent d’une région « réservée » au Canada, d’où il y a une conspiration pour changer le climat mondiale. La base est contrôlée par le sinistre « Ordre Noir », et vise créer une inversion des pôles, un thème aussi exploré par Jules Vernes. On peut seulement se demander si les histoires au sujet du HAARP, dans l’Alaska voisin, pourrait être inspirées, sont une réflexion de cette histoire. Mais c’est la que nous voyons la cadre définitif de leur ambition politique : ils n’ont pas tant vu leur quête comme un désir, une aspiration, mais comme une vraie lutte du Bien contre le Mal : si une Nouvelle Europe n’émerge pas, l’ « Ordre Noir » gagnera. Et finalement, Abellio et Parvulesco pourraient peut-être ainsi être considérés comme des chevaliers modernes, combattant pour l’Europe, une nouvelle Europe.

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